jeudi, 24 avril 2008

Road movie au galop

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Tour Auto Lissac 2008
Voir aussi Réflexions sous la verrière


Etienne Raynaud, qui signe régulièrement sous le pseudo de "era" des commentaires toujours justes, a participé au Tour Auto comme le navigateur de la Ferrari 250 GT Lusso n° 43. Détail qui fit rêver le teneur de ce blog, dont le seul talent est qu'il l'exploite volontiers chez autrui. C'est ainsi qu'il a demandé - et obtenu du très agréable Etienne - qu'il donne à MdS sa vision de l'épreuve avant de livrer le compte rendu qu'il destine au Blenheim Gang [1], auquel il appartient. Qu'il en soit doublement remercié.


***


Mardi 15 avril 

Ecuries du Roi

Fontainebleau, ancien pavillon de chasse et centre sportif d’équitation militaire accueille le départ officiel du Tour Auto en grande pompe. La cité du cheval va abriter une matinée durant des centaines de pur-sang venus du monde entier. Aux Mustang, beaucoup semblent préférer les 16 Ferrari 275 GTB ou les multiples déclinaisons de la 250, qu’elles s’appellent Europa, Paso Corto, Lusso ou encore GTO.

Richard, arrivé de Hong Kong la veille, vient de retrouver sa Lusso. Il aime les Ferrari et les importe en Chine depuis 1993, année où une seule auto avait été vendue, une 348 livrée devant la Cité interdite… Depuis Maserati et Alfa Romeo ont rejoint le Cheval cabré pour des ventes en progression constante. Le soleil brille, la foule est présente… le V12 se libère et part vite à la chasse de deux 275 puis de la 250 GTO bleue marine pilotée par Brandon Wang à vive allure avec d’autres amis venus de Hong Kong qui ont préféré une 275 ou une Lancia Stratos orange. Autant en profiter, ils quitteront le Tour après la pause déjeuner pour aller diner chez Bernard Loiseau puis passer deux jours en Aubrac avant de rejoindre le Tour à Avignon.

Pur sang, taureaux et poneys

Le plateau 1 du Tour Auto rassemble un peu plus de 60 autos très hétérogènes depuis les frêles mais quelquefois fort véloces Osca en passant par les 4 CV, GS, sans oublier différentes déclinaisons de Jaguar XK ou de Ferrari. A chaque numéro correspond la moyenne retenue par son conducteur en spéciale. Grosso modo, les 30 premiers ont opté pour la moyenne lente, les 30 suivants pour la moyenne intermédiaire et l’essentiel du plateau 2 pour la moyenne rapide.

Sur circuit, chacun choisit son rythme… A Dijon, il sera marqué par la course poursuite infernale à très vive allure entre la Ferrari 250 châssis court ‘parisienne’ et la Miura « SOS 7 », ainsi que des sonorités évocatrices de la Ford GT40 dont le rythme est encore plus impressionnant.

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Mercredi 16 avril


Au pas

Du givre sur les fenêtres, sur le bord des routes et un froid hivernal marquent le départ de Beaune. La traversée des vignobles de Pommard se fait à allure réduite pour retrouver un peu de visibilité. Le road book comporte une portion un peu difficile à interpréter et une quinzaine d’autos feront 10 kms de trop. Demi tour et au galop pour rejoindre la première spéciale ! Puis attente derrière Aston Martin et Ferrari GTO…

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Au trot

Traversée à bonne allure des paysages somptueux du Morvan puis de la Nièvre ensoleillée pour rejoindre Magny Cours.

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Au galop

Magny Cours. La Miura a disparu pour rejoindre la bande de la GTO en Aubrac. Seule la GT40 maintient son rythme d’enfer sur le circuit où nous naviguons entre GS et A6CGS… roulant toutes deux à un rythme de trotteur. Le galop se fera naturellement afin de « pourchasser » l’autre GTO, la rouge, vers Vichy, à vive allure sur de belles départementales. Dieu que c’est beau un Cheval cabré au galop et à plein régime !

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Jeudi 17 avril


Chats en rade

Départ matinal depuis Vichy vers Charade. La Jaguar XK120 grise coupé se traîne… Elle a perdu sa troisième vitesse ce qui se révélera naturellement fort gênant sur un circuit comme Charade… En repartant du circuit à faible allure, elle croisera furtivement la XK150 de J.-F. Bouzanquet, à peine remise de ses émotions fortes de Dijon où une plaque d’huile l’a entrainée au tapis. Elle en a perdu un œil mais pas sa vivacité. Elle ne croisera pas en revanche la Type E de J.-F. Bentz dont le joint de culasse a déclaré forfait la veille.

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Les roadsters 120, 140 ou 150 affronteront eux, aux côtés des barquettes Osca ou Maserati, les routes enneigées et superbes du Mont Dore.

Sarran fou les lads

Les lads, ce sont les assistances, prêts à tout pour sauver les pur sang. La spéciale de Sarran, détrempée, sinueuse et plongée par endroits dans le brouillard enverra au tapis quelques belles. Pour les autres, travaux de carrosserie ou mécaniques seront de rigueur à l’arrivée à Brive jusqu’à des horaires fort tardifs. Pour nous, l’arrivée fort appréciée des amis d’Angoulême, dont le fameux J.-L. Mathieu, sera providentielle pour remettre en route la belle Lusso !

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Vendredi 18 avril


Course de haies

Rapide coup d’œil à Télé Matin avant le départ. La dépression qui traverse la France semble avoir lu le road book du Tour Auto… Démenti de la serveuse du Mercure qui en regardant le ciel de Brive nous fait partager son optimisme. Elle avait sans doute raison jusqu’à Laguiole. Passé le déjeuner, nous affrontons les paysages désolés de l’Aubrac bordés de neige sous une pluie battante… S’en suivront les Causses. Une Osca git au milieu de nulle part sous des torrents de flotte, la pompe à essence a rendu l’âme.

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Steeple Chase

Passé les Causses, un peu de répit pensons nous… mais le canyon de Sainte Emignie signalé comme spectaculaire sur le road book semble annoncer une course d’obstacles de plus grande ampleur. Le V12 a soif, il n’est pas le seul et la caravane du Tour a déjà absorbé les cuves de SP98 du seul pompiste à X kilomètres à la ronde. Va pour le 95 ! Montée vers un col, l’auto semble à la peine et l’essence semble mal « brûler »… On éteint les phares car on suspecte d’éventuels problèmes de batterie, d’ailleurs les Ferrari roulent pour beaucoup phares éteints… Nous sommes maintenant parmi les derniers, en haut sous la flotte et dans le froid à resserrer une batterie en pensant à des faux contacts… Peur de rester en rade là haut… mais on repart… on arrivera à Avignon après plus de 6 heures de route sous la pluie. Tout le monde n’en dira pas autant…

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Cross country

Paul et Pieter sont hollandais. Ils aiment le Tour Auto, l’ont déjà fait en Ferrari Tour de France ou Lusso. Cette année, ils sont en Fiat 2300… une des autos les moins chères du plateau mais très bien conçue selon eux… ce qui ne les a pas empêché de tomber en panne d’essence à Magny Cours. Au même endroit que nous mais bien après, ils tomberont en panne. Deux heures à regarder l’allumage, la batterie, les contacteurs sous un vrai déluge et un froid sibérien… Mais rien à faire, l’auto ne redémarre pas. Pas une âme qui vive, la nuit approche et les portables ne passent pas.
Et cette pluie qui ne s’arrête jamais. A en pleurer me diront-ils… Passe un tracteur qui s’arrête… le paysan leur indique connaitre un voisin qui adore les Fiat. Il va chercher une corde et revient au bout d’une heure. Une demi heure plus tard, nos deux hollandais passent une heure dans le garage d’un mordu de Fiat qui tant bien que mal arrive à faire repartir l’auto. Il fait nuit, c’est reparti direction Avignon. Au bout d’une demi-heure, re-belotte, l’auto n’avance plus… Roues libres jusqu’à un village. Il est quasiment minuit et ô miracle un bar est encore ouvert. Ils vont dormir dans une chambre d’hôte épuisés en comptant sur un garagiste local dont on leur vante les mérites et qui devrait pouvoir les aider le lendemain…

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Samedi 19 avril


La morsure du cobra

Départ d’Avignon où règne un temps estival… de bon augure sauf que l’on apprend que le Ventoux est annulé pour cause de verglas et de neige. C’est donc sur le Paul Ricard que s’affronteront les prétendants à la victoire. Ludovic Caron luttera jusqu’au bout pour imposer sa Cobra face à de redoutables adversaires en Cobra prêts à tout ! Il vient alors de gagner le Tour Auto, la Cobra rouge en panne restera au Castellet…

Final à l’hippodrome Borely


Départ de Fontainebleau et ses écuries, arrivée au terme de plus de 3 000 km au Parc Borely de Marseille et son hippodrome… Nous remercions le Cheval cabré qui nous a fait traverser la France de façon si majestueuse et véloce. Ses sonorités et autres envolées lyriques nous manqueront, c’est certain. Alors, nous lui offrons un peu de champagne !
A l’heure où tout le monde plie bagage, nous voyons arriver nos deux amis hollandais en Fiat... Le garagiste a passé la matinée sur l’auto avant de découvrir que leur réservoir est divisé en trois parties et que l’essence circule par des ouvertures situées en bas de chacune des séparations entre ces trois parties. Celles-ci étaient partiellement bouchées et donc l’essence restait bloquée en n’alimentant l’auto que très partiellement dans les virages prononcés ! Une fois ce souci levé, nos deux amis ont rejoint directement Marseille pour eux aussi avoir droit au champagne.
Les pur sang au repos… leur jockeys, lads, entraineurs ont droit au diner de gala au Pharo à Marseille ! avec du rêve plein les yeux et les oreilles !


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 Tour Auto Lissac 2008 . 14 au 19 avril
www.tour-auto.com


Etienne Raynaud (era)


[1] Tour Auto 2008 vu par le Blenheim Gang


Toutes images © Etienne Raynaud
(excepté la dernière © Napoléon Solo)

Commentaires

Fort beau récit comme d'habitude !

Ecrit par : Oscar | jeudi, 24 avril 2008

....(suite du commentaire ) A la lecture de ces lignes, le merite n'en est que plus grand pour ceux qui ont voyagé en "open", je pense notamment aux passagers de la celebre KFT.

Ecrit par : Oscar | jeudi, 24 avril 2008

Merci Etienne pour ce magnifique « vu de l’intérieur ».
Le récit des galères de vos compagnons du tour de France efface l’impression luxueuse que pouvait donner l’exposition des autos au Grand Palais.
Ce n’est pas la Croisière jaune mais pas le Rallye des Princesses non plus.
Vos photos sont très bonnes et illustrent parfaitement votre propos.
De voir apparaitre Jean-Louis Mathieu en bon samaritain aidant à faire repartir la Lusso doit être un joli moment.
Et vous, Jean–François, vous avez pourtant l’habitude de fréquenter les grosses huiles, alors que s’est il passé pour que vous vous éborgniez.Je suis persuadé que meme avec un oeil en moins vous conservez toute votre superbe.

Ecrit par : gianpaolo | jeudi, 24 avril 2008

Bravo pour l'article. Ca donne envie. Je me souviens de la Ferrari Chinoise. Elle était dans l'Auto-journal. De mémoire, l'acheteur était un ex-garde rouge devenu businessman et la couleur de la 348 tirait sur le bordeaux. Qu'est devenue cette voiture?

Sinon, récemment, j'ai passé une journée comme navigateur d'une AC-Bristol de 1960. Une sacrée expérience!

Je n'ose imaginer ce que c'est de faire tout un Tour Auto...

Ecrit par : Joest | jeudi, 24 avril 2008

So what about Moss ?

Ecrit par : Christian Magnanou | jeudi, 24 avril 2008

Rassurez-vous tous! Non Gianpaolo, "era" Etienne Rainaud dans la note évoque les amis d'Angoulême, nous étions deux.
C'est Pierre-Alexis qui a fourré son nez sur les cosses de la batterie afin de tenir le démarreur au courant.
J'ai aidé bien sûr mais uniquement pour rétablir la serrure de la fermeture du capot et réfreiné un peu l'ardeur de Mister Lee qui tapait très violemment dessus pour tenter de le vérrouiller.
Rendons à P.A.C. l'honneur et la gloire d'avoir remis le douze en fonctionnement. Sinon Etienne allait pousser le Lusso jusque Marseille.

Ecrit par : Jean-Louis Mathieu | jeudi, 24 avril 2008

nous dirions même plus. . . "Fort beau récit"
Dupont et Dupond

Ecrit par : Bruno | vendredi, 25 avril 2008

merci pour ce "vu de l'intérieur"
Serge Gainsbourg

Ecrit par : Bruno | vendredi, 25 avril 2008

Merci pour ce récit très instructif sur la façon dont se déroule ce genre d'épreuve auxquelles je n'ai jamais participé (mais j'aimerais bien).

Ecrit par : Yogi | vendredi, 25 avril 2008

Bravo pour ce carnet de voyage ERA. Oui ca c'est vraiement passé comme ça ! Des joies et des douleurs pour tout le monde avec en plus le bonheur d' être à l'arrivé (au soleil) avec notre brave mécanique éborgnée! (en fait en course, comme d'habitude : " le problème ce situe souvent.... entre le siège et le volant ....! comme me le commentait "Blondin" jeudi dernier....)

je re-signe pour l'année prochaine et en attendant achète un manuel du parfait petit carrossier!

Ecrit par : Silk Cut / JFB | dimanche, 27 avril 2008

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