jeudi, 20 mars 2008
Circuit de Reims-Gueux, 8 juillet 1934

Mes interventions sur ce blog visent à (essayer de) faire partager les émotions que j’ai ressenties au bord des circuits, plutôt que disserter sur le détail des résultats et des palmarès. Mais encore faut-il bien sûr que ces émotions me soient personnelles. Or, j’imagine que l’on me croira si j’affirme que je n’aurais pu en aucun cas assister au GP de la Marne 1934. C’est pourquoi il m’a bien fallu descendre aux archives pour pouvoir livrer quelques observations sur quelques-unes des remarquables photographies réalisées à l’occasion de ce GP par Jacques Desprez et dont Christian Didier, des "Amis du circuit de Gueux" nous fait un cadeau dont il est vivement remercié.
Je me console toutefois à la pensée que ces fières monoplaces et leurs audacieux pilotes, mon père, lui, les avait vus en action. Celui-ci, en effet, originaire de Gueux, a eu le privilège d’assister, entre 1926 et 1969, à l’intégralité des meetings organisés sur le circuit de Reims-Gueux dans ses diverses configurations.Toutefois, il y a fort à parier que pas plus cette année-là que les précédentes, il n’avait mis les pieds du côté de la ligne de départ, car, à l’époque, le tracé empruntait une partie de cette même localité de Gueux et notamment le fameux virage à droite qui épousait l’angle formé par un certain « Familistère ». Or, cet honorable établissement n’était séparé de la maison familiale de mon père (image ci-contre) que par un petit lac, d’ailleurs toujours existant.
Il suffisait donc d’une minute de marche à l’auteur de mes jours pour se trouver aux premières loges et admirer les « bolides » virant en dérapage, après un interminable freinage, frôlant le mur de la maison de gauche à l’extérieur, puis accélérant en direction de la Garenne – et ce spectacle valait sans doute largement celui de la ligne droite des tribunes.
Aux premières loges, également, ainsi qu’il me le conta plus d’une fois, pour, à la fin des essais des GP de l’ACF 1938 et 1939, voir de ses yeux certains des pilotes de deux prestigieuses écuries d’outre-Rhin que, charitablement, nous ne nommerons pas, s’immobiliser devant le « Familistère » précité et en ressortir avec une confortable provision de Cognac français trois étoiles (tiens ?).
Comme quoi notre ami Kimi, aussi indifférent soit-il à l’histoire de la course automobile, s’y trouve lié assez intimement, bien malgré lui…
Pour en revenir aux documents ci-joints, à notre connaissance inédits, et bien sûr intéressants à plus d’un titre (comme dirait le même Kimi en ce début 2008), il ne peut être ici question d’en tirer toute la substantifique moelle. Nous livrerons donc simplement les quelques observations suivantes.

La photo ci-dessus nous montre, s’élançant de la première ligne, de droite à gauche : la Maserati n° 2 d’un Phi-Phi Etancelin reconnaissable à sa casquette retournée et qui, pour la petite histoire, occupait la pole, non pas en raison de son meilleur temps, mais en tant que vainqueur de l’année précédente…, et les deux Alfa Romeo de la Scuderia Ferrari respectivement pilotées par Achille Varzi (n° 14) et le jeune français originaire d’Algérie Guy Moll (n° 16). La troisième Alfa officielle, la n° 12 de Louis Chiron, futur vainqueur, ne figurait qu’en deuxième ligne, aux côtés de la Maserati de Tazio Nuvolari.
Les photos sur lesquelles apparaît Guy Moll sont d’autant plus précieuses qu’elles ne sont pas extrêmement nombreuses car sa carrière fut aussi prometteuse que brève. Nous ne la relaterons pas ici, chacun pouvant en prendre connaisssance sur Internet. Il suffit de rappeler qu’en ce 8 juillet 1934, Guy Moll, tout nouveau membre de la déjà prestigieuse Scuderia, avait déjà remporté deux victoires fort significatives, au GP de Monaco, le 3 avril précédent, et à l’Avusrennen, le 27 mai, sans parler de sa deuxième place à un souffle de son coéquipier Varzi, lors du GP de Tripoli couru le 6 mai, ni des podiums qu’il avait accumulés depuis ses débuts en compétition, pourtant fort récents. Malheureusement, le 15 août suivant, Guy Moll devait trouver la mort au cours de la Coppa Acerbo disputée sur le long et dangereux circuit de Pescara, sans doute victime d’un coup de vent latéral, comme le serait Bernd Rosemeyer en janvier 1938, lors de sa tentative de record de vitesse sur une autoroute allemande. Ainsi disparaissait à 24 ans le seul homme qui aurait pu contester au grand Jean-Pierre Wimille le rang de meilleur pilote français de l’avant-guerre, après avoir – autre performance peu commune - suscité l’admiration immédiate et sans réserve d’un certain Enzo Ferrari.

La photo ci-dessus, de son côté, est un grand classique des départs rémois puisqu’elle illustre le briefing dispensé par Charles Faroux à hauteur de la première ligne. On reconnaît à coup sûr, de nouveau, la casquette à l’envers de Phi-Phi Etancelin, lequel se trouve, vraisemblablement, aux côtés de Lord Howe, l’un des tout premiers adeptes du casque nous semble-t-il. Pour ce qui est de l’identification des autres pilotes figurant sur ladite photo, j’avoue déclarer forfait. Il serait tout de même intéressant de savoir si Guy Moll en fait partie.
Quant à la troisième photo, elle est également, dans un premier temps, de nature à titiller la curiosité des amateurs, car on y distingue à nouveau l’Alfa Romeo n° 14 de Varzi, mais entourée cette fois de deux voitures de même marque - la n° 30 de Luigi Sofietti et la n° 26 de Renato Balestrero – qui occupaient respectivement les quatrième et cinquième lignes, alors que Varzi, on l’a vu, figurait sur la première !Petit mystère qui n’en est sans doute pas un car on peut supposer qu’en réalité, la photo en question a été prise lors de la formation de la grille de départ, qui s’opérait parfois dans une certaine confusion, les voitures étant poussées jusque là depuis les stands par les mécanos, dans un ordre souvent assez aléatoire.
En tout cas, on imagine la profonde incrédulité que refléterait – pour une fois ! - le visage de notre ami Kimi si, par on ne sait quel miracle, il venait à prendre connaissance des photos ci-jointes. Quoique. Depuis aujourd’hui, une recherche Internet sur le mot « Cognac » pourrait (peut-être), après tout, mener à MdS….
Signé Professeur Reimsparing
Maison familiale du Pr Reimsparing © Pr Reimsparing
Autres Images © Jacques Desprez
Merci à Christian Didier, de l'association "Les Amis du circuit de Gueux"
www.amis-du-circuit-de-gueux.fr
10:10 Publié dans Circuit de Reims-Gueux | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
| Tags : circuit de reims-gueux, grand prix de la marne, guy moll, philippe etancelin, achille varzi, 1934 |



















Commentaires
Elégant Guy Moll, cigarette à la main, foulard autour du cou et blouson de cuir, dont j'avais vu pour la première fois une photo il y a un peu plus de 40 ans (1965) dans la première édition de "Mes joies terribles" d’Enzo Ferrari chez Robert Laffont. Très beau commentaire qui me fait penser que la course automobile d'avant guerre avait ce parfum d'aventuriers chevaleresques et de mercenaires qui perdurera dans l’immédiate après guerre jusqu’aux…….allez, années 80 ! Pauvre Kimi, pauvre Lewis. Pas tout à fait le même « touch of class ! ». Le professeur à décidement des vraies valeurs et des vrais souvenirs !
Ecrit par : Daniel DUPASQUIER | jeudi, 20 mars 2008
Certes Hamilton n'est pas un gentleman-driver, mais ce n'est pas un robot. Il suffit de voir son interview dans Top Gear, tout sourire, lorsqu'il raconte que s'est "d'abord marrant de décoller des quatre roues avec la McLaren" ou qu'il se verrait bien "rentrer en travers dans le garage McLaren", puis lorsqu'il s'attaque à un tour du circuit avec la modeste Suzuki, tout en sifflotant... mais claquant le deuxième temps absolu (à un dixième du premier), sous la pluie!
Ecrit par : Joest | vendredi, 21 mars 2008
Les temps changent comme chantait Bob Dylan, mon bon Joest.
Ces gens là n’ont pas à gérer leur course mais leur image ce qui est totalement différent. Je n’aime pas parce que tout est calculé devant et pour les médias, parce qu’il n’y a rien de spontané, d’humain dans leur attitude. Souvenez vous G. Hill mettant trente secondes à enlever les mains de son volant à l’arrivée des 500 miles d’Indy et à l’opposé Hamilton bousculant, chassant même ses mécanos pour montrer sa « joie » devant les cameras. Grotesque et sans intérêt.
Ecrit par : AG | vendredi, 21 mars 2008
Je viens d’employé le terme « souvenez vous » mais nous sommes là pour ça.
Le récit du Pr est un modèle du genre, un bel exemple de souvenirs, mais quelque chose m’interpelle , la malédiction a-t-elle frappé les deux pilotes partant de chaque coté d’Achille Varzi … je tremble à l’idée que … ah, Reims n’est pas toujours rose !
Ecrit par : AG | vendredi, 21 mars 2008
juste, très juste.
Guy Moll à fait partit des hommes qu'Enzo Ferrari a le plus admirer.
au même titre qu'un Nuvolari, Varzi, Musso, Collins, ou Villeneuve. aussi bien en tant que pilote, qu'en tant qu'homme.
Ecrit par : Bruno | vendredi, 21 mars 2008
A propos d'époque, je vous invite à découvrir la liste des 30 meilleurs pilotes du Monde établi par notre trés sérieux confrére Alan Henry du non moins trés sérieux magazine British Autocar.
www.gentlemendrivers-mag.com : rubrique News du 22/03/08
Il y a la matière à ...
Ecrit par : gilles gaignault | samedi, 22 mars 2008
Certes, Moss est un grand pilote. Mais de là à la mettre N°1 et Fangio seulement 5e...
Moi, ça serait plutôt:
1. Juan-Manuel Fangio
2. Tazio Nuvolari
3. Ralph De Palma
4. Michael Schumacher
5. Jim Clark
6. Mario Andretti
7. Jacky Ickx
8. Emmerson Fittipaldi
9. Alain Prost
10. Ayrton Senna
Etc.
Ecrit par : Joest | lundi, 24 mars 2008
prenez 365 spécialistes et vous aurez 365 avis different. sans compter ma liste
Ecrit par : Bruno | lundi, 24 mars 2008
A propos la seconde édition du WEEA sur le circuit de Gueux est programmée pour les 12-13 -14 septembre 2008
Ecrit par : gilles gaignault | mardi, 25 mars 2008
Difficile de classer les pilotes Mais en monoplace (F1, F2, Indy), il y en a forcément un qui se détache du lot par son style, sa fluidité, son élégance, ses dispositions naturelles, sa facilité d’adaptation, ses performances, sa classe, sa conduite, sa modestie, son aura, son image, son physique, sa maestria, sa domination, sa suprématie, sa photogénie en course et hors course, son empreinte éternelle dans l’histoire de la course automobile, son charisme, son adéquation pilote/sport automobile, sa vision de la course, sa lucidité en course, l’insolence de son talent, son appartenance fusionnelle à un seul team ! C’est Monsieur monoplace, celui qui a poussé à son paroxysme et porté au sublime l’art du pilotage donc le plus Grand de tous et de tous les temps.
Ecrit par : Daniel DUPASQUIER | mercredi, 26 mars 2008
alors si c'est de lui que vous parlez, ça ne peut être que lui.
Ecrit par : Bruno | mercredi, 26 mars 2008
Est-il besoin de le nommer tant son nom est l'expression même de la course en monoplace ? On parlera de lui ici le 7 Avril prochain, je pense !
Ecrit par : Daniel DUPASQUIER | mercredi, 26 mars 2008
alors ce n'est pas celui auquel je pensais. j'en suis désolé.
c'est vrai que le 7 avril 1968. . .
mais j'ai vu mon premier GP, le jour ou, pour la première fois ce disputait un Grand Prix sans lui.
Ecrit par : Bruno | mercredi, 26 mars 2008
Mon Classement :
1 Ayrton Senna et Jim Clark et Tazio Nuvolari
Ecrit par : bruno | samedi, 19 avril 2008
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