vendredi, 23 mars 2007

Pierre Dupasquier, 40 ans de passion en sports mécaniques

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Quand le bougnat de Clermont-Ferrand raconte 40 ans de sport auto...

Figure emblématique du sport automobile depuis les années 60, Pierre Dupasquier est demeuré fidèle à Michelin sa vie entière. Il a décidé de céder sa place chez Bibendum à la fin de la saison 2005, à l’âge de 68 ans. Il a démarré sa retraite par un livre de souvenirs, 40 ans de passion en sports mécaniques, sorti le 15 mars.
Nous l’avons évidemment lu car cet ouvrage, ne serait-ce qu'en raison de la personnalité de son auteur, est à sa place sur MdS.

medium_dudu1.jpgLa préface, bien que convenue, de Sir Frank Williams, pare l’ouvrage d’une certaine noblesse, c’est une mise en grille traditionnelle, efficace, mais sans événements particuliers. Le bouquin comporte deux parties, que je qualifierais d’inégales, comme si au pit stop, Dupasquier nous montait des pneus différents des précédents. Dans la première période qui couvre les années 1964-1984, on assiste à un très joli départ de Dupasquier dont on sent la passion alors que jeune ingénieur, il tente de remuer la léthargie clermontoise. L’apprentissage se fait de rencontre en rencontre et dès les premiers tours, pardon dès les premières années, l’esprit Michelin est révélé et intégré, en l’occurrence, comprendre pour mieux progresser et avoir confiance en la curiosité de ses ingénieurs.

Cette partie est très intéressante car bourrée d’anecdotes, de moments partagés avec des grands de l’auto, comme ses rencontres avec Jean Rédelé mais bien sûr et surtout avec Enzo Ferrari ; la virée sur la route d’Abetone à côté de Mike Parkes (son touché de volant…) est un moment d’anthologie surtout quand on réalise que ce sont les premiers tours de roues d’une Ferrari en pneus Michelin, on est en 65 et c’était une 275GTB.
Le retour à l’usine leur vaudra la question du Drake : E alora, ingeniere come vano le gome francese ? Une seule anecdote de ce type justifierait l’acquisition de ce livre qui en est plein et je préfère vous les laisser découvrir, il ne faut pas gâcher le plaisir.

Je pourrais dévoiler la qualité de l’humour de Jody Schekter ; les colères de Tomaini et de Forghieri ; raconter le trajet du circuit de Barcelone à l’aéroport dans une R5 de loc avec un Gilles Villeneuve un peu pressé au volant ; je pourrais également vider devant vous l’attaché-case de Gordon Murray ; je pourrais dire tout ça mais je n’en ferai rien car se serait raconter la fin du film.

Parfois très technique, notamment sur les détails de l’élaboration du pneu radial et de son adaptation au sport auto, l’ingénieur Dupasquier aurait peut-être pu ajouter quelques schémas explicatifs de la technique du pneu X et des contraintes que les flancs subissent lorsque les gommes sont à la limite en course ou en essais, ce qui aurait sans doute aidé le lecteur dans son approche des difficultés que les hommes de Michelin ont eu à surmonter pour élaborer cette technique pneumatique. Il est évident que sa grande première mission aura été d’expérimenter la fameuse technique radiale en l’adaptant aux pneus de course et en la faisant progresser, ce sera l’œuvre de sa vie ainsi que la volonté de la firme d’imposer ce concept industriel révolutionnaire. Mais, là encore, davantage de vulgarisation aurait aidé le lecteur moyen.

Goupillée en forme de petites chroniques, la deuxième partie du livre, les années 1990–2005, est intéressante mais moins palpitante que la première partie car dénuée de sa structure chronologique. L’épisode d’Indianapolis 2005 est bien sûr relaté, il permet d’approcher d’une manière intime mais avec pudeur le drame personnel que cet homme parfaitement intègre a dû vivre ce jour-là.

On adressera deux reproches à l’éditeur. Le premier tient à l’iconographie, bâclée en un cahier central de 32 pages qui globalement n’apporte rien. Sur une quarantaine de photos, seules deux ou trois attirent l’attention, les autres n’ont aucun intérêt. On se prend à rêver aux images d’un Cahier, Zurini ou Asset, on aurait apprécié quelques docs inédits…

Regrettons enfin l’abondance des fautes sur les noms propres, ainsi trouve-t-on des Sterling Moss, Michel Leclerc, Silvain Floira, Peter Schetti, Alboretto et j’en passe. Un éditeur spécialisé comme ETAI ou le Palmier n’aurait pas laissé passer ces fautes.

En résumé, le livre de Pierre Dupasquier rend compte du parcours d’un honnête homme dans un monde qui s’est transformé sous ses yeux en passant d’un sport de gentlemen à un sport business. Il le fait avec toute l’intégrité et la dignité qui caractérise l’ingénieur à l’éducation stricte qui a crû et s’est épanoui dans une firme qui prône la discrétion, le travail et le sérieux comme valeurs de base.


Signé Jean-Paul Orjebin



DUPASQUIER (Pierre). - 40 ans de passion en sports mécaniques. Pref. Sir Frank Williams. Ed. Textuel, Paris, 2007, 320 p., 21 €


Pierre Dupasquier en Grand Prix © Jean-Paul Orjebin

Commentaires

Votre description finale de Pierre Dupasquier est infiniment exacte pour qui l'a approché: intégrité, droiture, connaissances exceptionnelles, vous oubliez juste un seul mot: passion, passion totale pour une technologie délicate et pour les hommes qui utilisaient ces techniques, passion qui le mettait à l'écoute de tous.
Un grand, un très grand Monsieur du sport auto et moto.

Ecrit par : guy dhotel | vendredi, 23 mars 2007

Oui un super Technicien,pardon un super Ingénieur.Juste un souvenir, parmi tant, de l'aide apportée par Pierre Dupasquier à ses pilotes Michelin. ALBI 76,en FRE, il me dit éssaie ce règlage du train Av.sans plus d'explications,et le fait réaliser.C'était à la deuxième séance d'éssai,car à la 1ère,bien qu'ayant été très "sérieux"; durant plus de 3 tours j'avais chauffé les "chaussettes",ce qui était beaucoup, principalement à côté de la piste de l'aérodrome dans la ligne droite, dans "le bon wagon" à 4/5 avec "didi",comptant,espérant ainsi "accrocher" un bon Chrono de qualif.Or au 5ème,dans le dernier droite, commandant la ligne droite des stands, je pousse un peu plus et là, braquage sans faute de trajectoire, bon point de corde, la MK 18 décroche de l'avant très brutalement et part absoluement tout droit à l'extérieur sans dommage pour l'auto néanmoins. Maintenant je suis persuadé que P.Dupasquier avait tout vu, tout observé et tout compris. Donc les règlages modifiés par Michelin je parcours la ligne droite des stands à faible allure,comme il se doit, ce qui me laisse tout le temps de voir mon train Av.qui ressemblait à la voiture de Mickey,plutôt à celle de son oncle Picsou,tellement il y avait de négatif sur le train Av.! Avant de rentrer sur la piste,encore dans le Pit-Lane, je vois Pierre Dupasquier observant ma mono et m'arrête pour lui dire "mais je peux pas conduire la voiture ainsi réglée!". Sa réponse fut "Fais moi confiance". Jusqu'au troisième tour,car circonspect, tant j'avais l'impréssion que le train Av.se "rejoignait"par le haut des roues Av.,ayant monté la cadence progressivemnt,au 4ème tour je passais complètement...à fond absolu,sans couper dans le droite après les stands!! Quelle leçon de savoir faire. Au fait celà ne nous rappelle pas les trains Av.des F I en Michelin sortant des stands, avec un négatif considérable?
Un Grand Monsieur,un Grand Ingénieur! que je remerçie encore pour l'aide qu'il m'a apporté sur tous les circuits et que je salue.

Ecrit par : LIBERT | vendredi, 23 mars 2007

Si Pierre Dupasquier devait un jour lire ces lignes, il ne saurait manquer d'être flatté par l'identité des deux premiers commentateurs à réagir à cette chronique ! Merci et bravo messieurs .

Ecrit par : philippe7 | vendredi, 23 mars 2007

grazie mille ingeniere.
per avercci dato le sue gomme che anno permesso alla Ferari di acquistare due titoli mondiali nel 79.
ma non dimenticare che la Ferrari li a dato la sua prima vittoria in F1.
mille merci Monsieur Dupasquier.
que j'ai rencontré à Monaco en 1978. un vrai Passionné.

Ecrit par : Bruno | samedi, 24 mars 2007

J’aimerais, afin de compléter l’image que nous avons de Pierre Dupasquier citer un extrait de son livre.
Vous verrez qu’en plus d’être un technicien hors pair et un passionné comme on en trouve peu il est également un humaniste et un homme a la pensée élevée.

--« La sensibilité de ces hommes (l’auteur parle des pilotes) est a ce point a vif qu’il faut chercher l’entente et la communication davantage sur le terrain de la perception et de l’imaginaire que sur celui de la stricte arithmétique cartésienne. Il me fallut d’ailleurs un certain temps pour me libérer de la rigueur castratrice que l’éducation des années cinquante avait coutume d’imposer. Des contacts avec le groupe lettriste du Paris de l’apres-68 y contribuèrent largement et je fus pleinement rassuré sur le sens de ce type de démarche lorsque je découvris qu’Einstein avait éliminé le terme « lambda » de sa formule de cosmologie relativiste parce qu’il le trouvait « gravement dommageable pour la beauté formelle de la théorie »……. »

Je souhaitais vraiment ajouter cet extrait afin de confirmer la hauteur de l’esprit que ce Monsieur peut avoir.
Epaisseur que ses proches comme Libert et Guy,connaissent , mais que les autres ne peuvent découvrir qu’a la lecture de ce livre ou il se dévoile en partie.

Ecrit par : gianpaolo | samedi, 24 mars 2007

merci, merci beaucoup pour tous ces commentaires dont retiendrai essentiellement les critiques.
je vais reflechir a tout ce que vous avez dit et pour ne rien vous cacher, je suis d'accord.
puis-je me permettre d'utiliser ce blog pour dire que nous sommes a la recherche d'un editeur en langue anglaise. je pense 60 ou 80% des fans interesses sont de langue anglaise et sans autre but que celui de partager, ca me fait un peu de peine que cela ne se fasse pas, du moins pour l'instatant.
merci encore.
pierre d

Ecrit par : pierre dupasquier | mercredi, 02 mai 2007

Je me permets de vous souhaiter la bienvenue sur notre blog, cher Pierre. Votre livre a été chroniqué par notre bougnat à nous, même s'il s'appelle Gianpaolo pour des raisons marketing. Gianpaolo, ça fait exotique.

Plus sérieusement, vous avez raison de frapper à notre page d'accueil pour tenter de nouer des contacts avec l'édition anglophone car MdS est assez lu dans les milieux éditoriaux, enfin en France au moins. Mais nous avons aussi des lecteurs en Angleterre.

Enfin vous savez que nos colonnes vous sont ouvertes, ça c'est sûr !

Ecrit par : Mémoire des Stands | mercredi, 02 mai 2007

avoir travaillé pendant 3 années sous la responsabilité d'un tel patron restera à jamais la periode la plus exaltante de ma vie
petit par la taille mais quel grand bonhomme!!!

Ecrit par : jp helot | jeudi, 31 janvier 2008

j ai eu la chance de pouvoir l aborder hier rue de l Aubrac a Paris ! Apres lui avoir serre la main j ai eu la chance de pouvoir parler 5 mn avec lui ! Quelle gentillesse et quelle simplicite!!!

Ecrit par : perrot georges | dimanche, 18 mai 2008

Bravo !!!

Ecrit par : avier christophe | mardi, 27 mai 2008

Que Pierre Dupasquier nous pardonne mais je suis obligé de verser la contribution suivante de notre "ami" Christian Magnanou, pour qui il semble que les dimanches soient de plus en plus durs : "Courir c'est pourrir un pneu". Il l'attribue à Edouard Michelin, en plus.

Ecrit par : Mémoire des Stands | dimanche, 08 juin 2008

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