mercredi, 22 mars 2006

Point limite zéro (Priorité #1)

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La redistribution nationale du Vanishing Point de Richard C. Sarafian (Point limite zéro), sorti en 1971, donne l’occasion à MdS d'ouvrir une petite série de derrière les fagots, intitulée modestement "Priorité", qui ne vise rien d'autre que le fun et dont la philosophie se résumerait à ceci : il vaut mieux, certains jours, laisser passer devant soi certaines autos.

Le film de Sarafian est intéressant dans la mesure où il offre à l’amateur de course automobile, et plus largement d’automobile, de réfléchir sur l’utilisation que fait de la vitesse le cinéma quand il raconte la révolte, la rébellion, exprimées par ceux qui refusent le conformisme auquel la civilisation, pour continuer d’exister, prétend soumettre ses sujets.

En deux mots, le scénario, qui tiendrait sur un sms : un nommé Kowalski, vétéran du Vietnam, ex-flic, ex-pilote de stock-car, devenu livreur de voitures, entreprend de convoyer une Dodge Challenger trafiquée (le détail a son importance) depuis Denver jusqu’à San Francisco en moins de quinze heures, soit 2 000 km à 200 de moyenne. Rien ne l’oblige à ce record vu que le gars à qui la caisse doit être livrée l’attend dans des délais raisonnables. Kowalski se lance ce défi gratuitement, pour la beauté du geste, et pour le plaisir du spectateur qui se carre dans son fauteuil, soupirant d’aise à l’idée de fantasmer devant l’un des interdits les plus forts qui se conçoivent aujourd’hui : foncer à tombeau ouvert sur la route, élément, qui, trente-cinq ans après la sortie initiale du film, en renforce l’efficacité et le fait passer pour littéralement subversif.

Road movie dopé aux 375 CV de la Dodge Challenger de Kowalski, Vanishing Point se rattache à ce genre qui, de Easy Rider à Mad Max en passant par Macadam à deux voies, célèbre la route comme support à une histoire qui se cherche, qui n’est pas, qui s’écrit au fur et à mesure qu’elle est projetée à l’écran.
Dans le western moderne qu’est le road movie, les flics sont les Indiens, les pilotes, les cow-boys et les relais du Pony express sont matérialisés par les stations-service, comme celle où Kowalski fait le plein, une station Mobil qu’on croirait échappée d’une toile d’Edward Hopper.

Au cours de sa course folle, notre héros, "Le Dernier héros américain", comme le désigne à ses auditeurs un disc-jockey noir et aveugle qui prend fait et cause pour lui, rencontre des autos et des personnages à la hauteur de ses ambitions. C’est d’abord une Jaguar E qui le défiant imprudemment à la course se retrouve les quatre roues en l’air, ce sont ensuite des motards de la police, incapables de suivre le rythme, qui subiront un sort identique, puis des voitures de police, arrêtées le plus légalement du monde par les frontières d’Etats, pour notre plus vive satisfaction.
C’est que, bien évidemment, on est tous du côté de Kowalski, aussi bien le spectateur lambda qui y voit un Robin des bois des autoroutes, que le commentateur de MdS qui ne saurait gommer son passé de pilote de course, passé qui lui autorise ce magistral coup de volant si bien filmé.

medium_plz2.jpgLa mise en scène, sobre, élégante, participe à la réussite du projet. Elle donne à voir en Kowalski un monsieur tout le monde à qui Barry Newman prête un visage anonyme, figure qui ressemble d’ailleurs au David Mann de Duel, sorti également en 1971. Des hommes "normaux", pas des vedettes, et envers qui l’identification joue à plein. Mais là où Mann ne franchit la ligne médiane que pour échapper au camion fou, Kowalski chevauche de bout en bout cette ligne jaune - qui est blanche aux States -, et avec jouissance, tout comme cette fille nue, rencontrée dans un campement hippie, chevauche une moto et dont les fesses dessinent sur la selle une autre ligne que chevauche brièvement l’œil de Kowalski ; la caméra le montre.

Cette affaire de rectiligne définit la structure du film ; c’est également une ligne blanche qui barre en oblique et correspond au véhicule qui la peint sur la route et barre en oblique pour échapper à la Dodge qui charge devant lui. Scène amusante autant que signifiante qui ne fait pas pour autant oublier à Kowalski son destin, son Point limite zéro qui au bout de 1 h 37 de projection est contenu entre les pinces de deux bulldozers qui grossissent dans son pare-brise à une vitesse indécente.


Point limite zéro
(Vanishing Point) de Richard C. Sarafian, avec Barry Newman, Cleavon Little, Dean Jagger, Victoria Medlin.

Voir les fiches techniques sur Allociné et IMDB 




Voir aussi Priorité #2, La trouille de ma vie et Priorité #3, C'était un rendez-vous

10:15 Publié dans Cinéma/télévision | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : film point limite zero, dodge challenger, 1971 |

Commentaires

Après avoir la photo de la fille en moto, je viens de trouver en quoi je voulais être réincarné plus tard (beaucoup plus tard)...... en selle de moto !!!! ;o)

Plus sérieusement, je ne connaissais pas ce film, mais voilà qui en donne envie de le découvrir ( et pas seulement pour la fille !!)

Ecrit par : Pascal | mercredi, 22 mars 2006

Kowalski! ! ! oui je connais, et Stellllllllllllla aussi. mais elle n'enfourchait pas une moto, et c'est bien dommage

Ecrit par : Bruno | mercredi, 22 mars 2006

Ah oui, en effet, ce dernier opus des Bronzés est vraiment un régal!
Bravo à toute l'équipe de peignoir des stands !!

Ecrit par : Jean-Claude | mercredi, 22 mars 2006

elle voulait prendre un tramway nommé "Desir"

Ecrit par : Bruno | jeudi, 23 mars 2006

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