mercredi, 29 mars 2006

Ma vie, mes passions

medium_georges_houel.jpgGilles Gaignault, présenté lors d'une note antérieure et dont on remarque le style de temps à autre dans les commentaires, nous envoie les bonnes feuilles de Ma vie, mes passions, son livre à paraître sur Georges Houel, dont l'expérience au volant égale celle qu'il a acquise aux fourneaux.
En attendant de déguster la prose de l'ami Gilles, nous renvoyons les lecteurs qui veulent en savoir plus sur Jojo Houel au lapin cocote grand-mère qu'il mitonne tous les soirs au "Volant"... [1]


_________________________________________________________________________________


Once upon a time. Il était une fois, Georges Houel.

Tout commence le 5 juillet 1913. Ce jour-là Louise Mathieu, épouse de Paul Houel, met au monde un superbe bambin. Ils l'appellent Georges. Curieux, car sa soeur aînée alors âgée de 13 ans se prénomme Georgette. Les Houel auront un troisième enfant, Marcel né un peu plus tard en 1919. La famille Houel est établie à Herbeuville en Seine-et-Oise du coté de Maule, après Saint-Nom-la-Bretèche. Louise et Paul sont cultivateurs-maraîchers.

Le jeune Georges effectue sa scolarité normale à l'école du village. Il aide parfois ses parents au travail du potager pour cueillir et ramasser les fruits et légumes. Il passe son CEP à l'école d'Herbeuville où Monsieur Emile Laurent, son instituteur, le trouve déjà très boute-en-train. "Un jour on a eu une narration à faire sur l'avenir .... Moi j'ai écrit que je souhaitais être sportif pour avoir mon nom dans les journaux et que je souhaitais vivre au moins jusqu'à 4O ans ! "» Puis il quitte définitivement l'école à 13 ans et va travailler avec ses parents, les aidant à transporter et à vendre tous leurs produits maraîchers à des grossistes.

A l'époque les Houel se déplacent en voiture à cheval à Saint-Germain-en-Laye et à Versailles. Parfois ils se rendent à Orgeval ou se trouve le grossiste qui ravitaille les halles de Paris. C'est en 1925, alors qu'il n'a que 12 ans, que son père l'emmène le premier week-end d'avril assister aux fameuses 24 Heures d'endurance moto de l'UMF (Union motocycliste de France). Il s'agit d'une épreuve disputée sur trois communes : Maule, Bazemont et Herbeuville. La boucle à parcourir est longue de 6 kilomètres.
Georges se souvient toujours de cette découverte du monde de la course et de sa toute première rencontre avec la moto : " Un mois avant, tous les pilotes venaient s'entraîner et reconnatre le parcours. Le directeur de course Rober Sénéchal possédait une Bugatti qui fonctionnait à l'huile de ricin. Il venait surveiller les essais sauvages mais totalement libres qui se déroulaient soit très tôt le matin, soit tard le soir. J'étais envoûté par cette folle ambiance pour un gamin de mon age et par l'agréable odeur du ricin surtout sur la partie du parcours qui empruntait la forêt et où l'odeur stagnait. J'ai encore en mémoire ces superbes Peugeot Terrot, Monet Goyon et autres Gnome Rhône."

Ce type de compétition, une course de vitesse en circuit était vraiment extrêmement rare à l'époque car la très grande majorité des épreuves se disputaient de ville à ville comme Paris-Nice, Paris-les Pyrénées ou encore le Tour de France moto. Ce circuit d'endurance moto de l'UMF avait été remporté par Henri Naas et Gustave Bernard sur une Gnome Rhône.
"
A la Pentecôte cette même année les 3O et 31 mai 1925 mon père qui était passionné de compétition m'a aussi emmené assister au fameux Bol d'Or .Lequel se déroulait le dimanche en moto et le lundi en auto. La course avait lieu dans la forêt de Saint-Germain-en-Llaye sur le circuit de la Légion d'honneur du coté du Camp des loges très connu de nos jours avec le camp d'entraînement du club de foot du PSG.
Les plus grands pilotes de l'époque y participaient car c'était l'événement de la saison : Péan, Lemasson, De Bézieux, Lambert, Bernard, Ménier, Beaudelaire, Barthélémy. On s'y rendait en « tapissière » une sorte de petite calèche moins élégante, moins raffinée, plus rustique avec trois places à l'avant, deux grandes roues et une petite capote . En moto c'est René Francisquet sur une Sunbeam qui avait gagné l'épreuve et en auto la victoire était revenue à Michel Doré sur une Sénéchal. Je crois que ces deux courses en 1925 m'ont réellement filé le virus de la compétition
"

Après avoir quitté l'école élémentaire d'Herbeuville, son certificat d'études en poche, Georges, qui n'était il est vrai guère passionné par les études ni non plus par la culture maraîchère, aidera cependant ses parents deux années durant de 1925 à 1927. Il parvient à se faire embaucher par un voisin fin 1927. Il va aider Alphonse Masson qui est chargé de l'entretien du Château de la Falaise qui se trouve pas très loin de son village natal, Herbeuville, entre Epône et Nezel.
Mais un matin Georges est convoqué et il va tirer sa révérence. "Chaque jour ma mère me préparait une musette avec des casse-croûte mais ce jour-là l'un des chiens de la propriétaire des lieux me l'a volé, attiré probablement par l'odeur du pâté ! Afin de la récupérer je lui ai jeté des pierres pour qu'il la lâche et s'éloigne. Mais la châtelaine m'a aperçu et m'a insulté alors que je tentais de lui expliquer ce qui venait de se passer. Et elle a alors immédiatement convoqué mon patron. Ce dernier m'a passé un bon savon. Alors dépité et écoeuré, je lui ai répliqué : payez -moi ce que vous me devez et je m'en vais à l'instant."
Ce qu'il a fait sur le champ.

Revenu à Herbeuville, Georges apprend le jour même qu'un richissime parisien, monsieur Henri Fournier, un très important marchand de bois d'Ivry-sur-Seine, venait d'acquérir une fort belle propriété avec une très vaste ferme non loin du domicile familial à la périphérie d'Herbeuville et qu'il recrutait du personnel.
Georges entre alors au service de l'entrepreneur chargé de réaliser les travaux d'embellissement de la nouvelle acquisition de Monsieur Fournier. Les travaux dureront trois bonnes années mais Georges n'y restera que jusqu'à la fin de l'année 1928.
Il était tantôt un jour apprenti électricien ; un autre apprenti menuisier, un autre encore apprenti maçon. Il aimait bien accomplir ces travaux manuels mais Georges aspirait sincèrement à tout autre chose. Un jour qu'il croisait son ancien instituteur monsieur Laurent - dont le neveu était son ancien copain d'école et dont le père tenait une boucherie à Paris, 135 Avenue Félix-Faure, près de la porte de Versailles - , Monsieur Laurent, donc, lui propose d'accompagner Jean en tant qu'apprenti boucher chez son frère.

Les deux jeunes garçons montent donc à la capitale à l'automne 1928. Ils viennent d'avoir leur quinze ans. Et Georges Houel va alors découvrir Paris… et se lancer alors dans une folle vie !


Signé Gilles Gaignault


Georges Houel au GP de l'Age d'Or 2003
© MdS








[1]
Le Volant, 13 rue Béatrix-Dussane, 75015 Paris

10:20 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : georges houel |

Commentaires

Le style est effectivement, heu, remarquable.

Ecrit par : Othorino Volontaire | mercredi, 29 mars 2006

Cher Othorino,

Il en faut pour tous les goûts, voyons... J'en sais quelque chose.

André Gide

Ecrit par : André Gide | mercredi, 29 mars 2006

En tout cas, sachant que "le style, c'est l'homme", laissez-moi rire en pensant à l'un de mes prétendus collègues, que je ne nommerai pas...

H. de Montherlant

Ecrit par : H. de Montherlant | mercredi, 29 mars 2006

depuis le temps que j'entend causer de jojo la au moins je viens d' en apprendre .Sa vie a du etre passionnante.vivement la suite

Ecrit par : mathieu | jeudi, 30 mars 2006

La conversation animée de notre table, hier soir au Volant était très « Memoire des Stands » chacun y allant de son anecdote aussi croustillante que documentée.
L’entrée de Georges vers les 23heures et son compte rendu du match O.L –Milan calmèrent un moment les bavardages et nous rendit attentifs.
Son œil malicieux et sa main courtoise firent le tour des tables avec un mot gentil pour chacun.
Il s’attabla pour un frugale souper accompagné d’un verre de vin attendri par un peu de sucre.
Et puis nous partons, sans trop oser déranger notre vieil ami mais avec des sentiments eux aussi attendris.

Ecrit par : gianpaolo | jeudi, 30 mars 2006

"Jojo"

Trop peu d'articles lui ont été consacrés hormis des vues de certaines cabrioles en moto, sa présence régulière dans les grands rallyes et l'année 1956 au coté du "Champion du Monde sans couronne" lors de l'épopée du Tour de France Automobile.

Lire "AUTO RETRO" #158 octobre 1993 pages 29 et suivantes; "auto passion" #96 septembre 1994 pages 44 et suivante dans la série "Personnalité" titrée : Avec l'ami Jojo signé Jacques Vassal; "Retro Hebdo" (Rétro Passion des débuts) #10 de mai 1997, article bâtit sur "Jojo" et ses motos.
(Voilà pourquoi "mathieu" je conserve, j'entasse, classe, et répertorie.)

Et ce site internet qui lui consacre quelques lignes.

http://jeanlouis.benoit.free.fr/sports%20meca/spm2.htm

Il reste si peu de nos glorieux anciens qu'il est très opportun aujourd'hui de leur consacrer quelques lignes.
Jojo est d'un caractère plus enclin à la confidence que celui du plus ancien des pilotes vivants: Philippe Maillard-Brune !

Je rejoins les avis de notre "Othorino Volontaire", d'André Gide et Henri de Montherlant (fermer le ban) quant au style de la narration. Sans doute en souvenir de "Jojo" garçon boucher !

Ecrit par : Jean-Louis Mathieu | jeudi, 30 mars 2006

Les commentaires sont fermés.