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vendredi, 03 mars 2006
Reims 1958, épilogue

Pour Mike Hawthorn, cette victoire de Reims sera la dernière de sa carrière et il ne reverra jamais la place d’Erlon. On le voit ci-dessus au GP du Maroc, sa dernière course.
En février 1959, se rendant à Londres au volant de sa Jaguar 3, 4 litres, il tombe sur Rob Walker dont la Mercedes 300 SL "Ailes de papillons" est une incitation irrésistible à un amical duel pour ce germanophobe convaincu. Il y a perdra la vie sur la "Guilford bypass", victime d’un ultime dérapage qu’il ne maîtrisera pas et qui l’enverra contre un arbre, non loin du garage d’un certain John Coombs, celui-là même qui devait engager la Matra F2 que Jackie Stewart mènerait à la victoire à Reims en 1968. Une énigme subsiste : Hawthorn a-t-il ou non encaissé l’argent de sa victoire de 1958 ? Il semble qu’à la fin de l’année, il l’attendait encore. Cela laisse supposer que même si Musso avait survécu et gagné, il n’aurait pas été tiré d’affaire…
Le charmant Peter Collins, lui, a moins bien terminé le GP que la course des F2. Dès le 3e tour, sa pédale de frein l’envoie en tête-à-queue à Muizon. Et sa belle remontée s’achèvera par… une panne sèche, tribut payé au tour de reconnaissance non prévu qu’il avait accordé à son copain Hawthorn. Une photo assez connue le montre poussant - avec le sourire - sa Ferrari n° 42 vers la ligne d’arrivée, ce qui lui permettra de terminer 5e derrière le grand Fangio.Il prend sa revanche quinze jours plus tard à Silverstone, en remportant le GP d’Angleterre, qu’il mène de bout en bout. Mais le 3 août suivant, lors du GP d’Allemagne, une absurde barrière de bois plantée à l’extérieur de l’anodin virage à droite du Pflanzgarten aura raison de ce gentleman des circuits, sous les yeux de Hawthorn lui-même, qui l’a clairement vu commettre une faute de pilotage. Ce jour là, c’est Tony Brooks, dont la Vanwall survolait les bosses du Ring, que le pilote de la Ferrari n° 2 a vainement poursuivi avant d’y laisser la vie.
Pour Harry Schell, l’illusion, à Reims, n’a pas duré bien longtemps. Incapable de suivre le train des meilleurs, il a abandonné sur défaillance de sa pompe à essence alors qu’il naviguait aux alentours de la 5e place. Lui toutefois reviendra une dernière fois sur les lieux, en 1959, sans plus de succès d’ailleurs, que ce soit en F1, à nouveau sur BRM, ou sur sa Cooper F2. Il disparaîtra à Silvestone en avril 1960, durant les essais d’une modeste course de F2. Gérard Crombac se souvenait avec émotion être celui qui avait récupéré, ce jour-là, l’attaché-case de l’Américain de Paris.
Jean Behra, quant à lui, a confirmé son brio en se tirant une superbe bourre avec la Vanwall de Stirling Moss, pour la deuxième place, jusqu’à son abandon, dans le même tour que Schell et pour la même raison ! C’était le temps où les BRM ralliaient rarement l’arrivée. Comme Schell, il sera de nouveau à Reims en 1959, début juillet, mais pour y vivre quelques événements mémorables. Sa Ferrari ayant calé au départ du GP, il perd plus de 30 secondes et se lance dans une invraisemblable remontée, jusqu’à atteindre la 5e place, avec la 4e en vue, cela toutefois au prix de surrégimes auxquels la belle mécanique de Maranello ne résistera pas, d’autant qu’il régnait ce jour là une chaleur caniculaire. Cela lui valut une engueulade de la part de Tavoni, les deux hommes en venant rapidement aux mains !L’épisode déclencha l’ire du redoutable Enzo et provoqua l’éjection immédiate et définitive du bouillant niçois, lequel avait eu cependant la satisfaction mêlée de frustration de voir, lors de la course des F2, sa « Porsche-Behra », magnifiquement pilotée par Hans Hermann et encouragée par la foule en délire (dont j’étais), tenir la dragée haute à la Cooper de l’imbattable Stirling Moss. Brève embellie car un mois plus tard, le 1er août, l’homme au casque à damiers percutait, au volant de son Spider Porsche, sur le virage relevé de l’Avus à Berlin, les restes d’un emplacement de DCA. Propulsé dans les airs, il retombait mort, laissant inconsolables bien des passionnés et au premier chef votre serviteur.
Lequel vient de faire un drôle de rêve. Sous le regard amusé de Michaël Schumacher, quelques-uns de ses jeunes collègues soulevaient la Mercedes Smart de Kimi Raïkkönen, qui était garée devant un luxueux hôtel dont je ne distinguais pas le nom, puis la transportaient dans l’entrée et la hissaient au premier étage ! Leur intention était de la déposer devant la chambre de Raïkkönen, au 4e. Mais après avoir vainement essayé d’introduire la petite voiture grise dans l’un des ascenseurs, ces joyeux lurons l’abandonnaient purement et simplement sur le palier du premier. Décidés cependant à ne pas en rester là, ils réussissaient à obtenir la clé de la chambre d’ "Iceman", qu’ils vidaient entièrement (la chambre), rideaux compris, ne laissant trôner, au centre du parquet nu, qu’un magnifique vase de fleurs.
Je me suis éveillé, encore sous le coup de ces images aussi oniriques que surprenantes. Quelque chose n’allait pas, mais quoi ? Ca y est, j’y suis. Je me disais aussi…
Retour en 1958. Hôtel du Lion d’Or, place d’Erlon. Celui qui couvait d’un œil paternel toute cette agitation juvénile, c’était Fangio, à la veille de disputer son dernier GP. La "victime", c’était Harry Schell, dont la petite Vespa 400 fut effectivement déposée sur le palier du premier, juste devant le bureau du directeur et dont la chambre fut bel et bien mise à sac. Le meneur de la joyeuse bande se nommait Luigi Musso.
C’était il y a longtemps.
Signé Pr Reimsparing

Lire Reims 58, acte I et acte II
Mike Hawthorn au GP du Maroc 1958 © Hector Cademartori (http://authorsandartists.com)
Peter Collins, photo DR
Jean Behra, photo DR
Grand hôtel du Lion d’Or © Ed. Thuillier, Reims
10:15 Publié dans Circuit de Reims-Gueux | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : circuit de reims-gueux, 1958, mike hawthorn, peter collins, jean behra, harry schell, grand prix de l'acf




Commentaires
Gérard Crombac n'est plus. . . mais s'il serait là, il n'aurait qu'a bien se tenir. des reportages comme ça j'en redemande. . . encore
Ecrit par : Bruno | vendredi, 03 mars 2006
Revenez vite Professeur, vos nouveaux disciples vous attendent.
Ecrit par : gianpaolo | vendredi, 03 mars 2006
Merci beaucoup, mille mercis pour ce récit passionant. Décidément, étant champenois, j'apprends beaucoup de choses sur l'histoire de ce circuit.
Même si je ne publie pas souvent de commentaires, je tenais à dire que j'adorais parcourir et dévorer ce site passionant. Merci à vous pour son existence.
Ecrit par : Christophe | vendredi, 03 mars 2006
Je suis impressionné par les trois articles sur Reims 1958 , c'est remarquablement retracé , et j'ignorais absolument les soucis extra-sportifs de Luigi Musso .
Ce fut un GP particulier aussi avec du recul , puisque le dernier de Fangio et surtout , pour le trait d'union entre deux époques , le seul où il courut en championnat du monde en même temps que Graham Hill , ce fut aussi le premier GP de championnat d'un autre champion du monde , Phil Hill , et l'occasion d'un autre croisement de cultures , avec la participation , unique en Europe , de Troy Ruttman alors qu'Indianapolis comptait pour le championnat , mais que ses pilotes ne traversaient pas l'océan .
Je crois bien que c'est pendant cette course que Hawthorn n'avait pas voulu prendre un tour à Fangio , j'ai dû d'ailleurs relire cette anecdote récemment , probablement même sur ce site.
Merci à nouveau pour le bonheur de retrouver , par des interventions de la qualité des vôtres ,une époque trop dangereuse , mais où pilotes et circuits faisaient rêver .
Ecrit par : eric | samedi, 04 mars 2006
malgré toutes les critiques qu'il reçoit régulièrement, il y a un autre pilote qui est de la classe des plus grands de l'époque, et qui lui aussi, n'a pas voulu prendre un tour à un pilote. malheureusement je ne me souviens plus à quelle occasion. mais je me souviens de qui il s'agit: M. Schumacher au dépends de M. Hakkinen.
Ecrit par : Bruno | samedi, 04 mars 2006
Cette trilogie rémoise est au sommet de ce qu'a publié MdS depuis le début, ceci dit sans forfanterie, ni vile flatterie dans le but de convaincre le Pr Reimsparing de poursuivre ici ses travaux.
Comme le dit joliment gianpaolo, le Pr Reimsparing est une caméra embarquée. On ne peut rêver meilleure appréciation.
Ecrit par : Mémoire des Stands | lundi, 06 mars 2006
Une autre, une autre, ...
Quel bon moment Pr!
Continuez.
L'anecdote de la Vespa au Lion d'or ... un moment de délire comme on en voit plus depuis ... oula.... bien avant ma naissance... :-(
Ecrit par : Renaud | mercredi, 08 mars 2006
Cher Pr Reimsparing votre coeur est-il en état de lire une découverte récente faite sur une étagère chez notre libraire ?
Une nouveauté : "Circuit de Reims" Patrick Sinibaldi, préface de Jean-Pierre Jarier, 1er semestre 2006, E.T.A.I. (pas de référence d'ordre de classement puisque tricard de l' ISBN).
Patrick Sinibaldi ? Serait-ce un parent de ce pilote italien des années 60 ? Pourquoi pas ! Commettre un ouvrage sur la vitesse demande des références, des entrées, de l'entregent (écrirait MdS) des relations donc.
Pour mémoire Renzo Sinibaldi s'est fait connaître derrière le volant de voitures italiennes: Alfa Roméo, Ferrari 275 GTB/C (tricard aussi du s/n) dans des épreuves du championnat du Monde - Sebring, Targa Florio, ...etc.
Eh bien non. Patrick Sinibaldi (sic) médecin généraliste à Nice dont le père fut l'avant centre du glorieux Stade de Reims.
Renseignement prit, Pierre Sinibaldi fut un fameux joueur du Stade dans les années 40. Donc rien à voir avec le pilote automobile italien, sinon une très vague et lointaine parentée voire une homonymie.
Désolé de l'écrire mais en dehors d'une iconographie [1] dont la qualité du témoignage est inversement proportionnelle à la qualité de reproduction [2], ce livre n'a que le mérite d'avoir été publié. Son écriture n'ajoute rien - pour les connaisseurs sans être pour autant des passionnés - à l'histoire du sport automobile reimois.
N'y recherchez pas quelconques classements, résultats, grilles, numérotations, types de modèles engagés, ou que sais-je encore ! Munissez-vous de (sic) "l'ouvrage de référence": Reims, vitesse, champagne et passion.
Seules les légendes photos offrent le prénom des pilotes et/ou personnalités "remarquables identifiées".
L'interdiction faite pas la société d'édition de ne pas avoir le droit de reproduire d'informations sans l'autorisation écrite de l'auteur, je me permets donc d'écrire ce qu'il n'a pas écrit; confondre Masten Gregory et Harry Schell; ne pas citer Robert Aumaître aux coté de "Pétoulet" (alors que ceux-ce se connaissent depuis tellement longtemps).
Pauvre "Brosselin" et sa Bugatti type 37 qui restera longtemps anonyme faute de précision quant à son prénom, ancien pilote des automobiles FASTO lors des 24 heures du Mans ou d'un GP à Chimay; Gauthier qui perd aussi son prénom, Robert et la marque de sa Bignan; François Lescot sur Bugatti 35.
La triplette d'auteurs de l'ouvrage de référence n'en ajoute pas davantage; comme quoi la copie et/ou recopie n'apporte rien à l'HISTOIRE.
[1] Bernard Cahier (seul photographe nommé)
[2] Beaucoup de photos sont des agrandis de celles illustrant "Reims, Vitesse, Champagne et Passion" y compris les reproductions des affiches d'époque (l'auteur y est-il pour quelques chose ? je ne le crois pas.
Ecrit par : Jean-Louis Mathieu | dimanche, 02 avril 2006
Que MDS me pardonne, j'interviens un peu plus tard que prévu. J'ai un peu hésité, car, de toute façon, l'ouvrage est paru. Mais après l'avoir feuilleté, je constate que la critique musclée de Jean-Louis Mathieu est parfaitement fondée et cela m'incite à "entrer dans la danse" car l'ouvrage en question apparaît comme le résultat d'une opération purement et simplement commerciale, parée des oripeaux (en l'espèce) de la nostalgie et pour laquelle, outre les erreurs ou lacunes ci-dessus relevées, on n'a pas lésiné sur le plagiat (qui, même autorisé, demeure un procédé fort contestable).
Alors, oui, je confirme que la photo couleurs de 1962 qui m'est attribuée a bien été prise par moi. Je crois savoir d'où elle a été extraite : du numéro de février 1984 de Sport-Auto, dans lequel Gérard Crombac, que j'avais rencontré à cette occasion, avait bien voulu publier quelques photos dont j'étais l'auteur, en le précisant ; du coup, cette origine est reprise dans l'ouvrage de M. Sinibaldi. On peut à la rigueur comprendre que celui-ci, ou quelqu'un d'ETAI, ne m'ait pas contacté, faute de posséder mon adresse, encore qu'elle figure dans l'annuaire, mais il fallait il est vrai connaître la ville (peut-être ont-ils fait le pari que j'avais quitté ce monde, ou que je me consacrais désormais à l'art Etrusque ?). Mais ils auraient pu du moins contacter Sport-Auto, qui, à ma connaissance, n'a pas cessé de paraître...
En bref, l'histoire de cette photo me paraît symboliser l'ensemble de la démarche qui a abouti à la parution de l'ouvrage.
Faut-il aller jusqu'au carton rouge ? Peut-être pas, dans la mesure où la passion de l'auteur ne paraît pas feinte, et où je l'ai partagée, mais, pour ma part, je sortirai au moins le carton jaune, pour sanctionner les moeurs de l'éditeur
Michel Mathieu
Ecrit par : Michel Mathieu | mardi, 04 avril 2006
Bonjour
Très beau site que celui-ci!
J'ai acheté récemment le livre de P Sinibaldi sur le circuit de Reims qui est vraiment passionnant.
Il m'est revenu une anecdote sur un micro-évènement que l'on est pas près de revoir un jour:
J'ai 7 ou 8 ans environ, peut-être moins ( né en 1949 ) et j'assiste avec ma famille à la belle parade des voitures de course rue de Vesle;nous étions dans le haut de la rue de Vesle non loin d'un garage dont le nom m'échappe mais qui arborait une publicité pour les pneus "Hatzfeld". Les voitures défilent au ralenti en remontant la rue et soudain l'une d'entre elles ( une mono place de couleur verte selon ma mémoire ) d'un brusque coup de volant et avec une accélération impresionnante ( on se rappelle qu'à l'époque les voitures capables d'accélérer de façon impressionnante ne sont pas légion! ) vient se placer sur la piste de service de la station et.......fait le plein de carburant!
Avec le recul et en voyant aujourd'hui les monstres gavés en quelques secondes aux stands, je mesure vraiment le temps passé!!!!
Ecrit par : jakki | jeudi, 28 décembre 2006
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