vendredi, 31 mars 2006

Putain, un avion qui décolle pas !

volant2.jpg

Ils prennent de l’âge, ont le dos explosé à force d’avoir trop conduit des fourgonnettes de merde, s’habillent chez Kiabi, se sont fait refaire le nez, suivent des régimes qui ne les empêcheront pas d’avoir les boules sur la plage cet été, ne risquent pas de poser nus sur un calendrier, sinon pour vanter les bienfaits de la chirurgie esthétique ; "Ils", ce sont mes amis, à qui une amitié de trente ans me cimente aussi fort que le goudron adhère à la piste, qui me pardonneront d’autant ce portrait réaliste que le mien, exécuté par eux, serait pire.
Raison pour laquelle Internet, à l’instar de beaucoup de bloggeurs, est devenu ma maison.

Je les ai revus, hier soir, le temps d’un dîner au "Volant" [1] du vieux, du très vieux Georges Houel, 93 ans au compteur, qui il y a peu faisait son marché à Rungis au volant de sa Ferrari Dino 308 GT, et qui, comme tous les soirs ou presque sur le coup de 11 heures, apparut dans son resto, l’œil humide en apercevant Monique, le polo sémillant, le verbe assuré, tançant ici ou complimentant là. Sa table l’attendait, couvée par Marie. Il y dîne tous les soirs.

Depuis le départ de Monique – l’autre, celle qui officia longtemps dans la salle du "Volant" -, c’est Marie qui chouchoute ses hôtes. Kir déjà sur les tables, la main qui flatte le dos d’un bon client, les formes rebondies ; Marie offre un spectacle en trois dimensions. Elle fait cadeau à Monique – la nôtre, celle qui part à Cuba (éclaircir l’affaire de l’enlèvement de Fangio en 58 ?), d’un sac de verroterie destinée à diluer la nuée des mendiants qui l’assailliront dès le pied posé sur le tarmac de Jose Marti, l’aéroport de la Havane. Il y a dedans des bricoles publicitaires qu’un sponsor, ATS, lui a données lors des dernières 24 h du Mans.
Monique en ONG d’assistance humanitaire automobile ! Amusant de penser que les mômes de Malecon qui plongent pour trois pesos dans l’océan le feront sous les couleurs d’un ascensoriste parisien. Il y a trente ans j’aurais tué pour une casquette Goodyear. Le jour où j’en ai piqué une, au Ring en 76 je crois, celle que Jo Salas, de Ligier, avait laissée sur le muret du stand, je me suis senti mieux. Mais ces mômes, à qui on va donner des casquettes ATS sans qu’ils aient fourni le moindre effort pour les mériter, les apprécieront-ils à leur juste valeur ? On ne règlera pas le problème de la casquette promotionnelle dans le tiers-monde sans la mise en place d’un programme industriel de ladite casquette promotionnelle, avec transfert de technologie, formation de personnel local, etc. Bref.

medium_volant1.jpgA ma droite le hasard a placé Jean-Michel. Grimaçant sous la douleur d’une hernie discale, il se réfugie dans le passé, une époque où le présent annonçait un futur en bleu. "En 69, j’étais bidasse à Villacoublay, sur la base aérienne. Un jour depuis ma piaule, j’entends comme un bruit d’avion suraigu, je me pointe à la fenêtre et j’aperçois au loin un avion filant au sol à toute allure sans décoller ! Putain, un avion qui décolle pas ! Je réalise alors que c’est Matra qui fait ses essais ici.
Le lendemain, je baratine mon pitaine pour emprunter une caisse de l’armée pour aller sur le tarmac car c’était interdit. Je tombe sur la 640 de Robert Choulet avec les gars de Matra autour. Je me faufile parmi eux. A un moment, j’entends Pesca dire à Ducarouge
: "Elle est vachement instable !"
Jean-Paul Orjebin en reste la fourchette en l’air. "Il faut que tu raconte ça sur Mémoire des Stands, Jean-Michel, ça vaut de l’or !" Trop tard, c’est fait.

A ma gauche, Monique lit le tirage papier d’une note qui lui fut ici consacrée et qu’elle découvre. Vous avez dit fracture numérique ? Son nez, habilement rectifié mais encore visible, se tortille au fur et à mesure qu’elle prend connaissance de jusqu’où je suis capable d’aller pour rendre attrayant un texte. "Oh ! C’est pas vrai, tu as parlé de Bernard ! Et si jamais il tombe là dessus ! Je t’avais demandé de ne pas en parler ! Et tu cites mon nom en plus !" Ne t’inquiète pas Monique, personne n’a fait le rapprochement entre toi et Bernard. 

medium_volant3.jpgGuy, lui, garde le silence. Ses archives parlent pour lui. Des centaines de diapos qui attendent leur classement et leur tirage sur CD. Comme celles que Pascal Bisson, son voisin de table, a prises en dix ans de GP et que la flemme de l’un et le surbooking de l’autre privent les lecteurs de MdS, et accessoirement les gens qui projettent des livres, d’en jouir… Sacrés eux, il va falloir que je m’en occupe moi-même !

Face à moi est Michèle, la vicomtesse. Ses hommes autour d’elle la rendent heureuse. Elle n’oublie pas ce qu’elle doit à la course automobile qui les lui a donnés. Elle ne demande rien d’autre à la vie que de les avoir là, à ses côtés le temps d’un dîner, là dans ce resto à la gloire de ce sport aussi cruel qu'il peut s'avérer tendre. A côté d’elle, veillant sur son assiette, comme s’ils surveillaient le régime auquel elle s’astreint, Stewart, Beltoise et Servoz-Gavin posent dans une méchante photo en noir et blanc. Ou que se porte le regard au "Volant", il rencontre une image qui parle ; ici c’est Jojo avec Philippe Streiff et Alain Prost, là on le voit flanqué de Stirling Moss ; c’est un musée.

Ne manquait hier soir que le Pr Reimsparing pour que l’illusion muséographique soit parfaite, quoique sous la défroque de l’austère juriste sommeille un agitateur d’humour, mais oui, ce dont témoigne l’histoire drôle suivante dont il nous aurait immanquablement gratifiés : C’est un patron qui propose un doigt de whisky à sa secrétaire qui répond : "d’accord, mais avant", à quoi l’autre rétorque : "avant quoi ?"
Devant le blanc que cette blague engendre chez vous, chers lecteurs, il me vient à l’esprit que j’en ai peut-être mélangé les éléments. L’auteur rectifiera, s’il ose.








[1] Le Volant, 13 rue Béatrix-Dussane, 75015 Paris

 


Ils
© Pascal Bisson

10:05 Publié dans Personnel | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : perso, temoignage, 2006, georges houel |

Commentaires

Donc votre table était parallèle à la rue et juste derrière vous Patrice, sur le mur à votre droite, il y a une petite photo n&b dédicacée par "El Chueco" à "Jojo" en 1950 lors du Circuit des Remparts d'Angoulême; cette vue a été saisie à l'angle des rues Carnot et Louis Desbrande alors que le "Maestro" pilote la Maserati 4 CLT à motorisation A6GCS.

Au fait, comment trouvez-vous l'accueil "basque" ? L'a du caractère "La Marie" !

Ecrit par : jean-Louis Mathieu | vendredi, 31 mars 2006

Patrice. . . 248, c'est F1. GT c'est 246.
la vieillissure ça commence comme ça. je sais de quoi je parles

Ecrit par : Bruno | vendredi, 31 mars 2006

Bruno, maintenant j'ai un doute, je ne sais plus quel modèle avait Jojo, une 246 ou une 328 ? On demandera à Marie la prochaine fois, à moins que Jean-Louis s'en charge, lui qui semble bien connaitre l'endroit...

Ecrit par : Mémoire des Stands | vendredi, 31 mars 2006

Dino 308.

Ecrit par : jean-Louis Mathieu | vendredi, 31 mars 2006

Il y a un article sur JOJO et une photo avec sa Dino 308 GT4 devant le resto ,de retour de Rungis , dans un numéro de l'année dernière du magazine " Ferrari Club "

Ecrit par : l'abominable Christian | samedi, 01 avril 2006

Si je comprends bien, c'est les copains d'abord au "volant"....

Ecrit par : patrce | samedi, 01 avril 2006

Et oui j'étais heureuse à ce diner, les conversations étaient très animées, on avait du temps à rattraper, tellement de choses à se dire les yeux dans les yeux.
Cela faisait longtemps que je ne les avais pas vus tous réunis "mes" hommes !! Merci d'être là.

Ecrit par : la vicomtesse | lundi, 03 avril 2006

Eu égard à l'hospitalité que vous m'avez généreusement accordée il y a quelque temps, au risque de compromettre la courbe ascendante de votre audience, je vous doigt bien cela, cher teneur.

Voici donc l'histoire exacte, à laquelle vous faites allusion :

C'est un patron qui a réussi à inviter chez lui, pour un petit dîner en tête à tête, sa très attirante secrétaire.

Ledit patron se dirige vers son coffre à liqueurs en demandant, faussement décontracté : "whisky ?".

La jeune femme répond spontanément : "un doigt, s'il vous plaît".

L'homme rétorque alors : "Tout à fait d'accord, mais, avant, vous n'avez vraiment pas envie d'un petit whisky ?" *

Fort heureusement, pareille scène ne saurait de dérouler à Reims, champagne oblige...

A bientôt (en tout cas, avant que je sois empaillé et exposé au Volant) pour de nouvelles aventures.

Professeur Reimsparing

* ce petit conte charmant n'a rien d'inédit et je n'en suis pas l'auteur (ni n'en ai été l'acteur) ; cela va de soi

Ecrit par : Professeur Reimsparing | lundi, 03 avril 2006

et oui, Bruno...308, c'est aussi une Dino ! Avant que ferrari ne lui recolle les insignes "maison". Ah, la vieillerie...

Ecrit par : etienne | lundi, 03 avril 2006

Professeur : la blague fut mise en images par Les Nuls dans le film "la cité de la peur, une comédie familiale" Sauf erreur, c'est G. Darmon qui fait cette proposition à CH. Lauby...

Ecrit par : etienne | lundi, 03 avril 2006

A l'attention particulière du Professeur Reimsparing.

Le teneur du site vous a, cher Professeur, bâti une réputation d’homme austère, eu égard je l’imagine a votre juridique fonction.
Ceci prouve et c’est bien regrettable, que même le plus talentueux d’entre nous, use parfois de clichés.

Votre dernier commentaire prouverait au contraire que vous êtes un luron et que vous auriez eu votre place au dîner de mercredi dernier au Volant, serré entre Jean-Michel et son humour de titi parisien et Patrice dont les giclées verbales acidulées nous font toujours rire.

L’élégance Rémoise déjà introduite dans notre groupe par le sémillant Pascal pourrait maintenant que vous êtes adoubé se jouer en stéréo si vous nous honorez un soir de votre présence.

Ecrit par : gianpaolo | lundi, 03 avril 2006

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