mercredi, 20 août 2008

Mémoire de mes stands #02/08

olivier1.jpg

Voir aussi Racing was my life

 
Ma mémoire des stands n'est pas peuplée de nombreuses photos, j'en ai jeté et perdu beaucoup. Sauf celle-ci où je suis debout tout à gauche car elle porte toute mon aventure en F1.


Aller au bout de ses rêves


J'expliquerai dans les prochains billets les circonstances dans lesquelles cette photo a été prise. Mais parmi toutes les raisons qui font que je l'apprécie tant, il y a déjà la présence d'Alain Prost, l'homme qui m'a tant donné envie de travailler en F1.

Je m'appelle Olivier Leschiera, j'aurai bientôt 34 ans et ai réalisé un de mes rêves en travaillant pendant 5 saisons en F1. 5 saisons de joie, de travail mais aussi de déception car je me suis rendu compte que cette F1 n'était pas ou plus celle qui m'avait tant fait rêver. Avant de mettre en lumière dans les billets à venir les causes de cette déception, il me semble nécessaire d'expliquer pourquoi travailler en F1 était un rêve et comment je l'ai exaucé.

Tout a commencé en 1982… Je n'ai pas encore huit ans et ai deux passions : écrire et le sport. Cette année 1982 est riche en événements qui remplissent mes rêves de devenir journaliste sportif. Des événements plutôt tristes pourtant. Séville 1982, la demi-finale de la Coupe du Monde de foot, le tir au but manqué de Bossis… Et l'accident mortel de Villeneuve à Zolder qui fait pleurer l'enfant que je suis. La F1 n'est alors plus un sport, c'est une émotion que je vais continuer à rechercher. Surtout que je découvre à peu près au même moment Michel Vaillant. Une BD offerte, La Révolte des Rois, les pilotes deviennent des chevaliers qui peuplent mon imaginaire. Et puis, il y a Prost ! Il est Français, il gagne et va devenir le premier Champion du Monde ! Adélaïde, le bond triomphant de Prost : je fais alors le vœu de travailler en F1. J'aimerais écrire le récit de mes pilotes favoris, rejoindre ce Crombac que je retrouve à chaque fois que j'ouvre La Révolte des Rois.

Mais quand on est bon élève et qu'on aime les maths et la physique, personne ne vous propose de devenir journaliste : aller en classe prépa et viser une grande école est plus naturel. Et je suis la voie toute tracée devant moi. Je serai ingénieur, pas journaliste sportif… Et pour cela, il faut réussir les concours des Grandes Ecoles.

medium_tyrrell_019.jpgEt c'est là, alors que j'ai presque oublié mon vœu d'enfant, que la F1 ressurgit par deux fois en moins d'une semaine ! Le premier signe, je le reçois fin avril en même temps qu'une plaquette de présentation de l'école Supaero à Toulouse qui met en avant la réussite de ses anciens élèves dans l'aéronautique mais aussi en F1 : Jean-Claude Migeot, le créateur de la Tyrrell 019 dont le nez en aile de mouette m'a aussi beaucoup marqué, y est cité en exemple.

Le second signe, c'est Imola, le 1er mai 1994. J'ai prévu de réviser plutôt que de regarder le GP, déjà attristé par le décès la veille de Ratzenberger. Mais à 14 h 20, je redescends de ma chambre car je n'arrive pas à me concentrer suffisamment et préfère m'accorder une pause : j'allume la télévision et découvre l'inimaginable, la Williams disloquée, le casque jaune, les secours… Le souvenir de Zolder se heurte aux images présentes, Senna a rejoint Villeneuve dans un paddock au coin du ciel. Choqué, je me demande pourquoi j'ai renoncé à mon rêve d'enfant alors que je peux encore le réaliser ! Je dois juste réussir le concours des Mines pour accrocher Supaero… Ce que je vais faire !

Rentrée 1994, je débarque ainsi à Toulouse et lors de la visite des locaux d'enseignement, nouveau signe : une mini-soufflerie à tapis roulant, des maquettes de F1 un peu partout, un professeur qui est passionné de sport auto. Tout est là pour aller au bout de mon rêve. Et je vais encore m'accrocher pour y parvenir ! Plusieurs projets autour de la F1, une première rencontre avec Jean-Claude Migeot qui sera suivie d'un stage d'un an dans sa société en Italie avant finalement de rejoindre au sein de Peugeot Sport le service de Robert Choulet.

Mars 1999, je rentre donc chez Peugeot Sport, mon rêve est en train de s'exaucer : racing is my life !!!

Qui pourrait alors me faire penser que dans un peu moins de 4 ans, j'aurai quitté ce milieu parce qu'il n'est pas ou plus celui dont j'avais tant rêvé ?


Les escales de ce voyage :

1. Racing was my life
2. Aller au bout de ses rêves (qui suis-je ?)
3. Privés (de moyens) et grands constructeurs
4. L'image et l'argent en pole (dis, dessine-moi un Maranello)
5. Mémoire de mes stands : le pilote qui urinait dans les douches, où est passé le Castellet ?
6. La technique en F1 en 2000
7. Austral espoir
8. Derniers tours de piste et six ans après ?


A suivre...



Olivier Leschiera




Trophée Andros 2003, archives Olivier Leschiera
La Tyrrell 019 au GP de Monaco 1990, photo DR

Commentaires

Vivement la suite!

Ecrit par : Joest | mercredi, 20 août 2008

oui, j'attends la suite.
que ça doit être dur de laisser un monde qui nous a fait rever durant tout ce temps.
pour moi aussi (bien que je n'y ai pas travaillé) la F1 c'est bien fini.

Ecrit par : Bruno | jeudi, 21 août 2008

Une écurie crée et gérée par Alain Prost ne pouvait être qu'un échec, c'est l'histoire de la grenouille qui se voyait plus gros que le boeuf. Ce projet était un échec avant de voir le jour. Mais personne ne pourra blâmer Alain Prost d'avoir tenté l'aventure, seul détail, personne ne lui a dit qu'il n'avait pas la carrure, ce n'est pas un coup de volant qui fait un chef d'entreprise. Dernier point, ne renvoyer pas la faute à Peugeot, Renault, Ferrari et je ne sais qui encore, le seul fautif de son echec, c'est Alain Prost. N'est pas Frank Williams qui veut.

Ecrit par : Philippe | jeudi, 21 août 2008

Très intéressant témoignage, qui me touche d'autant plus que j'ai le même âge que son auteur et que j'ai eu moi aussi très tôt la vocation d'écrire pour la presse auto. Si je suis bien devenu journaliste, je n'ai malheureusement jamais eu l'opportunité de travailler dans mon domaine de prédilection (mais il n'est jamais trop tard...). Les désillusions je les imagine bien mais j'attends avec impatience la suite de ce passionnant récit :)

Ecrit par : David Bénard | jeudi, 21 août 2008

que vient faire Ferrari dans l'échec de d'alain prost? ? ?

Ecrit par : Bruno | vendredi, 22 août 2008

Prost pilote de génie...
...Mais piètre manager.
C'est un peu court.
Je crois surtout qu'il faut avoir été un médiocre pilote pour gérer une écurie...
Qui a déjà dit ça, déjà ?

Ecrit par : eric bhat | vendredi, 22 août 2008

On ne touche pas à Alain Prost !
Et vivement l'épisode 5, merci monsieur Leschiera.

Ecrit par : L'étroit mousquetaire | vendredi, 22 août 2008

Prost, Surtees,Hill ont été champion du Monde ...DES CONDUCTEURS,pas des constructeurs.

Brabham et McLaren ont fait mieux

Ligier était pilote mais surtout manager en F1
Stewart, c'était Paul et un peu Jackie

J'en oublie certainement... (j'ai beaucoup oublié De Mon Passage en F1 au début des 90 sauf que Bernie m'a choppé sur la grille et que je n'avais pas le bon pass ! )

Ecrit par : De passage | samedi, 23 août 2008

Attendons la suite avant nous empailler. Olivier semble savoir mieux que nous de quoi il parle - et il en parle bien.

Ecrit par : susanna | samedi, 23 août 2008

Alain PROST a été victime d'un mal bien francais qui s'appele le rejet de la réussite. Pourquoi Jean TODT s'est il imposé et le mot est bien faible.
Quand TODT s'impose sur peugeot 205, sur paris-dakar ou peugeot sur Mc LAREN...on le désigne "personna non grata"...
L'Epopée FERRARI se passe de commentaires............
Sur MATRA lors des tours de france dans les années 1970, il se fait reconnaitre du milieu automobile.
Alain PROST avait avec PANIS et TRULLI 2 pilotes de talents....PANIS avait l'etoffe d'etre sur le podium des 3 meilleurs pilotes en 1997.
La France est un nid de Champion ou l'on deteste la réussite, Alain PROST fait partie des victimes........allez à Goodwood les champions figurent en lettres de lumieres....

Ecrit par : ANDRE GEORGES | samedi, 23 août 2008

Peugeot en F1 !!!! avec McLaren et Jordan mais pas avec Todt ! et ca n'a pas été une réussite ! Prostn'a pas su ou pu réunir autour de son nom le budget nécessaire pour joure les premiers roles... Ca n'a rien à voir avec le mythe du "rjet de la réussite"

Ecrit par : De passage | dimanche, 24 août 2008

Que ce soit dans ce domaine comme en d'autres, être le meilleur du monde dans son domaine d'expertise ne veut pas dire être compétent dans un autre domaine... Etre un brillant soliste et être un bon chef d'orchestre sont deux choses différentes !
J'ai beaucoup de respect pour la carrière d'Alain Prost et pour le courage qu'il a eu de se lancer dans l'aventure Prost F.1 ; ça n'a rien à voir avec le fait qu'il ait eu ou pas les aptitudes indispensables pour être un excellent manager d'hommes, parce qu'il s'agit bien d'excellence lorsqu'il s'agit de s'imposer au plus haut niveau...
Cela étant, je pense que des intervenants sur ce blog pourraient alimenter le sujet (en plus de l'auteur de cette note à suite annoncée) car bien au fait de l'aventure Prost F.1 pour l'avoir vécue au moins en tant qu'observateur, mais le feront-ils... ?

Ecrit par : Pierre V. | dimanche, 24 août 2008

Question : le nom du champion du monde a t'il permis de lever des capitaux pour lancer l'écurie ou celui ci a t'il misé quelques fonds personnels ? Certains anciens salariés laissés sur le carreau ont laissé transparaitre la réponse ...

Ecrit par : Christian Magnanou | dimanche, 24 août 2008

Un témoignage d'ingénieur motoriste, c'est rare: ça me fait d'autant plus plaisir que si j'avais mieux travaillé.... etc!
En fait, je me suis fait les dents sur des deux temps à une époque où on découvrait que les conduits trop polis "miroir" ne donnaient pas le meilleur rendement.
A une époque où les pilotes de motos trouvaient qu'un moulin qui avait plus de 1500 tours/mn de plage de régime était vachement souple.
Où les contre-cônes et tubes de fuites étaient réalisés "au pif", cinq six diamètres, pareil en longueur pour trouver "la" longueur d'onde miracle et les chevaux qui allaient avec.
Où les moteurs chantaient tous différents, les 4 temps -la Honda 6 D'Hailwood avec ses 6 mégaphones!!!)- hurlaient pour couvrir la stridence infernale des deux temps.
OU BRM sortait un V8 avec 8 tubes verticaux comme des orgues.

Merci Olivier, de nous parler, j'espère bien, un peu technique pour nous faire comprendre mieux les entrailles de ces monstrueux moulins à compresseurs.
Impatient de lire la suite.

Ecrit par : guy dhotel | lundi, 25 août 2008

La passion de Guy Dhotel pour la chose mécanique n’a d’égal que sa culture et c’est un bonheur.
Nous attendons tous la suite en espérant des détails techniques de la part d’Olivier car de nos jours la technique ne concerne plus qu’une bande de dinosaures dont je suis et que l'on retrouve en ces lieux.
Alors oui, parlons de l’évolution en cinquante ans de la Mobylette (la vraie, la Motobecane) de JP Cassegrain à la C4 de S Loeb et non pas de celui qui a transformé le JS des Ligier en AP comme pour mieux signer son entreprise de démolition. Je lui-en veux rien que pour cela. J’étais méfiant à cause de ce détail au début de l’aventure … mais, passons.

Ecrit par : AG | lundi, 25 août 2008

Si le maître des lieux l'accepte, je pourrai par la suite vous proposer quelques notes plus techniques qui pourraient répondre à vos attentes, souhaitant finir la première série de récits que j'ai commencée. Je pourrais me lancer par la suite dans une série plus technique... Je demanderai alors l'aide d'un autre fidèle lecteur de ces lieux (Seb, c'est bien).

Concernant le manque de réussite du binome Prost Peugeot, je pense qu'il est très réducteur de ne chercher à l'expliquer que par la personnalité de Prost et par une évaluation forcément hasardeuse de ses capacités managériales. J'ai surtout le sentiment que le potentiel technique / ressources humaines et financières de ce binome était malheureusement moins élevé que la concurrence d'alors.

Ecrit par : Olivier Leschiera | mardi, 26 août 2008

Je crois qu'il est temps pour moi de réagir!

Olivier et moi avons eu les mêmes rêves, un parcours similaire et nos trajectoires ont fini par se rejoindre...
D'où nous vient cette passion pour le sport auto? Et comment faire pour « infiltrer » le milieu quand on ne pense qu'à ça depuis l'âge de 10 ans?
Piloter, oui mais non, déjà trop cher et déjà trop compliqué. Ecrire, j'y ai pensé moi aussi mais quand en 3ème ma prof de français me dit que pour écrire il faut d'abord lire autre chose que Sport-Auto je comprends que ce n'est pas pour moi. Commentateur ça me plairait bien, Johnny Rives, c'est ça, mais il est d'abord journaliste alors...Finalement comme j'aime bien aussi la revue technique dans « Grand Prix International » je fais ingénieur. Mais tout ça n'a évidemment qu'un seul but: faire de la F1.

Vu tout ce que j'ai pu voir et lire sur MdS, je suis sûr que la majorité des intervenants a vécu la même chose: ça finit par monter à la tête et je crois même pouvoir dire qu'il y a pire que moi en ces lieux...

Le hasard et la chance ont donc voulus que je rencontre Olivier chez Peugeot Sport: le début d'une grande aventure, des moments inoubliables...

Alors quand tout cela se termine abruptement on se rend compte que tout a une fin. Est-ce vraiment la F1 dont on a rêvé? J'avoue ne pas y avoir pensé et avoir sauté sur la première bonne occasion pour recommencer.

Avec le recul, non, ce n'était pas la F1 telle qu'on l'imaginait, ce n'était pas encore tout à fait la F1 d'aujourd'hui…

Je vais suivre attentivement les épisodes de ce récit qui évoque tant de souvenirs…
Je veux bien aussi, dans la mesure du possible, évoquer la technique comme en parle Olivier, quoique je ne suis pas certain de pouvoir donner le change à certains spécialistes qui sévissent ici…

Ecrit par : seb | mardi, 26 août 2008

Séb, c'est bien...

Que personne n'hésite à soumettre des questions sur la technique des moteurs F1 actuels, nous les recenserons pour essayer de vous apporter notre humble témoignage technique... Séb sortira alors tous ses spéciaux journaux pour enrichir nos réponses...

Ecrit par : Olivier Leschiera | jeudi, 28 août 2008

l'idée au départ était bonne, Alain PROST auréolé d'une carrière exceptionnelle, devenait propriétaire de l'ancienne écurie LIGIER (si j'ai bonne mémoire un partenariat chassis existait avec Benetton!) La saison avec O PANIS (sans le malheureux accident au GP du Canda alors qu'il était 3ème au Championnat) aurait bien aidé le lancement de l'entreprise...
Je crois qu'Alain PROST a joué la cocarde et dans ce pays où il ne faut pas gagner et encore moins réussir... d'autres si sont cassé les dents. Puis les choix techniques....par exemple le motoriste qui avait plutôt une culture Endurance (c'est un compliment) que GP et ses budgets sans limites (il y a dix ans il n'y avait pas le gel des developpements moteurs), et son implication dans ce projet trop courte, quand on voit TOYOTA, courir après son premier succès 6 ans après malgré les moyens!! et puis (à nouveau si j'ai bonne mémoire) MAC LAREN avait essayé le moteur PEUGEOT sans suite....bon MERCEDES à gagné, on pourrait en dire et en dire... donc personnellement, je crois que c'est beau d'avoir tenté le coup, il faut garder nous les fans de ce sport de l'estime pour ce grand champion et pour sa magnifique carrière et souhaiter voir sortir du vivier GP 2 et F3 son remplaçant.

Ecrit par : Ribet Michel | samedi, 30 août 2008

Face à tous ces commentaires,

En 1999 lors du GP d'Europe le 28/09/1999 au nurburgring la fabuleuse team"STEWART-FORD" impose la 1ére place d'HERBERT devant TRULLI (prost-peugeot) et BARRICHELLO ( stewart-ford).....Classement final aux Constructeurs 4éme pour STERWART-FORD.

Ecrit par : ANDRE GEORGES | samedi, 30 août 2008

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