dimanche, 18 février 2007
Rétromobile 2007, personnages en quête d'auteur
Le pince-fesses inaugural, ambiance liée au thème oblige, tient davantage du musée Grévin que d’un casting chez Elite. On se bouscule devant notre objectif qui n’étant pas sûr de l’identité de certains (dame, le poids des ans se lit sur les visages) hésite à les immortaliser, d’autant que l’Histoire s’en est chargée pour nombre d’entre eux.
C’est ainsi qu’ont été aperçus, souvent mis du blazer sport habillé et coiffé de la casquette de tweed – l’uniforme incontournable du notable, qu'il soit ancien pilote, ancien responsable sportif, ancien journaliste, ancien, tout bonnement –, en vrac, Bernard Consten, José Rosinski, un Henri Chemin qui en a fait un bout depuis l’époque où il se faisait siffler au Faye au volant d’une Plymouth Barracuda là où ses pairs avaient des 12 Gord, Lucien Guitteny, Hugues de Chaunac, Jean Vinatier, Jean-Claude Andruet, Maître Poulain, Manou Zurini, Bernard Cahier, Michel Têtu, sans oublier Jacques Cheinisse et ceux que la nature a tellement travaillés qu’il ne reste d’eux qu’un esprit flottant dans les allées du hall 7, sans compter avec ceux que nous avons ratés comme Etienne Moity, monté à Paris prendre le pouls de l’ancienne, ou Gérard Larrousse, qu’on a peut-être croisé d’ailleurs sans le savoir tant l’homme fait dans le camouflage naturel.

Sensible au fait qu’il paraisse s’adresser à notre téléphone-photo alors que cerné d’une forêt de caméras de télévision, nous avons désigné Nick Mason comme un des personnages en quête d’auteur, polo rouge vif Ferrari et teint à l’unisson du britannique resté trop longtemps dehors. Peut-être a-t-il reconnu derrière le Sony-Ericsson un ex-jeune homme qui dans sa chambre demeurait des heures avec entre les oreilles Wish You Were Here, l’orgasme définitif en matière de son, l'équivalence pop rock à la musique d'un V12 Matra.
Désolé de heurter les tenants de l’avis opposé, mais Nick Mason est plus le batteur du Floyd que le collectionneur célébré à Rétromobile, ce qu’un coup d’œil aux douze autos extraites de sa collection confirme. C’est n’importe quoi, un n’importe quoi pas à la portée du premier garagiste venu, certes, mais un gros foutoir auquel définir une logique interne est impossible, duquel l’harmonie, l’homogénéité, est absente.
Cette Porsche 962, quelle faute de goût ! Et cette Ferrari T3 ex-Villeneuve, une des Ferrari les moins bandantes… On est bien d’accord : sa GTO est sublime, sa Type D tout autant, mais pourquoi en affadir la charge émotionnelle en les accolant d’une McLaren F1 GTR, le modèle perverti de la F1 « normale » et du petit proto 2 L avec quoi Mason a couru au Mans. Finalement c’est Mason lui-même qui livre les clés de son œuvre automobile, il n’aime pas le mot « collection » qui pour lui manque de spontanéité, de passion. On aura compris qu’il s’agit d’une accumulation.

Ce petit monsieur, rencontré à côté de cette berlinette Gordini – ce n’est pas un hasard – a ouvert son portefeuille dont il a extrait la photo d’une Gordini Sport des années 50, la sienne, et non le lot de bons de réduction Auchan qu’auguraient son look et son verbe. Puis, plus tard, le fait que Jean Sage se soit détourné d’une travée pour le saluer, a achevé de nous convaincre que ce petit monsieur n’était pas un affabulateur.
Ami personnel d’Amédée Gordini il raconte des choses sur la vie quotidienne au boulevard Victor dont il était un coutumier (Amédée est resté jusqu’au bout dans son atelier, il avait les larmes aux yeux pendant la démolition, comme un capitaine qui ne quitte pas son navire). Il sort de ses poches une nouvelle volée d’images qui achève de nous ébaubir, provoquant d’ailleurs un mini encombrement. Sur celle-ci on voit le Bd Victor au temps du Bd Victor, alors que l’hôtel qui allait succéder à l’usine Gordini dormait encore dans le cerveau d’un affairiste ; sur une autre, trône une bande de gars entourant Amédée, ses pilotes. Chacun y va de ses connaissances ( Là c’est Robert Manzon… et celui-là qui c’est ? Tiens là on dirait Harry Schell ! Et celui-là c’est Dédé la sardine…), etc.
La Gordini achetée en 1978 à un vendeur britannique par notre nouvel ami est une Sport reconstituée à partir du châssis de la monoplace que Juan Manuel Fangio avait conduite au GP de Rosario en 1948. Expertisée par Christian Huet autour d’un million de francs, l’auto fut vue, aux mains de Jean Sage, en démonstration aux derniers GP de Monaco historique.

Si acheter une auto miniature pour la faire rouler sur le bulgomme ou l’admirer derrière une vitrine ressort du naturel pour un aficionado, acheter un pilote de course semble bizarre. Qu’en faire ? Lui donner la tétée, le coucher sur un lit de coton ? Celui qui a enfermé ainsi Pesca dans une boite en plastique connaît ses classiques, sans doute a-t-il lu, dans le bouquin de Johnny Rives, Pescarolo, histoire d’un homme secret, le passage dans lequel le docteur William Pescarolo parle de son rejeton : "Il n’aime pas le contact humain. Il ne sait tenir auprès de lui homme ou femme que quelques heures. Après quoi il se lasse. Ce n’est pas qu’il se mette au-dessus des autres, il considère que l’humanité ne présente aucun intérêt. L’enfer sont les autres."
Finalement on n’aurait pas trop envie de sortir le Riton de sa boite si trente ans n’avaient pas passé depuis ces déclarations paternelles. Il est vraisemblable que devenu chef d’entreprise, patron d’une écurie qui vient par deux fois de remporter un championnat du monde, Pesca est maintenant tout à fait sortable. C’est le vœu que forme MdS, qui l’aime bien quoiqu’on pense : qu’un auteur extirpe ce personnage de sa cage de verre et l’affiche en page d’accueil, comme un feuilleton beltoisien…

Mais qui donc est ce personnage solitaire et glacé, qui jette un froid au pince-fesses ? D’accord, il est raccord question code vestimentaire, encore que, comme on l’a vu plus haut, les vieux pilotes pour qu’on les reconnaisse, s’habillent plutôt en vieux pilotes (blazer sport habillé, bâche de tweed) qu’en pingouin. Serait-ce Kimi Räikkönen, entré à Rétromobile en douce et voulant tâter du vieux boudin, ce que laisserait croire cette rigueur frigide ? Ou bien Carlos Reutemann, autre joyeux drille potentiel ? Certes non car nul ne se hasarderait à lui caresser le ventre alors que notre drôle d’oiseau offre le sien, lui. Et si c’était Giuseppe Farina, le glacial dottore ? Impossible, il n’y pas de rouge dans le décor. Affaire à suivre...
Rétromobile 32e édition . Paris Expo hall 7/3 . 16 - 25 février 2007
Site officiel : www.retromobile.fr
Images © MdS
10:10 Publié dans Rétromobile | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note
| Tags : retromobile, 2007, nick mason, gordini, henri pescarolo |




















Commentaires
Je viens d'apprendre le soucis de santé de Georges "Jojo" Houel, chez qui dînait vendredi Nick Mason en bonne compagnie dont celle de Lord Montaigu (en tout bien tout honneur)
Jojo serait davantage atteint pas le fait qu'il lui soit désormais interdit de conduire plutôt que par cet accident de santé ! Sacré Jojo.
Prompt rétablissement Jojo.
Ecrit par : Jean-Louis Mathieu | dimanche, 18 février 2007
A TOUS SES AMIS ET PROCHES
Jojo va bien .
Je suis allé le voir à l'hopital ou il a été admis il y a une dizaine de jours à la suite d'une insuffisance respiratoire.
Nous avions d'ailleurs déjeuner avec l'ami Jacques PETITJEAN ex Dir com de PRIMAGAZ en sa compagnie la veille de son hospitalisation précipitée
Normalement l'ami HOUEL devrait pouvoir étre " libéré " en début de semaine.
Et retrouver ainsi son cher restaurant le fameux et célébre Volant
Ecrit par : gilles gaignault | dimanche, 18 février 2007
Lord Montaigu, est de parenté avec Annie Soisbault de Montaigu, qui pilotait sa 250 GTO "5575GT" comme les hommes?
Ecrit par : Bruno | lundi, 19 février 2007
Non "Bruno" pas de liens de parentée, sauf.................
Ni avec Romeo fils de Lord Montaigu qui ne put épouse la belle Juliette Capulet
Philippe de Montaigu épousa Annie Soisbault. Deux personnages ambigus c'étaient unis pour l'amour des Ferrari.
Lord Montaigu of Beaulieu, propriétaire du célèbre musée, c'est de lui dont il est question.
Ecrit par : Jean-Louis Mathieu | lundi, 19 février 2007
A noter que le grand-père du Lord a été le premier homme a être autorisé à rentrer dans la cour du parlement anglais, avec sa Daimler.
Pendant laz deuxième guerre mondiale, le chateau de Baulieu était un camp d'entraînement pour agents largués ensuite dans la campagne française. Et parmis les "stagiaires" figuraient William Grove (alias "Williams", vainqueur du premier GP de Monaco) et Robert Benoist...
Ecrit par : Joest | lundi, 19 février 2007
Ma note est confuse. Le grand-père de Lord Montaigu (qui était donc logiquement aussi un Lord Montaigu) fut le premier homme a pouvoir pénétrer dans le parlement anglais avec sa voiture.
A l'époque (fin XIXe), les lobbys du chemin de fer faisaient tout pour torpiller l'industrie automobile naissante. Le fait que Lord Montaigu gare sa Daimler dans la cour du parlement fut donc un exploit en soit.
La voiture appartient toujours à la famille et est exposé au musée familial.
Ecrit par : Joest | lundi, 19 février 2007
Merci "joest"
Il me semble qu'un 'R' ait été oublié à propos de Charles Frederick Grover-"Williams".
"Williams" alias "Vladimir" puis "Sébastien" dans la résistance"; il fut arrêté par la GESTAPO - "Geheime Stadt Polizei" police secrète civile ("Geheime feldPolizei" pour l'armée) - arrêté dans une propriété de Robert Benoist alias "Lionel" à Auffargis près de Rambouillet le 1er août 1943.
Capitaine dans la résistance, il fut déporté après avoir été très sévèrement torturé; il devait décédé supplicié fin mars début avril 1945 (selon des témoins).
Quant à Robert Benoist, il faut arrêté à son tour le 18 juin 1944 alors qu'il se rendait chez sa mère mourante. Le SD ( Sicherheitdienst), la police secrète tenta bien de lui extorquer des informations; il ne parlera pas. Il avait gravé sur le mur de sa cellule: " Surtout n'avouez jamais; RB"; il mourrut pendu ou étranglé au camp de Buchenwald le 18 septembre 1944.
Désolé de cette digrétion.
Ecrit par : Jean-Louis Mathieu | lundi, 19 février 2007
Pour plus d'infos sur Benoist, Williams et Wimille (troisième pilote/résistant/agent anglais et seul survivant), lisez le livre The Grand Prix Saboteurs.
Et si vous ne parlez pas anglais:
www.leblogauto.com/2007/01/the-grand-prix-saboteurs.html
Ecrit par : Joest | lundi, 19 février 2007
Si je comprends bien, en lisant le sujet sur le lien que vous nous indiquez, c'est vous qui en êtes l'auteur ?
Il n'empèche que je ne reviens pas sur ce qui est "l'histoire", pas celle que vous avez réécrite; relisez l'Histoire, la vraie.
Je vous laisse un commentaire sur le sujet.
Au fait connaissez-vous une petite bande dessinée sur la vie de Jean-Pierre Wimille ? Bande dessinée couleur sépia, faite dans les années 50, qui conte parfaitement, sans dévié d'un iota, ce que fut sa vie, sa rencontre avec Robert Benoist et "Williams".
Ecrit par : Jean-Louis Mathieu | lundi, 19 février 2007
Quel plaisir de revoir une Ferrari 512 S et surtout la Porsche 917 L de Larrousse-Elford de l'écurie Martini(Le Mans 1971) ! Moi,qui suis un fana de cette période.A part ça,de chouettes boutiques de modélisme...Toujours pour le passionné du début des "Seventies".Dernière chose,j'ai cru reconnaître le diorama de Matra montré dans Mds
Ecrit par : Jacques Rivaud | lundi, 19 février 2007
Je viens de me relire... ! J'ai honte.
"ne put épouse la belle Juliette Capulet".... épouser !
"Deux personnages ambigus c'étaient" ... s'étaient !
"il devait décédé" ... décéder !
"sans dévié d'un iota" ... dévier !
Digrétion (! ! !) ... digression (c'est mieux)
Doit y en avoir d'autres.
Mon dieu, c'est une catastrophe.
Ecrit par : Jean-Louis Mathieu | lundi, 19 février 2007
Le diorama matra de MDS à rétromobile !? Jacques ,tous les éléments sont chez moi ,je l'ai fabriqué pour le photographier et le soumettre aux MDSiens, je suis donc victime d'un plagiat!!Mais heureux que les visiteurs puissent en voir la copie!!Ah La superbe 917 L de 71 ,elle vient du musée ACO et la 512 je l'ai vue rouler en VEC .... du pur bonheur.
Ecrit par : françois Coeuret | lundi, 19 février 2007
Jean Louis ,vous êtes radié des cadres de MDS par le Pr Reimsparing en personne !!!Vous avez fait écrire votre commentaire par Bruno??!!
Ecrit par : Pr Orto Grafe | lundi, 19 février 2007
J'avoue, méchamment, y avoir pensé en débutant le "mea maxima culpa" à la manière de .....
Non. Je respecte "Bruno", il ne le mérite pas.
J'avoue, encore, que surfant sur d'autres forums, il m'arrive de le lire "en anglais" ( aie !)
Ceci écrit, j'aurais eu l'air malin de me ficher de lui ! Il aurait eu cent fois raison de me brocarder.
Bonsoir Pr Orto Grafe (sans 'e' j'aurais pu vous écrire Mr le Comte)
Ecrit par : Jean-Louis Mathieu | lundi, 19 février 2007
Peugeot fête ses 99 ans ,la poésie de Prévert un peu moins ,petite digression :
De mémoire :
Devant la porte de l'usine(Peugeot)
Un travailleur s'arrête,
Il regarde le soleil
Tout rouge ,tout rond,
Souriant dans son ciel de plomb.
Il cligne de l'oeil,
familièrement:
Dis donc!
Camarade Soleil,
Tu ne trouves pas
Qu' c'est plutôt con
De donner une journée pareille
A un patron !
Et Peugeot compta une unité de moins de sa production journalière...
Ecrit par : pré vert | lundi, 19 février 2007
Il y a la camionnette,la matra et tout le reste
Ecrit par : Jacques Rivaud | lundi, 19 février 2007
"Mon dieu, c'est une catastrophe."
fait comme moi Jean Louis. ne te relie pas, ça permets d'avoir une bonne excuse.
en ce qui me concerne en tout cas. . . moi qui suis nul en Français. par contre les chiffres je fais bien plus que me rattraper.
Ecrit par : Bruno | mardi, 20 février 2007
cher Pr Orto Grafe. je viens de poster à l'instant, puis je reprends les commentaires suivant, et que vois je? ? ? !!! . . "Vous avez fait écrire votre commentaire par Bruno??!!"
ne vous en faites pas, je ri (qui y t-il à la fin? ? ? i. ie. is? ? ? ) de bon coeur
ah-ah-ah
Ecrit par : Bruno | mardi, 20 février 2007
Où l'on voit en Bruno un généreux épicurien . Même s'il maltraite la langue de Molière comme Dagobert son pantalon ou Ubu roi ses propres sujets , c'est avec un mépris chevaleresque qu'il boute les grincheux . Au rouge de colère il ne passera pas car c'est dejà la couleur qu'il arbore dans son coeur magnanime.
Ecrit par : françois coeuret | mercredi, 21 février 2007
Cher M Mathieu, Hélas, vous êtes confondus. Je ne sais pas qui Joest est mais il n'est pas moi. Je suis l'auteur des saboteurs grands de Prix et j'ai passé 18 ans recherchant le sujet et je suis très confiant que c'est la vérité.
Joe Saward
Ecrit par : Joe Saward | mercredi, 28 février 2007
Welcome on board, dear Joe Saward, et mon anglais épuisé, je poursuis dans une langue moins exotique pour indiquer à nos amis l'auteur que vous êtes, doublé du fondateur, dès les débuts du Net, de l'incontournable www.grandprix.com que d'aucuns contournent de moins en moins pour alimenter leurs chroniques.
Ecrit par : Mémoire des Stands | mercredi, 28 février 2007
Ecrire un commentaire