lundi, 07 mai 2007
"C'est moi, Monsieur Moss"

Ce lundi 23 avril sur le coup de 13 heures, en quittant « Le Bouquet d’Alésia », légèrement anéanti par la pollution du carrefour du même nom combinée à une chaleur hors de saison, en proie également aux premières retombées de l’ingestion déraisonnable d’une côte de bœuf béarnaise accompagnée de quelques centilitres de beaujolais, j’éprouve un sérieux coup de flou à la perspective de devoir me traîner jusqu’au métro Plaisance ; d’autant que les souvenirs de Bernard Cahier qui pendent à mon bras, lovés dans un sac ETAI (publicité gratuite), pèsent leur poids ; normal, ce sont ses « Meilleurs ».
Pourtant, quelque chose me dit que je dois persévérer. C’est pourquoi je me retrouve une demi-heure plus tard à l’intérieur de l’auguste édifice du Grand Palais, baigné, par la grâce de son immense verrière, d’une lumière que l’on pourrait qualifier d’aquarium.Un premier tour (c’est de saison) me permet de découvrir, voire de redécouvrir, car j’avais fréquenté en son temps les jardins du Trocadéro, y croisant même, une année, Mister Bean en personne, les autos qui forment le plateau de ce Tour du cinquantenaire.
Très beau spectacle, certes, mais, accablé par la chaleur que dispense la verrière susmentionnée, et quelque peu tourmenté par mon combat interne avec la côte sus mentionnée, je peine à m’y intéresser vraiment. Même la débauche de Ferrari me laisse un peu froid : un comble ! C’est donc au moment où je m’apprête à quitter prématurément les lieux que le miracle se produit. Sur ma gauche vient d’apparaître un petit monsieur plutôt âgé et trapu, le crâne dégarni et légèrement tavelé, portant bretelles, qui déambule dans un parfait anonymat, un bras posé sur les épaules de son épouse. Or c’est pour lui que je suis venu, pour lui !
Avec un esprit de décision et une sûreté de gestes qui me surprennent moi-même, je me porte à sa hauteur tout en extrayant l’ouvrage de Bernard Cahier et en sélectionnant la page que j’avais choisie au cas où… Excuse me, is it possible to get a… ? ; là, trou de mémoire : comment dit-on « signature » en anglais ? Qu’à cela ne tienne, mon interlocuteur (si je puis dire) a compris. Il se saisit du stylo que je lui tend et appose sans hésitation l’émouvant autographe reproduit ci-après.
Constatant qu’il est représenté face à Fangio, le bas droit semi levé, son épouse l’interroge malicieusement : Were you swearing never to overtake him ? ; belle complicité ; je me fais l’effet, à juste titre, d’une pièce rapportée. Mais qu’importe, je suis entré, l’espace de quelques instants, dans la vie de cet immense champion, que je remercie d’un inaudible Thank you very much ; c’est alors que, reprenant sa marche, il se retourne à demi et me dit Merci .J’aurais voulu ajouter c’est moi, Monsieur Moss mais de toute façon je n’aurais pas osé. C’est pourquoi finalement je le fais par le biais du titre de cette note que vous ne lirez pas.
Là-dessus, j’ai ressenti de manière aiguë le contraste assez extraordinaire entre la vie et l’œuvre de ce monsieur si discret et l’étalage légèrement exhibitionniste qui m’environnait : c’est LUI qui pilotait une Mercedes en 55 aux Mille Miles et à Aintree (ainsi qu’au… Tour Auto 56, assisté de Georges Houel), LUI qui pilotait une Maserati en 56 à Monaco et à Monza, LUI qui pilotait une Vanwall en 57 à Aintree et à Pescara, LUI qui pilotait une Lotus en 61 à Monaco et au Ring, sans parler du reste, bien sûr ; alors que toutes ces chatoyantes mécaniques alentour, elles avaient été restaurées ; quant à leurs pilotes, même si certains étaient dignes de respect, il n’y avait tout de même pas photo.
Mes jambes m’entraînaient dans le présent mais ma tête était dans le passé. Situation inconfortable, à laquelle mit fin involontairement… le TTDCB en personne, lequel apparut dans mon champ de vision, un demi-sourire carnassier aux lèvres et le regard doucement ironique, en quête de quelque victime pour une prochaine chronique.
En homme de médias consommé, ledit teneur réagit immédiatement à ma suggestion de consacrer quelques lignes à ma rencontre avec le « champion sans couronne ».
Après quoi je suis sorti. L’air paraissait plus frais. Je me sentais léger. Oubliée la côte. Je pensais à un titre possible : « Un Grand Homme au Grand Palais ». Je me disais qu’il doit être sympa de posséder une Ferrari GTO, même reconstruite, mais qu’après tout, le plaisir simple et intense qu’à cet instant je ressentais n’était pas mal non plus.
En tout cas, cette journée se terminait beaucoup mieux qu’elle n’avait commencé.
Signé Pr Reimsparing
Tour Auto Lissac . Exposition Grand Palais . 23 avril 2007
Site officiel : www.tour-auto.com
Stirling Moss au Grand Palais © Sir William, The Blenheim Gang Forum
Le Cahier du Pr Reimsparing © MdS
"Jurais-tu de ne pas le dépasser ?" © Bernard Cahier en premier et MdS en second
10:10 Publié dans Epreuves historiques modernes | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
| Tags : tour auto, 2007, stirling moss, livre mes meilleurs souvenirs, bernard cahier |



















Commentaires
Page 197 du livre "Mes Meilleurs Souvenirs".
Ainsi Professeur cet "Authograph" sur le casque du "RingMeister" donne à votre ouvrage unique plus que ce qu'il offre - pour une somme très "conséquente" - des clichés déjà tous ou presque tous publiés dans la "classieuse" revue - Automobiles Classiques.
J'écrivais au mois de janvier dernier "être resté sur ma faim" quant au contenu de ce livre.
Merci à un $ faible (ou un € fort) l'opportunité d'avoir pu acquérir aux USA le véritable "MEMOIRS OF AN AUTOMOTIVE PHOTOJOURNALIST" Bernard CAHIER - F-STOPS, PIT STOPS, LAUGHTERS & TEARS - forewords by Phill Hill and Dan Gurney.
Pour un prix divisé par deux (référence à la publication DRIVERS), 730 pages de textes (en anglais) et quelques centaines de clichés, voilà les véritables mémoires de Bernard CAHIER.
Journaliste, photographe, pilote, ambassadeur GOOD YEAR, confident voire complice, ami des grands et des plus que grands, gueule de jeune "premier", acteur, témoin privilégié d'une époque révolue, sosie involontaire de Jean Behra, ce livre vous permettra de pénétrer (SIC) "... les innombrables boîtes d'archives, retraçant plus de trente ans de compétition automobile, ...". c.f. la der de l'ouvrage publié chez DRIVERS.
Pour la France, pourquoi les éditeurs nous privent-ils de ces ouvrages ? Frilosité ?
Ecrit par : Jean-Louis Mathieu | lundi, 07 mai 2007
Stirling Moss a toujours tenu une place à part pour moi. Grâce à votre rencontre, je sais aujourd'hui pourquoi: c'est un des plus grands pilotes de tous les temps, ça, tout le monde la sait, mais surtout un Grand Monsieur. Simplement.
Ecrit par : guy dhotel | lundi, 07 mai 2007
Bonjour à tous.
A partir de ma découverte de la course-auto à Pau en 1957 et l'approche en fin de course de la Maserati 250 F victorieuse et de son pilote radieux sous les lauriers, Jean Behra, j'ai vénéré ces pilotes "glamour" des années 50 et leurs voitures, mais le seul qui ait été ma véritable "idole" aura été cet attaquant et gentleman magnifique (déjà et toujours), Stirling Moss.
Je ne le verrai malheureusement jamais courir à Pau au temps de sa splendeur, car Goodwood nous le retenait traditionnellement aux mêmes dates pour les meetings de Pâques (à l'époque), sauf enfin en 1985 grâce aux courses historiques. Emu comme le gamin que je n'avais cessé d'être, je n'avais même pas osé l'aborder dans le paddock où il discutait tranquillement avec Richard Atwood.
Ce n'est qu'en 2001 qu'au Mans "historique" j'ai enfin osé, Place des Jacobins, poser pour la photo du siècle épaule contre épaule avec le "vieux monsieur " charmant et toujours disponible.
Eh bien moi aussi j'étais au Grand Palais l'autre lundi d'avant Tour Auto, pour lui seul, et voir de près une fois encore ce merveilleux pilote d'une époque tendant vers l'extinction de ses derniers témoins, sympa toujours avec ses larges bretelles ... eh bien vous la voulez l'anecdote "en plus" à propos du "très grand Monsieur" ?
Il était là appuyé à une de ces simili-chaises pliantes surélevées pour soulager je l'imagine ses vieilles jambes tant malmenées à Spa en 1960 notamment (fracturées suite à la perte d'une roue à plus de 200 km/h), quand un monsieur a placé un gamin en fauteuil roulant à proximité pour prendre dans le champ large la photo avec Moss bien sûr ; Moss regardant soudain dans cette direction a commencé à sourire puis comprenant la scène s'est levé et a fait plusieurs pas pour venir saisir et s'accouder à l'arrière du fauteuil au-dessus de l'enfant pour poser ... vous imaginez la joie et les remerciements de l'homme et du gamin, et Moss faisant un petit geste amical dans un sourire ...
Oui, vraiment UN TRES GRAND MONSIEUR , Sir Stirling Moss !
Gilbert.
Ecrit par : Gilbert | lundi, 07 mai 2007
Je dirai même plus, cher Professeur, c'est lui qui pilotait une Vanwall lors de ce mythique Grand Prix du Maroc 1958 qu'il remporta; mon premier Grand Prix ...
Keep on running, Sir Moss !
Ecrit par : Christian Magnanou | lundi, 07 mai 2007
Sir Moss sera dans 10 jours au GP Live à Donington ( http://www.gpliveuk.com/GPlive-introduction/introduction.asp ) , je n'oserai sûrement pas l'aborder mais cela est il bien important ?
Ecrit par : Gurneyflap | lundi, 07 mai 2007
"recherche pièce rare, faire offre". Cette annonce sonne bien avec le bonhomme.... vous savez, c'est comme ces timbres que l'imprimerie nationale a "foirés", genre marianne à l'envers... mais y en a tellement peu que d'un coup tout le monde se jette dessus, et on balance aux oubliettes les beaux timbres réussis et édités par ... millions. Ben dans le cas de otre bonhomme, l'imprimerie nationale c'est la destinée qui s'est "foirée" sur le compte de notre champion, et les beaux timbres réussis, ce sont ces "champions du monde", estampillés FIA/CSi, mais qui n'arrivent pas à la cheville du gugusse. Qui a-t-on retenu? Fangio, Clark, Stewart, Lauda, Senna et ... Moss! Ah bon? y a été combien de fois "timbalé" celui-là? 5?4?3?. .. euh.
. 2 fois? ben non, ZERO timbale, mais ca en vaut SIX tellement ses 4 VICE-TITRES il est allé les chercher avec brio. WELL DONE SIR STIRLING! YOU ARE THE ONE WITH THE AUTOGRAPH ON THE FRONT PAGE! Merci pour tout l'artiste.
Ecrit par : bleunuickx | mardi, 08 mai 2007
Faut-il jeter aux orties tous ceux qui n'ont pas été champion du monde? Bleunuickx, allez raconter aux fans de Ickx, Laffite, Pironi, Regazzoni ou G. Villeneuve que leurs héros sont des pilotes moyens!
Et que dire de notre Bebel national (1 victoire? Pouah!)? De Cevert (1 seule unité)? De Dalmas (une 5e place même pas comptabilisée)? Des Schlesser oncle et neveu (2 GP pour 2)?
En voilà un qui veut se faire huer...
Fangio a remporté 5 titres gràce à un certain opportunisme (très inhabituel pour l'époque.) Moss, lui, était l'homme des voitures de 2e zone: il restera l'homme des premières victoires de Vanwall, Lotus, Cooper ou Rob Walker. Il s'est aussi imposé en rallye et sur circuit. Bref, un grand pilote, qui mérite largement sa place au panthéon.
Enfin, détail non négligeable, il est l'un des derniers animateurs des pelotons des années 50 encore en vie. Les Anglais en font un dieu vivant, mais c'est aussi pour leurs excès qu'on adore nos voisins d'outre-manche.
Ecrit par : Joest | mercredi, 09 mai 2007
Joest, avez vous bien lu Bleunuickx, surtout le dernier § ?
Je trouve dommage de lui attribuer le contraire de ce qu'il a écrit. Bah, l'essentiel est vous soyiez d'accord sur le fond!
Ecrit par : passion91 | mercredi, 09 mai 2007
Ecrire un commentaire