lundi, 23 octobre 2006

Guy Dhotel par lui-même #1 1964-1968

En frappant à notre page d’accueil le mois dernier, Guy Dhotel a fait le plus beau cadeau qu’une petite entreprise comme la nôtre pouvait espérer pour installer sa crédibilité : un pilote. Un grand pilote que certains d’entre nous n’avaient pas oublié, sorti d’une éclipse publique qui durait depuis trente-trois ans, depuis ce jour de septembre 1973 où son proto BBM avait refusé la grande courbe après le départ de la course de côte de Neuvy-le-Roi.

Guy Dhotel, c’est un personnage de roman. Débuts en moto, des crash, des fractures, un Volant Shell en 1970 (après José Dolhem et avant Bernard Beguin), F3 en 1971 et 1972, sans un radis, à une époque ultra-sélective où tout ce monde-là s’est retrouvé en F1, course de côte l’année suivante, puis un terrible accident. Trou noir. Lente reconstruction dans un enfer alcoolisé, puis c’est l’appel du large, un voilier, les Iles du Cap-Vert où il pose son sac, mais une saloperie de maladie le rapatrie. Puis il tente une aventure littéraire et ça repart, etc.

La suite s’écrit toujours au moment ou ces lignes s’affichent sur votre écran. Guy Dhotel a décidé de la raconter sa vie, par petits morceaux, avec ses mots à lui, des mots qui claquent comme les échappements de sa BBM.

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"Il se sentit arraché de terre avec ses racines et puis jeté, mais on pouvait vivre ainsi également. Il n’y a pratiquement pas de limite à votre capacité de vivre."
Romain Gary, Les Clowns lyriques


medium_guydhotel.jpg1964 : Hervé Bayard me prête sa vieille 175 Morini : deux courses, deux fois deuxième, et deuxième place au championnat de France à la clé.

1965 : Hervé Bayard, encore lui, (je vous parlerai un jour de ce pilote surdoué et injustement méconnu) me prête sa Matchless G50. La machine est tellement belle que pour une fois, je n’ose pas la préparer moi-même. Un metteur au point local, un départ météorique pour ma première course (Montlhéry évidemment !), seul en tête, c’est pas vrai, c’est pas possible ! Aux Deux ponts, la machine hoquète, trois ou quatre pilotes me passent, ça repart, j’en repasse deux, l’anneau – pas de chicane au milieu à l’époque, tout en bas pour gagner quelques mètres, et le moteur explose avant la fin du deuxième tour : mon préparateur avait « oublié » de remettre en place le tendeur de chaîne de distribution. Fin de la saison 65, des dettes, encore heureux qu’Hervé soit patient ! Mon père, pas du tout : études ou dehors.

1966 : rien. Je me refais financièrement avec des achats reventes éclairs de motos les plus diverses : 125 Rumi , 200 Zundapp, 500 Triumph, 600 Norton 99, et 650 Triumph Bonneville.

1967 : Hervé Bayard achète deux T20 Suzuki à un improbable préparateur anglais. J’opère les Suzuki comme j’ai fait avec les quelques deux temps qui me sont passés dans les pattes. Résultat : une puissance formidable et un cadre qui ne suit absolument pas. Pas de frein ? On prélève un magnifique double-tambour double-came italien pour l’avant. Cette fois, c’est la fourche qui vrille au freinage. Hervé ne veut pas courir là-dessus : il a raison.
Je m’entête. Deux courses de côte : Les Andelys, 1er en moins de 500, 2e au général avec cette 250 qui louvoie à la vue d’un virage. Je m’entête : La Pommeraye. Essai d’huile de fourche à 7h du mat’, sur la côte déserte. Et sortie de route. Huit fractures. Fin de la saison 1967

1968 : grand cru pour les exams’ qui passent tout seuls. Cassé, plus un sou, déjà 23 ans. Je rencontre deux types qui construisent un proto dans un hangar. Superbe châssis tubulaire, carrosserie à couper le souffle, tout y est pour la course sauf leur choix : une GT routière. Beurk… Il me faut six mois pour retourner la situation : ce sera un proto de course.



Signé Guy Dhotel

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Guy Dhotel en 1970
© Moteurs

10:15 Publié dans Biographies françaises | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : guy dhotel, hervé bayard, BBM |

Commentaires

J'attends le prochain numéro. La revue Echappement titrait, enfin en octobre 1969 (pour ce que j'ai pu retrouver dans les archives: "La BBM fera parler d'elle prochainement".

Vous nous transportez 37 ans en arrière..

Au fait Guy Dhotel, en feuilletant ce n° 12, j'ai trouve une photo de Hugues Hazard montant la côte de Hautes-Vosges en août 1969; est-ce la Gachnang de Ferrari ?

Ecrit par : jean-Louis Mathieu | lundi, 23 octobre 2006

MDS me fait l'honneur de consacrer une rubrique à ma biographie.
Je me dois de préciser qu’il ne s’agit pas pour moi de caresser dans le sens du poil mon ego surdilaté. Le fauteuil roulant ramène à la réalité dans ce domaine. Je sais aussi que mon palmarès est squelettique par rapport aux grands champions qui sont superbement détaillés par vous tous.

La course automobile a été mon choix de vie dès mon plus jeune âge. Tout, tout devait passer après, quite à y laisser des lambeaux de peau et de cœur.
En 1974 juste après mon dernier accident de carrière, Pierre Pagani considérait que mon parcours en course moto et auto était un concentré d’obstination, passion, obstacles, enthousiasme, vie privée fusionnelle, obstacles, courir, rattraper le temps, toujours. Il y a toujours un moment où l’on fait un choix. Enfin, que tout cela méritait que je fasse un peu d’ordre et que je le couche en un livre une forme d’autobiographie.
Je n'ai réussi qu'à annoner une longue liste chronologique de courses, de résultats, de temps au tours, de places sur la grille. Point. Ce n’était pas un livre, c’était un pénible catalogue. Le projet a plongé aux oubliettes. En 1975, la course auto m’avait fait cocu, elle aussi. J’avais du mal à être dithyrambique.
Il a fallu longtemps -très longtemps dans mon cas- pour accepter de ne plus être acteur, de devenir spectateur.

Il me semble que le principal intérêt de cette « reprise » plus de trente ans après est que mon parcours ressemble à celui de beaucoup d’autres passionnés de cette période qui ont galéré comme pas possible pour essayer d’atteindre leur but ultime : champion de F1. A cette époque, les jeux étaient encore assez ouverts pour qu’on puisse y croire.

Pour Jean Louis,
Je n'ai malheureusement pas cette photo mais je me souviens qu'Hugues Hazard pilotait un châssis Gachnang équipé d'un moteur Ferrari. Une voiture assez encombrante, je crois. Il faudrait me rafraîchir la mémoire.

Ecrit par : guy dhotel | mardi, 24 octobre 2006

Merci Guy Dhotel, c'est la réponse que j'attendais.

Ici même, il y a quelques mois, la fille (?) d'un des frères Gachnang avait laissé quelques mots.

Ecrit par : Jean-Louis Mathieu | mardi, 24 octobre 2006

La "Cegga" - c'est son nom - de Hugues était bien une construction des frérots hélvètes : grosse barquette équipée d'un moteur de 275 GTB ornée d'un cavallino sur la capot. Il s'en servit en 69 et la revendit à un autre montagnard qui l'utilisa encore en côte en 70. Encore bravo à Guy Dhotel pour ses interventions... by the way, son ancienne BBM était en photo dans le LVA de la semaine... Est-ce la même ? Etait-elle réparable? Désolé de rappeler ce triste épisode...

Ecrit par : x | mardi, 24 octobre 2006

Merci à vous , « x » .
Pour ce qui est du proto BBM, je ne sais pas quel modèle est en photo dans LVA. Mon proto 1973 était noir à bandes or avec un aileron arrière. Les couleurs Lotus JPS. Copie? Oui, j’assume ! Colin Chapman et Jim Clark ont été mes deux guides : Deux approches sans concession de la course automobile.

Ecrit par : guy dhotel | mercredi, 25 octobre 2006

bonjour je suis content de vs avoir trouvé en feuilletant les pages ALPINE je lis votre vie dont j;ai un petit morçeau je possede LA çest en majuscule! BBM bleue ciel de vs debuts je vs ai téléphoné plusieurs fois et vtre aide me fut precieuse on l'a vue dans LVA RETRO COURSE et chaque fois il y'avait une annotation vs concernant j'ai été frappé par le nombre de gens qui vs conaissent etqui conaissent cette voiture conduire lavoiture est difficile mais ce n'est rien acoté de l'ordinateur tres content de vs lire et d'avoir devs nouvelles ss vs deranger j'espere que vs aurez mon message car ç est mon premier texte ecrit si un jour vs avez envie de la conduire? merci et au plaisir

Ecrit par : SAUVIGNAC PG | dimanche, 04 février 2007

Bonjour... c'est avec beaucoup de plaisir mais aussi d'émotion intense que j'ai lu '' la vie '' de Guy Dhotel ... certes, elle ne m'est pas totalement inconnue et quelques photos ont réveillé en moi les souvenirs de ma jeunesse amiénoise ...
Voisin de table de Pierre Bertin Boussu pendant les premières années de lycée à la Cité Scolaire où celui-ci griffonnait sur ses cahiers de drôles de voitures dont certaines reprennait bizarrement des pièces de Tube Citroën ... des protos couverts et découverts, une monoplace... d'autres aussi en fabriquaient dans la région; il semble me souvenir d'une monoplace '' Elina ''... mais c'est loin ...
Guy Dhotel était pour nous, passionnés de course automobile et comme beaucoup à cette époque ''petits'' compétiteurs occasionnels, une sorte d'idole inaccessible et nous étions admiratifs devant ses performances . Nous osions à peine l'approcher ou lui parler ... 4 cv, 4L, Rallye 1 ou R16 en ont fait des kilomètres pour aller le voir courir ... la BBM bleue si véloce, la BBM orange moins rapide d'un copain perdu de vue nommé Patrick Jurain, des journées fantastiques et insouciantes que l'on aurait aimées sans fin et sans souffrances ...
Pour être proche d'un pilote de la jeune génération qui s'est forgé un palmarès enviable en monoplace circuit, j'apprécie la lucidité de Guy Dhotel lorsqu'il analyse ses propres années de pilote de course ... La flamme n'a pas été éteinte ... ça, c'est une certitude !
à bientôt j'espère ...
ps: peut-on trouver ''le Roi des Iles'' dans le commerce ?

Ecrit par : Jean-Paul Bouthors | lundi, 26 février 2007

Jean-Paul,
Votre témoignage m'a fait plaisir, et, allez, je vais le dire, ému.
Je me souviens très bien de Patrick Jurain, très très rapide et qui voulait devenir pro.
Merci à retardement d'avoir suivi mes courses, mais je réfute l'idole inaccessible: ce n'était pas ma manière de vivre: avant les courses, je pouvais être renfermé, voire monosyllabique. Par contre, vous exprimez parfaitement "les journées fantastiques et insouciantes" des courses alors. C'est ainsi que je les ai vécues. Même si les soucis revenaient le lendemain. Vous avez raison, la flamme n'est pas éteinte! (Ce samedi, quelles courses de Biaggi et Toseland en Superbike!)
Si vous êtes de la même famille qu'Odile, faites-lui la bise de ma part.
Amicalement,
Guy
PS: "le Roi des Iles" n'est plus en librairie. Les derniers exemplaires tournent entre lecteurs sur ce site. Votre appel sera sûrement entendu par eux. Attention, ce n'est pas une autobiographie, je parle surtout "d'après" et de mer.

Ecrit par : guy dhotel | lundi, 26 février 2007

Guy,
Merci pour votre réponse ... lorsque je dis ''idole inaccessible'', il faut le comprendre avec nos yeux de ''jeunes'' ... j'ai appris plus tard qu'un pilote est dans sa bulle de concentration avant la course et que le monde extérieur, hormis son staff technique, n'est qu'une sorte de décor où il ne répond aux sollicitations diverses que par réflexe ou habitude ... cette attitude est nécessaire dans un sport de haut niveau puisqu'elle est maintenant plus ou moins enseignée par les préparateurs physiques et ''mentaux''.
Je ne suis pas parent avec Odile ... il est vrai que le nom ''Bouthors'' est très répandu en Picardie et en Nord Pas de Calais. Pour information, j'habite dans le Vaucluse près de Beaumes de Venise, à quelques kilomètres du Ventoux ...
Vous avez raison ... quelle course de superbike ... moi qui n'ai jamais touché aux 2 roues ( hormis le vélo et ... le solex !!!) j'ai vraiment l'impression que ce sont des extraterrestres ... un monde inconnu ... une autre sensibilité ... je reste scotché devant mon écran !
En espérant qu'un lecteur pourra me prêter ''le Roi des Iles'' dont j'ai bien perçu au travers du blog que c'était l'homme qui parlait et non le pilote ....
Amicalement
Jean-Paul

Ecrit par : Jean-Paul Bouthors | lundi, 26 février 2007

Jean-Paul
Je vous fait parvenir –Le Roi des Iles- des que vous me faites parvenir par mail votre adresse postale.
Mon adresse : orjebin@wanadoo.fr
Je serais enchanté de faire parvenir le beau livre de Guy Dhotel au pied du Ventoux. C’est un endroit magique ou vont s’aérer quelques fidèle de MdS dont je fais parti chaque fin d’année.
Je peux vous dire cher Jean-Paul que nos gosiers secs apprécient le Beaumes de Venise a sa juste valeur.
gianpaolo

Ecrit par : gianpaolo | lundi, 26 février 2007

Gianpaolo merci pour votre réponse ... je vous poste mon adresse et ne manquerai pas de vous retourner le livre, dès que lu, accompagné avec grand plaisir d'un ''échantillon de produit du terroir '' !!!
C'est vrai que l'endroit est vraiment agréable en bien des points ... soleil, vignoble, courses automobiles, culture ... etc ... le Vaucluse reste un peu méconnu et ce sera aussi avec le même plaisir que je ferai '' la promotion'' de la région à Guy Dhotel s'il consent à me laisser ses coordonnées à mon adresse: jean-paul@bouthors.biz

Cordialement


Jean-Paul

Ecrit par : Jean-Paul Bouthors | lundi, 26 février 2007

Cher Guy,

Je n'ai pas pu retracer votre livre non plus a la librairie francaise de Hong Kong, il m'aurait fallu au moins l'editeur. Je me met sur la liste d'attente de Gianpaolo.
Amicalement

Vincent

vmausset@granocean.com

Ecrit par : Vincent Mausset | mardi, 27 février 2007

A P.G Sauvignac,
Désolé de ne pas avoir répondu avant à votre note: j'étais en plein déménagement.
Je me souviens évidemment de vous, de vos coups de téléphone pour la remise en état de LA BBM C1, modèle 1971, exemplaire unique qui devait courir au Mans avec un moteur Alfa Roméo V6 et s'est retrouvée, après une défection peu élégante de la Shell, équipée d'un BMW 2l Schnitzer.
Vous avez travaillé dur pendant plus de deux ans pour faire remettre ce proto en état d'origine. Votre projet était de courir en véhicule de collection. Vous semblez dire que la voiture est difficile à conduire: les réglages de trains, de suspensions et de la crémaillère de direction doivent être parfaits. Si vous avez un problème, n'hésitez pas à m'envoyer un courrier au 470, chemin du buis, Sète ou à me joindre sur mon portable: 06 26 41 29 55. Vous ne me dérangez jamais puisque nous parlons de voiture de course! J'attends des nouvelles de votre réalisation et de vos premiers essais. A bientôt.

Ecrit par : guy dhotel | mardi, 27 février 2007

Pour Vincent

Bonjour

J'ai reçu le livre de la part de GianPaolo et, avec son accord, vous le ferai parvenir dès lecture. Passez moi simplemnt vos coordonnées postales au mail jean-paul@bouthors.biz

Cordialement

Ecrit par : Jean-Paul Bouthors | vendredi, 02 mars 2007

Faites tourner Jean-Paul, c'est de la bonne (litterature, bien entendu)
A voir l'adresse mail de Vincent, il semblerait que le livre de Guy colle parfaitement a sa passion.

Ecrit par : gianpaolo | vendredi, 02 mars 2007

Bonjour à tous ...
commentaire un peu tardif sur le livre: pas besoin de superlatifs ... simple et magnifique ... la vie d'un homme passionné ou la passion de la vie ... c'est ce que j'ai ressenti .
J'envoie le livre chez Vincent à Hong Kong ... Question : ce livre voyagera-t-il autant que Guy ? en tous cas, c'est bien parti !!!

Cordialement

Ecrit par : Jean-Paul Bouthors | vendredi, 09 mars 2007

Chers amis de MdS, amateurs de litterature de surcroit.

Jean-Paul Bouthors à qui j'ai envoyé le livre de Guy , m'a remercié d'une manière tres élegante.
Je dois vous dire, qu'en matière de savoir-vivre, Jean-Paul est un Maitre.......Dhotel bien sur.

Ecrit par : gianpaolo | vendredi, 09 mars 2007

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