mercredi, 03 janvier 2007
Trajectoires

Ce grand blond respirant la classe, qui, moulé dans sa combinaison bleue, salue la foule en délire, c’est Michaël ("Mike") Parkes se dirigeant vers la grille de départ du GP de l’ACF 1966 tandis que les mécanos de la Ferrari n° 20 commencent à orienter le fauve encore assoupi pour l’aller placer, museau vers l’avant, à droite de la première ligne, le beau Lorenzo Bandini ayant signé à son volant ce qui n’était pas encore "la pole" mais plus prosaïquement "le meilleur temps des essais".
Au volant de la n° 22, Parkes n’a cependant pas démérité, puisque, pour ses débuts en F1, en remplacement impromptu de John Surtees qui vient de quitter la Scuderia avec pertes et fracas, il a réussi à arracher le troisième chrono, seulement devancé par son expérimenté coéquipier Bandini, donc, et par… Surtees lui-même. Ce dernier, animé par un esprit de revanche exacerbé, a, sur ce circuit de Reims-Gueux qu’il connaît bien, tiré la quintessence de sa nouvelle monture, la monstrueuse Cooper-Maserati, notamment dans les grandes courbes entre les tribunes et Muizon.
Cette révolte d’un pilote humilié, un homme malheureusement absent l’aurait certainement appréciée, d’autant que par deux fois, en 1950 et 1951, lui aussi avait occupé à Reims le centre de la première ligne, au volant de son Alfetta. Mais Guiseppe "Nino" Farina, premier champion du monde de l’histoire à l’issue de la saison 1950, présent au GP de Monaco 1935 comme au GP de Belgique 1939, auteur d’une performance époustouflante sur le même circuit en 1955 lors de sa toute dernière apparition en F1, s’était tué, le vendredi précédent, quelque part dans les Alpes de Haute-Provence, au volant de sa Cortina-Lotus, en route pour ce triangle champenois où il avait décidé d’aller goûter une fois encore la saveur épicée de la course.En 1961, Sir Stirling Moss, vainqueur à Goodwod sur sa Ferrari 250 GT aux couleurs de Rob Walker, s’était déclaré très impressionné par la farouche résistance que lui avait opposée Mike Parkes au volant d’une voiture identique. La suite allait prouver que le grand blond était en effet un talentueux pilote de GT et de voitures de sport. D’ailleurs, n’avait-il pas été intronisé pilote-essayeur par le Commendatore ? Son aptitude à mener à la limite une Formule 1 demeurait cependant à démontrer, mais cela n’empêcha par le Maître de Maranello de lui offrir le baquet de Surtees, comme on l’a vu, puis de lui maintenir sa confiance pour la saison 1967.
De cette opportunité, Parkes n’allait malheureusement pas profiter très longtemps. Face à l’irrésistible ascension de son jeune et si talentueux coéquipier Chris Amon, voulut-il trop prouver, sur un circuit qui lui réussissait et l’avait vu notamment triompher aux 1 000 kilomètres l’année précédente, associé à Scarfiotti ? Toujours est-il que le dimanche 18 juin, sa lourde monoplace rouge lui échappa au virage des Carrières, pourtant pas l’un des plus traîtres de l’ancien Spa. De terribles blessures aux jambes le privèrent à jamais de toute forme de course automobile. Dix ans plus tard, redevenu essayeur malgré tout, il perdait la vie sur une autoroute italienne, au volant d'une Lancia.

Cet accident est loin d’avoir soulevé à l’époque la même émotion que celui dont vient d’être victime Clay Regazzoni dans des circonstances étrangement similaires. Il est vrai que les personnalités et les palmarès respectifs n’étaient guère comparables. Et puis, si Parkes avait pu, cantonné dans un relatif anonymat, retrouver l’ivresse d’une conduite rapide dépourvue d’entraves, le courage d’un "Rega" débordant d’activité et transcendant son handicap aux yeux de tous était nettement plus de nature à soulever l’admiration.
Mais au fond peu importe. De toute façon, c’étaient des braves, tout comme Farina d’ailleurs, même son inflexible orgueil l’avait éloigné de ses pairs, qu’il avait pourtant, paradoxalement, convertis au casque d’aviation en remplacement de l’ancien serre-tête et au pilotage bras semi tendus.
Ce qui est curieux, c’est que ces trois-là, ex-pilotes Ferrari, s’ils se sont tués au volant, ne sont pas morts en course, comme si chacun d’eux avait mis un point d’honneur à priver l’impitoyable Enzo, lui ou son fantôme…, d’une partie de ses "Joies terribles".
Signé Pr Reimsparing
Mike Parkes au départ du GP de l'ACF 1966 © Pr Reimsparing
Nino Farina au GP de Belgique 1954 © (merci) Bernard Cahier www.f1-photo.com
Clay Regazzoni aux Trophées de France 1968 à Reims © Pr Reimsparing
10:15 Publié dans Pilotes | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note
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Commentaires
Reims, GP de France 1966:
je me souviens de la couverture de l'encart qu'il y avait à l'époque dans "L"AUTOMOBILE"
elle montrait le pauvre Bandini penché sur le moteur de sa 312 F1, en train de réparer son cable d'accélérateur, qui ve-nait de le priver de la victoire. derrière lui, sur la piste passait au même moment celui qui prenait sa place. Jack Brabham au volant de sa BT. . . je sais plus.
la légende disait "La chance changea de camps, le combat changeat d'âme"
Ecrit par : Bruno | mercredi, 03 janvier 2007
Deux petites précisions sur la carrière de Michael Parkes.Son accident à Spa eut lieu en 1967 et non en 66 comme semble le dire le texte,ce jour-là le GP de Belgique avait été remporté -et ce fut sa seule victoire à son volant-par Dan Gurney sur son Eagle Weslake(Coup d'oeil à Gaby !).Contrairement à 66,le circuit ardennais était sec ce 18 juin 1967.
Parkes est en suite revenu courir en Sports-Prototypes à la fin 1969 aux 1000Km de Paris sur Matra 650 puis en 70 et 71 il a conduit des Ferrari 512 S et M et même F(Celle modifiée de la Scuderia Filippinetti aux 24H du Mans 71 avec comme coéquipier Henri Pescarolo).Par contre on ne l'a jamais revu en F1
Ecrit par : Jacques Rivaud | mercredi, 03 janvier 2007
Jacques m'a devancé de quelques minutes !
Effectivement, Mike Parkes a encore couru au volant de protos et GT après 1967. Sa dernière participation au Mans eut lieu en 1972 (Ferrari Daytona de la Scuderia Filipinetti, 7e place finale, 3e en GT)
Ecrit par : Olivier Favre | mercredi, 03 janvier 2007
Excusez-moi mais j'ai relu le texte et vous parlez bien de la saison 67 et non 66,je suis allé trop vite dans la lecture.
Aux 1000KM de Paris 1969,il étair réaapparu sur une Lola T70 et non sur une Matra 650.Son coéquipier était Richard Attwood.
Au Mans 70,il faisait équipe avec Herbert Müller sur une 512S de la Filipinetti(avec un seul P) et fut éliminé dans un accident vers Maison-Blanche avec trois autres 512S(deux d'usine et l'autre Filipinetti) - ça ne s'invente pas - à la 4ème heure de course
Ecrit par : Jacques Rivaud | mercredi, 03 janvier 2007
Avec bien sûr toutes les précautions d'usage, il semble que la personnalité de Parkes ait été moins limpide que celle de Bandini ou Regazzoni. Dragoni (directeur sportif de Ferrari) l'utilisa dans son mano à mano avec un Surtees qui sortait d'un grave accident en CANAM. Le Pr Reimsparing peut peut-être nous en dire plus ? Il s'ensuivit les perfs étonnantes de Big John qui n'avait jamais fait rouler une Cooper-Maserati aussi vite, cf son deuxième temps aux essais du GP d'Allemagne assorti du record du tour, la même année.
Ecrit par : Marc Ostermann | mercredi, 03 janvier 2007
Et Surtees lui fit gagner son seul GP au Mexique en 66
Ecrit par : Jacques Rivaud | mercredi, 03 janvier 2007
Pedro Rodriguez a également fait gagner la Cooper Maserati au GP d'Afrique du Sud l'année suivante.
Christian Magnanou
Ecrit par : Christian Magnanou | mercredi, 03 janvier 2007
La der. d'une Cooper et la quasi-fin d'une équipe deux fois championne du Monde avec Sir Jack en 58-59. La victoire de Pedro avait été drôlement chanceuse car elle aurait du revenir à un local, John Love. Quelques litres d'essence en décidèrent autrement. Tiens, comme un certain Depailler qui, onze ans plus tard laissait Peterson filer à la victoire sur ce même circuit à cause d'une alimentation en essence défectueuse.
Pour en revenir à Mike Parkes, je ne sais pourquoi mais je l'associe dans ma mémoire à Willy Mairesse qui connut un peu avant les mêmes déboires chez Ferrari et servait plus de faire valoir que d’équipier. C'était l'époque où le Commendatore tirait encore les ficelles et envoyait souvent ses pilotes au carton pour d'obscures raisons de "conbinazionne". De Portago de là où il est, a certainement du en causer avec Monsieur Ferrari.
Ecrit par : Daniel DUPASQUIER | mercredi, 03 janvier 2007
59-60, bien sûr pour Sir Jack; on ne se relit pas assez même en maitrisant à peu près le participe passé.
Ecrit par : Daniel DUPASQUIER | mercredi, 03 janvier 2007
Sur les "combinazionne" de Ferrari,voir ces deux superbes films sur Alfonso de Portago,le titre du 1er est "le clochard magnifique",le 2nd ????.On y revient longuement sur son accident fatal aux "Migle Miglia" de 1957 et le rôle de Ferrari.Entendre surtout l'opinion d'Olivier Gendebien qui était un superbe conteur.
Ecrit par : Jacques Rivaud | mercredi, 03 janvier 2007
J'ai vu le premier deux fois sur Planète ou Jimmy. Je crois que c'est l'excellent Philippe Alfonsi qui l'a produit et/ou réalisé: une merveille. Je ne pense pas que l’on puisse refaire un film comme celui là sur un pilote contemporain. De Portago a eu la même existence que les toréadors de l’époque qui se frottaient à la mort avec classe, insouciance et en brave, seulement intéressés de vivre avec intensité leurs jours bien souvent comptés !
Ecrit par : Daniel DUPASQUIER | mercredi, 03 janvier 2007
Mike PARKES né en 1931 est bien décédé en 1977.
Il a disputé sulement 8 GP tous sur FERRARI
4 en 1966 ( France-Monaco-Allemagne et Italie )
2 en 1967 (Hollande et Belgique )
Il a obtenu une pole à MONZA en 66
S'est classé deux fois second lors des GP de France et d'Italie 1966
A occupé deux fois la premiére ligne toujours lors des GP de France et d'Italie 1966
Au classement du Championnat du Monde il fut 8éme en 1966 totalisant 12 points et 16éme en 1967 avec deux pts
Ecrit par : gilles gaignault | mercredi, 03 janvier 2007
Ah quel régal messieurs!!!!!
Surtout ne changez rien !
Ni au site ( quel plaisir j'ai de lire de tels articles ( magnifique celui sur parkes et farina ) ni aux commentaires. Ceux ci-dessus m'ont rempli de joie
Eh oui tout cela nous fait revivre des époques fabuleuses, magiques aussi bien en photos qu'en souvenirs ou en anecdotes.
Nous sommes bien loin de la F1 contemporaine et de ses pilotes tiroirs-caisses supports de pubs qui devraient un peu s'inspirer de seigneurs comme Regazzoni, Parkes et bien d'autres grâce à qui la course automobile était devenue ce que hélas elle n'a pas su rester.......
Bravo, merci et continuer à disserter sur des détails ... ce qui ne changera certes pas la marche du monde ...mais fait tellement chaud au coeur des passionnés, car il m'apparaît que cette race est encore bien vivante
GK
Ecrit par : Koenig Gérard | jeudi, 04 janvier 2007
Je souhaiterais ici, tout en remerciant l’ensemble des commentateurs qui ont bien voulu intervenir à la suite de la présente note (avec une petite pensée pour M. Koenig), présenter mes excuses pour le dérapage manifestement incontrôlé qui m’a amené à occulter la seconde partie de la carrière de pilote de Mike Parkes, même si, on l’aura compris, la finalité de cette note était assez éloignée d’une pointilleuse reconstitution de ladite carrière, et même s’il n’en reste pas moins vrai, de toute façon, que la disparition de l’intéressé n’a guère remué les médias, ni sans doute les foules.
Inconsciemment, cette carrière, pour moi, avait pris fin en cette journée ensoleillée (effectivement, M. Rivaud, le circuit était sec…) du 18 juin 1967. Et puis j’avoue ne pas développer un goût démesuré pour la consultation des palmarès et des classements, nonobstant les richesses qu’ils recèlent. Mais enfin, ce n’était pas une raison pour amputer la réalité.
A tout hasard, et par avance, je sollicite l’indulgence pour le cas où, bien malgré moi, la chose se reproduirait…
Professeur Reimsparing
Ecrit par : Professeur Reimsparing | vendredi, 05 janvier 2007
quoi qu'il arrive Professeur, il vous sera beaucoup pardonné.
Ecrit par : gianpaolo | lundi, 08 janvier 2007
Merci Gianpaolo.
J'apprécie, vous l'imaginez, cette preuve de confiance de votre part, vous qui êtes, à la fois, un "pionnier" et un "pilier" de ce blog, et cela en tant que lecteur, commentateur et chroniqueur.
Professeur Reimsparing
Ecrit par : Professeur Reimsparing | mardi, 09 janvier 2007
La carrière de pilote de Mike Pakes fait oublier ses études d'ingénieur qui l'amenèrent à être responsable du développement du projet Hillman Imp vers 1955 à 1957: ce qui doit expliquer la sophistication des suspensions arrière et le choix d'un moteur "Coventry Climax".
Ecrit par : guy dhotel | lundi, 30 juillet 2007
j'ai un souvenir extraordinaire du passage des Hillman Imp (bleues, une croix blanche sur le toit) en 67 avec Tony Lanfranchi dans Copse ou Paddock bend . Les pilotes de mini avaient bien du mal à suivre ces petites bombes de 1000 cc .
Ecrit par : jc.arnold | lundi, 30 juillet 2007
Effectivement, les petites Hillman Imp ne manquaient pas d'air contrairement à Mike Pa(r)kes que j'ai involontairement écrit en phonétique.
Le moteur d'origine, 875cc je crois, a été poussé à 1000cc pour la course. Je me souviens aussi de ces "bestioles enragées" qui bataillaient contre les armadas de Mini Cooper S.
Ecrit par : guy dhotel | mardi, 31 juillet 2007
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