mercredi, 14 mai 2008

Monaco historique 2008 #2, bleu de France

bleu1.jpg

Avec pas moins de six unités, plus deux autos cachées dans les stands et dévolues aux tours de piste des happy few, le bleu de France, version Gordini et Matra, était une couleur visible à Monaco. Rendons grâce aux amateurs éclairés qui possèdent et (ou) pilotent ces éléments du patrimoine national de les montrer aussi comme des voitures de course. ll s'agissait de deux Gordini monoplaces T15 de 1947, dont une vue arrière gauche est montrée ci-dessus ; d'une Gordini Sport 23 S de 1949, à laquelle s'ajoutaient deux autres Sport non identifiées servant de véhicules de liaison entre différents points du circuit, et enfin de trois Matra MS 120.

1290008744.jpg1904464152.jpg

Eric Leroy est interviewé par une équipe de télévision sur la passion qui l'a poussé à acquérir une Gordini de F1, une vraie là où d'autres, comme votre teneur, se sont contentés du modèle Dinky Toys. C'est un rêve de gosse que je réalise, a déclaré ce très sympathique amateur qui précise que son auto prit la quatrième place du GP de Monaco en 1948, il y a très exactement 60 ans, aux mains de Maurice Trintignant. Sur la vignette de droite, Jean-Jacques Bally, un autre Français, qui possède exactement la même machine que celle de Leroy, pose pour son mécanicien qui n'a pas hésité à investir dans un polo raccord, Monaco oblige. Cette T15 a participé au GP de Turin en 46, conduite par Amédée Gordini en personne, et fut cédée en 47 au prince Igor Troubetzkoy.


bleu4.jpg

Ah les Gordini et leurs immatriculations ! Bien qu'il n'y ait eu que 20 modèles Sport, bien malin qui pourrait les reconnaître et les identifier sans une solide étude, sauf à s'appeler Pierre Abeillon, Christian Huet ou Robert Jarraud, les spécialistes du boulevard Victor. Chez Gordini, les châssis étaient sans cesse en évolution, utilisés tant en monoplace qu'en Sport, reconditionnés sans fin. Celle-ci, alignée dans le plateau C par Eddie McGuire est donnée comme une type 23 S, sortie de l'usine en tant que 19 GCS en 49 puis désignée 23 S en 52 et destinée à courir au Mans cette année-là. Behra et Manzon s'y comportent plutôt bien, en tête durant 9 heures avant que des ennuis de frein les condamnent à l'abandon au petit matin. La Gordini prend ensuite la route pour courir le GP de Belgique à Spa la semaine d'après. Bien lire "La Gordini prend ensuite la route" (!). Cette participation d'une Gordini Sport à un GP de F1 reste unique. L'auto était confiée à Johnny Claes, qui connaissait bien la musique de Spa. On la verra quelques jours après au GP de Reims, conduite par Manzon.


20765512.jpg1184670104.jpg

Voici les deux Gordini à l'abri des stands, que le public n'approcha pas. Sont-ce des répliques ? Celle de gauche nous fait penser à 17 S avec ses deux lanières de cuir rapprochées, une machine qui dans ce cas aurait tourné de 52 à 62 aux mains de Behra, Mieres, Guelfi, Lucas, Schell, Bayol, Loyer, Da Silva Ramos, bref les cadors de l'époque, ramenant une 2e place aux Coupes d'automne 53, une 3e place à Caen. On remarque que la voiture de droite est immatriculée 4098 BH 75 alors que la 23 S vue plus haut est 4097 BH 75. Quelle est-elle ?

2080147496.jpg106160135.jpg

Christophe Caternet joue à être Jean-Pierre Beltoise à bord de MS 120B/05 alors que Jean-Pierre Beltoise joue à faire oublier Jean-Pierre Beltoise, l'homme qui gagnait ici en F3 en 66 et en F1 en 72, pour vendre le Jean-Pierre Beltoise du troisième millénaire (veste orange = fashion victim). En passant, deux autres MS 120 étaient visibles, MS 120B/C/04 conduite par Abba Kogan et MS 120C/06 par Yves Saguato.



Grand Prix historique de Monaco . Circuit de Monaco . 10 et 11 mai 2008
www.acm.com


Images © MdS

Commentaires

Bravo et félicitations de tenter de dénouer les noeuds autour de ces Gordini.

Terrain miné; pente savonnée ......

Les voitures sont comme les personnes qui aiment les instituts de beauté afin de conserver leur apparente jeunesse.

Ecrit par : Jean-Louis Mathieu | mercredi, 14 mai 2008

Un superbe rassemblement de GORDINI est prévu au grand prix de marseille le 21 juin
Nous en descendons une du périgord
plus d'infos sur http://www.grandprixhistoriquedemarseille.com


En reverra t-on une un jour sur le célèbre circuit des remparts ? seul JLM peut nous répondre...
GORDINI a écrit les plus belles pages de son histoire dans la cité des charentaises...
et depuis feu René MAURIES, aucune n'a participé à cette retrospective depuis une bonne dizaine d'année

Ecrit par : JML | mercredi, 14 mai 2008

Si GTO peut le faire alors il n'y a plus qu'à espérer que les spectateurs se pressent en masse sur le pourtour du tracé.

Ce qui peut paraître facile pour une évocation, l'est moins dès lors qu'il s'agit d'une réelle compétition.

Très bonne mémoire JML ! Aussi le circuit des Remparts fète cette année les 30 ans de la résurection; en 2009 ce seront les 70 ans depuis la première fois.

Dès que possible, ici là et ailleurs, l'organisation offrira les plateaux (l'affiche est parue avec deux mois d'avance) ainsi que ses invités.

Nous avons la quasi certitude de la venue d'un "As" des années 50, nous révèlerons son nom en temps et en heure. Quant aux voitures, il va y avoir du changement cette année, les remparts vont vibrer "non stop".

Désolé nous n'avons pas la mer !

2009, année anniversaire, est déjà bien avancée en préparation, nous espérons l'évènement majestueux.

Il n'y a plus que trois circuits en ville - autorisés - contenus sur l'hexagone de la France dont deux dans notre pays.

Le Circuit du Maine - 20 km du centre ville d'Angoulême - devrait être opérationnel pour 2009, ce qui laisse entrevoir des possibilités de développements .........

Ecrit par : Jean-Louis Mathieu | mercredi, 14 mai 2008

"Veste orange = fashion victim", je crains le pire en pensant à votre garde-robe.
Mais on est toujours content d'avoir des nouvelles de JPB.

Ecrit par : S. | mercredi, 14 mai 2008

Heureusement que certains jouent à être Beltoise, car si on doit attendre que JPB prenne le volant d'une MS120...

Ecrit par : Marc Ostermann | mercredi, 14 mai 2008

mais, alors. . . il n'y a pas que du Rouge à Monaco. il y a aussi del Bleu, dipinto di Rosso

Ecrit par : Bruno | jeudi, 15 mai 2008

La course disputée à Reims en 52 par la 4097-BH75, à laquelle fait allusion le TTDCB, mérite une courte évocation, car elle symbolise à elle seule la destinée de ces sacrées Gordini.

Au volant de cette auto, Robert Manzon fit merveille en début de course, menant avec autorité devant la Jaguar d'un certain Stirling Moss. Malheureusement, au 17ème tour, la direction cassa à l'approche du virage de la Garenne. Fut-ce le résultat de tous ces kilomètres parcourus entre les circuits, sur des routes dont l'état n'était sans doute pas toujours irréprochable ? Toujours est-il que la belle bleue s'en vint percuter un pylone électrique, court-circuitant tout espoir de victoire. Manzon, quant à lui, échappa au pire en sautant in extremis de son baquet !

Il est vrai que quelques heures plus tard, à l'issue du GP de France, Jean Behra devait offrir au Sorcier du boulevard Victor, en dominant la Scuderia Ferrari au grand complet, ce qui demeure sans doute la plus belle victoire de la marque

Il n'empêche. Le blé généreusement distribués par les organisateurs aux vainqueurs, par mimétisme peut-être avec les champs qui entouraient le circuit, aurait été apprécié sans réserve si Manzon avait pu lui aussi conclure victorieusement.

D'autant que le bulletin distribué avec le programme officiel n'avait peut-être pas obtenu les résultats escomptés.

Il était ainsi libellé : "Il faut aider Gordini à poursuivre ses efforts. Souscrivez sans tarder et faites souscrire vos amis...".

A cette époque là, en effet, c'était dur pour tout le monde...

Professeur Reimsparing

Ecrit par : Professeur Reimsparing | jeudi, 15 mai 2008

Bravo, mes respects Professeur.

Oui Manzon n'a la vie sauve que pour avoir eu la présence d'esprit d'abandonner le volant.

J'avoue y perdre mon latin à la lecture des ouvrages tant celui de Christian Huet que de celui de Robert Jarraud (c.f. ceux-ci), pire encore si l'on ajoute l'article de Pierre Abeillon dans feu la revue de L'automobile Histotique n° 4, page 40 lire châssis 18 !

Pour Jarraud il y aurait eu deux 4097 BH 75 ! L'une à Monaco le 2 juin 1952 pilotée par Manzon dans la course des moins de deux litres, qu'il remporte, portant le n° 14 immatriculée 6323 RS - c.f. GP de Monaco Tome 1 page 1952/17 bas -.
L'autre 4097 BH 75 - ex. immat. 6322 RS - plaque posée à l'arrière pour Reims le 29 juin 1952 (erreur de mois par Jarraud); épreuve où elle participe avec un moteur 1500cc, signalée voiture détruite dans les circonstances décrites; " Tu sais combien il me coûte ton poteau ? Aurait lancé Raymond Roche à Robert Manzon.

Commence alors une partie de "mécano", comme savait le faire Mr Amédée, qui, au gré des épreuves, utilisera tout ou partie de morceaux et bouts de telle ou telle pour les aligner lors de courses afin d'encaisser des primes vitales à la marche de l'entreprise.

Merci encore Professeur. Mais qu'en pense Jean Sage ?

Ecrit par : Jean-Louis Mathieu | jeudi, 15 mai 2008

Ecrire un commentaire