lundi, 12 décembre 2005
Carel Godin de Beaufort (1934-1964)

Bigger than life est ce qui résume Carel Godin de Beaufort. L'homme cultivait l'excès en toutes choses, tant par la taille, immense, qui lui interdisait de piloter autre chose qu’une vieille Porsche 718 quatre cylindres, seule voiture pouvant l'accueillir mais dont l'arceau de sécurité était tout de même dominé par sa haute tête blonde, que par une façon romantique d'appréhender l'existence, que moult anecdotes illustrent.
Fils d'une vieille famille d'Utrecht qui s'établit à Maarsbergen à la fin du XIXe siècle, Carel hérite de son grand-père Karel un titre de comte et une kyrielle de prénoms que nous avons la flemme de recopier ici puisqu'ils le sont au bas de la présente fiche.
Il voit le jour dans un grande propriété du XVIIe siècle appelée De Cruijvoort,
jouxtant le château de Maarsbergen et y fait ses premières armes avec l'auto de sa mère, une Coccinelle, qu'il tente de coincer sous une caravane, pour tromper l'ennui des jours de vacances. Ça ne marche pas.
Il adore aussi attacher des boîtes d'allumettes aux branches des arbres du parc pour les dégommer ensuite, debout sur le capot de la Jeep paternelle dont il a calé le volant pour qu'elle tourne en rond.
C'est donc muni d'un bagage certain que le jeune homme débute en compétition en 1955 par le rallye des Tulipes. S'il ne s'y débrouille pas mal, son attirance va à la piste, une discipline que sa rencontre avec Thieu Hezemans, père de Toine Hezemans, va lui permettre de pratiquer. L'homme lui présente en 1956 Hüschke von Hanstein, directeur de course de Porsche, qui lui confie un spyder.
Bien qu'issu d'un milieu favorisé, Beaufort n'est guère argenté. A l'époque, la matière grise remplace le matériel, ainsi demande-t-il, durant le week-end des 1000 km du Nurburgring 1956, à ses mécanos de mâcher du chewing-gum pour l'appliquer sur le réservoir d'essence qui fuit... "Je n'ai jamais vu autant de personnes mâcher du chewing-gum. Et comme les gars en avaient assez de mâcher, on a dû réquisitionner des membres d'autres écuries !" Carel et Thieu finissent second dans leur classe.
Il fonde sa propre équipe en 1957, l'Écurie Maarsbergen, aux couleurs de laquelle, indépendant dans l'âme, il sera fidèle sa vie durant, et cette année-là s'aligne au Nurburgring à son premier Grand Prix qu'il court en F2 sur une Porsche 550 RS puis dispute les 24 heures du Mans où il gagne sa classe. Les noms de Beaufort et de Porsche resteront indissociables, exception faite de deux écarts, pour la Maserati 250F qu'il pilota au Grand Prix de France 1959 et pour une Cooper T51 au Grand Prix de Hollande 1960.
Débute à cette époque une belle période en Sport, marquée en 1958 par une victoire de classe à la Targa Florio et qui culmine en 1959 avec un succès aux 12 heures de Sebring.
Carel ajoute la manière à son style de coureur. Il y a cette anecdote à l'Avus lors de la course Sport de 1959 où Behra se tua ; la Porsche du comte quitte la piste à la hauteur de l'anneau de vitesse et atterrit en contrebas, point trop endommagée, si bien que son pilote fait le tour de l'anneau et retournant sur la piste par un portail dérobé, reprend la course sans autre forme de procès avant d'être arrêté au drapeau noir et disqualifié.
Il acquiert en 1961 l'ex-Porsche 718 F4 de von Trips, vieille de deux ans déjà, pour courir dans une vraie voiture de Formule 1 ; c'est cette auto qu'il sera contraint de garder quatre saisons, n'en trouvant pas d'autre qui puisse héberger sa grande carcasse, jusqu'à ce que la mort rompe le contrat. Peinte en orange, cette Porsche va symboliser les efforts du privé face aux équipes officielles.
Beaufort arrache son premier point en Championnat du monde des conducteurs à Zandvoort en 1962. Avoir battu Jo Bonnier qui roule sur une Porsche d'usine est ce dont il est le plus fier ("les pilotes officiels volent de Zandvoort à Monza ou au Nurburgring sans jamais aller à l'usine. Moi, quand je rentre d'une course, je vais à l'usine voir les gars, je leur raconte mes histoires, leur montre les feuilles de temps, des photos que j'ai prises et je les emmène à dîner. S'ils ont du boulot dans la soirée, je leur paye une caisse de bières et une montagne de bouffe").
Les mécanos l'adoraient. Ils bichonnaient sa vieille Porsche aux petits oignons.
Le Grand Prix de France à Rouen est une autre occasion de marquer un point mais aussi de constater qu'en dépit de sa générosité au volant et de la bonne volonté de ses gars qui carburent à la bière, Godin est battu par l'équipe d'usine. Dan Gurney y fait triompher la nouvelle Porsche 804 huit cylindres, laquelle fait saliver le comte qui en voudrait bien une l'an prochain.
Au Grand Prix d'Allemagne 1962, il est le héros involontaire d'une mésaventure arrivée à Graham Hill, que ce dernier raconte avec son économie de moyens coutumière qui masque la gravité de l'incident.
Déçu du refus de Porsche, qui se retire de la F1 à la fin de 1962, de lui fournir une 804 pour 1963, Beaufort attaque sa troisième saison sur sa fidèle 718 qui commence d'accuser le poids des ans mais qu'il porte à deux sixième places aux GP de Belgique et des USA ainsi qu'à des secondes places hors-championnat à Syracuse et Vallelunga et à une troisième place à Zeltweg. Notre gaillard est contraint d'attaquer pour compenser le double handicap d'une auto dépassée mais également d'une surcharge pondérale qui le convainc d'essayer un régime sous la direction du champion de judo Anton Geesink.
La légende prétend que ses mécanos furent gavés de biscuits de régime, après avoir été, au fil des saisons, contraints de mâcher du chewing-gum et de se saouler à la bière. Bien qu'enveloppé, Monsieur le comte tenait son rang auprès des dames. Il y a par exemple cette anecdote savoureuse qui veut qu'à l'occasion de quelque édition des 12 heures de Reims, ses gars s'inquiétaient de ne pas le voir revenir au stand après les essais. Il avait tout simplement remarqué une jolie fille dans le public et l'avait emmenée faire un tour du circuit en Porsche.
Tel était Carel Godin de Beaufort, qu'une antédiluvienne auto trahit aux essais du Grand Prix d'Allemagne en 1964. Le dernier des gentlemen drivers est mort à 30 ans. Il fut inhumé dans sa propriété de Maarsbergen en présence de nombre de ses pairs. Son ami de toujours, Ben Pon, et Graham Hill étaient parmi les porteurs du cercueil.
Une maxime est inscrite sur sa tombe : La vertu est un Beaufort.

Jonkheer Carel Pieter Anthonie Jan Hubertus Godin de Beaufort
Pays-Bas
Né à Maarsbergen le 10 avril 1934
Décédé aux essais du GP d’Allemagne le 2 août 1964
http://8w.forix.com/db
Toutes images extraites de 8w
Cette biographie eut été plus difficilement réalisable sans le travail de Mattijs Diepraam, The last knight of Grand Prix racing, publié sur 8W.
10:10 Publié dans Biographies étrangères | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
| Tags : carel godin de beaufort, ecurie maarsbergen, ben pon, histoire du sport automobile, porsche 718 |



















Commentaires
Merci pour ce portrait; la grande époque des aristocrates et le sport automobile de haut niveau:
- Count Carel Pieter Anthonie Jan Hubertus (Jonkheer) GODIN DE BEAUFORT
- Hans Joachim STUCK von VILLIEZ (père)
- Hans Joachim STUCK von VILLIEZ (fils):
- Leopold VON BAYERN
- Manfred VON BRAUCHITSCH
- Fritz Huschke Sittig Enno VON HANSTEIN
- Berghe Wolfgang Alexander Albert Eduard Maximilian Reichgraf VON TRIPS alias aussi Alex LINTHER
- don Alfonso Antonio Vicente Blas Angel Francisco Borgia Cabeza de Vaca y Leighton Carvajal y Are, grande de España, conde de Mejorada, conde de Pernía, marqués de Moratalla, 17th marqués de Portago y duque de Alagón DE PORTAGO
- Charles, Victor, Raymond, André, Evance DE TORNACO
- Don Giovanni "Johnny" Comte de Calvenzano LURA-CERNUSCHI
- "Earl" Edward Richard vicomte de Curzon "HOWE" ASSHETON
- Raphaël Bethenod de Las Casas, Comte de Montbressieu BETHENOD "RAPH"
- Peter Selsdon of Croydon Mitchell-Thompson alias Lord SELSDON
Liste bien évidemment non exhaustive.............................. de ceux qui ce sont, un jour, croisés.
Ecrit par : Jean-Louis Mathieu | lundi, 12 décembre 2005
Jean Louis MATHIEU,
pourquoi ne pas ecrire votre histoire?
ou celle du webmaster?
à vous lire,
H.
Ecrit par : La vitesse? L'aristocratie du mouvement... | lundi, 12 décembre 2005
Malheureusement, le destin n'a pas fait de quartier avec ce pilote plein de jus au volant de sa voiture orange.
Pour la petite histoire :
La Porsche F1 engagée par le comte au GP de Reims 62 (couru une semaine avant le GP de l'ACF à Rouen remporté par Gurney sur la belle 8 cylindres) était encore "gris usine", à l'exception toutefois du museau, déjà orange.
Lors du GP d'Allemagne de la même année, peut-être aiguillonné par l'envie d'impressionner le service course de Porsche afin d'obtenir cette belle 8 cylindres l'année suivante, le comte réalisa un départ tonitruant, remontant avant le virage Sud bon nombre des concurrents mieux équipés qui le précédaient sur la grille ; beau baroud d'honneur sur un circuit qu'il affectionnait certainement, même s'il devait lui être fatal.
Les héros de la course furent le sympathique Dan Gurney sur sa belle 8 cylindres, John Surtees sur sa Lola, Jim Clark, auteur d'une remontée homérique après être resté figé au départ, faute d'avoir actionné sa pompe à essence, et Graham Hill dont nous attendons avec impatience et comme promis des nouvelles.
Un lecteur lambda mais comblé
Ecrit par : Un lecteur lambda mais comblé | lundi, 12 décembre 2005
Bravo pour ce retour sur ce qui restera l'un des derniers gentlemans drivers; Outre son problème de taille, Carel avait une pointure de chaussures à l'avenant, ce qui l'obligeait bien souvent à conduire en chaussettes. Sa Porsche 718 fut la 1ère construite par l'usine, utilisée par von Trip, louée en 60 à l'écurie Rob Walker pour Moss, avant d'être louée à de Beaufort en 61, puis vendue à Seidel en 62, avant que de Beaufort ne la rachète finalement cette même année.
Le châssis 02 fut également racheté par de Beaufort, mais il ne disputa qu'une seule course à son volant, (GP d'afrique du Sud).
Ecrit par : Pascal, auteur de la Fabuleuse histoire des Porsche en compétition | samedi, 17 décembre 2005
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