lundi, 07 juillet 2008
Il est mort, le soleil
En cette année 1968 Nicoletta annonçait la mort du soleil et les passionnés de course du vieux continent étaient tout prêts à la croire sur parole(s).
Depuis le début de la saison le soleil boudait les grandes compétitions automobiles européennes. Hockenheim, Spa (deux fois), Zandvoort, Rouen, …, chaque dimanche ou presque, l'astre suprême se faisait un malin plaisir de démentir l'étymologie qui, dans bien des langues, lui dédie le 7e jour de la semaine. Et les circuits s'en trouvaient enveloppés d'un voile humide et gris, auquel les circonstances donnaient en quelque occasion l'allure d'un linceul.
Mais il en aurait fallu davantage pour assombrir la joie de vivre et de piloter de Jo Schlesser. A Spa, pour les 1 000 km disputés dans des conditions typiquement ardennaises, il avait brillé, seul à ne pas être complètement éclipsé par le phén-Ickx des lieux. Et en ce 7 juillet à Rouen [1], peu importait que le disque solaire ne fût présent que sur sa voiture : Jo rayonnait. Rien ne l'empêcherait de savourer son apogée personnel, si longtemps attendu : son premier départ de Grand Prix parmi les étoiles de la Formule 1. Certes, ce n'était que de la dernière ligne, mais au moins avait-il réussi à devancer l'ami Vic, l'autre débutant du jour et lui aussi pilote multi-cartes.
On sait ce qu'il advint : la pluie, un circuit dangereux ne pardonnant guère les écarts, une voiture rétive et mal dégrossie au point d'être refusée par "Il Grande John", un réservoir plein dans un châssis en magnésium, … Probablement n'y avait-il qu'une telle fatale alliance de circonstance(s) pour venir à bout de l'extraordinaire force de vie qui animait Jo Schlesser.
Sans cette funeste conjonction, nul doute que le 18 mai dernier Jo aurait fêté ses 80 ans, entouré d'une multitude d'amis rechargeant leurs batteries au contact de cet être chaleureux qui irradiait la générosité, le courage et l'optimisme. Ainsi, ces héliotropes auraient tous, une fois encore, éprouvé ce réchauffement du climat humain que l'un d'entre eux, facétieux, aurait peut-être osé appeler l'"effet de Schlesser".
Depuis le début de la saison le soleil boudait les grandes compétitions automobiles européennes. Hockenheim, Spa (deux fois), Zandvoort, Rouen, …, chaque dimanche ou presque, l'astre suprême se faisait un malin plaisir de démentir l'étymologie qui, dans bien des langues, lui dédie le 7e jour de la semaine. Et les circuits s'en trouvaient enveloppés d'un voile humide et gris, auquel les circonstances donnaient en quelque occasion l'allure d'un linceul.Mais il en aurait fallu davantage pour assombrir la joie de vivre et de piloter de Jo Schlesser. A Spa, pour les 1 000 km disputés dans des conditions typiquement ardennaises, il avait brillé, seul à ne pas être complètement éclipsé par le phén-Ickx des lieux. Et en ce 7 juillet à Rouen [1], peu importait que le disque solaire ne fût présent que sur sa voiture : Jo rayonnait. Rien ne l'empêcherait de savourer son apogée personnel, si longtemps attendu : son premier départ de Grand Prix parmi les étoiles de la Formule 1. Certes, ce n'était que de la dernière ligne, mais au moins avait-il réussi à devancer l'ami Vic, l'autre débutant du jour et lui aussi pilote multi-cartes.
On sait ce qu'il advint : la pluie, un circuit dangereux ne pardonnant guère les écarts, une voiture rétive et mal dégrossie au point d'être refusée par "Il Grande John", un réservoir plein dans un châssis en magnésium, … Probablement n'y avait-il qu'une telle fatale alliance de circonstance(s) pour venir à bout de l'extraordinaire force de vie qui animait Jo Schlesser.
Sans cette funeste conjonction, nul doute que le 18 mai dernier Jo aurait fêté ses 80 ans, entouré d'une multitude d'amis rechargeant leurs batteries au contact de cet être chaleureux qui irradiait la générosité, le courage et l'optimisme. Ainsi, ces héliotropes auraient tous, une fois encore, éprouvé ce réchauffement du climat humain que l'un d'entre eux, facétieux, aurait peut-être osé appeler l'"effet de Schlesser".

Olivier Favre
[1] Voir aussi sur le même meeting :
Beltoise France 68
Les coquetteries d'un programme du bon vieux temps #1
Les coquetteries d'un programme du bon vieux temps #2
Rouen 68 vu par (merci) Bernard Cahier (www.f1-photo.com)
Rouen 68 filé par le Pr Reimsparing (voir du même : Dans un peu moins d'un mois)
10:10 Publié dans Pilotes | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
| Tags : jo schlesser, memorial, grand prix de france, circuit de rouen-les-essarts, 1968 |



















Commentaires
j ai vecu cette journée,en fait j' ai tout vu !le bruit ,puis la chaleur et rien ne s'arrete! A l ' epoque les pilotes avaient coutume de dire :on s'entraine le samedi ,on court le dimanche et on va enterrer nos potes le lundi!
que de vies gachées et perdues à l'epoque,c est comme la cigarette on sait que cela est dangereux mais ça n'arrive qu' aux autres!!
Ecrit par : christophe thiery | lundi, 07 juillet 2008
Ce 7 juillet jour d'anniversaire de mon épouse j'étais au nouveau monde pour ce grand prix difficile par la météo et le drame survenu encore un pilote de GP disparaissait c'était notre Jo qui ne le connaissait pas pour son franc parlé ? à cette période je ne pensai pas que je serai responsable du poste du nouveau en 1970, ce circuit de Rouen était formidable par son accueil, ayant été en poste de commissaire dans la descente après le départ, ensuite à ce fameux virage des six frères où une mini chicane était installée pour tenter de réduire la vitesse dans cette descente, le pauvre Birrel a payé aussi de sa personne à cet endroit, il faut reconnaître que la mise aux normes de sécurité ce circuit était le casse-tête des organisateurs les poings liés par le ministère des forêts domaniales que c'est dommage de n'avoir pu s'entendre sur un juste accord nécessaire car cette épreuve avait de bonnes retombées économiques. Rouen-les-Essarts était un circuit de notoriété connu dans le milieu automobile et même moto. Mon regret et bon souvenir c'était cette période des années 1960 à 1990 cette épreuve nous consolait de ne plus disposer de Reims.
Ecrit par : mauricelaunay | lundi, 07 juillet 2008
Bravo Olivier Favre pour cette séquence en noir et blanc si bien écrite.
Et quelle triste série en cette année 1968 :
- 7 avril Jim Clark
- 7 mai Mike Spence
- 8 juin Ludovico Scarfiotti
- 7 juillet Jo Schlesser
68 sera malgré tout cela l'année du réveil français.
Ecrit par : Francis Rainaut | lundi, 07 juillet 2008
Nous étions arrivés la veille avec la Gordini. Le jour du GP nous nous sommes installés dans le Nouveau Monde pour regarder les acrobates de la Coupe Gordini, assisté aux empoignades des Formule France et des Formule 3.
Regardé les F1 déboulés depuis les 6 Frères, de négocier l'épingle à cheveux, de glisser sur les pavés et un peu plus tard nous avons aperçu, là-haut, une boule de feu.
Qui est-ce ? Les autres continuaient de passer et la rumeur est arrivée ?
C'était la Honda de Jo Schlesser.
Jo Schlesser est mort.
Triste retour.
Ecrit par : Jean-Louis Mathieu | lundi, 07 juillet 2008
Une bien belle auto pourtant, que cette RA 302. Mais pour une fois, le ramage ne valait pas le plumage... Merci Olivier pour ce court mais joli texte.
Ecrit par : Marc Ostermann | lundi, 07 juillet 2008
Pour illustrer les conditions climatiques de Rouen en 1968.
http://memoiresdestands.hautetfort.com/images/ickx68.jpg
Amicalement.
Patrick Brunet.
Ecrit par : Patrick Brunet | lundi, 07 juillet 2008
Je me souviens aussi que le temps était gris sur le Jura ce jour-là.Un ciel forcément bien triste...
Ecrit par : Jacques Rivaud | mardi, 08 juillet 2008
L'ami Francis Rainaut, auquel j'ai confié la quasi totalité des quelques photographies de mes souvenirs, dont celle de ce terrible Dimanche 7 Juillet 1968 où Jo Schlesser à perdu la vie aux "Six Frères"...
Je pense que nombre de spectateurs, pourtant passionnés, avisés, n'ont pas compris la gravité de l'accident. Je me suis dressé, étant en spectateur au "Nouveau Monde" et j'ai eu un geste de désespoir car je craignais l'issue terrible, connaissant ladite "maudite" courbe, de plus, extrapolant la vitesse bien supérieure des F 1...j'en craignais l'issue. Souvenir d'autant plus traumatisant du fait que je connaissais Jo, et je me souvenais de ce qu'il avait déclaré après les premiers éssais en réponse à ma question dans le Paddock; "Comment tient-elle la route ton Auto?". Il nous répondit; "Elle tient la route...parce que je veux bien m'asseoir dedans!".J'étais, nous étions consternés, inquiets, ceux qui l'entouraient, de sa réponse...
Ecrit par : François Libert | mercredi, 09 juillet 2008
Le bordel des pistes, on le voit quelquefois aujourd'hui, mais là c'est en bord de piste :
http://bordsdepistes.typepad.com/weblog/2008/07/il-y-a-quarante.htm?cid=12162220#comment-121622020
Ecrit par : Daniel | vendredi, 11 juillet 2008
J'y étais ce 7 juillet 68, et je me passe de temps en temps ce film sur lequel Jo Schlesser signe des autographes juste avant de monter dans sa Honda. C'était surtout lui que je venais voir courrir. J'avais travaillé chez Burroughs avant mon service militaire en 65-66, et les anciens, connaissant ma passion pour le sport auto, me parlaient de Schlesser avec qui ils avaient travaillé. Je ne me souviens plus comment nous avions pu, avec mes 2 copains, nous retrouver dans le parc fermé, nous pouvions presque monter dans les autos, c'était une autre époque. Je communiquerai à MDS, dés que je saurai le faire, quelques images de ce film sur lequel apparaissent tous les pilotes de cette course, Johnny Servoz-guevin, J.P Beltoise, Jo Siffert, Jacky Stewart, Vic Elford, Dennis Hulme, Bruce Mac laren, Chris Amon etc, etc...
Ils étaient tous accessibles.
Ecrit par : michel maurier | lundi, 14 juillet 2008
salut
je trouves ton blog super !
Vien voir le mien il parle aussi de la f1 mais c'est un blog de qualité qui devrai je pense te plaire
ajoute moi dans t contact stp
Ecrit par : alex | samedi, 13 septembre 2008
Bonjour
Voici, à la suite, mon témoignage de spectateur à ce GP :
Je venais d’avoir 15 ans, je m’intéressais aux courses dans L’Automobile, Sport-Auto, Champion, Virage-auto, depuis 2 ans (on rentrait du Maroc); c'est Le Mans 67 qui m'a donné le virus, et l'arrivée de MATRA en F1; je venais de me casser le bras en mobylette (en conduisant d'une main); c’est mon père qui a dit pour me faire plaisir, et sans doute parce que ça ne lui déplaisait pas, on y va (depuis Paris); je ne sais plus pourquoi un de mes frères, jumeau à ce sujet, n’était pas du plan (déjà en vacances ailleurs ?).
On était à la sortie du nouveau monde, sur le talus, sous la pluie. Les courses du matin, R8G et FF n’étaient que des hors-d’œuvre, mon père avait une R8 major, les FF étaient frèles (surtout l' ELINA) ...
Le premier passage des F1, c’est le CHOC : le bruit, les couleurs, les F1 à touche-touche, les MATRA, Beltoise, notre idole, Jo SCHLESSER un autre français que je ne conaissais pas …
Puis une colonne de fumée noire , très haute, le feu à environ 700 m : un accident, on sait pas qui, on sait pas les dégâts; comme on l’a dit, le speaker est très discret, le grand public n’a pas réalisé, la course continue, ICKX est devant avec son casque bleu non integral à visière bulle (on voit son visage d'ange, concentré), sa Ferrari rouge à bandes jaune, avec aileron et ses échappements spaguetti centraux blancs, c’est magnifique même sous la pluie, on se tord le cou pour les suivre le plus longtemps possible; je crois que la mort de Jo SCHLESSER n'a pas été annoncée durant la course, on l'apprendra en rejoignant le parking, par la rumeur … ICKX est devenu ce jour là une star, comme BRAWN GP cette année.
A revoir cette HONDA RA 302, c’était vraiment une grosse nouveauté : très petite, très légère, refroidissement à air, pilote très devant, aéro optimisée en finesse; mais la sécurité à cette époque …
Voilà, j’ai toujours aimé ça, cette griserie, cette recherche permanente de la limite et de l'efficacité technique, mais cette année le pire a été revélé, les champions du monde programmés, j'aime pas, BRIATORE et son chalutier à morues c'est plus que carton rose, et aujourd’hui, j’espère que les déclarations de J.TODT à propos de la recherche d’une meilleure efficacité environnementale ne seront pas que du green-washing pour pérenniser une activité politiquement incorrecte.
Une photo choc, Jacky regarde dans ses rétros, Jo git sur le bitume, les pompiers et commissaires semblent accablés de ce qu'ils viennent de vivre, la vie continue :
http://www.jacky-ickx-fan.net/web/site_galerie.php?idx=64&id=1
Ecrit par : Ah! l'arrière des dauphines | jeudi, 31 décembre 2009
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