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mardi, 18 mars 2008
Michel Leclère

La ville de Mantes-la-Jolie est fameuse pour sa Collégiale Notre-Dame, son vieux pont, ses bords de Seine, et pour abriter depuis plusieurs générations la famille Leclère. Les grands-parents de Michel, puis ses parents, y furent minotiers, avant que son père devienne maire d’un village limitrophe, Auffreville-Brasseuil, où est né et résida jusqu'en 2002 toujours celui qui fait l’objet de la présente note. Combien, parmi les jeunes du Val-Fourré qui le croisèrent dans la boutique Décathlon ou au cinéma Mega CGR, reconnurent dans ce garçon dégingandé l’un des meilleurs pilotes de course que notre pays ait comptés ?
Elève au lycée de Mantes où il décroche le BEPC, Michel doit son intérêt envers le sport automobile à un surveillant avec qui il se lie et qui lui communique sa propre passion. Les deux garçons partent en virées dans la Frégate du proviseur du lycée, dont le fils était le surveillant en question, puis Michel acquiert un scooter. En 1964 il s’inscrit à l’opération Ford-Jeunesse. Il est convoqué à Montlhéry et Jean Lucas, directeur de Sport-Auto le qualifie d'office et lui demande de faire partie du jury pour donner mon avis sur les autres candidats. Ceci après lui avoir fait passer un test sur une Simca 1300 double commande puisqu'il n'avait pas encore l'âge de passer le permis de conduire. Hélas le mois suivant il est recalé à l'épreuve du code et ne peut participer aux épreuves.
Et c'est Pescarolo qui hérite de la voiture.
Ses parents lui ayant demandé de poursuivre ses études, il rejoint une école de commerce à Paris qui le conduit, passion oblige, à un poste de vendeur chez Renault puis chez Alpine.
Il ne réapparaît sur un circuit qu’en 1968. En compagnie de son frère Jean-Louis, de trois ans son aîné, il participe à la Coupe Gordini. Préparateur à Mantes, Jean-Louis s’occupe des moteurs de son frère davantage qu’il ne court lui-même. Après avoir achevé 16e cette première saison, Michel est deuxième de la Coupe en 1969 mais remporte le Premier pas Dunlop. C’est suffisant pour démarrer une carrière, aussi saute-t-il sur l’occasion de courir le critérium de Formule France en 1970, qu’il termine 6e avec un succès à Magny-Cours, et en 1971 où cinq victoires et trois deuxièmes places lui offrent la victoire finale de ce qui était devenu le critérium de Formule Renault. Leclère apprend au cours de ces deux saisons à se battre contre son co-équipier – Alain Serpaggi - avant de se trouver d’autres adversaires. Un état de fait qu’il allait affronter tout au long de sa carrière.Aidé par Elf et Renault, il débute la F3 en 1972, encore avec Serpaggi, et enlève tout de go le championnat de France avec cinq victoires. Mais alors qu’il espérait de ses commanditaires qu’ils le « montent » en F2 l’année suivante, il est contraint de repartir pour une nouvelle saison de F3, laquelle est remportée par Jacques Laffite. L’appui du pétrolier tricolore est un avantage en terme de confort mais un handicap pour la bonne progression d’une carrière quand la politique s’en mêle. Elf préfère jouer la carte Patrick Tambay, en qui l’on voit le nouveau François Cevert. Quant à Jacques Laffite, son autre rival, dont le contrat avec BP est moins prégnant que celui qui lie Leclère à Elf, il connaîtra une progression rapide. Michel a néanmoins son baptême du feu en F2 à Albi sur une Elf 2 de John Coombs.
Il bataillera en F2 durant les quatre saisons suivantes. En compagnie d’un Patrick Tambay qui lui mènera la vie dure mais dont il triomphera au championnat les deux premières années, il court au volant de l’Elf 2 en 1974 et sur une March 752 officielle en 1975. Bien que modeste (6e au championnat d’Europe), sa saison 74 attire l’attention de John Surtees. Il est vrai que le Mantais se fait remarquer par ses freinages tardifs, sa rage de vaincre… son franc-parler aussi. Big John le fait tourner en essais privés à Goodwood vers la fin de l’été et lui propose sa seconde TS 16 aux Grands Prix nord-américains. L’ange gardien de Michel avait-il deviné qu’un pneu dégonflé précipiterait dans un rail de Watkins Glen cette auto que son protégé allait refuser, par peur de mal faire et sur laquelle Helmuth Koinigg se tuerait ?
En terminant deuxième du championnat d’Europe F2 en 1975, il s’impose au premier plan de la hiérarchie bien que la fiabilité désastreuse des autos ne le contraigne de ne terminer que cinq des quatorze courses. Trois victoires, parmi ces cinq arrivées, et notamment celle obtenue à Zolder lors de ce que la presse a appelé « Le volant Tyrrell », lui valent de se voir confier enfin un volant de F1, celui de la troisième Tyrrell 007 à Watkins Glen, dont Ken était venu chercher en Belgique l’heureux titulaire.

Les vrais débuts en F1 ont lieu en 1976 sur une Williams FW05. Cette monoplace très peu compétitive, alignée par une écurie impécunieuse, condamne Michel aux fonds de grilles et aux dixièmes places. Jeté après le GP de France, il se concentre sur la F2 dont il avait commencé la saison européenne sur une des bonnes vieilles Elf 2 de son pote Jabouille, lequel enlève le championnat tandis qu’il y est quatrième avec quand même une victoire. C’est sans doute à ce mauvais choix en F1 – mais pouvait-il le deviner ou s’offrir le luxe de le refuser ? - que Michel Leclère doit d’avorter une carrière que la presse spécialisée de l’époque prédisait brillante. Ne le comparait-on pas à Tambay, Jabouille et à un Laffite qui, cette même année 1976, s’installait pour sept ans dans le baquet de la Ligier. Les carrières des pilotes tiennent à rien : la chance, l’opportunité, dire ceci ou cela, aller ici plutôt que là, ces sortes de choses…
Il repart au combat en 1977 sur une ancienne Elf 2 rachetée par Willy Khausen, mais l’inorganisation de l’Allemand pèse si lourd sur les résultats que Leclère n’apparaît dans les bilans de fin de saison qu’en tant que détenteur d’une unique pole position, à Silverstone. 1978 se présente mal. Michel a 32 ans et il est évident qu’à défaut d’une opportunité solide, il peut dire adieu au destin de pilote de course auquel il estimait avoir été prédestiné, ainsi qu’il le confiait à Jean-Louis Moncet dans une livraison de Sport-Auto de début 1976. Il conduit une Mirage au Mans avec Sam Posey, décroche une monte à Suzuka en F2 sur une Ralt, son nom circule du côté de chez ATS, puis tout cela s’évanouit dans les brumes de l’automne 78.
Après le GP de Pau 1979 qu’il court sur une March 792 de l’écurie Polifac, et les 24 heures du Mans sur une Ferrari 512 BB avec Ballot-Léna et Peter Gregg, Leclère tire un trait sur ce qui fut la grande affaire de sa vie.
Il est temps de penser aux affaires. Il met sur pied une entreprise de vente d’automobiles avec son frère en 1979, puis s’occupe d’une agence immobilière et enfin, en 2002, monte une école de conduite destinée à la formation des équipes de forces de ventes automobiles, JMD Pilotage Concept, basée à Auffreville-Brasseuil.
Depuis 2006, Michel Leclère conduit en démonstration pour Renault, dans le cadre des WSR, les anciens protos du Mans et les F1 des années 80 et y retrouve avec plaisir les pilotes de son époque : Arnoux, Larrousse, Ragnotti, Jaussaud, Serpaggi, Comas.

Michel Leclère est le père de Maud, Romain, Cécile et Margot. Contrairement au destin qui s’est joué de son profond désir de conduire des voitures de course, le temps l’a épargné en lui évitant les rides et les kilos de la cinquantaine, comme en témoigne la photographie prise par votre serviteur à l'Atelier Renault ou il assistait à l'inauguration de l'exposition Hommage à Jean Rédélé à laquelle il contribua en exposant plusiurs pièces personnelles dont le casque de 1972, montré plus haut.
Michel Leclère
France
Né à Auffreville-Brasseuil (Yvelines), le 18 mars 1946
Voir sa fiche sur Wikipédia
Reims 1969, Coupe nationale R8 Gordini © Pr Reimsparing
Atelier Renault 2008, casque de Michel Leclère © MdS
Hockenheim 1976, finale du championnat d'Europe de F2, Elf 2 © Guy Royer, photographe du dimanche
Atelier Renault 2008, avec Jean Vinatier © MdS
10:10 Publié dans Biographies françaises | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : michel leclere, elf 2, f2, coupe r8g




Commentaires
Bon anniversaire Michel.
Te souviens tu de 1/2 roue de gruyère Switzerland que tu nous avais offert lorsque nous etions venu te visiter chez toi pour AutoHebdo.
Tu nous disais en riant qu'avec Khausen une partie de ton salaire était payé en fromage.
Cela fait tant d'années.
Nous nous sommes retrouvés de temps en temps, toujours aussi souriant et aimable. La dernière fois c'était a St Nom au Lancôme , tu te mettais au golf . Ou en est tu?
Je me souviens aussi avoir fait quelques kilomètres a tes coté dans une Fuego entre le garage de ton frère et ta maison, ça allait très vite et malgré la faible puissance de l’auto les chiens n’avaient pas le temps de pisser sur tes roues.
Bon anniversaire,Michel.
Jean-Paul Orjebin
(gianpaolo sur MdS)
Ecrit par : gianpaolo | mardi, 18 mars 2008
C'est l'une des idoles de ma jeunesse. La saison 76 avec les Williams ex-Hesketh resteront dans ma mémoire, non pas pour leurs performances, mais pour une décoration "classe" qui allait bien avec la paire de pilotes talentueux qui les pilotaient : Jacky Ickx et Michel Leclere. C'était pour moi un peu comme si, vu de loin, le tandem Stewart-Cevert se reformait...
Pourquoi ne pas reprendre le volant des autos que vous avez piloté lors du Mans Classic ou d'autres manifestations...
Ecrit par : De passage | mardi, 18 mars 2008
bon anniversaire michel oui en effet pourquoi ne pas reprendre le volant sur une bonne gt en circuit vous avez toujours le talent pour
Ecrit par : d robin | mardi, 18 mars 2008
Je suis heureux d'avoir des nouvelles de Michel par cet article si bien rédiger nous rappelant la carrière de ce pilote de qualités par sa gentillesse, son fair-play ainsi que ses bons résultats en course, à l'époque où j'organisai des débats sur la sécurité en circuit pour former les interventions de commissaires lors des épreuves, Michel venait régulièrement avec Alain Serppagi et notre ami Furiet celà doit faire 34 ans; cette période de championnat d'europe de F2 a permis de voir une playade de pilotes se faire un nom dans le sport automobile, les places étaient chères car il y avait encore dans ces courses des postulants qui entraient dans l'arène de la F1, les Reuteman, Villeneuve, Fabi, Stuck etc... dans la carrière de Michel je me souviens énormément de la coupe R8, la formule france avec tous ces exités qu'il fallait surveiller de près notre ami Leclère savait éviter ces pièges et pour finir la formule 2 que de belles courses ! me rappelant qu'il aurait dû remporter le grand prix de Pau à la place de Jacque Lafitte si notre brave directeur de course n'avait pas présenté le damier même timidement car il craignait l'incertitude du nombre de tours alors que c'était le dernier tour ceci à été fatal à Michel qui avait déjà soulagé l'accélérateur et s'apercevant au panneautage que c'était le dernier tour notre ami Lafitte passa devant au virage de la Gare c'est la course. MIchel j'espère que l'on se reverra soit aux 24 h. ou au Le Mans Classic amicalement Maurice.
Ecrit par : mauricelaunay | mercredi, 19 mars 2008
Michel Leclère a gentiment réagi à sa biographie et nous a suggéré quelques modifications la concernant. Il s'agit de mises au point sur l'Opération Ford-jeunesse, dont la participation de Michel avait été hâtivement décrite dans la version d'origine ; d'un détail sur le propriétaire de la Frégate avec laquelle il partait en virées, étant au lycée ; de deux enfants supplémentaires qui avaient échappé à notre sagacité et enfin de son lieu de résidence actuel, Versailles.
Inutile d'ajouter que c'est le salaire du biographe quand un de ses personnages sort de sa bio pour dire un truc. Cher Michel Leclère, sentez-vous ici chez vous.
Ecrit par : Mémoire des Stands | samedi, 29 mars 2008
A Michel LECLERE,
En 1975, notre Pilote Mantois remporte son Premier Triomphe à Rouen les Essarts durant le GP de F2 (championnat d'Europe) sur une March-BMW-ELF. Michel LECLERE Triomphe devant Patrick TAMBAY et un certain Claude BOURGOIGNIE, tous les 3 sur le meme bolide.
Durant la meme année, Michel LECLERE se voit confier une ELF-TYRRELL 007 en Formule 1 sur le "Funeste" circuit de Watkins-Glen, il abandonne au 5éme tour sur panne moteur sans compter l'abandon de Patrick DEPAILLER au 2éme tour victime d'un accrochage avec Carlos PACE......Jody SCHECKTER termine 6éme de ce Grand Prix.
Ecrit par : andré georges | lundi, 31 mars 2008
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