lundi, 24 mars 2008

Nos héros roulent au GPL

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Le bordeaux que Jean Lerust [1] a sorti de sa cave accompagne plutôt bien le bœuf bourguignon qui mijote encore quand Madame pose la cocotte en fonte sur la table sans plus de manières que pour un déjeuner familial. Après avoir passé sa main dans des cheveux toujours ébouriffés, Etienne Moity (à droite) refuse le vin [2]. Ce lundi 17 mars, j’ai le sentiment d’être dans un film de Georges Lautner, assis entre Michel Audiard et Lino Ventura, des gens simples et chaleureux à l'image du sport auto des années 70. 

***

Etienne Moity : Arrête tes conneries, j’ai d’la route à faire... ! 
Jean Lerust : T’as quoi comme voiture toi maintenant, t’as plus la Rambler ?
EM : C’était pas une Rambler, t’as perdu la mémoire en même temps que les kilos... C’était une Daimler, la voiture des rois ! Non maintenant j’ai une Laguna de 97 mais attention... V6, j’lai achetée cash à un petit Arabe sur le parking du Leclerc de Fleury-les-Aubrais, 200 000 km, je suis le 8e propriétaire, elle marche au gaz
JL : Moi aussi je roule au GPL. Mais alors du coup t’as plus de coffre. 

1040900125.jpgEM
 : Qu’est-ce que j’en ai à foutre je suis tout seul, tu sais c’est pour aller au perdreau, parce que moi je touche pas au lièvre, uniquement au perdreau, mais j’vais laisser tomber, dans ma société de chasse chez moi dans l’Aisne, j’ai droit à deux perdreaux par an, alors tu parles, je vais du Berry jusque dans l’Aisne pour deux perdreaux, mais attention c’est du sauvage. Et puis je n’aime pas trop partir de chez moi parce que quand j’y suis pas mes chiens pleurent toute la journée, alors ma femme, elle grise. C’est quoi ta charrette ? 
JL : Une Saab. 
EM : T’es devenu bourgeois, toi. N’importe comment, maintenant avec leurs trucs à la con on peut plus rouler, moi j’roule comme les panneaux. 
JL : Tiens reprend un peu de clacos, c’est du bon. 
EM : mais alors c'est quoi cette bande MdS ? Ouais d’accord un peu de vin mais juste un fond,  j’ai 400 bornes à faire... Qu’est ce qu’il fout Vatan dans la vie ? Et Bisson ? [On le lui dit] Ah ouais super... Moi j’ai pas internet, ça m’emmerde, c’est Vergès qui m’imprime MdS et qui me le donne par paquets, alors je le lis comme ça. C’était sympa le truc que vous avez fait sur Lerust, c’était sympa. 
JPO : Comment avez-vous démarré dans le métier ? 
EM : Je foutais rien, alors mon frère m’a fait rentrer à L’Automobile comme grouillot, apres j’ai fait deux trois légendes et puis quelques papiers. Tiens j’ai un point commun avec Beltoise, allez cherchez un peu... 
(Un blanc)... Alors vous trouvez pas mon point commun avec Beltoise ? Et bien Beltoise et moi on a passé notre bac trois fois. 
JL : Tiens Jean-Paul coupe la tarte ! [3]  Tu sais Etienne que c’est toi qui m’a donné l’idée de faire des disques de sons de moteurs de course ? Tu avais, rue de Lille, dans le tiroir de ton bureau une cassette… 
EM : (regard allumé)... Ah ouais, j’me passais la cassette du Matra quand j’avais un coup de blues, YIIIIIN, YIIIIN, YIAAAAN !  Ca me rappelle mon meilleurs souvenir sonore, Le Mans 73, une grande année, le Mans 73, j’étais  dans les stands avant le départ, les mécanos ont mis en marche les moteurs des trois Ferrari et des trois Matra à quelques secondes d’intervalles et y z'ont fait chauffer, c’était un orchestre symphonique qui s’accorde, YIIIIN, YIIIN, RRROUM, RRROUM !!! 
Pour le départ je suis parti a pied vers le virage Ford quand j’ai entendu arriver la Ferrari de Tutur, elle avait déja une avance d’enfer, il faisait le lièvre tu te souviens, et après une Matra, une Ferrari, une Matra, une Ferrari, les 6 sont passées, j’ai encore la musique dans les oreilles, c’était dément...
Tutur, il a toujours été mon chouchou, j’l’ai revu dernièrement, tu verrais la dégaine… 
Putain on vieillit... L’autre jour à Rétro je tombe sur Jean-Paul Hoefner, le premier mari de Marianne, je me plante devant lui, il me reconnaissait pas, tu parles ça faisait 40 ans qu’on s’était pas vu. On s’était connu dans le restau que Ojoj [4] avait place Dauphine, c’était un beau bordel là- dedans avec la bande à Beltoise et Manou. Il a pas changé l’Manou, toujours fringuant, je sais plus où je l’ai croisé dernièrement, ça fait plaisir. 
l’Jojo, il en a des trucs a raconter, il faudrait bien que quelqu’un fasse un truc sur lui. 
Bon allez faut j’y aille, j’suis en Clio, c’est celle de ma femme, c’est une basique, la Clio pas ma femme. Par où je passe Jean pour sortir de ton bled ? 
JL : Tu suis Jean-Paul il prend la même route, il connait et à Saint-Just toi tu pars sur Beauvais. 
EM : j’vais pas pouvoir le suivre avec sa bagnole, dites donc ça doit casquer quand il faut changer les Bergougnan... [5] 

Pendant 20 km, j’ai la Clio blanche de Moity dans mon rétro, il roule tranquille le père.  Au carrefour de Saint–Just, je donne un petit coup de warning pour le prévenir, il me crédite d’un appel de phare.  


Jean-Paul Orjebin

 

[1] Sur Jean Lerust, voir aussi Du ralenti à l'accéléré et Le fil des souvenirs
[2] Rédac'chef historique d'Auto-Hebdo
[3] La fameuse Tarte de Madame Lerust qui à force d’être citée dans MdS va devenir plus réputée que celle de la Remise. 
[4] Jojo en verlan (Georges Houel) 
[5] Marque de pneus disparue

Commentaires

Jean Paul, l'ancien resto de Jojo "Le Magali" ne se trouvait il pas plutôt Place St Charles dans le 15ème ??

Il faudra un jour que MDS propose un sujet sur les fètes, teufs, javas et autres bringues de c't'époque là ...

JCA

Ecrit par : jc arnold | lundi, 24 mars 2008

Cher Jean-Claude, je suis flatté d'une lecture aussi attentive.

J’ai eu comme vous une réaction de septicisme quand Moity localisa le resto de Jojo, je lui ai fait répéter et même préciser s’il se trouvait a droite ou a gauche de la place lorsqu’on a le Palais de Justice dans le dos.
Moity m’a confirmé l’emplacement en me disant a droite ( coté pair ), a cela j’ai ajouté : Donc en face de Chez Paul, et Moity a grommelé …mouais.

Je dois vous dire Jean-Claude que ce repas s’est fait d’une manière amicale, presque familiale et que je n’ai pris aucune note, c’est en rentrant chez moi et en partageant le moment avec Patrice par téléphone qu’il nous est venu l’idée d’en faire une note.
J’espère compte tenu de cela que je n’ai pas trahi les dires de Moity.

Par ailleurs votre idée de recenser les lieux de teufs et de bouffes du Paris-Auto est excellente .

JPO

Ecrit par : gianpaolo | lundi, 24 mars 2008

bon Dieu. . . les 72 cylindres aux Mans 1973, j'les aient moi aussi encore dans les oreilles.
mais raconté comme ça. il descendent dans la gorge.
Tutur!!! alors là je le connaissait pas comme ça le Cow-boy de Maranello.

merci pour ce récit. magnifique.
tu veux un coup de Blanc pour finir les biscuits?

Ecrit par : Bruno | lundi, 24 mars 2008

Laguna... Clio.. Quelle bien triste vie..

Ecrit par : billy boy | lundi, 24 mars 2008

Etienne,Etienne,Etienne,tiens toi bien disait la chanteuse ! mais bravo pour le rendu du dialogue, c'est du Tatanette vérité que nous fait MDS !

Ecrit par : De passage | lundi, 24 mars 2008

Très bel hommage à Etienne Moity magniquement raconté par Jean paul Orjebin. C'est tout lui. Heureux de revoir aussi jean Lerust avec qui j'ai travaillé à Echappement. Beaucoup d'humanité surtout vis à vis des pigistes ce qui n'était pas le genre de la maison et très belle écriture également . J'ai aussi travaillé avec Etienne à Autohebdo mais également avec son frère Christian à Autopassion. Ca ne s'oublie pas. Derriére leur silence se cachent une immense pudeur et une formidable tendresse et aussi une magnifique connaissance de l'histoire du sport automobile.

Ecrit par : Patrice Vergès | mardi, 25 mars 2008

La lecture de cette note est un vrai moment de bonheur, un régal, mais c'est court, trop court, beaucoup trop court !

Ecrit par : L'étroit mousquetaire | mardi, 25 mars 2008

Trop court !D'accord Mousquetaire et puis on est frustré , on n'a pas goûté au boeuf Bergougnan de Mme Lerust ! Triste époque O K Billy c'est sûr! Mais pas triste vie ! Ces deux-là l'ont bien remplie .Merci pour ce chaleureux repas.

Ecrit par : f.Coeuret | mercredi, 26 mars 2008

Bravo pour le boeuf "bergougnan", je m'en voudrai toujours de ne pas l'avoir trouvé !

Ecrit par : Christian Magnanou | mercredi, 26 mars 2008

Etienne Moity !

Alors ça, lundi soir, c’était un œuf de Pâques comme un œuf de Pâques. Enorme, jubilatoire, goûteux. Etienne Moity, quand j’ai vu sa tronche sur MdS, où je me promenais comme ça, de façon apéritive, juste avant le dîner, j’ai écarquillé la pupille, j’ai laissé cramer mon quinoa aux carottes, et j’ai dévoré ce déjeuner chez Lerust .

Puis je vous ai immédiatement envoyé deux ou trois anecdotes sur mon ancien chef. La saison des bugs ayant foiré l’acheminement de mon malheureux feuillet, je vous adresse à nouveau ce témoignage instantané. J’ai essayé de faire court, alors qu’un livre en plusieurs tomes ne suffirait pas à l’affaire. La dernière fois que j’ai rencontré Etienne Moity, voici trois ou quatre ans, il chantait a capella avec trois autres journalistes « Corrado est arrivé-é-é » sur l’air de Zorro est arrivé-é-é, quand Corrado Provera a fêté sa retraite de patron de la communication et de la compétition salvopli chez Peugeot.
Dieu sait pourtant s’ils s’étaient bouffé la gueule pendant des années, ces deux-là. Dès qu’une ligne lui déplaisait dans Auto Hebdo, Corrado ameutait la planète entière, téléphonait à Etienne qui l’envoyait paître dans sa tanière, ensuite à Hommel, et puis encore que sais-je, à Gorbatchov, à Clinton, à tout le monde, et provoquait une réunion au sommet au 7 rue de Lille bonjour. Plus Corrado hurlait, plus Etienne grommelait son inaudible « grumpphhh », ce qui agaçait prodigieusement le monsieur de chez Peugeot. Ce soir-là, donc, à la fiesta sise à l’Institut du Monde Arabe à Paris, tout était oublié. Etienne chantait pour Corrado : c’est la seule fois de ma vie que je l’entendais chanter. Des bruits de moteur Porsche dans les Hunaudières ou d’un diesel qui démarre, oui, de sonores « Font chier » ou de stridents sifflements de flic en folie, mille fois aussi, mais Zorro est arrivé, franchement, jamais.

D’ailleurs Etienne essayait maladroitement de se planquer derrière un pilier, car l’oiseau est secret, vous n’imaginez pas comme il est secret. Et pudique. Mais quand il se livre, ça surprend. Le samedi matin il venait au journal en voiture – les autres jours en train mais le samedi il amenait ses dogues. Et leur faisait la conversation. C’était extraordinaire. Un peu plus tard, il a installé une oie sur sa pelouse, secondée par une poule, il les a apprivoisées toutes les deux et croyez-moi, le jardin était bien gardé. Au début il fumait des Gauloises sans filtre. La première fois où il a m’a reçu 7 rue de Lille bonjour, au fin fond du premier étage labyrinthique où il réalisait le mensuel Scratch en solitaire, il avait la même tête qu’aujourd’hui, car cet homme-là ne vieillit tout simplement pas, il grillait pensivement une Golduche, ce qui m’a frappé puisque j’en fumais aussi. .Il a progressivement arrêté les clopes quand il a commencé à jouer au tennis avec Pierre Pagani, son alter ego d’Echappement, génial, ingénu, limite faux cul à force de jouer les naïfs, sa bête noire, son ennemi intime, bref son grand pote. Avec Beltoise aussi il tapait dans la balle.

Chaque fois, Etienne était d’une humeur de chien en revenant au journal. Beltoise jouait comme Tchang quand il a gagné à Rolland Garros, il servait à la cuiller, multipliait les ruses, les contre-pieds et les amortis foireux qui font courir sa race. Etienne rouspétait ! Il perdait régulièrement alors qu’il était persuadé de mieux jouer. A Auto Hebdo il ne « sortait » jamais. Comme ça personne ne lui bourrait, selon ses dires, le mou. A la rédac, nous lui reprochions tous de ne pas mettre le pied dehors pour au moins représenter le journal. Faut dire qu’il bossait jour et nuit, week-end compris, relisait des kilomètres de telex le lundi dès l’aube – on était loin d’Internet – et nous ne bouclions pas avant 23 heures. Ce n’était pas fini. On partait dîner à l’Hippo, puis on revenait vérifier les films qui arrivaient par coursier de la photogravure. Description un chouïa technique, mais dans la presse, les enfants de vingt ans soudés à l’ordinateur ne connaîssent plus ce bonheur. Vous l’aurez saisi, fallait assurer. Tout au plus Etienne assistait-il religieusement aux 24 Heures du Mans, pour la magie, pas forcément pour écrire. L’année où je débutais, en 1978, il m’a confié le reportage des 24 Heures, essais et pesage compris, toute la sainte semaine quoi ! Pensez si j’étais fier : Le Mans, c’est sacré chez les Moity. Il allait aussi assister aux essais du Grand Prix de France F1 les années Dijon-Prénois, le Castellet c’était un peu loin. Il ne restait jamais pour la course, fuyant tous ces cons, ce pognon, ces hélicos, ces aspects bling bling qui lui hérissaient le poil. Lui, il aimait l’authentique, haïssait le m’as-tu vu, et s’éclatait avec ceux qui le faisaient marrer, Tutur, Cudin, le Grizzli, Pine d’ours, et les amis des chiens. Guère plus. Sinon, toujours le nez dans le guidon. Enfin, c’était ce qu’il nous faisait croire.

En grattant un peu, avec les années, j’ai découvert qu’il comptait un nombre impressionnant de copains sur les circuits et chez les constructeurs. Lui qui ne « sortait » jamais connaissait la terre entière, et tout le monde l’adorait : c’est qu’il a beaucoup de charme, le bougre. Et un bon coup de volant. J’ai côtoyé Etienne sur plusieurs présentations, bien que ne les courant pas non plus, mais de temps en temps fallait bien pour se tenir au courant.

Je me souviens notamment de la BMW Z1 sur les routes corses, sous des trombes d’eau. Etienne roulait devant, je mouillais la chemise pour le suivre, et nous menions plutôt bon train dans ces conditions dantesques. Telle la fusée, une 323i nous a doublé d’un coup tous les deux dans une descente suivie d’un droite rapide. Arrivant avec quarante bornes de trop, la 323 n’a jamais pu tourner, achevant dans le fossé sa piteuse manœuvre. « Heureusement, on roulait peinards », commenta ensuite Etienne, dans la plus pure tradition Joe Bar Team (« T’attaquais toi ? »). Etienne ne nous gratifiait jamais d’un compliment. En revanche, il nous laissait une liberté totale d’écriture. « C’est vous qui signez, à vous de prendre vos responsabilités. » Le rêve absolu pour un journaliste. Quitte à beugler à la moindre incartade.

Dans la rubrique « Un week-end avec » j’avais suivi un Grand Prix de France auprès de Jacques Laffite, et j’avais titré « Laffite au pas de charge ». Pendant des années, Etienne a ricané en citant « Un week-end avec Laffite au pas de charge ». C’était loin des boulons-rondelles, il n’y a pas de doute, mais enfin c’était du magazine. Lui, il trouvait ça un peu fleur bleue (avec l’écurie Ligier, c’était le cas de le dire). J’ai appris récemment qu’Etienne habitait Châteauroux. Merci d’être allé l’y débusquer. Très grand merci.

Ecrit par : Eric Bhat | mercredi, 26 mars 2008

Tutur, (maintenant je sais qui c'est) mais les Cudin, le Grizzli, Pine d’ours? ? ?

Ecrit par : Bruno | mercredi, 26 mars 2008

Cudini et Fréquelin of course, mais Pine d'Ours ?

Ecrit par : Christian Magnanou | mercredi, 26 mars 2008

Il y a prescription maintenant ! De grace M Bhat, informez-nous ...Juste la première et la dernière lettre du nom SVP !

Ecrit par : De passage | mercredi, 26 mars 2008

Eric Vargiolu, photographe à la DPPi, et d'ailleurs présent sur le terrain en ce début de saison.

Ecrit par : eric bhat | jeudi, 27 mars 2008

l'Ours et la Pine de Grizzli devaient bien s'entendrent!

oups

Ecrit par : Bruno | vendredi, 28 mars 2008

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