mardi, 31 octobre 2006

Révélation

medium_ascari1955.jpgEn 1955, les Lancia F1 à réservoirs latéraux prouvèrent par deux fois qu’elles étaient bien nées (et bien pilotées, mais cela on le savait) et qu’elles auraient pu cette année-là constituer – même à distance respectable - les rivales les plus sérieuses des irrésistibles Mercedes de Fangio et de Moss. A Monaco, circuit relativement lent, Alberto Ascari avait réussi à prendre la tête après l’abandon de Moss lorsqu’il exécuta son fameux plongeon à la chicane. 

À Spa, circuit ultra rapide, un superbe Eugenio Castelloti réalisa au cours des essais une extraordinaire performance qui lui valut la pole. Ce fut malheureusement le chant du cygne. Le bel italien, en effet, avait été engagé à titre privé car l’écurie de course n’existait plus. Son sort avait été scellé par la mort d’Ascari à Monza, au volant d’une… Ferrari, quelques jours après son rocambolesque week-end monégasque, ainsi que par les difficultés financières dans lesquelles se débattait la firme de Gianni Lancia, lequel, la mort dans l’âme avait dû se résoudre à abandonner la compétition.

Le malheur des uns… (air connu). C’est la Scuderia Ferrari qui, par l’entremise de Fiat, récupère voitures et matériel. Cela va lui permettre de sortir du fond du trou qu’elle avait dangereusement fréquenté tout au long de l’année 1955. Sa nouvelle F1, directement issue de la Lancia à réservoirs latéraux, va largement dominer le championnat 1956 et apporter au "Maestro" son quatrième titre mondial.

Tout cela est bien connu. Ce qui l’est apparemment beaucoup moins, c’est qu’un épisode assez comparable devait se dérouler ultérieurement, au sein du petit monde de la course automobile "à la française" cette fois, et se révéler tout aussi lourd de conséquences pour la formule 1.

Fin 1956, Amédée Gordini, alias "le sorcier", a cessé de faire des miracles et doit, lui aussi, (officiellement) abandonner la formule 1. Là encore, des finances délétères ont fini par avoir raison de la passion. Certes, de l’atelier du boulevard Victor était sortie dans le courant de l’année 1955, ainsi que l’explique le TTDCB dans sa note intitulée "Quatre belles rouges et bleues pour la route", une superbe T32. Malheureusement, même si elle fut la plus accomplie de toutes les monoplaces de la marque, elle ne put rivaliser ni avec l’invincible armada Mercedes en 1955 (personne ne le pouvait) ni avec les Ferrari-Lancia en 1956 (que seul Stirling Moss, sur son exceptionnel talent, put battre à la régulière, à Monaco et à Monza). Allait-elle pour autant disparaître définitivement les circuits ?

medium_gordinit32.jpgmedium_vaillante.jpg


Eh bien non. Car au cours de l’année 1957, il se passa des choses. Des tractations eurent lieu, des accords furent conclus, que leur caractère ultra secret recouvrit d’une ombre opaque non encore officiellement dissipée à ce jour. Curieusement, en effet, aucun des protagonistes n’a laissé filtrer la moindre indiscrétion, aucun journaliste – pas même Etienne Moity - n’a bénéficié de quelque fuite que ce soit.

Et pourtant, la vérité était en réalité aveuglante et un préadolescent moyennement éveillé comme votre serviteur l’avait immédiatement perçue, certes parce qu’il était un lecteur assidu des rubriques Courses de l’Action Automobile et touristique et de l’Automobile et qu’il connaissait déjà relativement bien l’histoire de son sport préféré ; mais sans doute aussi parce qu’il jouissait d’une certaine candeur propre (en ce temps-là) à son état…

Lorsque je découvris en 1958 la première planche du Grand Défi [1], il m’apparut évident que le première Vaillante de formule 1 ressemblait comme une sœur à la Gordini T32. Dès lors, tout était clair. De même que Lancia avait transmis son écurie à Ferrari, de même le rusé Sorcier du boulevard Victor, soucieux de ne pas voir son œuvre disparaître définitivement, avait-il dans la plus grande discrétion choisi comme successeur "le père Vaillant".

medium_joseph.jpgBien lui en prit car, dans Le Grand Défi, cette Gordini virtuelle défit (c’est le cas de le dire) les plus prestigieuses F1 de l’époque et même (bien avant la Lotus de Jim Clark) les monstres américains à Indy ; et elle permit à Michel Vaillant de remporter le premier titre d’une longue série - que d’ailleurs il refusa en raison de son amitié naissante pour l’infortuné Steve Warson, accidenté lors de la dernière course.

Certes, les bons soins de Joseph, le fidèle mécanicien, ne furent sans doute pas étrangers aux performances de la belle bleue. Mais ne trouvez-vous pas qu’il existait comme un air de famille entre ledit Joseph (ci-contre) et certain habitué du bar de l’Action, grand amateur de cigarettes, de Ricard et de petites pépées ?




Signé Pr Reimsparing



[1]
GRATON (Jean) . - Le Grand Défi. Graton éditeur, Bruxelles, 1992 (Edition originale de 1959, Ed du Lombard), 64 p., 10, 00 €



Lancia D50
© Model Fox Brianza (www.modelfoxbrianza.it)
Bugatti T32 © MdS
Les dessins de la Vaillante Grand Prix et du mécanicien Joseph sont extraits de l'album Le Grand Défi

Commentaires

Ainsi Gordini auré fait perpétuer oeuvre a travers le père Vaillant?
Il est vrai que l'automobile française de l'époque s'étegnait...
On ne voyait plus beaucoup de voitures bleues sur les grilles de départ...
dans son livre (Pilote de course) Maurice Trintignant termine sur une note d'espoir, les Gordini étant disparues (ou presque...) il nous porte vers Bugatti:
"je souhaite d'autant plus ardement la réussite de Bugatti qu'elle entrainera peut-être les grands constructeurs français hors des ornieres oû il s'incrustent depuis des années."
et
"tant qu'il y aura sur terre des automobile il y aura des course gagnées'c'est mon voeu le plus cher, par des voitures bleues...auussi souvent que possible.AMEN!"
Amen, mais Bugatti n'a pas tenu, il ya eu Renault, et il y a encore Renault...

Ecrit par : pétoulet | mercredi, 01 novembre 2006

J'ajouterais que deux Gordini participait au GP de Monaco 1955 (plongeon d'ascari, abandon de Fangio et de Moss et victoire de Maurice), une pilotée par Manzon et l'autre piloté par Jacky Pollet. Derniers feux de la magie du sorcier...

Ecrit par : pétoulet | mercredi, 01 novembre 2006

Cher pétoulet, votre intervention illustre parfaitement cette règle non écrite qui veut qu'une excellent note soit peu - ou mal - commentée, étant entendu que dans votre cas, le "peu" est de mise, se rapportant à votre commentaire esseulé.

C'est une constante que je remarque depuis le début de MdS, et dont le Pr Reimsparing fait les frais plus que quiconque car ses textes l'isolent au sommet d'une Olympe littéraire à laquelle nul ici ne saurait accéder. Espérons qu'il ne se découragera pas et qu'il poursuivra sa collaboration sur des sujets en rapport, les hasard fait bien les choses, avec son nom. Je signale en passant que les textes qu'il publie ici sont des versions light de ce que sa plume peut produire et dont il me fait cadeau de temps à autre dans ma boîte mail ; correspondance diverse, considérations sur le temps qui passe et sa fin inéluctable (plus ou moins un milliard d'années, mais une comète est annoncée pour bientôt), dissertations sur certaines notes de MdS peu ou mal commentées, etc., le tout emballé d'imparfaits du subjonctif qui rendraient les textes qu'il donne au blog totalement incommentables s'il n'en faisait pas l'économie.

Ecrit par : Mémoire des Stands | jeudi, 02 novembre 2006

Je viens donc répondre a l'invitation de ce cher MdS...
En ce qui me concerne j'aurais plutöt pencher sur une Bugatti (251?) pous la vaillante grand prix...
Pétoulet, il me semble que vous oubliez Bayol qui était inscrit en gorini (a vérifier)...

Ecrit par : Brescia | vendredi, 03 novembre 2006

Extérieurement, la principale différence entre la Gordini présentée lors du Mondial 2006 dans le cadre de "L'Incroyable Collection" est une Type 32 moteur 8 cylindres position avant et la Bugatti 251 moteur 8 cylindres en position transversale arrière.

Hormis une vague ressemblance du bouclier avant, Jean Graton s'est plus inspiré de la Gordini que de la Bugatti toutefois s'appropriant quelques détails tels les sorties d'échappement, la prise d'air sur le coté, ... etc.

Brescia vous avez raison, il y avait bien trois Gordini engagées dans le GP de Monaco le 22 mai 1955:
n° 8 Robert Manzon Type 32 T16 abandon bris de la boîte à vitesses
n° 12 Elie Bayol Type 35 T16 abandon bris du pont
n° 10 Jacques Pollet Type 31 T16 7e

Notre professeur Reimsparing a raison d'écrire que Mr Amédée abandonne la F1 mais j'ajouterai: dans des épreuves du Championat du Monde du même nom. Car en 1957, à Pau le 22 avril, André Simon pilote la 32, "Nano" da Silva Ramos la 42 et "La Sardine" une 35 T16.
Le GP de Naples la semaine suivante verra la der des der Gordini entre les mains de "Nano" où il abandonne.
"Nano" se désolait lors d'un entretien accordé à Jean-Pierre Surmone pour la réalisation du coffret double K7 "Gordini l'Epopée d'une Equipe", d'avoir tant donné pour la marque et peu recevoir sinon des records d'abandons.

Ecrit par : Jean-Louis Mathieu | vendredi, 03 novembre 2006

JLM,
Puisque vous semblez maitriser le sujet et que je ne demande qu'a m'instruire,
il me semble que Jacques POllet était un Français, mais je ne connais pas la suite de son histoire, ce serait-il enterré derriere le volant de sa Gordini dépassée? ou a-t-il réussi une carriere?
merci d'avance.

P.S. : MdS il me semble que votre règle commence a être dépassée?

Ecrit par : Brescia | vendredi, 03 novembre 2006

Brescia,
Jacques Pollet (dit Jacky) commence a courir en 1954 au GP de Reims oû il casse son moteur, il participera a quatre autres GP. Sur cinq GP il n'en finira que 2 :
-Monaco 1955 (7eme)
-Pays Bas 1955 (10eme)
Il termine sa carriere le onze septembre a Monza sur un abandon (moteur?)
Pollet n'a couru qu'en Gordini T16.Qu'est il devenu par la suite? ou est passée sa voiture?

Ecrit par : pétoulet | vendredi, 03 novembre 2006

Ouh là là !

En avant pour Jacques Pollet : http://www.historicracing.com/drivers.cfm?driverID=5363&AlphaIndex=P . Précision né à Roubaix où il semble me souvenir qu'il est issu d'une famille d'industriels dans les filatures et si je me souviens mieux fondateurs de la Redoute; décédé à Paris.

Participations:

- 24 mai 1953 GP des Frontières Chimay Belgique # 6 Gordini 6GC T15 (première participation chez Amédée Gordini)

- 7 mars 1954 Critérium du Sénégal à Dakar # 33 Gordini 18 T15S
- 11 avril 1954 Circuit de Nîmes # 5 Gordini 18 T15S
- 9 mai 1954 GP de Bordeaux #8 Gordini 34 T16
- 6 juin 1954 GP des Frontières à Chimay Belgique # 8 Gordini 34 T16
- 12/13 juin 1954 24 Heures du Mans avec André Guelfi # 30 Gordini 43 T15S
- 20 juin 1954 Circuit de Picardie Amiens # 25 Gordini 43 T15S
- 27 juin 1954 GP du Supercoremaggiore Monza (organisé par AGIP) avec André Guelfi # 6 Gordini 43 T15S
- 3/4 juillet 1954 12 Heures de Reims avec André Guelfi # 11 Gordini 43 T15S
- 4 juillet GP de l'ACF Reims # 26 Gordini 34 T16 (ne prend pas part à la finale)
- 25 juillet 1954 GP du Portugal Gordini 34 T16 la voiture est finalement conduite par Jean Behra
- 22 août 1954 GP de la Baule Gordini 43 T15S
- 3/12 septembre 1954 Tour de France Automobile avec Hubert Gauthier #241 Gordini 43 T15S (pour l'anecdote J. Pollet a été averti la veille du départ) termine 1er.
- 24 octobre 1954 GP d'Espagne à Pedralbes # 48 Gordini 33 T16

- 11 avril 1955 GP de Pau # 32 Gordini 33 T16
- 14/15 mai 24 Heures de Paris - Bol d'Or Montlhéry avec nano da Silva Ramos # 2 Gordini 43 T15S
- 22 mai 1955 GP de Monaco GP d'Europe # 10 Gordini 31 T16
- 29 mai 1955 GP d'Albi # 10 Gordini 31 T16
- 12/13 juin 1955 24 Heures du Mans avec nano da Silva Ramos # 30 Gordini 43 T15S
- 19 juin 1955 GP de Hollande sur le circuit de Zandvoort # 24 Gordini 31 T16
- 11 septembre 1955 GP d'Italie Monza # 26 Gordini 32 T16
- 23 octobre 1955 GP de Syracuse Italie (Sicile) # 16 Gordini 35 T16

- 28/29 avril 1956 Mille Miglia # 450 Mercedes 300 SL avec P. Flandrak terminent 8e du classement général et 4e en GT
- 28/29 juillet 24 Heures du Mans Mercedes 300 SL - engagement non retenu - (et pour causes !)

J'ai pas mieux pour le moment.

Ecrit par : Jean-Louis Mathieu | vendredi, 03 novembre 2006

Désolé, je ne peut pas rivaliser avec un pareil adversaire!
Je m'incline devant tant de précisions...

Ecrit par : pétoulet | vendredi, 03 novembre 2006

Notre TTDCB aurait-il osé administrer un procès d'intention aux " utilisateurs " en présageant que cette excellente note serait peu ou mal commentée? Je vois que certains ont retroussé leur manche et jouer de leur plume" clavière" pour le contredire . Finalement et c'est tant mieux il existe toujours une exception à la règle ,n'est-ce pas professeur???Quand bien même "c'eut été" le cas, chacun sait que lorsqu'on a affaire à un produit de qualité ,il n'est pas nécessaire d'en rajouter....

Ecrit par : françois Coeuret | mercredi, 08 novembre 2006

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