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mercredi, 04 juillet 2007

Se souvenir de Montlhéry #2 : 1000 km de Paris 1968

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Chauffée à blanc par la grande presse qui avait décelé dans la performance de Matra, il y a quinze jours au Mans, matière à vendre un peu plus de papier, une foule compacte gravit l'avenue Georges Boillot qui conduit à l'autodrome. Comme l'an dernier il y a Gérard Barathieu dedans. Ça grimpe en 404, en R16, en DS, voire en Bleue avec des sacoches, la baguette qui dépasse. Objectif, une bonne place en tribune, l'extérieur de la Ferme, ou, comme Gérard, en pole sur le toit des stands.

898e2d97d03b4196a170cc71e2470ef4.jpgGégé a mis un rouleau dans son appareil photo, ainsi que la note d'aujourd'hui en témoigne, lequel appareil semble insensible au bleu. Quelle bizarre loi chromatique gouverne cette machine qui s'éteint quand passe devant son objectif une Matra ou une Alpine, sauf celle présentée plus avant ? Gégé nous pardonnera d'autant cette perfidie que, s'il n'est pas Rainer Schlegelmilch, ses images possèdent un pouvoir évocateur, témoignent du contexte d'une époque que peu de professionnels savent restituer - ou négligent de le faire.

Il est difficile d'échapper aux Porsche qui composent la moitié des 32 voitures engagées. Comment alors espérer autre chose qu'une identique proportion à l'arrivée ? Il eût fallu que ne talonnât pas sur une bosse la grosse Ferrari P3/P4 de David Piper et Dick Attwood, ce qui creva son radiateur et força à l'abandon l'unique auto pouvant arracher la victoire aux Porsche. Il eût fallu que la Matra 630, dont le V12 était moins performant qu'au banc (air connu), et la tenue de route moyenne, ne rompît point une durite d'huile qui la fit abandonner alors qu'elle pouvait aller loin. Les autres challengers l'étaient vraiment trop pour gagner. Les Alpines ? Trop jeunes. Les Lola T70 ? Trop lourdes. Les Ford GT40 ? Trop privées.

Donc notre pote Gégé Barathieu s'est fait chier dès midi, deux heures après le départ, une fois tout ce petit monde d'opposants rentré aux stands. Sur le coup de quatre heures, transi de froid, il a remballé ses gaules et s'en fut par la descente, tel Lucky Luke, sauf que lui avait 50 000 copains devant et derrière, jurant que l'on y reprendrait plus. Promesse de Gascon car on a un 1000 km de Paris 69 en préparation.

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David Piper avait engagé sa P3/P4 dans cette course ne comptant pas pour le championnat du monde. C'était la voiture susceptible d'ôter la victoire aux Porsche ; elle y serait parvenue sans une stupide fuite au radiateur provoquée par une talonnade. Attwood décrochait la pole.

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Il n'y avait que trois Ferrari et Gégé Barathieu les a débusquées toutes les trois. Celle-ci est la 275 LM de Sylvain Garant. Son fils, qui nous lit, sera ravi de revoir cette auto qui était en milieu de tableau lorsqu'un joint de culasse claqua. L'autre pilote était Herbert Müller.

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Magnifique, la 275 GTB dont Jean-Pierre Hanrioud était un heureux et nouveau propriétaire et qu'il partageait avec Bob Neyret, infidèle à Citroën pour une fois (faux d'ailleurs car Neyret fit troisième aux 1000 km de Paris 1966 sur une Ferrari 250 GTO). Sans doute plus à l'aise au parc fermé que sur le routier de Montlhéry, elle ne fit que quelques tours. On note le gars en R16, pas franchement tifosi.

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Le Suédois Ulf Norinder avait confié au très rapide Robin Widdows le soin de le seconder sur sa Lola T70, ce qu'il commença de faire en décrochant le meilleur chrono du vendredi mais ne confirma pas en course où, dans la courbe Ascari, une fuite d'huile sur une roue l'envoya dans une série de tête à queue à 260 à l'heure. Abandon.

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Très vite, l'Alfa T33 du team VDS, menée par Teddy Pilette et Rob Slotemaker, mue par un 2,5 L de 300 ch. Elle était en cinquième place, taillant des croupières à l'Alpine de Depailler/Larrousse, quand son support moteur cassa au 20e tour.

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Le public s'était déplacé pour elles, les voitures bleues. Celle-ci est l'Alpine A220 3L de Jean Guichet (en combinaison blanche et lunettes noires) et Henri Grandsire, au cours d'un arrêt aux stands. Malgré ses nombreux ennuis - amortissement, refroidissement, suspension, puissance moteur - elle alla au bout et finit 4e, ratant même la 3e place à cause de trois pénalisations de 20 secondes pour avoir raté les chicanes. A noter une curiosité : l'engagement d'une berlinette Alpine pour François Cevert et un certain Jean-Claude Cremer, finalement rejetée car trop lente. L'histoire ne dit pas si c'est cette auto qui était si vite à Parly II.

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1000 km de Paris . Autodrome de Linas-Montlhéry . 13 octobre 1968

Voir aussi les 1000 km de Paris 1967 et 1970 


Tous clichés © Gérard Barathieu

Commentaires

"Schlegelmilch", cher MdS, mais je reconnais que ce nom n'est pas facile, il faut être Alsacien comme moi pour le manier aisément.
Notez que le sens de ce nom (s'il y en a un) n'est pas évident : si "milch" c'est le lait, on ne voit guère ce qu'il vient faire avec une baguette ou un maillet (schlegel) ...
En tout cas, merci à vous et à Gérard pour ces souvenirs de Montlhéry ; ah, si j'avais été un peu moins jeune à l'automne 68 (2 ans et demi seulement) ...

Ecrit par : Olivier Favre | mercredi, 04 juillet 2007

Cher MdS,

275 LM, Ne serait-ce pas plutôt une 250 LM ?
Nous attendrons que JLM nous donne les n° de chassis des 3 Ferrari !

Amicalement

Ecrit par : era | mercredi, 04 juillet 2007

Quel plaisir de revoir Montlhéry !!!

Ecrit par : Jacques Rivaud | mercredi, 04 juillet 2007

J'ai ma réponse.

L'auto est bien une 250 LM, mais aussi une 275 ! car à partir d'avril 1964, le V12 porté à 3,3 litres est monté sur la 250 LM; l'auto qui aurait donc du s'appeler 275 LM a gardé l’appellation 250 LM (cylindrée unitaire de 275 cm3, et plus exactement 273,83 cm3).

Conclusion : MdS est un puriste.

Ecrit par : era | mercredi, 04 juillet 2007

Beaucoup d'informations dans ce lien:

http://wsrp.ic.cz/nonchamp1968.html#85

Ecrit par : 250/275 LM | mercredi, 04 juillet 2007

les Chassis:

Sylvain Garant/Herbert Muller/250 LM "5891/64"
Jean Pierre Hanrioud/Robert "Bob" Neyret/275 GTB/C "09007GT"
David Piper/R. "Dick" Attwood/412 P "0854/67"

la plaque de 275 GTB/4 me fait dire qu'à cette époque la voiture appartenait à Sergio Tullio Marchesi, qui se partageaient le volant bien souvant.

en 1964, Ferrari avait demander l' "O"mologation de250 LM en GT, mais les autoritées Italiennes ne l'avaient pas accepter, trouvant la voiture trop "Sportive"
de là, la fameuse colere d'Enzo qui rendit sa licence en fin de saison, et fit engager ses 158/F1 et 1512/F1
par le Nart aux Etats-Unis et au Mexique.
ensuite pour être moins pénalisé, il augmentat la cylindrée unitiare de toutes les 250 LM. qui gardèrent pourtant l'appellation de 250, comme l'a si bien dit era.

Ecrit par : Bruno | jeudi, 05 juillet 2007

Si Gégé n'est pas "p'tit lait sur la baguette" ,ses photos sont bien sympas . Dommage, le bleu l'éblouit : Alpine et Matra sont délaissées ...A noter en 68 deux succès parisiens pour Servoz et la 630 à moteur Ford 4,7 l : Coupes du salon et Grand Prix de Paris .(zut ! j'ai pas le numéro de chassis!?Encore battu par Bruno!).

Ecrit par : françois coeuret | jeudi, 05 juillet 2007

Il me semble - mais peut-être suis-je dans l'erreur - qu'en réalité, le patronyme du fameux photographe allemand auquel nous devons tant de clichés exceptionnels, qui plus est, sur une période incroyablement longue, est "Schlegelmich", ce qui évacue, en même temps que le "l", la question du lait, sans pour autant interdire aux vrais amateurs de boire du petit lait en contemplant la production de l'intéressé.

Cela dit, je signale à tout hasard que ledit intéressé figure sur la seconde photo publiée dans le cadre de la note "Histoire de Toto 2/2" ("Graham Hill à la poussette") http://memoiresdestands.hautetfort.com/archive/2007/02/06/histoire-de-toto-2-2.html

C'est le plus petit des deux photographes en bord de piste, à peu près en surplomb du casque de Graham.

Professeur Reimsparing

PS : Félicitations à Gérard Barathieu pour ses excellentes photos, lesquelles, aujourd'hui, dispensent en outre tout le charme d'un passé vécu par un amateur et qui, sans cela, aurait irrémédiablement disparu.

Ecrit par : Professeur Reimsparing | jeudi, 05 juillet 2007

Professeur , c'est bien Schlegelmilch et donc du lait à défaut de champagne . Je vous propose de jeter un coup d'oeil sur www.schlegelmilch.com . J'irai voir pour ma part du côté de Toto 2/2 le schlegelmilch version sixties.

Ecrit par : françois coeuret | jeudi, 05 juillet 2007

Merci Olivier d'avoir rectifié une erreur que j'ai commise, moi le germanophobe qui n'ai pas fait beaucoup d'efforts pour l'éviter, mais que le Pr Reimsparing, éminent et fervent germanophone aurait faite. C'est jouissif.
Et merci à era et à François d'avoir épaissi un peu plus cette Ferrari, à cheval entre une 250 et une 275.
Mais merci surtout à Gégé Barathieu. Ces photos, même floues, sont tellement parlantes ! Celle de la Lola, notamment, est un vrai tableau. On dirait un Turner ; le mouvement général de fuite, le drapé des vêtements, le léger voile flou qui rappelle la touche du pinceau. On note que les spectateurs de l'époque n'avaient pas de sacs à dos, ni de casquettes et de capuches, mais des cravates.

Ecrit par : Mémoire des Stands | jeudi, 05 juillet 2007

Ce que j'adore sur ces photos, outre les autos bien sûr, c'est l'environnement.
Les spectateurs, les voitures du public...
Dans cet esprit, je vous recommande un livre : "Motor Racing - Reflexions of a lost era", d'Antony Carter. On le trouve à la librairie du palmier.
C'est un ensemble de photos prises par un amateur Anglais dans les années 50-60-70. Peu de photos de voitures en piste, mais des scènes de stand et de parc fermé géniales.
Toute la série sur le GP de Rouen 68 est extraordinaire. On y voit, entre autre, Beltoise et sa MS11 sortir du garage où Matra avait pris ses quartiers, et rejoindre le circuit par la route pour les essais. Tout le quartier est sur le palier pour l'occasion : les gamins, la concierge, le boucher du coins avec son crayon sur l'oreille...
La visite chez Ferrari en 67 est pas mal non plus. On y voit les mécanos qui peignent les capots des fabuleuses P4 à l'extérieur, sur deux vieux tréteaux en bois posés au soleil.
Une autre époque.

Ecrit par : Christian Burdet | vendredi, 06 juillet 2007

Tout à fait d'accord avec ce qui est dit par Mds et Christian. Un bon exemple est le film 'le Mans'. Hormis les images des bolides en course. Les 20 premières minutes (et quelques séquences ensuite dans le film) montrant l’arrivé des spectateurs, les embouteillages, les tribunes, les campings, l’attente du départ, en fait tout les à cotés sont autant de plans permettant de se rendre compte de l’ambiance de l’époque (enfin je crois car comme je le dis là http://memoiresdestands.hautetfort.com/archive/2006/03/03/une-fracture-qui-du-bon.html j’étais un peu jeune). C’est, pour moi, un des attraits important de ce film.

Ecrit par : GIGI | vendredi, 06 juillet 2007

noter bien derrière la 275 gtb une 4 l et un fiat 850
impensable de nos jours

Ecrit par : pierre aubusson | mardi, 24 juillet 2007

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