mercredi, 20 juin 2007

Chronique des bords de Loire

loire1.jpg

C'est une tradition. Avant la furia du Grand Prix de l'Age d'Or, nous partons nous ressourcer sur les bords de la Loire où coule, sauf à Tours, une vie automobile sportive suffisamment lâche pour nous laisser respirer. Et à Cosne-sur-Loire, notre lieu de villégiature mais aussi d'origine, la course automobile est aussi incongrue que l'eau au Sahel, même si la proximité de Magny-Cours permettrait d'augurer du contraire.

ce86f8f4ddf88eeff9323dc8d5c0c680.jpgTout juste les "Pneus Robert Benoit", sis dans une rue tranquille du bourg, installent-ils une note incisive ; encore leur eût-il fallu un S pour qu'ils sifflent plus.

Posée de part et d'autre de la Nationale 7, Cosne, sous-préfecture de la Nièvre de 11 500 habitants dont un gros tiers conduit une Xsara Picasso, s'est endormie depuis qu'on a construit une déviation qui ne laisse plus la pénétrer qu'un trafic local et quelques étrangers égarés, les autres préférant filer plus au sud.

Isolée à l'extrême limite de la Bourgogne, pour qui elle compte comme pipi de chat, mais dédaignée par la région Centre, de laquelle elle est pourtant plus proche géographiquement et culturellement, la ville est repliée sur sa Loire et son grand marché du dimanche, ses deux attractions.
Nous en avons trouvé une troisième, trop drôle, l'observation de l'automobiliste cosnois, attablé à la terrasse du "Pause Café", un estaminet situé en haut du boulevard de la République, devant lequel le Cosnois motorisé stoppe, comme l'y intime un gros panneau rouge.

Nous avons pu découper cette population en trois grandes familles :
- Le Conducteur-de-Xsara-Picasso
- Le Jacky
- Le Conducteur-de-vintage-qui-s'ignore.

Un gros concessionnaire Citröen particulièrement actif inonde Cosne, faisant de la ville tout entière une pub pour le double chevron. Mais pour quelle raison ses habitants ont-ils choisi en masse la Xsara Picasso pour se traîner à Auchan et bouffer au Flunch attenant ? Mystère. La Xsara Picasso est une tente en ferraille ronde qui se déplace sur quatre roulettes et n'a ni avant ni arrière. Ca ressemble autant à une auto que le Pr Reimsparing à un joueur de boules. Le Cosnois étant avant tout discret et raisonnable, sans doute trouve-t-il en cet appareillage un moyen raisonnable et discret de faire la navette entre Auchan et le marché du dimanche sans éveiller l'attention de son percepteur. Problème, ledit percepteur a la même.

Toutes les trois minutes la terrasse du Pause Café est ébranlée par des boum boum qui vous tordent le ventre avant que se matérialise l'objet anticipé par ce boucan, une bagnole de Jacky, R5 bricolée, Clio jaune fluo munie d'un aileron de Chaparral, Polo au look de low rider mais au moteur de Polo, voire pour les plus éclairés, une BM 320 savamment enlaidie. Le Jacky est l'unique expression du sport automobile dans les rues de Cosne, à voir la gomme qu'il dépose devant le Pause Café avant de s'enfuir dans la rue qui mène à la gare, emportant dans son sillage les boum boum qui sont sa signature auditive et témoignent d'une culture musicale aussi affirmée que ses goûts automobiles.
Le plus drôle est lorsque la femelle du Jacky conduit la caisse. Comme elle passe souvent pour l'intellectuelle du duo, et soucieuse de racheter l'inconduite de son mec par la sienne, de conduite, elle roule dans Cosne très sagement, avec RTL se faufilant élégamment par la fenêtre entrouverte.

Enfin le Conducteur-de-vintage-qui-s'ignore a notre sympathie, lui. C'est un gars qui roule en 2 CV, en 4 L, en Talbot Horizon, en Simca 1301, bref une caisse qui a depuis des lustres déserté les rues de nos banlieues normales où, quand on en rencontre une, il y a un gus à son volant qui sait qu'il roule en vintage, qui s'est donné du mal pour la retaper, qui veut qu'on le mate en disant : Regarde, Zézette, une 403  !
Le Cosnois en 403 trouve bizarre qu'on le regarde avec insistance. A-t-il un méchant bouton sur le nez ? N'est-ce pas ce gars qui lui a vendu une oie au marché ? Il ne lui vient pas à l'idée que c'est sa caisse qu'on admire avec un brin de gentillesse nostalgique, une caisse pourrie qu'il traîne depuis trois générations et qu'il aimerait bien changer pour une Xsara Picasso.



La vie à  Cosne
© MdS

10:10 Publié dans Personnel | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : cosne sur loire, citroen xsara picasso, citroen |

Commentaires

Quel délice !
Il n'y a pas qu'à Cosne que l'on croise ce genre de socièté...certains villes des abords de Poitiers sont tout aussi pittoresques.

Ecrit par : oscar | mercredi, 20 juin 2007

le picasso : l'auto de la majorité ! quel succès c'est un must , hélas je ne travaille pas chez citroen ... a cosne ! mais je pense qu'a vous lire tout le personnel de la concession va éprouver une grande et légitime fierté
et puis maintenant il y a le C4 PICASSO la nouveauté , l'histoire va encore durer longtemps ! très longtemps !!!
mimile de france supporters des hyper AUCHAN unissez vous et confirmez le succès du XSARA PICASSO avec le nouveau C4 PICASSO ..... rendez vous chez votre concessionnaire préféré et n'hésitez pas , réclamez votre casquette rouge Sébastien LOEB (succès garanti auprès de vos amis lors de votre prochain concours de boules)..... adieu bob ricard ..... mimile de la france profonde on vous aime !

Ecrit par : bidochon | mercredi, 20 juin 2007

Les brasseries, les restaurants, les selfs et maintenant les calmes terrasses des bistros de province sont décidément des sources d’inspiration pour le TTCCB.
Cela nous fait de jolies chroniques et des respirations entre deux obsessions automobiles.
Par ailleurs, si Picasso savait qu'il est devenu consensuel a Cosne, ses pinceaux lui tomberaient de ses geniales doigts.

Ecrit par : gianpaolo | mercredi, 20 juin 2007

Me trouvant impliqué dans le note ci-dessus, je me permets d’exercer, avec une certaine solennité, le droit de réponse prévu tant par les lois et règlements nationaux en vigueur que par la Convention européenne des droits de l’homme :

A cet effet, il m’a semblé approprié de raconter une histoire de boules débile :

Ca se passe dans une classe de troisième, durant le cours de physique, animé par une charmante personne « du sexe ». Cette dernière tente de faire entrer dans les cerveaux supposés occuper la boîte crânienne de ses élèves la notion d’énergie cinétique, en prenant comme exemple le déplacement des boules de billard sur le tapis vert, et croit bon de préciser : « Naturellement, pour que les lois physiques s’appliquent exactement, il faut que les boules utilisées soient entièrement lisses, comme c’est toujours le cas avec les boules de billard ». Intervient alors l’un des cancres attitrés de la classe, qui lance : « Non, madame, c’est pas toujours le cas ! ». La charmante personne s’énerve quelque peu et rétorque : « Ce n’est pas vous qui allez m’apprendre des choses que je ne connais pas !! ». Impavide, le cancre se tourne vers son voisin de gauche (ou de droite, selon les convictions) et lui dit calmement : « Eh, Billard, montre-lui donc tes boules… ».

Je vous remercie de votre attention.

Professeur Reimsparing

PS : J’ose espérer qu’aucun des « Jacky » de Cosne-sur-Loire n’a déclenché de « plainte contre X » pour tapage nocturne (voire diurne)…

Ecrit par : Professeur Reimsparing | mercredi, 20 juin 2007

En effet, cher gianpaolo, voila une chronique de la vie provinciale, pleine de charme.
Notre ami sous couvert d'une étude automobilistique et de son allocentrisme habituel,
nous fait découvrir les charmes de la cosnoise qui n'est pas mièvre.
Il a réussi sans laisser-passer et par surprise à s'introduire dans l'intimité de cette
tranquille provinciale, et avec doigté à nous inviter à partager ses plus beaux atours.
Pour le reste, comme disait Picasso:
" Qui voit la figure humaine correctement? le photographe, le miroir ou le peintre?

Ecrit par : Bureau 219 | mercredi, 20 juin 2007

Cosne ne figurait pas sur mon itinéraire ce jour de décembre 1984 pluvieux où je me rendis à Magny-Cours, pour mon premier stage à l'école Windfield. Venant de Franche-Comté, je passai en revanche à Plagny, dans la banlieue sud de Nevers. J'y revins entre midi et deux heures car j'avais répéré une cabine téléphonique sur le bord de la route. Après avoir rassuré mes parents sur le déroulement cette matinée inoubliable, je restai dans la voiture pour me restaurer, et pour manger les Pim's à l'orange que ma môman avait glissé dans mon sac...

Depuis, les Pim's à l'orange sont mes madeleines de Proust à moi....

Ecrit par : Né quelque part | mercredi, 20 juin 2007

Rien de spécifique à ajouter. Si ce n'est que votre blog est une merveille, que je parcours sans me lasser. Le contenu, peut-être. Mais plus encore le style. J'y retrouve l'émotion profonde que me procurait la F1 et la F2 de quand j'étais gosse. Le temps où en se faufilant avec mon père dans le paddock je me voyais gentiment proposer de me glisser dans le cockpit de la March de Peterson à Nivelles (circuit sans intérêt). Papoter avec Wilson Fittipaldi et Carlos Pace à Zolder, juste pour le plaisir. Parce qu'ils n'avaient pas d'hélicoptère à prendre et qu'ils reconnaissaient la lumière dans les yeux d'un môme de 10 ans. Le regard que me lança Stewart aussi quand il me dédicaça une photo de lui et Cevert , en tournée promo pour Ford sur un vulgaire parking de Carrefour local début 74. Take care, kid. L'émotion du Mans 69, avec ce jeune type beau comme un archange qui part au pas et finit au sprint. Je m'émerveille de vous voir évoquer tous ces pilotes qui n'ont plus droit qu'à une ligne dans des stats à la con sur le web. Howden Ganley. Brian Redman. Andrea De Adamich. Il y a dans votre travail un formidable matériau littéraire. Si seulement j'avais votre connaissance, ou le centième du courage de M. Vogel, je m'attaquerais au destin de Willy Mairesse. J'aimerais surtout retrouver dans un livre, le vôtre, l'ombre du Cake et celle de tous ces héros, anonymes ou pas, d'un monde disparu

Ecrit par : zapata | mercredi, 20 juin 2007

viva zapata !

Ecrit par : bidochon | mercredi, 20 juin 2007

Contrairement à Mike "Privé de gloire" Beuttler, Willy le maudit a eu droit à un bel ouvrage richement documenté (merci Olivier).

http://www.asag.sk/danny/mairesse.jpg

Ecrit par : Marc Ostermann | mercredi, 20 juin 2007

Cher MdS,

Je me languissais de lire une de ces chroniques, toutes droit sorties de la torpeur d'une sous-préfecture de province, celle de la France d'en b... , oubliée des grands axes, des schémas directeurs de développement, des axes de compétitivité économique (sic)... et j'en passe.

Mais vous oubliez une chose essentielle, non ?
Vous ne voyez pas ?

Le cinéma de Cosne Sur Loire !!! qui si je ne m'abuse avait été à l'honneur l'an dernier sur ce même blog. Aurait-il fermé ? J'ose espérer que non.
Autrement, alors oui, on peut le dire, tout fout le camp !

Amitiés,

Era

Ecrit par : era | jeudi, 21 juin 2007

Et il les lui a montrées ?

Ecrit par : Bruno | jeudi, 21 juin 2007

Merci Messieurs de vos réactions agréables à lire sur ce petit sujet qui m'est cher à plus d'un titre. Et notamment merci à vous, Zapata, dont le témoignage est la plus belle récompense qu'un blogueur puisse recevoir, car le commentaire est sa nourriture et le beau commentaire est du Bocuse.

Ceci dit, je dois à la vérité de préciser - ainsi que me le faisait remarquer Jean-Claude Arnold, à qui le karting n'est pas étranger - que Cosne possède un club de kart plutôt vigoureux, ( http://www.cosne-karting.com ) et que d'autre part, il y a en ville une association de Coccinelles, All in Cox.

Enfin, cher era, que je ne remercierai jamais assez pour la pub qu'il nous fait sur Blenheim, sachez que l'Eden poursuit son bonhomme de chemin, avec ses deux séances quotidiennes. Cette semaine il programme Steak, le film de Erick et Ramzy et le dernier Shrek. J'ai fait l'impasse.

Ecrit par : Mémoire des Stands | jeudi, 21 juin 2007

Bonjour à tous.
Quoi ? Tout le monde roupille sur ce site ? Zapata qui dit avoir rencontré Cevert en 74 et personne qui vient lui rappeler que le grand et beau François nous avait déjà quittés, hélas, en 73 ?
Bien amicalement à Zapata compris bien sûr.

Vous aimez les chroniques provinciales ? J'en ai une qui me tient particulièrement à coeur et que peut-être j'ai déjà contée sur ce site, je ne sais plus ?
Depuis ma découverte (vibrante) de la course-auto ce lundi de Pâques 1957 à Pau,victoire de Jean Behra sur la mythique (n'est-ce pas ?) Maserati 250 F, le GP de Pau était devenu un pélerinage annuel et familial.
Nous nous levions aux aurores pour traverser l'immense forêt des Landes de Gascogne, puis "cassions la croûte" frissonnants et ensommeillés près du petit pont sur le Retjons au bord de la nationale perdue dans l'océan de pins et de fougères émergeant d'un fin voile de brume matinale.
A Pau, nous nous garions sur l'immense Place de Verdun qui permettait de gagner rapidement le circuit à pied par le somptueux Boulevard des Pyrénées et sa vue imprenable sur la chaîne enneigée dans le lointain (j'y ai ainsi croisé sur le trottoir Jack Brabham se dirigeant dans la direction du funiculaire cher au TTCCB, ainsi qu'en 1959 aperçu Bonnier et Behra dans une mini Fiat 500 rouge en route pour le circuit).
Bref ! Je ne sais comment Papa, avisant un salon de coiffeur ouvert un matin de jour férié pourtant, trouva le temps d'aller s'y faire couper les cheveux, Place de Verdun.
Mais , en homme du Sud-Ouest des années cinquante qui ne se séparait jamais de son béret, toujours légèrement incliné sur le côté gauche je crois, il trouva le moyen de l'oublier justement sur la patère du coiffeur, son beau béret du dimanche, impeccablement noir ...
Et que croyez-vous qu'il arriva ?
L'année suivante, sans coup férir nous débarquâmes à Pau le Lundi de Pâques (à l'époque le GP se déroulait à Pâques et non à la Pentecôte comme maintenant), et vîmes Papa nous annoncer en rigolant :
-- "bon , eh bien maintenant je vais récupérer mon béret !"
et ébahis le vîmes ressortir quelques instants plus tard du salon de coiffure coiffé ... de son béret !
A la question "n'avez-vous pas trouvé un béret oublié", le coiffeur avait répondu :
-- regardez si c'est le vôtre, il y en a un accroché là depuis un bon bout de temps !
(Je n'ajouterai qu'un mot ... chapeau ! ... et , autre temps autres moeurs, non ?)
Gilbert.

Ecrit par : Gilbert | jeudi, 21 juin 2007

Euh, Gilbert, en toute amitié je pense que c'est vous qui avez du lire mon commentaire à l'heure de la sieste ! Car il n'appartient pas à la rubrique "irrationnel" chère à ce blog. Relisez et vous verrez que j'ai fait dédicacer début 74 par Jackie Stewart une PHOTO de lui en compagnie de François Cevert. Quitte à faire dans l'improbable, j'aurais sinon fait plus baroque, genre: "J'ai vu François Cevert il 2 ans à Madagascar, il jouait à la belote avec Elvis et John Lennon !"
Sinon, l'évocation de Joachim Bonnier dans une Fiat 500 me ravit !

Ecrit par : Zapata | jeudi, 21 juin 2007

A Zapata ... dont acte !
(cétait pour voir si vous suiviez !!! ... mouais, une bonne sieste en effet, sorry)
Gilbert.

Ecrit par : Gilbert | jeudi, 21 juin 2007

L'association All in Cox de Cosne sur loire a creee son site web,
http://coxcombi.free.fr/index.php?lng=fr

Ecrit par : Coxcombi | jeudi, 05 juillet 2007

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