dimanche, 18 mars 2007

Notre Australie à nous

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Longford, Tasmanie, dans les années soixante.

Chaque hiver, entre 1964 et 1968, la minuscule bourgade de Longford, guère plus peuplée que La Châtre et coincée parmi des marais, des rails de chemin de fer, un viaduc et un pub, voyait sa population grossir démesurément : c'était à l'occasion de la manche de la Série tasmane 2,5 L qu'elle accueillait. Les gamins du bled brandissaient leur carnet d'autographes à la face des grands noms européens qui voyaient dans le long et pénible voyage intercontinental une juteuse occasion de faire du fric et de prolonger au soleil la saison européenne. Jack Brabham, Bruce McLaren, Chris Amon mais aussi Jim Clark, Dick Attwood, Piers Courage ou Derek Bell ont couru la Série tasmane.

medium_longford68.jpgLa photo ci-dessus montre le circuit tel qu’il se présentait entre deux séances d’essais. Les spectateurs y étaient autorisés à l’emprunter pour se rendre à tel ou tel point, ainsi pouvait-on rejoindre, au volant de sa Holden ou de son combi Volkswagen, le Prince of Wales Corner pour voir les autos évoluer entre un passage à niveau et un pub, ou encore se poster le long de la rembarde du viaduc sous lequel elles filaient, rasant les piliers de briques.

A Longford, dans les années soixante, on ne finassait pas avec la sécurité. Un truc de communistes, "A fag shit", selon les lascars qui s’agglutinaient par dizaines de milliers le long des sept kilomètres d’un développement ultra-basique – trois virages reliés par des droites. Des fermiers, des descendants des convicts venus d’Angleterre au XIXe siècle, de rudes gaillards qui nourrissaient leurs clébards en abattant des Aborigènes.

A Longford, dans les années soixante, curieusement semblable à Reims, on ne lambinait pas ; en 1968, Chris Amon y a mené une Ferrari P4 à 197 km/h, ce qui en fait le tracé le plus vite « Down Under » après Melbourne qui n’a crevé ce record qu’en 1996. Malheur à qui perdait le contrôle de sa caisse sur un de ces tronçons de routes ouvertes à la circulation, fermées le temps d’une course, comme en 1964 l’espoir américain Tim Mayer, le frère de Teddy, le futur boss de McLaren.

A Longford, dans les années soixante, les pilotes quelquefois regardaient passer le train comme en 1963 alors que l’horaire de la course avait été mal estimé et que le North West Coast Train s’était pointé au passage à niveau, peinard, sûr de sa priorité.
Dormez tranquilles, braves gens, de Longford, le circuit dessiné entre marais, rails, ponts et pub, ne demeure qu’une route à peine devinée entre les eucalyptus.



Longford Circuit, Tannery Straight  entre deux séances d'essais, image extraite de http://tasman-series.com

Commentaires

Oui ,cela a bien changé ! Pas de sponsor ,quelques "mécènes",des pilotes qui aimaient aussi vivre, des écuries sans impératifs commerciaux ,pas de signal TV ......Et pas que des moutons qui regardaient passer le train ,basique mais attendrissante votre Australie à vous!.....

Ecrit par : françois coeuret | dimanche, 18 mars 2007

Amusant de penser que c'est dans le cadre de cette série que débuta justement le partenariat Team Lotus/cigarettes Gold Leaf , entrée d'un sponsor "extra-sportif" dans un milieu préservé, hors courses USAC ou NASCAR. Le Grand Jim Clark au départ et vainqueur en Lotus 49 rouge et or , c'était là et pas ailleurs. C'était si sympa, cette série ,bien exotique depuis l'Europe, avec ses noms de bons coureurs qu'on ne voyait pas ailleurs,et qui faisaient mieux que nombre sur la grille. Bien trouvé, votre sujet, merci pour le souvenir !

Ecrit par : eric1957 | dimanche, 18 mars 2007

Dans ce coin de Tasmanie, Longford et ses environs ne semble pas avoir changé: 2500 habitants, la campagne... Non, je ne reviens pas de là-bas, tout cela est visible sur Google earth. Sauf ce viaduc et le pub immortalisé par une des photos du lien sur la série Tasmane. L'économie de bottes de paille est effectivement remarquable.
Quant à "l'Australie profonde", François, elle existe toujours, hors la côte Est: lire l'excellent "cul-de-sac" de Douglas Kennedy, ça refreine les envies de vacances dans le bush...

Ecrit par : guy dhotel | lundi, 19 mars 2007

Merci. Un texte passionnant!

Ecrit par : susanna | jeudi, 22 mars 2007

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