vendredi, 23 mai 2008
La Guerre du rail

Il ne faut pas se fier aux cheveux blancs, à la maturité...
Ça reste intact, c’est toujours là et on continue à croire.
Romain Gary, Clair de femme
Nous sommes en 1965. Nous avons à peine vingt ans. C'est le soir. J'aide Hervé Bayard à finir de charger dans l'antique tube H Citroën ses deux motos de course, une G50 Matchless et une 250 Morini, pour le GP de Bourg-en-Bresse [1]. Le fourgon est vieux mais pratique : c'est un van aménagé pour deux chevaux : chaque moto a son box séparé par un solide bat-flanc de bois. On fait attention cette fois à bien nettoyer le van des litières.
À Montlhéry, ils ont assez rigolé quand on a sorti de la paille sous les motos ! Après un bon repas, il est presque minuit quand nous prenons la route, évidemment à la bourre. 600 km, on peut compter sur 60 de moyenne avec des pointes à 80, peut-être 90 dans les descentes.
- On se relaie toutes les heures ?
- OK, c'est parti. Lancinante vocifération du 4 cylindres essence à fond de trois, (pas de boite 4 vitesses sur le tube), secousses verticales permanentes, direction vague, phares jaunes aux lueurs vacillantes, les kilomètres défilent lentement. De temps à autre, on soulève le capot moteur de l'intérieur pour voir si les fuites d'huile restent raisonnables…
La nationale nous mène enfin à Paris : Porte de la Chapelle, les périph', porte d'Italie et direction Melun.
- On prend la N6 vers Sens.
- Je te relaie là-bas. Et je m'endors sans entendre la réponse, le moteur qui hurle, les tôles qui claquent. Heureuse jeunesse… Bing ! Bang ! Merde, j'ai plus de direction ! Hervé ne hausse que très rarement le ton. Je me réveille, brusquement passager d'un engin diabolique. Le crissement de métal contre le bitume est insoutenable, des étincelles comme des flammes jaillissent devant le pare brise, surtout du côté gauche. Quelques judicieux coups de volants plus tard, Hervé arrête le tube Citroën bien garé à droite. Je remarque alors que ça penche bizarrement.
- Je crois qu'on a perdu le train avant gauche, me dit Hervé. Chacun saute par sa porte "suicide"(!), on se retrouve devant le haut double chevron : ça fume, ça pue le caoutchouc brulé, l'huile, la ferraille surchauffée. La fixation de l'œil gauche du tube a opportunément cassé, et le phare jaune éclaire doucement dans la nuit noire le désastre : la roue avant gauche est couché sous le châssis. Une rotule de suspension a cassé, barres de suspension et de direction sont tordues. Il est quatre heures du matin, en pleine campagne.
- Sens est à dix kilomètres, me dit Hervé. C'est foutu.
- Regarde, là-bas une station-service ! Heureux temps où tant de stations restaient ouvertes la nuit sur les nationales, îlots salvateurs pour les naufragés de la route alors nombreux. On y court. Le gars comprend vite, il téléphone :
- Le camion de dépannage vient chercher votre fourgon dans une demi-heure. Une idée lumineuse me traverse :
- le dépanneur, il n'a pas besoin de nous ?
- Ben non, mais…
- Bon vous gardez le tube, on part avec les motos.
- ???? Il a pas eu le temps de réfléchir, Hervé me regarde, bizarre :
- Allez fonce, on retourne au fourgon, on sort les motos et on part par la route.
- T'es malade, il reste plus de 300 bornes pour Bourg-en-Bresse!
- Et le train, ça sert à quoi ? Vite, on est vendredi matin !
Le lourd panneau de descente du van est abaissé. Il prend la moitié de la nationale, il fait nuit. Une voiture passe, coup de klaxon furieux. Insensibles, on prend nos sacs : Hervé met sa combinaison de course, ça sera toujours ça de moins à transporter. Sacs sur les réservoirs, démarrage à la poussette, Hervé saute sur la G50 tandis que je fais pétarader le 250. Les mégaphones hurlent dans la nuit, les motos filent sans le moindre phare. Faut essayer de deviner la route, retenir les sacs, rester dans les tours. Pas le temps de se demander si tout cela est bien raisonnable, nous faisons déjà du tourisme dans les rues de Sens pour trouver la gare ; les mégaphones réveillent toute la ville mais les guidons à bracelets sont bientôt appuyés sur le mur de la station.
- Deux places pour Bourg en Bresse. Le préposé nous regarde bizarrement puis replonge dans ses grimoires.
- Vous avez de la chance il y a un départ dans une demi-heure. Avec un changement, arrivée à dix heures. Premier quai.
- On a deux motos en bagages accompagnés.
- Vous rigolez ? Les motos, c'est un autre train. Elles arriveront demain après-midi. Attendez, demain, c'est dimanche, on ne pourra vous les livrer que lundi.
- Mais il y a toujours un fourgon de marchandise derrière les wagons !
- Oui, mais le matériel transporté doit être enregistré. Puis vos motos, elles sont préparées pour le transport ? Il faut un cadre en bois… Bon, il faut une adresse de livraison, ou alors…
Il continue à parler, on n'écoute plus. On se regarde Hervé et moi. Demain c'est dimanche. Si on loupe les essais officiels, pas de course. La même idée nous vient, avec la même détermination. Nous achetons nos deux places de seconde, sans plus rien dire. Nous ressortons de la gare, les motos sont là, abandonnées contre le mur. Pas besoin de parler. Chacun sa machine, on pousse, toutes les gares ont un portillon ouvert sur le côté, même la nuit, nous sommes sur le quai avec nos machines et nos sacs. Le train arrive sur le premier quai. On pose en douce les bécanes et on se met en chasse de planche : Eh oui, les fourgons sont hauts et sur les quais il y avait toujours des planches pour monter les colis. Ca y est: on a repéré la longue planche : il faut s'y mettre à deux pour la porter.
Le train arrive : foncer vers le fourgon, ouvrir la lourde porte coulissante, porter ce p… de madrier, le poser en appui, filer chercher les bécanes, en monter une, équilibre précaire en haut, tu la tiens, non, j'y arrive plus, merde, le chef de gare nous a repéré, coup de sifflet, cris, alerte, ça nous donne des ailes, la deuxième moto, La Morini, monte toute seule, avec quelques égratignures. On saute sur le quai, Hervé referme la porte coulissante de l'antique fourgon à marchandises.
– Vous n'avez pas le droit ! nous hurle aux oreilles un chef couronné d'une casquette. Il a raison mais c'est fait et le chef de gare est piégé, le train doit partir à l'heure. Il nous reste à courir dans le premier wagon de voyageurs tandis que le train s'ébranle au coup de sifflet rageur du chef. Nous nous écroulons dans le premier compartiment. On éclate de rire quand le train démarre : on a réussi. Les deux personnes installées s'écartent en pinçant le nez. On se regarde et on comprend : Hervé est en cuir noir près du corps comme on faisait à l'époque, moi je suis ébouriffé et franchement sale. Nous dégageons un fumet d'huile et de cambouis. On se marre mais pas longtemps :
- Il y a changement de train à Lyon… Comment on va faire?
- Ben, pareil mais plus vite ! On est rodés, c'est déjà ça. Les billets sont explicites : dix minutes pour… tout faire! Epuisés, nous nous endormons.
- arrivée à Lyon dans deux minutes. La voix semble sortir d'un film d'horreur, encore un cauchemar. Je sursaute. Non, nous sommes réveillés et c'est pire ! Petit jour blême. On se repartit les rôles : comme je suis le plus présentable, pas en cuir moulant noir mais simplement en jean crasseux et pull informe, je fonce dès l'arrêt vers un préposé et demande :
- Quel quai le train pour Bourg-en-Bresse, s'il vous plaît ? Réponse automatique, il n'a pas eu le temps de me détailler :
- Quai 4, passez par le souterrain. Je reviens au galop vers le fourgon : Hervé à déjà ouvert la porte, déniché la planche qui fait office de plan incliné.
- Faudra traverser les voies! Quai 4, là-bas.
- On sort les motos, on verra après. La deuxième machine n'est pas encore sur le quai que deux préposés arrivent de loin en courant :
- Qu'est-ce que vous faites ? Mais c'est interdit !
On finit notre déchargement et on commence la longue poussette avec les sacs en équilibre sur les réservoirs.
- Attendez, vous n'avez pas le droit de traverser les voies ! C'est formellement… Et le fourgon, faut enlever les descentes et refermer la porte. Tout de suite ! Interdit, tout ce qu'on fait est interdit, on sait. Pas de pot, la roue avant de la G50 se coince dans un rail.
- Aidez-nous, merde ! Un des agents nous aide à sortir la roue et pousse tout en nous disant d'arrêter immédiatement. Deux autres uniformes arrivent au loin, vite, vite. Le train est là, devant nous. Les rails de montée ? Où ?
- Là tu les vois ? vas-y Hervé, je tiens les deux bécanes. Vous pouvez m'ouvrir la porte du fourgon ? Le préposé, ahuri par ma demande, commence, lève le lourd loquet, entrebâille la porte, s'arrête enfin :
- Mais c'est interdit, on vous dit !
- Aidez-moi, la G50 va tomber ! Il m'aide, le brave homme. Il est très tôt le matin, il doit avoir l'impression de vivre un cauchemar. Hervé est là, les rails sont jetés sur le fourgon. Les deux motos recommencent leur périlleuse ascension. Encore des bleus, des éraflures, un peu de sang, du cambouis, de la graisse sur les vêtements, une force que nous ne nous connaissions pas, et les deux motos sont appuyées dans le fourgon, calées. Ne reste qu'à sauter du fourgon, à faire tomber les rails devant cette fois quatre uniformes qui s'écartent et répètent que c'est interdit, totalement interdit ! Le train roule déjà. Vite, la première porte, le premier marchepied, ça y est, sauvés !
A Bourg-en-Bresse, le chef de gare nous attend. Pour nous mettre en taule ?
- Mais non, dépêchez-vous, quatre copains vous descendent vos motos. On peut dire que vous vous êtes fait connaître dans la SNCF ! J'ai téléphoné au circuit, on vous attend, les essais officiels 250cc commencent dans une heure ! Hervé Bayard a pu courir ses deux épreuves de motos à Bourg-en-Bresse.
C'était en 1965. Tout est strictement exact. Y-a-t-il quelques lignes encore transposables en 2008 ? La passion ? "Une foi à déplacer des montagnes" a-t-on déjà dit ailleurs.
Guy Dhotel

[1] En savoir plus sur le Circuit international de Bourg-en-Bresse
La Guerre du rail © Jean-Marie Guivarc'h (http://arbresacamesetpoilsdemartre.hautetfort.com)
Illustration exécutée à façon par l'artiste, ce dont il est chaleureusement remercié
10:10 Publié dans Mauto | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note
| Tags : guy dhotel, 1965, hervé bayard, jean-marie guivarch, art, temoignage, moto |





















Commentaires
voila une belle histoire d'hommes , le meilleur scénariste n'arriverait certainement pas a imaginer une histoire pareille ! heureuse époque ou la passion l'emportait et de loin sur la raison , merci Guy Dhotel
Ecrit par : bidochon | vendredi, 23 mai 2008
Vous nous parlez d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaitre ... et ce pour notre plus grand desespoir ...
Mais s'il vous plait Monsieur Dhotel, continuez de nous faire réver avec ce genre d'histoire, qui trouve toute sa place dans la grande Histoire de la compétition auto/moto !
Ecrit par : Hugo | vendredi, 23 mai 2008
J'ai lu votre note sans avoir pu reprendre mon souffle.
C'est bien joli l'histoire des cheveux blancs de Romain Gary, mais je suis épuisé maintenant!
C'est ecris comme - A bout de souffle - la chanson de Nougaro.
Chapeau l'artiste.
Ecrit par : gianpaolo | vendredi, 23 mai 2008
Très beau texte.
Et le type H, vous l'avez récupéré ou bien il est toujours dans une station-service près de Sens?
A propos de Type H, j'habite dans l'est parisien, où un paysagiste ne jure que par le "tube". Du coup, on voit fréquemment ses Type H orange dans les rues.
Ecrit par : Joest | vendredi, 23 mai 2008
Merci pour ce superbe récit. Un véritable scénario pour un court métrage. J'avais les images en noir et blanc qui défilaient dans la tête (genre les tontons flingueurs pour l'ambiance) tout en lisant votre texte. Un sourire ne m'a pas quitter de la lecture. Merci encore.
Ecrit par : GIGI | vendredi, 23 mai 2008
A mon tour de vous remercier pour vos commentaires élogieux.
Pour Joest,
A cette lointaine époque, tous les retours de courses autos ou motos menaient à Paris. Les deux motos sont donc revenues sur deux remorques aux rails (!!!) disponibles.
Quant au "tube", il est resté longtemps en réparation, un bon mois je crois, tant des tas de choses s'étaient tordues là-dessous. Pour sa défense, on peut admettre qu'il n'était pas fait pour le pilotage intensif auquel nous l'avons soumis durant deux ans.
Curieusement, beaucoup d'autres pilotes ont constaté, étonnés, que leurs fourgons ne supportaient pas plus un rythme disons soutenu: salades de bielles, pneus en lambeaux après quelques dérapages bien anodins, et même tonneaux: Ah! l'"Estafette", toujours prête à jouer sur deux roues...
Ecrit par : guy dhotel | vendredi, 23 mai 2008
Géniale époque,à la lecture on complètement dedans.
Hélas,à part la passion,plus grand chose de transposable aujourd'hui même plus le circuit de Bourg que j'ai bien connu.
Ecrit par : francis V | vendredi, 23 mai 2008
Une histoire sans peur et sans reproche, comme il se doit !
Votre mémoire n'a aucunement... déraillé !
Ecrit par : eric bhat | vendredi, 23 mai 2008
A rapprocher de la vision d'un parc concurrents de formule 3 actuel, avec des pilotes tellement jeunes, et bénéficiant de tout le confort, d'un entourage marqueté et marqueting, d'un accès media étudié et qualibré... je ne vous envie pas Guy Dhotel d'avoir vécu cette pathétique époque !
Ecrit par : L'étroit mousquetaire | vendredi, 23 mai 2008
alors la chapeau bas monsieur dhotel pour cet article que je viens de lire sans respirer et avec beaucoup d'emotion .aujourd'hui la meme chose "impossible" merci encore et a bientot habitant au pied de la course de cote de chamrousse je me souviens bien de votre course avec la bbm quand a l'annee....
Ecrit par : d robin | vendredi, 23 mai 2008
Cher Guy, quel talent! C'est du Godard ou bien?...
Encore bravo.
C'est marrant : parfois, les années ayant passé, il ne reste de certaines courses que les à-côtés. Les anecdotes cocasses, rigolotes ou croustillantes prennent largement le pas sur la compétition elle-même. La mémoire est-elle si sélective qu'elle ne garde que ces moments-là? Ou peut-être, justement, est-ce cela l'âme de toute compétition? A méditer....
Ecrit par : TINTIN | vendredi, 23 mai 2008
Ne pas confondre le TUB ou Tube tole lisse (avant guerre) et le type H tole ondulée (apres guerre), ce n'est pas le même modèle du tout du tout du tout...
Ecrit par : De passage | samedi, 24 mai 2008
Désolé, de passage, nous n'avions aucun respect pour ces engins de transport, même pas pour leur nom: c'était bien un type H "tôle ondulé" que nous avons torturé.
Ecrit par : guy dhotel | samedi, 24 mai 2008
je me doute que la bete de somme n'était pas le cadet de vos soucis...ne le prenez pas mal Guy, mais MDS peut aussi servir à préciser les souvenirs...MDS m'a rappelé grace à l'un de vous des noms familiers à l'époque et que j'avais oublié... Merci à vous pour déversser vos souvenirs...C'est un régal.
Ecrit par : De passage | samedi, 24 mai 2008
ben , vraiment , je sais pas quoi dire .....
chapeau ou ....M....!
z'etiez vraiment des dingues , j'ose pas dire " doux " ! pour pas dire des "bargeots"
quel suspense hitcockien et haletant ,de se demander, quelle angoisse !
quand une des bécanes, (au moins) va" se casser la gueule" de la rampe étroite , je suppose, ..pour tout homme normalement constitué de 70 kgs ? tout mouillé, qui sait ce que monter une moto de plus de 100kgs veut dire... ,
hé mazette , les fourgons sncf sont vachement hauts , rien à voir avec le plateau( bas) d'un tube HY, j' en frémis d'avance !
tant qu'à etre dans l'illégalité , je serais parti jusqu'au bout, par la route, avec les motos , pour peu qu'un clair de lune bienveillant .....
je l'ai fait avec une norton de 54, grace aux bons offices de monsieur lucas , "le prince des ténèbres" qui n'a pas volé son ...surnom ! :-(
et le tube HY pour se vautrer pareillement , c'est de l'inconscience ! ,
j'espère que vos bécannes étaient bien plus entretenues QUE CELUI-CI ? POUR DES MéCANIQUEUX , çA la fout VRAIMENTmal !
j'en ai eu pendant tout le récit , le poil hérissé de trouille ...pour vous en me disant :" vont-ils y arriver ? "
enfin bref , mission accomplie ! ;-), mais vous auriez pris une moto sur l'orteil pour pas dire plus , sur cela vous aurait fait aussi un ...SACRE ...souvenir , mais surement pas aussi bon ! :-/ ,
z'avez eu vraiment de la chance dans votre malheur , ce soir-là , le dieu de la jeunesse ....et de l'inconscience SURTOUT devait etre avec vous !
je sais fo que la jeunesse se passe mais....
tout de meme..... !,
vous avez vraiment fait fort de café ( bien chaud ! ;-),
à l'arrivée ..
..j'espère ! ;-) ,
( admirez la rime ).....
car vous le valiez bien ....jeunes inconscients ;-)
au fait , vous avez ...muri , depuis ?
allez dites -le !...
....que vous NE recommencerez PLUS vos ..... BETISES ! ;-)
NB : de toute façon , à l'heure d'aujourdui ,
Sur ! le GIGN se mobiliserait pour vous , c'est peu dire ! :-(,
fo bien que RAISON... reste à la loi , n'est-ce pas ?, :-/
fin tragique idéal pour un scénario de .......:" pierrots les fous "
c'est bien simple , j'en ai encore la chair de poule !...-retrospectivement-
rien que d'imaginer la scène,entre autres,du tube HY ( à tole ondulée ;-) ) , qui se S'crasch !.....si jeunes et (déjà) si laxistes ..... :-(,
vous aviez surement les tripes mais pas de coeur ?
je sais , je suis un ...........SENTIMENTAL ! ;-)
et J'AIME BIEN LES tubes HY aussi ! :-(
Ecrit par : pieds nickelés | dimanche, 25 mai 2008
Oh là ! pieds nickelés, n'exagérons rien! Finalement, je crois bien que les gens que nous avons le plus choqués dans ce périple étaient les passagers des deux trains, qui n'ont absolument pas digéré notre tenue sale et dépenaillée -sans parler du cuir noir juste au corps d'Hervé!- qui polluait leur compartiment! La où vous avez raison, c'est la montée des motos dans les fourgons: Hervé et moi étions du style filiforme, et on ne se connaissait pas tant de force et d'agilité. A moins que les motos de course aient une âme?
Les employés SNCF auraient pu nous bloquer, appeler les f… la police ou même téléphoner pour nous "cafter." L'employé de la station service idem. La délation était encore un gros mot dans les années 60.
Pour le tube, pardon le HY Citroën, je maintiens, persiste et signe: ces bourriques étaient faites pour nous transporter, nous et nos rêves: A-t-on jamais vu un tapis volant ou un nuage tomber en panne, a-t-on jamais songé à en regarder la marque et le modèle?
Avez-vous connu les parcs fermés de nos années, les 403 diesel, les…? Il faudrait un bouquin sur ces pauvres engins, leurs réparations insensées et leur utilisation démoniaque!
Ecrit par : guy dhotel | dimanche, 25 mai 2008
C'est bien vrai, ça.
Les voitures d'assistance étaient le plus souvent de véritables épaves, au comportement routier alléatoire, dont on se demandait comment diable elles pouvaient encore tenir sur leurs roues. En un mot, on voyait bien que le budget du pilote n'avait été investi ni dans leur achat (modèles antédiluviens: je me souviens d'un break Mercedes qui a assisté Gédéhem pendant des lustres, modèle 52 ou 53 avec phares verticaux : une rareté!), ni dans leur entretien (pare-chocs branlants, poignées de portes bricolées, pare-brises fendus, etc.).
En revanche, côté accessoires, il y avait de l'idée. De l'idée ou de la récup'? On y trouvait des phares additionnels, parfois en nombre impair (??), des pneus de marques aussi variées que disparates et souvent dans un état proche-de-l'Ohio, il y avait parfois des essais de couleur sur les ailes, les capots, les hayons, preuve du goût artistique à la fois avantgardiste et très affirmé de leurs propriétaires. C'est vrai qu'un break orange avec une aile vert salade et un hayon marron, ça vous pose là.
Quant à l'habitacle, c'était un joyeux capharnaüm digne du bureau du célèbre Gaston Lagaffe himself. En se penchant un peu, ou lorsque les lascars ouvraient la portière (aïe, ça va tomber, j'te dis!), on pouvait découvrir, pêle mêle :
- le road-book ouvert à la page qui va bien,
-la carte générale,
- la carte locale,
- et la carte IGN,
toutes trois dûment stabilobossées, graffitées, rayées, raturées, avec les noms des bleds improbables (Saint Jean de Mont lieu-dit La Gachère, par exemple) entourés de feutre et portant moultes inscriptions et signes cabalistiques, sortes de hiéroglyphes pour néophytes en mal d'évasion ("CH3/assistance 4/essence/plaquettes") que les locaux se bousculaient pour venir admirer en soupirant de bonheur, pendant que les quidams déchargeaient les bidons et la caisse à glingues, tout auréolés du sentiment flatteur d'être, ce jour-là, LA star de St Jean de Mont lieu-dit La Gachère.
On y trouvait aussi, le plus souvent, les reliefs d'un sandwich commencé après la spéciale 5, mâchouillé sur la liaison spéciale 5/spéciale 6, et gardé au frais (sic) en attendant le CH 9 "qui passe large on aura tout le temps de le finir".
Ajoutez quelques bonbons plus ou moins entamés, une paire de lunettes de soleil rayées, à branche rafistolée avec du scotch de plaque, le ticket de restaurant du rallye du Var, une note d'hôtel du Lyon-Charbonnières (à ne pas perdre, zut, j'ai oublié de la donner!), une liste de courses à faire, vite avant la spéciale 9 je te dis qu'on a le temps: ils auront 10 mn d'avance, un T-shirt, sale évidemment, le blouson (je sais on est en juin, mais les nuits sont fraîches, tiens faudra penser à le laver celui-là), ainsi que quelques boulons, rondelles, ficelles, pâte à joints, et autres inpedimentæ totalement indispensables à la survie du tandem, composé de Paulo et de "La Bricole", ainsi surnommé parce qu'il répara à l'arraché le support-moteur de Jean-Louis Clarr au Neige & Glace 72, avec une perceuse et un câble EDF.
Je ne suis plus les rallyes "modernes", bien trop fades à mon goût, mais ça m'étonnerait que le -somptueux & dernier modèle- break d'assistance de Loeb soit de cet accabit...
Ecrit par : TINTIN | dimanche, 25 mai 2008
Je trouve notre Pieds Nickelés un peu ironique.
Guy Dhotel n'a pas prétention d'être un héros sur ce coup là, il décrit simplement -et avec talent- une tranche de vie du quotidien des coureurs amateur : les galères de déplacement.
C'est d'autant plus touchant que nous sommes nombreux à avoir vécu des situations comparables.
On parle de rouler sous une pleine lune bienveillante ?...
Jürg Dubler dans ses mémoire, "les années fabuleuses de la F3 1000cc" raconte qu'au retour d'une course en Italie, il devait franchir le col Saint Bernard pour rentrer chez lui, en Suisse.
Son fourgon à bout de souffle refusait de monter tout le chargement. Qu'à cela ne tienne, il a déchargé la monoplace, et pendant que sa femme poursuivait l'ascension avec la camionnette ainsi allégée, il a monté le col en F3 1000cc, de nuit, sous la pleine lune.
Ecrit par : Christian Burdet | dimanche, 25 mai 2008
Merci Guy Dhôtel, encore une épopée magnifique, tellement vraie par son vécu et que tu relates avec ton talent habituel, c'était halletant; vont-ils y arriver? Je vois que l'ami Hervé Bayard en a "bavé" aussi pour assouvir sa passion...Celà semble notre lot à tous alors!. Un petit souvenir; ayant tapé sévèrement lors d'une séance d'éssais sous la pluie battante sur le 6 km du circuit de Montlhéry. Le 6 km,6/6,3?, avec bretelle au "château d'eau", à l'aller la courbe "Ascari" et au retour Contre-Ascari, vite donc pour "La Ferme".Il pleuvait "à seaux", un mur opaque blanc pour vision de la trajectoire...Et brutalement l'arrière complet d'une autre monoplace qui se dessine au tout dernier moment. Perso; j'ai pensé que j'étais "en enfer" et que si...c'était maintenant!. Et je fais la faute!, en"retour"rapide au freinage de la Ferme, dans ce brouillard
"blanc", ce n'est pas une excuse, je mords très légèrement les roues droites sur l'herbe.Même pas un demi Xas...mais je me plaque sur le muret en béton à, entre 180/190 Km/h, à droite et j'arrache les trains à droite, un choix que je fis alors, pas d'échappatoire à "La ferme" à l'époque, qui m'arrivait pleine "gueulle", la piste détrempée et deux roues dans l'herbe, j'avais l'impréssion d'accèlérer...Celà m'a semblé très long, pénible. Je reste consterné,
pas "groggy", mais éffondré mentalement par mon erreur.Pas de ceinture, un peu "bleui" de partout, ayant glissé, tassé au fond de ma monoplace, tentant d'évaluer les dégâts, je restais un certain temps dans l'Elina. Le public accourt, et un spectateur me pose...tranquilement, posément, mon auto est écrasée sur le mur, une multitude de questions...J'y réponds, courtoisement, posément, à ses questions du type; "Quelle vitesse maximum": 220, le poids: 400 kg, etc...à la 5ème/7ème question, un véritable interrogatoire!, je lui réponds, toujours pas sorti de la Mono: "Vous allez me foutre la Paix!". S'il me lit, eh bien je m'en excuse de ma réaction car ce n'est pas mon éducation.
Avec un peu plus de discernement, de recul, je pense que ce spectateur avait eu
peur tout simplement, pour moi?, et cet interrogatoire en était, de facto, la traduction.
Mais là n'est pas mon propos. L'Elina a ses deux trains droits qui pendent, ne tenants que par les durites de freins..., quand elle fut levée.Ramenée aux Ateliers de Mille Miles de J-P Beltoise, je vois déjà les mécanos qui s'affairent sur l'auto. Je m'excuse de ma grosse sortie, sinon
"bourde". Ils me répondent:" l'on va travailler toute la nuit, mais tu partiras demain,d'autant que tu as le meilleur temps, rentre et va te reposer". Donc, le lendemain, tôt le matin, je suis à Mille Miles sur la RN 20, l'auto est toujours en chantier de...reconstruction, sur deux tréteaux...
La course est à 14 h, de mémoire. On règle la géomètrie des trains, votre serviteur, comme il se doit, assis dans l'auto. Je regarde ma montre, je demande que le plein soit fait et dis;"Nous n'avons plus le temps de la charger sur le Combi/plateau VW".Les mécanos pensent que c'est "foutu", j'enfile ma combinaison et prends la RN 20 au milieu des autos qui circulent et nombre qui "montent"en direction du circuit.C'est "drôle" en monoplace sur la
N 20...C'est "spécial", l'on est au niveau des ponts à vis des 404...J'ai souvenance, que la côte menant au circuit, au Plateau de St.Eutrope, la file de droite est bloquée. Je prends à gauche et naturellement je me trouve plein face avec deux, trois voitures qui descendent!?! Bien sûr, je ne coupe pas..., devant ma détermination, enfin elles se jettent dans le fossé...c'est la bonne décision car les traverses avant au niveau des gencives, pas bon!!!.
Auparavant, sur la RN20, je vous dit pas les Gendarmes, sifflet stridents, bras levés, tentant de me bloquer sur la Nationale! Ils attendent encore, plus de quarante ans plus tard, que je m'arrête...J'espère qu'il y a prescription!
Bref, je passe sous le tunnel d'accès à la piste, toujours...à fond. Bien m'en a prit, les autres mono avaient éffectuées leur tour de chauffe, étaient sur la grille.Mon Père, avec ma Belle-Mère, se levaient des Tribunes, le Speaker ayant annoncé; Libert ne prends pas le départ...Et là, les officiels lèvent la barrière d'accès à la piste et je pars en dernière ligne, pas de "tour de chauffe", freins froids, pas utilisés sur la N20 à plus de 200 Km/h...
De mémoire, j'ai fait ce que j'ai pu en 35 minutes, j'ai terminé, sur trente qualifiés, à la 6 ème/7 ème place, pas dans des conditions optimales. Heureusement que je ne suis pas très émotif, c'est sûrement parce que je n'ai pas de Coeur. Les concurrents en Allemagne, m'appellent
"The Snake", c'est sûrement pour celà!
L'intérêt de cette "petite histoire vrai", c'est d'avoir roulé en monoplace sur une Nationale...à Fond!!! Certainement des automobilistes s'en souviennent, doublés sur la 20,ceux qui descendaient... et des spectateurs présents pourront en porter foi, j'espère.Quant aux Gendarmes sur la RN 20, ils sont arrivés quand la Course était lancée.Ils ont assistés à celle-çi, à l'arrivée ils m'ont félicités de ma Course, comme quoi...
Ecrit par : François Libert | dimanche, 25 mai 2008
Vos récits sont fascinants Monsieur DHOTEL. J'ai suivi en tant que spectateur et ensuite cotoyé Hervé Bayard modestement lors de ses participations en championnat de Belgique de la montagne. L'idée que je me faisais de lui était celle d'un homme très calme et bon genre. Dans les années 80, il était le modèle que je me faisais du pilote automobile, très professionnel. En 1993 , je participais au championnat de Belgique de CC qui était malheureusement sur le déclin et j'ai donc vécu si je peux dire la dernière saison du maitre. 10 fois champion de Belgique, ça se mérite. Il roulait malheureusement sans sponsors conséquents et cela signifiait à court terme la fin de l'hégémonie Bayard. Il y a quelques années, je lui ai adressé un courrier auquel il m'a répondu bien aimablement. Il habitait à l'époque à Haybes dans les Ardennes. Je tiens à préciser qu'en 1993, j'étais bien loin de me douter que cet homme avait un palmarès tel que celui qui est le sien.
Ecrit par : Eddy DAIVIER | mardi, 25 novembre 2008
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