lundi, 28 juillet 2008
Se souvenir de Montlhéry #4 : 1000 km de Paris 1970

Voir aussi dans la même série des 1000 km de Paris :
1967, 1968, 1969
Illuminés par un soleil d'automne qui avec le temps leur donnera l'éclat et la patine d'une toile de maître, ces 1000 km de Paris 70 agissent comme une borne chronologique. La France post-soixantehuitarde se dirigeait - certes de manière encore indécelable - vers le choc moderniste annoncé par la mort du général de Gaulle le mois prochain et dont les premiers soubresauts prendraient la forme de la pénurie pétrolière de 1973.
S'ils avaient eu les moyens de la réflexion prospective, les Parisiens escaladant la côte menant à l'autodrome en ce dimanche matin du 18 octobre eussent pu s'estimer heureux de se situer à une confluence historique. Le même jour se déroulait une course de F3 à Brands Hatch où poussèrent de jeunes chiens qui allaient égayer les pelotons futurs ; les Jarier, les Jaussaud, les Migault, sans parler d'un certain Mike Beuttler. Presque au même moment, le Volant Shell de Magny-Cours consacrait un jeune homme attendant dans son Opel Diplomat l'annonce du verdict : Guy Dhotel. Ces mêmes spectateurs massés à la Ferme ou au Deux-Ponts eussent également pu commenter les disparitions simultanées d'Emile Darl'mat et de Pierre Veyron, étoiles d'avant-guerre, intervenues dans ces eaux-là. C'est toutefois accorder beaucoup de crédit à un public essentiellement là pour du bruit, de la vitesse, de la puissance brute.La Porsche 917 du Martini international, aux mains de Gérard Larrousse et Gijs Van Lennep, fournira la seule véritable opposition aux Matra. Deuxième temps aux essais, l'auto prendra la roue de la 660 de Beltoise, qu'elle sautera au 10e passage suite à un changement de vitesse raté du Français, lequel reprendra son bien deux tours plus tard pour ne plus le lâcher jusqu'à son abandon à quelques tours de la fin, couple conique cassé. La 917 psychédélique abandonnera au 18e tour sur rupture de distribution. Larrousse, qui n'aura pu piloter cette voiture, sera affecté à la 908 de Chasseuil et Ballot-Léna, au grand dam du premier nommé, forcé de céder son baquet.
La Matra 660/01 de Jack Brabham et François Cevert était plus lourde de 80 kg que la très rapide 02 menée par Bébel et Pesca, ce qui n'empêcha pas sa victoire. Elle disposait d'une boîte ZF à synchromesh, type endurance, contre une Hewland à crabots, comme celles utilisées en F1, à 02. Le public n'avait d'yeux que pour cet équipage formé d'un vieux champion dont c'était la dernière prestation sur le sol français avant son ultime révérence la semaine suivante, au GP du Mexique, et d'un jeune loup ayant débuté en F1 quelques mois plus tôt.Troisième chrono aux essais, cette Matra était onzième au premier passage, en proie à des blocages de frein. Elle remonta ensuite jusqu'à la deuxième place à la faveur d'un tout droit de Jürgen Neuhaus sur sa 917, qu'elle suivait. La victoire lui sourit alors quand les leaders JPB et Pesca cassèrent leur boîte.
Neveu de Ken Downing, Ian Skailes, un privé anglais, avait acheté cette Chevron B16 au début de l'année (chassis B16-DBE08). Fidèle à la firme de Gordon Bennet, Skailes, puisqu'il débuta sa carrrière en 68 sur une B6, remplacée par une B8 en 69.On le vit souvent avec John Hine comme équipier, ainsi au Mans où il abandonna, aux 1000 km de la BOAC où il abandonna, à Vila Real où il abandonna, à Casablanca, où il aban... air connu. Lassé, il abandonnera pour de bon à la fin de la saison pour se consacrer aux affaires.
Il était en tête des 2 L aux 1000 km de Paris lorsqu'il abandonna. John Hine était sorti aux essais à Couard, sans dommage.

Les amateurs de numéros de chassis ne fréquentent pas MdS car ils le savent davantage tourné vers les hommes - disons... vers l'aspect humain de la course. Profitons qu'ils chassent sur d'autres sites pour donner le sérial number de cette caisse pourrie, une GT 40 rafistolée à grands renforts de bande autocollante et menée par Snake et Big Al jusqu'à la septième place. Il s'agit de GT 40 P 1078, construite en 68 et dont Montlhéry s'avèrera la dernière des 11 courses qui lui sera attribuées. Derrière ces pseudos de films de série B se cachaient David Weir, un Américain, et Alain de Cadenet qui acheta la GT 40 au début de l'année 70. Ils l'alignèrent sous la bannière de l'écurie Evergreen puis celle de Snake Speed. Un gros crash à Silverstone, fin 70, alors que Weir préparait les 24 h de Daytona 71, précipita la fin de l'auto.


Après avoir animé l'épreuve et enflammé le public, la Matra 660, véritable F1 habillée en proto, rentre à la ficelle, une fuite d'huile à la boîte de vitesse ayant causé son abandon alors qu'elle avait course gagnée. Son hurlement demeure dans l'esprit de ceux qui assistèrent à ces 1000 km ; "hurlement" paraît d'ailleurs bien faible pour qualifier la musique que son V12 émettait et qu'on entendait tout autour du circuit. Auteur de la pole et du record du tour, Henri Pescarolo effectuera le deuxième relai peu après le 20e des 128 tours, conservant la tête que Beltoise avait prise dès le départ. Son abandon ne chagrinera pas ce dernier, tellement l'auto se montrera prometteuse. Par contre la lecture de la presse du lendemain, alors qu'il est dans l'avion qui le mène à Mexico, pour la finale du championnat du monde des conducteurs, l'agace. Les journalistes se plaignent du désintérêt d'une course écrasée par la suprématie des voitures bleues sans tenir compte du handicap de cylindrée en leur défaveur ; pour la première fois de l'année, sur un circuit rapide, des 3 L battaient des 5 L, et ce tant sur un tour que sur 1000 bornes. JPB est vert de rage !

La Ferrari 512 S, jaune et vert, appartient à la Escuderia Montjuich du richissime Jose Maria Juncadella, le mauvais de l’équipe. Le rôle du bon est tenu par Jean-Pierre Jabouille qui obtient le cinquième temps, à quand même six secondes de Pescarolo… Ils terminent troisièmes à trois tours.

Le team Gesipa aligne sa 917 bleu et jaune, bien conduite par Jürgen Neuhaus alors que Willi Khausen s’octroiera en course le personnage du mauvais. La caisse s’avère rapide néanmoins : troisième temps ex aequo avec la 660 de Brabham/Cevert. Une lutte sévère l'opposera à la 512 de Jabouille et Juncadella pour la troisième place, qu'elle concèdera vers le 100e passage quand Khausen sortira assez violemment à la Ferme. Ce sera l'abandon.

Et voici la fin du feuilleton des 1000 km de Paris, écrit Gérard Barathieu qui nous a fourni tous ces documents et que nous remercions. Il me reste des photos sur les différentes coupes, du Salon, GP de Paris, coupes de l' U.S.A, etc. Beaucoup de nostalgie sur ces courses de club à la française. Sincéres salutations.
(A suivre, les 1000 km de Paris 1971, sur des images de François Coeuret.)
1000 km de Paris . Autodrome de Linas-Montlhéry . 18 octobre 1970
Voir aussi une autre vision de cette course
Images © Gérard Barathieu
10:10 Publié dans Circuit de Linas-Montlhéry | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note
| Tags : 1000 km de paris, autodrome de linas-montlhery, porsche 917, ferrari 512, matra 660, chevron b16, ian skailes |



















Commentaires
Est-ce qu’une bonne âme, ayant une bonne mémoire des stands, pourrait nous révéler qui se cachaient derrière les redoutables pseudos « SNAKE » et « BIG AL » sur la GT40 n°11
Ecrit par : gianpaolo | lundi, 28 juillet 2008
Il en est d'un n° de châssis ce que l'homme veut en faire ou pas; mais à contrario d'un n° de Sécurité Sociale, l'identification d'une voiture est parfois identique à celle du "Phoenix" !
Ainsi la Ford GT40 alors aux "vraies" couleurs de la Gulf Oil, n° tel que celui que vous indiquez, coule, avec une autre couleur, des jours heureux à Genève et coure actuellement dans le CER au volant de laquelle vous y verrez un personnage très sympathique, un des plus importants propriétaires de Ford GT40 et aussi conseiller de la Ford GT - l'actuelle -.
Pour ce faire, lire "Ford GT hier et aujourd'hui" Adrian Streather, traduction française de Jean-François Bouzanquet, chez E.T.A.I. 1er semestre 2008.
Si s/n Ford GT40 par contre pas de ISBN, le TTDCB abhorre cela.
Ecrit par : JLM | lundi, 28 juillet 2008
Je lis dans l'ouvrage écrit par Michel Bollée, intitulé "Les 1000 Kilomètre de Paris" décemnre 2000, page 70, légende de la photo: " "Snake" Alias David Weir et "Big Al" Alain de Cadenet.
Lire aussi ci-dessus : " Derrière ces pseudos de films de série B se cachaient David Weir, un Américain, et Alain de Cadenet qui acheta la GT 40 au début de l'année 70".
Ajoutons aux commentaires du redacteur de la note ce qu'écrit Michel Bollée: (...) Le Team Snake Speed avait acheté cette GT40, châssis n° 1078, au Team Strathaven Racing de Geoffroy Edwards qui l'avait engagée aux 24 Heures du Mans 1968 pour ... etc....)
Ecrit par : JLM | lundi, 28 juillet 2008
Et bien Gianpaolo, sans doute un affolement de soupapes (synapses ?) lié à un surrégime (abus de Lambrusco dès le lundi matin) vous a t'il fait survoler la note et les précisions liées aux pseudonymes sans les retenir ?
Ecrit par : Christian Magnanou | lundi, 28 juillet 2008
Helas Christian ce n'est pas un abus de Lambrusco amabile plutot le debut de la senilité .
J'ai sauté le chapitre qu'il ne fallait pas.
Merci de m'avoir remis d'equerre.
Ecrit par : gianpaolo | lundi, 28 juillet 2008
Gardons le Lambrusco pour notre prochaine rencontre Gianpaolo, nous saurons le partager !
Ecrit par : Christian Magnanou | lundi, 28 juillet 2008
J ai gardé 2 souvenirs essentiels de cette course, qui a été la première à laquelle j'ai assisté, à l'age de 13 ans :
- Le bruit des matra (qui peut oublier ça...)
- Le soleil qui se reflétait sur toutes leurs parties chromées (tout comme sur les photos !), quand elles fonçaient sur l'autodrome et descendaient vers la chicane...
Un grand plaisir de voir ces photos, vraiment merci beaucoup à l'auteur et à MDS !
Ecrit par : Viceroy | lundi, 28 juillet 2008
Comme Viceroy,j'avais 13 ans et c'était ma deuxième course(la première fut aussi à Montlhéry le 18 juin 1967).Comme lui,il me reste le souvenir d'une journée ensoleillée et surtout le bruit ou plutôt la musique du moteur Matra.
Merci donc pour ces photos et longue vie à Mds !
Ecrit par : Jacques Rivaud | lundi, 28 juillet 2008
J'avais oublié que j'ai eu aussi la chance d'assister à la dernière victoire de Jack Brabham,une semaine avant sa retraite.Je ne l'ai vu courir qu'à une seule occasion et ce fut une victoire.
Egalement,Alain de Cadenet malgré son nom français était Anglais.Etait-il originaire des îles anglo-normandes ? Ou bien son père était-il tout simplement Français ?
Ecrit par : Jacques Rivaud | lundi, 28 juillet 2008
Bravo aux superbes photos de Gérard Barathieu...
Le texte relate assez bien ces 1000 Kms de Paris, mais pourquoi vouloir opposer les passionnés ?
Il y aurait d'un côté les amoureux de l'aventure humaine...et de l'autre les amoureux de précisions techniques ?
Cela est puéril et tellement franco-français...
Il y a des amoureux de l'histoire de la course automobile. Un point c'est tout.
Ils sont unis par cette formidable aventure, avec des sensibilités différentes. Ils pleurent aux drames, ils s'enthousiasment aux exploits, ils tentent de retracer l'histoire de ces pilotes et de ces châssis, avec le plus de précision possible.
Je cite :
"Les amateurs de numéros de chassis ne fréquentent pas MdS car ils le savent davantage tourné vers les hommes - disons... vers l'aspect humain de la course."
Je n'aime pas cette discrimination.
Je pense que tous fréquentent MdS, TNF, Autodiva et autre...pour assouvir cette passion dévorante. Ils tentent de mettre en commun un maximum de faits, pour mieux appréhender l'histoire.
Ces faits, ces données, ces anectodes, enrichissent le patrimoine commun et permet de le transmettre aux générations futures, avec le maximum d'émotion.
Celle qui nous a fait "tomber dans la marmite".
Aspect humain et aspect technique étroitement imbriqués...
Ecrit par : Gérard Gamand | mardi, 29 juillet 2008
A tout prendre mieux vaut enregistrer un commentaire qui estime que " le texte relate assez bien ces 1000 Kms de Paris" (merci au passage), que pas de commentaire du tout, puisqu'il semble que ça devienne la norme. Il est vrai que les internautes ont à leur disposition plusieurs lieux frappés du label de la Mémoire.
Et mieux vaut également accueillir un commentaire où ne se reflètent pas le recul et la distance ironique que j'avais essayé, en vain apparemment, de faire passer dans le chapître incriminé, que pas de commentaire du tout.
Ecrit par : Mémoire des Stands | mardi, 29 juillet 2008
C'est chaud MDS !
La 404 à côté de la 917 du team Gesipa... lovely !
Et vive l'humain !
Ecrit par : L'étroit mousquetaire | mardi, 29 juillet 2008
J'ai toujours fait en sorte, cher et néanmoins TTDCB, de pratiquer "l'understatement" cher à nos "amis" Anglais, privilégiant le bon (ou mauvais) mot à l'exact nomenclature des chassis et je persisterai, à mon niveau...
Ceci n'ayant rien à voir avec cela, j'espère que nombreux ont été ceux qui regardaient les deux journées au Silverstone Classic retransmises par Motors TV: dimanche grâce au "fin José" les commentaires ont enfin atteint le degré souhaitable après bien des erreurs ou approximations des commentateurs en titre dès le samedi !
Quand même la course opposant Mustang, Falcon, Galaxie ... c'était quelque chose !
Ecrit par : Christian Magnanou | mardi, 29 juillet 2008
Dont acte !
Je suis un lecteur régulier de MdS, et je l'apprecie
J'édite et je dirige le magazine international de la peinture : Azart. Cela ne m'a jamais posé de problème d'indiquer qu'une toile de Picasso, de Bacon ou de Balthus s'intitule "jeune fille à sa toilette" qu'elle a été peinte en 1948, que c'est une Huile sur toile, qu'elle mesure 55,9 x 46,4 cm et qu'elle appartient à un collectionneur privé...
Cela n'enlève rien à la dimension humaine de l'artiste, et encore moins à la passion que son oeuvre suscite !
Ce que je voulais dire, c'est que l'ostracisme est un travers typiquement national...
Ecrit par : Gérard Gamand | mardi, 29 juillet 2008
C'est plus intéressant de revenir aux voitures et pilotes de légende que de perdre son temps dans certaines polémiques.Silverstone Classic valait en effet le détour !
Ecrit par : Jacques Rivaud | mardi, 29 juillet 2008
Nous sommes d'accord
Ecrit par : Gérard Gamand | mardi, 29 juillet 2008
Pour tirer le meilleur profit d'une note signée TTDCB il faut aussi savoir lire entre les lignes...
Ecrit par : f.Coeuret | mardi, 29 juillet 2008
Merci pour ces notes relatant les 1000 km de Paris de la fin des années soixante.
Ces textes et ces photos ravivent les souvenirs visuels et olfactifs des courses automnales à Montlhéry. La portion entre les Deux Ponts et la Ferme a toujours eu ma préférence quelque soit l'épreuve car le spectacle y était multiple.
Lors des 1000 km les protos offraient un spectacle de tout premier ordre lorsqu'ils surgissaient du Château d'eau et abordaient le virage de la Ferme. L'époque n'était pas au tout sécurité actuel et aux grillages qui tiennent le public à l'écart. Nous étions au niveau des voitures (le remblai n'est venu que plus tard) et un simple et frêle muret de béton était censé nous protéger, mais que c'était bon de sentir le vent des bolides au ras de nos narines. Ces bolides que j'essayais de photographier en action avec mon Zeiss Ikon Contessa 50mm et qui le plus souvent donnaient un résultat assez flou.
Et quelle liberté dans les parcs concurrents où chacun pouvait circuler à sa guise, plonger le regard dans un cockpit de 917 où de T70, toucher avec respect ces autos qui nous faisaient rêver à travers les photos et les reportages de Sport-Auto.
Ecrit par : TP | mercredi, 30 juillet 2008
Dans la série "c'était mieux avant"...
Ecrit par : L'étroit mousquetaire | mercredi, 30 juillet 2008
C'est décidément un véritable gang de futurs Mdsiens qui était présent lors de ces 1000km.
Après avoir garé mon Moto Morini Corsarino dans le parking extérieur (bien avant que l'UTAC ne se l'approprie pour son nouveau bâtiment) je n'avais d'yeux que pour les Matra et leur sonorité diabolique.
Tout cela se déroulant entre la disparition de Jochen Rindt à Monza et celle de Jimi Hendrix peu de temps après, autant dire au siècle dernier.
Merci pour toutes ces images où je l'avoue, j'ai commencé à chercher si je n'y figurais pas, caché derrière un proto.
Je ne sais pas si c'était mieux avant, en tout cas c'était bath !
Ecrit par : Francis Rainaut | mercredi, 30 juillet 2008
Le Moto Morini Corsarino ... Francis quelle merveille ! J'ai eu un Demm, puis un Itom, puis une Honda C110, puis ... où sont passés les Flandria Rekord, Ital Jet, Mondial, Paloma et autre Vap Monneret ? Tiens je me suis en tête de retrouver un Rumi Formicchino et de le restaurer, cela sera plus économique qu'une Aston DB5 de toutes façons et puis j'ai fini de compléter mon circuit 24 (le vrai!) ...
Ecrit par : Christian Magnanou | mercredi, 30 juillet 2008
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