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lundi, 10 mars 2008
Lartigue et les autos de course

Le "Lartigue" des compères Pierre Darmendrail et Christophe Lavielle, le teneur de la librairie Motors Mania [1] qui l'a "inventé", est tombé sur nos tables de lecture, fin février, comme un corps céleste inconnu sur la Beauce. Nous n'avons rien contre cette région céréalière (ni pour non plus) qui symbolise ici le paysage éditorial automobile français, vaste et morne plaine ratissée par les moissonneuses d'éditeurs prompts à en faire leur blé mais égayée çà et là de belles plantes comme, récemment, le Femmes pilotes de courses de Bouzanquet.
Le lecteur y butinera également sans réserve Lartigue et les autos de course, une somme de 208 pages imprimées sur papier glacé, à l'italienne pour offrir aux images de Lartigue, souvent cadrées à l'horizontale, le meilleur des écrins. Disons-le tout net : ce bouquin est une réussite.
C'est parce qu'il se situe à la confluence de l'art photographique et du sport automobile, avec en prime une pincée d'histoire de la Belle époque, qu'il se détache de tout ce qui fut publié ces dernières années sur notre sport. Le texte de Pierre Darmendrail, l'écrivain béarnais à qui nous devons un ouvrage sur le GP de Pau, d'une grande fluidité, s'appuie sur le journal intime tenu par Jacques Lartigue sa vie durant. Espérons que la sortie du livre fournira l'opportunité à la Donation Jacques Henri Lartigue [2], qui en est dépositaire et a collaboré au projet de Motors Mania, de rééditer ce document.Né en 1894 dans une famille dont le souci premier n'était pas l'argent, Jacques Lartigue a onze ans lorsqu'avec son père il s'en va assister à la Coupe Gordon Bennett. Il adore l'automobile. Celles que son père possède, carrossées à façon par les grand noms de l'époque comme Labourdette, ne sont pas étrangères à cette passion qui le tiendra toute sa vie. N'était-il pas à Monaco en 1978...
Le livre est structuré en autant de chapitres classés chronologiquement que le photographe a vu de courses, depuis la Gordon Bennett de 1905 jusqu'au Grand Prix de Monaco 1978 en passant par la Course de côte de Gaillon en 1912 ou l'inauguration de l'autodrome de Linas-Montlhéry en 1924. Un total de 18 événements commentés tant par le journal de Lartigue que la plume de Darmendrail qui n'oublie pas l'amateur de sport auto dont le souci est d'apprendre sur le Grand Prix de La Baule de 1929 ou celui de l'ACF tenu à Pau l'année suivante.
Lartigue s'est fait plaisir toute sa vie. Et au diable la rigueur du témoignage sportif ; ainsi à Pau, justement, photographie-t-il plus que la raison l'eût commandé une La Perle 1500 cc uniquement parce que sa petite amie d'alors était Renée Perle, un mannequin en vue. En le lisant, mieux, en le "regardant", le lecteur aura une idée de ce qu'était la vie avant-guerre quand on était du bon côté de la banque - coffre-fort plutôt que guichet.
De Deauville à Hendaye en passant par le chateau familial de Rouzat, dans le Massif Central, voyage Jacques Lartigue au volant de l'auto qui a ses faveurs du moment avec dedans la belle en cour - et en cours. Ce peut-être sa Piccard-Pictet 16 CV qu'agrémente Marie Lancret ; sa Citroën C6 dans laquelle pose une certaine Coco, voire Bibi dans l'Amilcar Grand Sport. Comment ne pas convoquer L'Homme pressé cher à Paul Morand, cet autre esthète mondain, version littérature, que la Belle époque a produit. D'ailleurs les deux hommes étaient amis.
150 photos et dessins, pour la plupart inédits, sont montrés dans ce bel ouvrage. Ils témoignent de la fraîcheur, et pourquoi le celer, d'une certaine naîveté de l'artiste face à un monde qui le fascinait, même s'il s'en détacha dans les années soixante quand la célébrité le rattrapait. Les images de Lartigue donnent à voir un autre univers que celui photographié par Bernard Cahier, par exemple, dont le livre Mes meilleurs souvenirs vient à l'esprit quand on lit Darmendrail et Lavielle. Certes, les époques sont différentes ; la technique, le professionnalisme des années "Cahier" se sont substitués au joyeux bordel et à l'insouciance Belle époque glorifiés par les clichés de Jacques Lartigue. Il n'en demeure pas moins que cet élégant dandy aura traversé son siècle, avec dans son sillage un petit garçon qui disait, la veille de partir à la Gordon Bennett, Rencontrer une automobile de course au Bois de Boulogne ou même au milieu des fiacres, dans Paris, cela me fait bondir le coeur.
Publier un tel ouvrage, à la croisée des beaux-arts et de la course de voitures, était osé dans le contexte actuel, d'autant que Jacques Henri Lartigue n'est pas dans l'actualité. Où Christophe Lavielle a-t-il pêché son idée ? Ici ou là ? (Non quand même pas... ?)
DARMENDRAIL (Pierre). - Lartigue et les autos de course. Collaboration de Christophe Lavielle. Ed. Motors Mania, Pau, 2008, 208 p., 79 €
En savoir plus
[1] www.motors-mania.com
[2] www.lartigue.org
Grand Prix automobile, La Baule, août 1929 © Photographie J. H. Lartigue, ministère de la Culture-France/A.AJ.H.L.
10:10 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : jacques henri lartigue, livre lartigue et les autos de course, pierre darmendrail, christophe lavielle, edition, photographie




Commentaires
Je me suis toujours demander : y a-t-il un lien entre « Jacques Henry » Lartigue et « Jacques Henry » Lafitte ? et ne me répondez pas : « - le prénom ! » mais plutôt pourquoi ce prénom commun qui ne l’est pas.
Ecrit par : AG | mardi, 11 mars 2008
Cher AG, une chose est sûre : Jacques Henry n'est pour rien dans cette histoire de prénoms composés. En fait leur démarche, à Laffite et Lartigue, est inverse.
Laffite a débuté comme Jacques-Henri jusqu'aux environs de son titre en Formule Renault en 1972. Après il a raccourci en Jacques. Ou on lui a fait le coup de Jean Max, c'est-à dire que la presse, pour aller plus vite, l'a raccourci direct...
Quant à Lartigue, il a débuté comme Jacques, puis vers 70 ans, la célébrité l'a poussé à coller le prénom de son père, Henri, au sien, mais sans trait d'union. Ca faisait plus classe sans doute.
Ecrit par : Mémoire des Stands | mardi, 11 mars 2008
Cela me fait tout drôle à mon age de rebondir sur votre réponse, cher Toujours Très Talentueux, mais Jacques Henry, le seul, le vrai, le papa de Patrick, le gai luron comme l’appelait J Lerust, c’était un grand bonhomme avec un palmarès à faire pâlir Marion Cotillard (deux fois champion de France en 73 et 74 entre JL Therier et B Darniche), merci de l’avoir évoqué.
Ecrit par : AG | mercredi, 12 mars 2008
Cher Mémoiredesstands,
je suis extrèmement flatté de ré apparaitre ainsi , au côtée ce grand monsieur de la photo que fut Jacques lartigues ! Je me pensait déjà oublié, "raté" du prix Bellecour et déjà enseveli et enterré sous les nouveautés du printemps 2008 !
Merci!
Ecrit par : JFB | mercredi, 12 mars 2008
Magnifique livre qui vient de m'être offert. Ah les dessins accompagnés des émouvantes notes de Mr Lartigue.
D'après l'auteur avec qui j'ai pu converser le vendredi du LM Classic, le plus compliqué fût de sélectionner les clichés.
Encore un grand bravo et merci.
Amicalement
Ecrit par : guivarc'h | dimanche, 20 juillet 2008
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