dimanche, 30 juillet 2006

28 ans jour pour jour : le Grand Prix d'Allemagne 1978

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Le hasard a voulu que nous dénichâmes ce matin dans notre grenier, alors que nous y cherchions autre chose, le petit badge jaune reproduit ci-dessus sur lequel est inscrite la date anniversaire d’un ancien Grand Prix d'Allemagne, alors qu'aujourd'hui s'en déroule un autre. Agissant comme une madeleine de Proust, ce rond de plastique s’est mis à parler, extirpant de notre mémoire qui avait tout effacé de cette vieille course, l’image clé qui nous la remit en tête.
Il s’agit d’une saucisse, oui une vulgaire bratwurst, et non de la démonstration des Lotus 79, symbolisée par une nouvelle victoire de Mario Andretti – la cinquième de l’année -, dont la logique eût commandé que nous nous souvinssions d'abord.

Allez comprendre le fonctionnement de la mémoire !

Un peu après neuf heures du matin dans la salle de presse, le dimanche 30 juillet 1978.
Dans un peu moins de cinq heures commencera le GP d’Allemagne, le troisième disputé à Hockenheim. Un petit déjeuner est servi à la presse. S’y pressent les locaux, les affamés et les radins, trois catégories de journalistes que ne rebutent pas dès potron-minet le café tiède et les saucisses à la moutarde offerts par l’AvD. Autant dire qu’à part nous – qui appartenons à la catégorie non répertoriée des roupeurs - et les membres des catégories précitées, on n’y rencontre personne de la grande presse. Les Français jouent les pique-assiette chez Elf, les Anglais sont chez Goodyear, la majorité est encore à l’hôtel.

medium_passallemagne78.jpgAu moment où le feu vert envoie le warm up du dimanche matin (par les baies vitrées nous apercevons les flèches noires d’Andretti et de Peterson gicler les premières) une photographe que nous connaissons de vue mais pas de nom s’assoit devant nous qui avalons sans conviction un café tiède et une saucisse à la moutarde.
Elle est blondasse, bardée d’appareil photos et déjà en sueur. Elle pose sur la table un café tiède et va attaquer sa saucisse à la moutarde lorsqu’elle se rend compte avoir oublié fourchette et couteau. "Merde" fait-elle dans une langue non répertoriée par nous (peut-être du suédois).

La matant du coin de l’œil, nous devinons sans peine le monologue intérieur qu’elle tient. Va-t-elle se lever et faire les dix mètres qui la mettraient à portée des ustensiles manquants ? Elle va crapahuter la journée entière par 35° à l’ombre, équipée de télés lourds comme du plomb en barre, prendre de la gomme sur la tronche dans les grandes courbes du Stadium, se faire encore peloter le cul dans la bagarre générale pour fixer l’arrivée et la casquette de Chapman en l’air. "Et merde, je vais bouffer ma saucisse avec les doigts. Ca fera un souvenir pour ce petit Français qui n’attend que ça !

Fasciné par cette chose brune que la nana s’enfile dans la bouche, comme le tunnel de Monaco absorbait en mai dernier la Surtees de Brambilla qui a la couleur d'une saucisse, nous oublions le reste, c’est à dire le contexte de la course. Laffite, en quatrième ligne et aux prises aux essais avec une auto rétive, fera-t-il mieux en course ? Christian, qui a vécu la journée d’hier chez Ligier où son pote, qui s’y occupe des pneus, l’a fait passer, nous a dit que Laffite faisait la gueule ("La caisse est très difficile à conduire"). Et Jabouille, son bouilleur qui hier bouillait littéralement dans la fournaise d’Hockenheim, tiendra-t-il ? On ne parierait pas une Warsteiner là-dessus.

La fille s’essuie les doigts sur un Autosprint oublié sur la table par Giorgio Piola – qu’on s’étonne d’avoir vu là, le bonhomme est si élégant. Du coup Reutemann se retrouve barbouillé de moutarde sur la couverture. Mauvais présage pour cet après-midi ; de fait l’Argentin, sombre quand on ne lui teint pas les cheveux à l’Amora, sera victime de vapor lock sur sa 312 T3 et abandonnera.

Dégoûté mais quelque part interpellé par ce petit déjeuner que Bruegel l'Ancien aurait pu peindre, nous sortons de la salle de presse et descendons dans l’arène. Il est 10 heures, et les Allemands continuent inlassablement de garnir le Stadium de leurs bedaines, leurs glaciaires et leurs bobs Marlboro. Ils seront 110 000 à encourager leurs trois ressortissants, Mass, Ertl et Stuck qui occupent les trois dernières place sur la grille. Pas rancuniers. 28 ans plus tard, il s’installeront esthétiquement pour écrire, vu d’avion, GO KIMI GO PEDRO, mais ce matin, dans la touffeur déjà insupportable de cette arène de béton, c’est le bordel.

Chez Lotus, c’est pas le bordel ; dans cinq heures et demi, Colin Chapman lancera sa casquette en l’air à la victoire de Mario. Ronnie ne sera pas à l’arrivée : boîte grillée, de même qu’il ne sera pas à l’arrivée du GP d’Italie, six semaines plus tard, où c’est lui qui grillera. Ce qui n’empêchera pas Chapman de lancer sa casquette en l’air pour saluer une nouvelle victoire de Mario avant que Lauda ne la lui ravisse sur le tapis vert.

Ça se passait comme ça dans les seventies.


Grand Prix d’Allemagne . Hockenheim Ring . 30 juillet 1978
Fiche technique : www.grandprix.com/gpe/rr308.html

Commentaires

Si ce qu'il me reste de mémoire tient mieux la route qu'un Michelin bullé, c'est ce jour là qu'un brésilien ténébreux débutait dans la carrière ...

Ecrit par : FB | mardi, 01 août 2006

avant de ravir la première place à Mario, il avait ravi la seconde à Gilles.

le Brésilien n'était pas au volant d'une Mc Laren! ! !

Ecrit par : Bruno | mardi, 01 août 2006

Il pilotait "la Minardi de l'époque" ... Je regrette beaucoup l'écurie Ensign ...

Ecrit par : FB | mercredi, 02 août 2006

juste! à Hockeinheim il avait l'Ensign, superbe auto en effet.

Ecrit par : Bruno | mercredi, 02 août 2006

Bonsoir à toutes et tous !

Sauf erreur de ma part, Harald Ertl, hélas décédé, était autrichien et non allemand.

Journaliste et pilote privé, il fit bien ce qu'il put aux volants d'Hesketh et même d'Ensign privées.

Bien sportivement et cordialement assuré !

Philippe Vogel

Ecrit par : philippe vogel | mercredi, 02 août 2006

Exact Philippe !
Il était autrichien mais ses parents se sont établis très tôt à Mannheim, à un jet de pierre d'Hockenheim, ce qui a pu éventuellement déterminer son avenir, d'une part, et nous induire en erreur, d'autre part.

Ecrit par : Mémoire des Stands | jeudi, 03 août 2006

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