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lundi, 27 février 2006

Reims 1958, acte I

RSR.jpg

Après avoir alternativement joué les stars et les modestes, le Pr Reimsparing a enfin consenti à ce que MdS inaugure un espace à son nom.
Au fil de sa plume joliment mouchetée, nos lecteurs les plus tendres apprendront à connaître d’hommes couillus, d’autos pièges, de lieux impossibles bouffés par la rouille, hantés par sa silhouette. Il nous emmène vers l’un d’eux, à travers un triptyque qui s’installe sur notre site pour la semaine.

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medium_reimsaffiche.jpgCircuit de Reims. 5 juillet 1958. 23 heures 59.

Une minute avant le départ des 12 heures. Flanqué de l’auteur de ses jours, auquel un ami garagiste et obscur distributeur local des pneus Englebert a pu miraculeusement fournir deux laissez-passer, l’auteur de ces lignes n’en revient pas de se trouver A L’INTERIEUR de l’un des stands de ravitaillement qui s’égrènent sur la célèbre ligne droite, face aux tribunes. Immédiatement devant moi, dans la lumière crue coulant des grands projecteurs, la DB n° 22, légèrement en épi. De l’autre côté de la piste, impatient, comme prisonnier du cercle peint en blanc façon « Départ des 24 heures du Mans », le « p’tit » Louis Cornet, ainsi qu’on l’appelle affectueusement, s’apprête à bondir, avec son énergie coutumière, vers son modeste bolide.

Minuit.

Le drapeau s’est abaissé, loin, très loin vers la droite, là où les Ferrari 250 GT n’attendaient que cela pour déchaîner le rugissement de leurs moteurs trois litres, avant de se ruer sous la structure cimentée du pneu Dunlop qui surplombe la piste et dont la cage vitrée accueille le gratin des photographes professionnels, puis de s’engouffrer dans la grande courbe à droite, celle que Stirling Moss négociait avec respect et en y investissant tout son talent car elle était, de son propre aveu, very demanding, une conviction que partageait pleinement Mike Hawthorn, son grand rival pour le titre de champion du monde, cette année-là.

Le sprint de Louis Cornet, son installation au volant, la trajectoire arrondie propulsant la petite voiture bleue dans le furieux courant qui part à l’assaut de la nuit, tout cela s’est déroulé à la vitesse de l’éclair, à se demander si je n’ai pas rêvé !

6 juillet 1958. 12 heures 15.

medium_f58.jpgLa DB n° 22 trône devant le pavillon de chronométrage. Ses vaillants pilotes, Cornet et Bartholoni, ont en effet remporté la catégorie 751 à 1 000 cm3.

A ses côtés, rien que du beau monde : la Ferrari n° 64 de Gendebien - Frère, vainqueurs au général (bien qu’ayant terminé la course sans pare-brise !), la Lotus n° 36 d’Ireland – Lovely et la Porsche n° 32 de Storez – Von Frankenberg, respectivement lauréats des catégories 1001 à 1 300 cm3 et 1 301 cm3 à 2 litres.

Louis Cornet peut être content. Après deux participations infructueuses aux 12 heures, en 1953 et 1956, déjà sur DB, voilà enfin qu’il fait gagner la marque de Champigny-sur-Marne. Mais c’est un vrai passionné. Il n’est pas du genre à rentrer chez lui parce qu’il a bien fait son boulot. Tout à l’heure, il ira voir les F1 dans la grande courbe, à laquelle il accèdera grâce à son statut de pilote. Il sait lui aussi, et pour cause, que c’est elle le vrai juge de paix et il se réjouit déjà du spectacle.

Pendant ce temps, mon père et moi sommes redevenus des spectateurs lambda. Pour les courses de ce dimanche après-midi, celle des F2 puis le GP de l’ACF, il nous faudra, avec nos amis arrivés le jour même, essayer de nous faufiler en bord de piste, lorsqu’une opportunité se présentera.

15 heures 30.

medium_behraporsche.jpgA l’issue de la course des F2, le moral est malgré tout au plus haut. Après l’abandon de la Cooper de Moss, son seul rival, Jean Behra, l’homme au casque à damiers, a mené à la victoire sa Porsche sport à conduite centrale, devant Peter Collins sur la Ferrari d’usine. Certes, le spider 1 500 cm3 aux roues carrossées, superbement conduit il est vrai, a sans doute profité, sur l’ultra rapide circuit de Reims, d’un aérodynamisme qui faisait cruellement défaut aux monoplaces de même cylindrée, la Ferrari s’étant trouvée, au surplus, handicapée par son poids.. Mais qu’importe. Je savoure le magnifique doublé de deux hommes que j’admire et qui, chacun à leur manière, incarnent pour moi LE pilote de course, cet extra-terrestre.

15 heures 40.

Nous sommes parvenus tant bien que mal jusqu’à la barrière qui interrompt sur une vingtaine de mètres l’enfilade des stands afin de ménager l’un des accès à la piste à partir du paddock, l’autre se situant plus bas, juste avant le pavillon de chronométrage.

Les voitures passeront tout près, mais le champ de vision, limité par la profondeur des stands, est très étroit. Tant pis. Soudain, le feulement rageur de F1 en pleine accélération, réverbéré par les immenses tribunes, déchire nos tympans. Zut, déjà le départ ? Mais non, il n’y a que deux voitures, des Ferrari, qui, le temps de vérifier les numéros, ont déjà disparu. C’était Collins, suivi de Hawthorn. Qu’est-ce que cela signifie ? Hawthorn s’en expliquera dans ses mémoires. Inquiet des dépôts d’huile laissés par les concurrents des 12 heures puis par les F2, il avait obtenu de la direction de course l’autorisation de boucler un tour avant la mise en grille, sous la conduite de Collins, lequel devait lui signaler les endroits problématiques, repérés au volant de sa F2. Pour ce dernier, l’épisode ne sera pas sans conséquences.

Signé Pr Reimsparing


Lire Reims 58, acte II


12 heures de Reims. Coupe internationale de vitesse F2. Circuit de Reims-Gueux . 5 et 6 juillet 1958


Le Pr Reimsparing dans Annie Bousquet (no photo please) © MdS
La Ferrari N° 64 de Gendebien et Frère © L’Automobile
La Porsche de Jean Behra,
photo DR

Commentaires

250 GT sans pare brise: c'est la première fois que je la vois. l'épisode avant la mise en grille du GP de France, je ne savais pas. merci pour ces précisions et ces anecdotes très interressantes.
j'attends la suite avec impatience.

Ecrit par : Bruno | mardi, 28 février 2006

Promis et juré je ne donnerais aucune indication de plus sauf, sauf, que (sic): "la Ferrari n° 64 de Gendebien - Frère, vainqueurs au général (bien qu’ayant terminé la course sans pare-brise !)"

- D'ajouter: " et sans la vitre de custode, afin que l'air ne s'engouffre pas dans l'habitacle mais circule; évitant ainsi de freiner la voiture"; de compléter que cette Ferrari, avec le même équipage, récidivait pour le deuxième fois consécutive.

Enfin et j'en termine, pour "bruno" voici un site où vous pouvez voir la Ferrari en question;
Toutes les photos sont "copyright" - The David Castelhano Collection -

http://www.scuderia.cc/david-castelhano-collection/1958-12h-reims/default.htm

Ecrit par : Jean-Louis Mathieu | mardi, 28 février 2006

Merci pour le lien JLM, c'est un pur régal de voir des gentlemen driver comme Gendebien, Frère, Ireland, Lovely, etc...

Ecrit par : Renaud | mercredi, 08 mars 2006

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