samedi, 05 août 2006
La casquette Goodyear de Joe Salas

Dans un de ses meilleurs romans, Outremonde, Don DeLillo raconte la seconde moitié du siècle dernier par le biais d’une balle de baseball que les protagonistes se passent de main en main, d’un bout à l’autre de l’Amérique. Nous n’avons ni la prétention ni les moyens d’exposer ici une histoire d'une telle ampleur, mais celle de la casquette Goodyear de Joe Salas peut servir de passerelle entre l’époque où elle apparaît, où les écuries comptaient sept bonshommes aussi polyvalents que dépenaillés, et l’ère cybermoderne où elle resurgit du passé, peuplée des centaines de robots masqués, étroitement spécialisés, que chaque team entretient.
Né en 1947 de l’autre côté des Pyrénées, Joe Salas est un garçon tranquille, attiré tout jeune déjà par la mécanique. Emigré à Marseille, il réalise une courte scolarité qui le mène à des études de mécanique, sanctionnées par un CAP. Il entre en apprentissage dans un garage puis l’armée l’appelle, et le libère dix-huit mois plus tard. Que faire alors ?
C’est alors qu’il répond à une petite annonce d’une boîte qui se structurait et recrutait par ce biais, Matra, pour satisfaire aux objectifs que lui avait assignés son ambitieux patron : gagner en F1 et en prototypes.
Joe est embauché en qualité de mécanicien titulaire du permis de conduire poids lourds. Il monte en région parisienne, devient mécano de course sans vraiment le vouloir, presque par hasard. Un boulot comme un autre. Il rencontre alors à Vélizy certains des gars qui comme lui poursuivront l’aventure chez Ligier une fois celle de Matra terminée, Lionel Hublet et Jacky Petit, entre autres, des types dont les noms sont moins connus que les visages qu’on aura vus durant vingt ans dans les revues spécialisées ou sur les circuits, en ce qui nous concerne. Mais nous n’en sommes pas là.
Joe est versé aux protos. On lui donne une casquette Goodyear. Il disputera les saisons 1973 et 1974, connaîtra l’ivresse du combat contre Ferrari durant la première et le bonheur d’une confirmation victorieuse l’année d’après. Tout s’arrête hélas en décembre 1974 lorsque Lagardère annonce qu’il met la clé sous la porte. Rend-il sa casquette Goodyear ou l’emmènera-t-il chez Ligier qui embauche une bonne partie de l’effectif Matra pour créer son écurie ?
A l’orée de la saison 76, il est sur la grille de départ du GP du Brésil, casquette Goodyear vissée sur le crâne car il fait chaud à faire fondre le tarmac. Comme ses copains, chez Ligier il fait un peu de tout dans les stands, mais à l’atelier il est spécialement chargé des stocks. Il doit se démerder pour qu’il y ait l’équivalent d’une voiture de rechange dans le camion qui sera véhiculé sur le prochain circuit.
Quelquefois, souvent même, c’est le bordel chez Ligier. Surtout quand le patron est là. Que Jacquot tape et c’est la guerre dans le stand 26 ; chacun des sept mécanos plonge dans le bahut pour ramener une pièce neuve à installer sur la JS5.
Joe se gratte la tête, n’a-t-il pas oublié un jeu d’ailerons avant à Abrest ? Sa casquette Goodyear est abandonnée sur le muret du stand, au Ring. C’est la panique alentour. Lauda s’est planté, il va y avoir un second départ. Une main, lentement, se coule vers l’objet tant convoité, stoppe sa progression, la reprend quand l’alerte s’estompe. Joe est occupé avec son chef-mécano Lionel. La main se referme sur la casquette et la fourre dans un sac Elf qui ne quitte jamais l’auteur du forfait.
Joe Salas cherchera en vain sa casquette Goodyear. Sans doute ne demandera-t-il une autre à Bernard Cahier, qui, attaché de presse Goodyear, les distribuait. Pour Joe Salas une casquette Goodyear sert à se prémunir du soleil à Kyalami, de la pluie à Fuji, point barre. Pour le commun des mortels, une casquette Goodyear représentait une sorte de Graal. Non vendue, délivrée au compte-goutte, on pouvait dire qu’elle installait son détenteur dans la confrérie des gens du milieu.
Nous avons récemment retrouvé cette casquette Goodyear dans le garage d’un de nos frères à qui nous l’avions donnée lorsque le démon de la course nous avait lâché à l’aube des années 80. Souillée, la garniture de mousse qui garnissait l’intérieur, arrachée, et avec elle le JOE que son premier propriétaire avait dessiné au feutre, la casquette était dans un état lamentable. Nous l’avons lavée, l’avons posée sur un présentoir à chapeau dans notre chambre, et l’avons photographiée.
C’est la casquette Goodyear de Joe Salas. Elle vaut cher, très cher. Elle a vu l’arrivée des turbos, celle de Senna, la fin des premiers et du second, l’arrivée de Schumacher et bientôt son départ, le passage de la préhistoire à la science-fiction, elle est le trait d’union entre la chronométreuse branlante sur une pile de pneus et l’informatique embarquée commandée par satellite. Elle a vécu tout cela, ensevelie sous un tas de bûches où elle a vieilli de trente ans.
Cher Joe Salas, votre casquette vous est enfin rendue. Libre à vous de la mettre en fond d’écran ou préférez-vous que nous vous expédions la vraie ?
La casquette Goodyear de Joe Salas, volée et photographiée par MdS
10:10 Publié dans Automobilia | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
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Commentaires
Une chronométreuse branlante? sans doute vouliez-vous dire:"une chronométreuse accorte sur une pile de pneus branlante". Auriez-vous quelques vieux souvenirs des années 70-80
qui vous fassent regretter le temps passé et pas seulement sur les pistes.
Ecrit par : Bureau 219 | mercredi, 09 août 2006
Je ne m’étonne guere de voir que le bureau 219 est lui-même salace.
Ecrit par : gianpaolo | jeudi, 10 août 2006
Messieurs, vos commentaires douteux ne sont guère de mise sur ce site qui s'adresse au public le plus large et tente d'avoir un pagerank à peu près convenable sur Google, ce qui n'est pas gagné depuis que Hautetfort, son hébergeur, est en froid avec celui-ci.
Vous feriez mieux de saisir vos bâtons de pélerin et d'aller battre le vaste monde, criant sous les fenêtres :"Mémoire des Stands est le meilleur blog de langue française sur la course automobile historique !", ce qui vous permettra de récolter quelques euros que je donnerai au Pr Reimsparing pour qu'il reste chez nous.
Il paraît que le BlogAuto lui fait les yeux doux.
Ecrit par : Mémoire des Stands | jeudi, 10 août 2006
Cher Mds, tant que vous conserverez cette attitude dédaigneuse envers ma discipline favorite, je ne pourrais convaincre mes amis du forum d’ endurance-info.com de vous lire.
Ainsi vous demeurerez au sport automobile historique ce que pink-tv est à la télévision française : un média qui nonobstant la qualité de ses productions est condamné de par son orientation idéologique à ne séduire qu’une minorité.
Ecrit par : LaGliche | jeudi, 10 août 2006
Bonjour je suis le fils de jo salas!!! je m'appelle gregory salas !!!!!! cela me fait très plaisir de voir qu'on parle de mon père sur le net !!!! après la télé surtout les magasines voila le net!! ca fait plaisir!!!!! c'est lui qui ma appris qu'on parlait d'une certaine casquette qui l'avait à l'époque
Ecrit par : salas | mercredi, 04 avril 2007
Ça alors c'est sympa que de vous manifester, Grégory ! Comme vous le constatez, nous tenons la casquette que nous lui avions "empruntée" à sa disposition, s'il désire rentrer en possession de son bien. C'est déjà beau qu'il ne nous poursuive pas en justice pour "Vol et recel de couvre-chef à caractère publicitaire sur personne ayant autorité de mécanique sur engin à moteur autorisé à disputer des épreuves sportives".
Et vous, Grégory, outre le fait d'être le fils de Jo Salas - dont la casquette est célèbre -, êtes-vous impliqué dans ce sport ?
Ecrit par : Mémoire des Stands | mercredi, 04 avril 2007
j'ai été forcément impliqué dés mon enfance puisque je suivai régulièrement les courses de f1 à la télé pour essayer d'apercevoir mon père et les discussions tournaient toujours autour de la formule 1!!!
J'ai toujours aimé la f1 sans être un passionné, je regardais parce que mon père y travaillait sinon!!!!!
j'aime la f1 pour ce qui se dégage de ce sport qui est d'ailleurs pour moi un des plus beau!!
Ce que j'aime dans ce sport c'est cette mondanité qui si dégage, c'est un sport chic!!!!
j'en garde d'ailleurs des très bons souvenirs du fait d'être aller régulièrement dans les box de chaque écurie d'avoir pu monter dans une des voitures d'avoir pu rencontrer à minte reprise des célébritées, pouvoir aller dans les paddocks clubs etc ......
en gros j'aime ce sport pour ce qui si dégage mais depuis que mon père ne si trouve plus je ne suis plus. Mais la formule 1 reste dans notre quotidien de par la quantité importante d'objet que nous possédons comme par exemple le moule de la coque avant de la prost gp ou des conbinaisons de pilote des photos des livres etc etc ....... et puis mon père garde des contacts avec ces amis de longue date comme jacques lafite ou jean louis moncet !!donc voila mon père ne court plus mais l'univers de la f1 reste bien encrer dans notre habitat.
Pour info mon père retravaille chez ligier depuis un moment dont le but est la fabrication de voitures de compétition ainsi que de ferrari pour les sponsors de chez ferrari, mais bientot la retraite!!!! lol
ehhh oui après avoir travaillès de très très longues années dans l'écurie ligier en tant que mécanicien, chef mécanicien et par la suite quelques années dans l'écurie prost gp en tant que technicien et directeur technique mon termine sa course avec l'ecurie qui la fait connaitre.
Vous pouvez conserver la casquette, ce n'est pas ce qui manque chez nous, en tout les cas merci de ma part et de sa part pour lui avoir porter de l'intérèt
Ecrit par : salas | mercredi, 04 avril 2007
Cher Mds ,
j ' allais vous proposer la même casquette toute neuve pour remplacer celle de Jo Salas que vous etiez prêt dans votre geste o combien génereux à restituer au fiston.
F.H.
Ecrit par : FREDDY HEDIN | jeudi, 05 avril 2007
Décidément cher Freddy vous aurez toujours une longueur d'avance sur nous autres... Puis-je accepter votre bâche sans arrière-pensée, sans devoir guetter un véhicule des Douanes qui stopperait devant chez moi ? Humour bien entendu -)
(Quoique...)
Ecrit par : Mémoire des Stands | jeudi, 05 avril 2007
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