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dimanche, 25 mars 2007

Jacques Henri Lartigue, photographe du dimanche

lartigue.jpg

C’est un jeune homme de 19 ans qui en ce 13 juillet 1913 réalisa le cliché ci-dessus, après avoir planté son ICA reflex utilisant des plaques 9 X 12 au bord d’une route de la campagne picarde, jouant avec un siècle d’avance les photographes du dimanche tels que les conçoit MdS et dont l’ami Guy Royer demeure à ce jour le meilleur exemple.

Pour audacieuse que soit la comparaison entre cette méchante photo, floue, mal cadrée, déformée, ratée en un mot, avec les compositions léchées, taillées au cordeau dues au titulaire de notre rubrique dominicale, elle s’impose, étayée du verdict de l’Histoire grâce auquel l’image légendée officiellement « Une Delage au grand prix de l’Automobile-Club de France de 1912 », entre autres du même acabit, fit passer Jacques Henri Lartigue (1894-1986) du statut de "photographe du dimanche" à celui de "Maître du XXe siècle", l’égal des Brassaï, Man Ray, Doisneau et consorts.

Injuste, n’est-il pas, envers un Royer dont les travaux apparaissent si nets, tellement évidents, mais dont la notoriété ne dépasse pas le cadre de notre page d'accueil… Oui, mais voilà, tout cela provient d’un malentendu, d’un accident de l’Histoire de la photo. Lartigue eut la chance de débuter à une époque balbutiante où l’académisme était la règle, où tout défaut, le moindre raté, renvoyait une image dans des limbes qui la condamnaient définitivement. C’est ce qui est arrivé à celle-ci que son auteur a remisée un demi-siècle dans une boîte à chaussures, jusqu’à oublier son existence.

Puis, dans les années 50, alors que la photographie, devenue mature, commençait à se regarder le nombril en se disant qu’elle avait fait le tour de sa personne et cherchait des voies de renouvellement, Lartigue exhuma ce cliché qui, littéralement, alors explosa. On loua l’audace de sa composition, le modernisme de ce filé, et cette déformation extraordinaire qui semble abandonner sur le bord de la route les spectateurs happés par la vitesse de la voiture de course qui, elle aussi déformée mais dans le sens de sa marche, est tellement rapide qu’elle sort du cadre ! Oui, quel chef d’œuvre ! En fait, la photo de Lartigue acquit ce statut grâce à une caractéristique de l’obturateur à rideau qui équipait la chambre, composé de deux lamelles formant fente. Si celle-ci s’obture moins vite que se déplace l’objet photographié, il en résulte une déformation, elle-même amplifiée par le mouvement de la chambre pour suivre l’auto. 

Aujourd’hui, cette image est culte. Une vente récente par Sotheby’s à Amsterdam l’a adjugée 7 800 euros après qu’elle eut été considérée comme une des grandes images du siècle dernier par les différentes rétrospectives photographiques publiées à la fin de 1999.

Enfin, last but not least, Lartigue s‘est planté dans les grandes longueurs en légendant sa photo car il n’exista aucune Delage #6 au GP de Dieppe 1912. Selon plusieurs sources, il s’agit d’une Théophile Schneider saisie à l’occasion du GP de l’ACF 1913, couru à Amiens, celle de René Croquet, qui termina 10e. Jacques Henri Lartigue est bien un photographe du dimanche.



Une Delage au grand prix de l'Automobile-Club de France de 1912
. © Ministère de la Culture - France/A.A.J.H.L

Commentaires

L'histoire d'un "rideau qui ...."

Il ne fut pas le premier qui devait rater son cliché.... c.f. le passage des "automobiles" lors du Paris-Bordeaux-Madrid en 1903; instantanés déjà et cette déformation qui illustrait la vitesse.

Mais c'est ou ce sont :

1) LA photographie qui illustre encore et toujours LA course automobile,
2) Les Extraordinaires Grand Prix de l'Automobile Club de France interrompus par la guerre,
3) Théo Schneider, un parmi la plus que centaine de constructeurs français qui existaient alors et que la course automobile devait propulser sur le devant des ventes et de la gloire,
4) René Croquet bien sûr. Il n'était pas le plus fort,
5) Les Mécaniciens ? Ces indispensable du graissage ! Rarement cités, éternels oubliés ( Louis Daclin avec Henri Champoiseau; Didier ? avec René Croquet; Brombant ? avec René Thomas; Mongeot avec Fernand Gabriel).

Quelle belle "Equipe" que ces Théo Schneider: le vainqueur du Paris Madrid, Fernand Gabriel, René Thomas le périgourdin qui s'illustrera l'année suivante dans une Delage pour une victoire sur le "Brickyard" de l'Indiana lors des 500 miles.
c.f. le plus complet des ouvrages (malgré des ommissions) "Histoire du Grand Prix de l'Automobile-Club de France 1906 - 1914" par T.A.S.O.* Mathieson, mai 1965.
Lire le Circuit de Picardie couru sur le triangle: Longeau, carrefour des "Grand Chemin" 203 et 23, Moreuil, fourche de la "National" 35 et du "Grand Chemin" 203.

* Thomas Alister Sutherland Olgilvie

Ecrit par : Jean-Louis Mathieu | dimanche, 25 mars 2007

Bonjour,

Effectivement c'est bien une Théo Schneider.
Ce photographe du dimanche a exhumé cette photo (dans les années 50)qu'il considérait lui même comme raté...comme quoi il faut toujours avoir du recul par rapport à son travail.
Alain Pernot a mentionné également cette anecdote dans son livre sur les 100 ans de GP de France.
Le musée de l'Automobiliste a édité, il y a quelques temps, un merveilleux petit livret intitulé "En route Mr Lartigue" où il y a, entre autres, quelques photos "ratées" de compétition. Un régal à feuilleter et à (re) lire...comme le livre de TASO Mathieson.

Amicalement

Ecrit par : Guivarc'h | dimanche, 25 mars 2007

qui a dit que c'était une photographie ratée?

Ecrit par : Bruno | dimanche, 25 mars 2007

J'ai dedié une entrée dans mon modeste blog à cette photo. La réalisation est plus moderne que l'on croît donc la chambre avait un obturateur vertical qui monte l'image et on voit que elle a été bougée à droite à mésure que la voiture avançait.

Aujourd'hui tout cela est banal, mais même si ce n'est la première en est une des premières qu'on a fiat avec cette technique.

Mais c'est le moment oú cette photo à été montrée en public qu'elle est devenue mythique. Elle était à double page dans le numéro de Life qui montrait les images du meurtre de John Kennedy.

Et je n'avais jamais lu un titre que parlait d'une Delage. Elle est montrée partout comme 'Grand Prix de l'ACF'

Ecrit par : Delfi Reinoso | mardi, 27 mars 2007

L’illustre illustration ci-dessus me donne une idée. Le deux roues fixées à l’arrière de la biplace numéro 6 étaient destinés, si je me souviens bien, à permettre à ses deux occupants de procéder eux-mêmes à un changement (voire plus si affinités) s’il arrivait qu’ils fussent victimes d’une crevaison loin de la zone des stands, ce qui, eu égard à la longueur des circuits d’alors et à la qualité de leur revêtement (sans parler de celle des gommes), constituait une probabilité assez élevée.

Or, de nos jours, certains puristes regrettent que les GP se gagnent lors des arrêts aux stands. Ne pourrait-on envisager de contraindre les pilotes eux-mêmes, et eux seuls, à changer leurs roues lors desdits arrêts (et, pendant qu’on y est, à verser le carburant) ? Dès lors, il serait tout à fait légitime que le plus habile à cet exercice profite pleinement du gain de temps obtenu et que cet avantage fasse éventuellement la différence entre une première et une deuxième place.

Le lecteur lambda

PS : Naturellement, les monoplaces n’auraient pas à transporter les roues de rechange tout au long de la course… Il faut tout de même vivre avec son temps.

Ecrit par : Le lecteur lambda | mercredi, 28 mars 2007

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