lundi, 21 novembre 2005

Un monde sans Crombac

medium_jabby.2.jpgEn route vers l’obscurantisme depuis le Big Bang , le monde a perdu encore un peu de sa lumière, vendredi 18 novembre.

Crombac l’a quitté pour des terres qu’il arpentera sans laissez-passer, une main dans la poche de son velours trop large et que Catherine, aurait pu, depuis le temps, reprendre ; la tête penchée à demi, comme pour mieux déceler au ras du sol les changements techniques apportés d’une course à l’autre sur les machines ; un sac battant son flanc ; observant la comédie humano-mécanique au travers de lunettes à la Marcel Achard qui lui faisait le regard d’un entomologiste qui aurait trop lu Sport-Auto ; sa bâche éternellement vissée sur le chef ; sa pipe au bec. Ah ça ! Il s’était taillé une silhouette, le père !

Avec lui s’en va le dernier des géants, le dernier de ces hommes de presse qui tout au long du siècle écoulé ont témoigné de l’automobile si intimement, de si près, au point que beaucoup ont mêlé les fonctions de témoin et d’acteur.

On sait comment Crombac s’impliqua dans des activités dépassant le journalisme qui donna un sens à sa vie. Il fut chronométreur, mécanicien, pilote, agent d'autres pilotes, conseiller auprès de constructeurs comme Matra, Renault et Honda, partie prenante dans des organisations de meetings, président de commission à la FFSA, délégué français à la FIA, amis des grands noms de toutes les époques qu’il a connues.

Avec lui s’éteint le dernier journaliste libre, celui qui dans le « Contact » qu’il signait tous les mois dans Sport-Auto n’hésitait pas à dénoncer, pourfendre, ceux qui, à ses yeux, avaient failli, qu’ils eussent été organisateurs, constructeurs, législateurs.
Des textes dont la verdeur, la violence même, choqueraient aujourd’hui et que les annonceurs, qui sont les patrons de presse du XXIe siècle, mettraient en sourdine.

Relire ces éditos de nos jours témoigne de la liberté de ton qui prévalait à une époque où on appelait un chat un chat, même si la partialité qu’affichait Crombac dans ses comptes rendus nécessitait de la part du lecteur l’usage d’une grille de lecture pour en rétablir l’équilibre.
Qu’importe, on savait qu’il fallait mettre un peu plus de rouge ici et un peu moins de british green là !

De l’équipe fondatrice de Sport-Auto ne subsiste plus que José Rosinski. Le « fin José », comme nous surnommions dans les années 70 cette élégante silhouette à la plume tout aussi élégante, est aujourd’hui un beau vieillard blanchi sous le harnais et qui cache dans son regard toujours vif cinquante ans de sport automobile.
Crombac là-haut, Rosinski reste seul, avec ses souvenirs. Qu’il les raconte ses souvenirs, sans tarder, plutôt que d’essayer des voitures pour le compte d’un magazine historique qui l’exploite honteusement !

medium_crombac.jpgUn monde sans Crombac, c’est quelque chose entre un McDo et Star Academy. Du politiquement correct débité, sur des podiums peints par des marques commerciales, par des pantins téléguidés par ces mêmes enseignes et qui passent leur temps à remercier « les gars à l’usine qui ont fait un super boulot car la TFX truc muche va bien mieux maintenant et je n’oublie pas le sympathique public de Bahreïn pour son formidable accueil.» 

Un monde sans Crombac glissera plus aisément vers la barbarie. Des Grands Prix dans des « pays imbéciles où jamais il ne pleut », retransmis sur téléphones portables ; des Courses des champions dans des stades de banlieue plutôt qu'à Brands Hatch ; des magazines en veux-tu en voilà photocopiant tous la même dépêche dictée par la pub ; des firmes championnes du monde, empêchées d’exploiter commercialement leurs titres pour ne pas déplaire en haut lieu.

On dit en Afrique que la mort d’un ancien est une bibliothèque qui brûle. On le dira dorénavant sur Mémoire des stands.

 


Arpentant une ligne de stands © Ed. ETAI
Au volant de la Lotus © Sport-Auto

Commentaires

" la mort d’un ancien est une bibliothèque qui brûle "

Ecrit par : Bruno | mardi, 22 novembre 2005

Je ne savais pas à quel point Gérard Crombac était apprécié par les amateurs britanniques de sport auto.
C’est incroyable de voir la quantité d’hommages rendus que l’on peut trouver sur les sites anglais.
Des commentaires très fournis et documentés ,prouvant un réel attachement et une absolue connaissance de ce journaliste .
On y trouve notamment cette précision que j’avoue avoir oubliée , a savoir :
La biographie complète et très autorisée de Chapman qu’il écrivit au début des années 90 a d’abord été écrite en anglais, puis traduite en français par l’auteur pour son édition française.
Je trouve qu’il y a la une belle preuve de sa rigueur éditoriale et de sa fidélité indestructible envers son ami ainsi qu’envers Madame Chapman.
Allez vous promener sur Atlas F1 a la date du 18 Novembre, vous verrez que l’amitié franco –helvetico-anglaise en matière d’automobile n’est pas un vain mot.

Ecrit par : gianpaolo | mardi, 22 novembre 2005

C'est bien évidemment à juste titre que MDS et ses commentateurs soulignent l'importance et l'originalité des écrits de Gérard Crombac. Mais du moins ces écrits vont-ils rester.

Ce qui attriste, au-delà de la disparition du personnage exceptionnel qu'il était pour tous les amateurs de sport auto un peu rétro et notamment pour ceux qui eurent la chance de le rencontrer ne serait-ce que fugacement, c'est la disparition corrélative de ce qu'il n'a pas écrit, de tous ces événements dont il a été le témoin ou l'acteur privilégié et que nous ne connaîtrons jamais, pauvres de nous, aujourd'hui ballotés entre déclarations aseptisées et non-déclarations (vous avez dit Kimi ?). entre articles soporifiques et courrier des lecteurs involontairement hilarant (vous avez dit "xxx" ? Pas de nom ici, SVP !).

Un seul exemple, d'ailleurs cité dans sa biographie de Colin Chapman. Aux essais d'un GP de Belgique des années 60 (l'un de ceux qu'il a remportés), Jim Clark avait connu quelques problèmes avec sa Lotus et, alors que la séance allait s'achever, n'avait toujours réalisé aucun chrono digne de ce nom. Gérard Crombac a quitté le stand Lotus et s'est avancé vers le vénérable directeur de course qui se préparait à abaisser son drapeau et ainsi officialiser la fin de la séance. Connaissant le personnage, GC a commencé à l'entreprendre sur l'un de ses sujets favoris, de sorte que la séance a duré quelques minutes de plus, qui ont permis à Jim Clark de réaliser un temps correct sur une voiture mise au point in extremis. Je crois même que GC, pendant toute la durée de cette petite conversation, avait discrètement maintenu le pied sur le drapeau !

Oui, vraiment, l'ami intime de Colin Chapman et de Jim Clark (qu'il hébergea à Paris durant l'été 1967 alors que le "flying Scott" avait quitté son pays pour des raisons fiscales), celui qui eut pour témoins à son mariage MM. Graham Hill et Joachim Bonnier, celui qui secondait l'irrascible - non pas G. Schmid - mais Toto Roche pour négocier les primes de départ à Reims, celui qui avait établi le tour par tour d'Ayrton Senna lors de se première victoire, cet homme de bien, en un mot, sera sincèrement regretté.

Le commentateur attristé mais reconnaissant

Ecrit par : Le commentateur attristé mais reconnaissant | mardi, 22 novembre 2005

Gérard était donc un petit Galopin !
il est vrai, à une époque ou l'on pouvait se permettre beaucoup de choses.
moi qui suis toujours règlement/règlement (sinon à quoi es-ce que ça sert d'en établir un!) poser le pieds sur le drapeau à damiers . . . ça me fait sourire.

Ecrit par : Bruno | mardi, 22 novembre 2005

Cher Gianpaolo, et toute l'équipe de Mémoire des stands, vous vous retrouverez sans doute lundi autour de Gerard Crombac.
Veuillez, je vous prie, déposer un hommage en mon nom.
d'avance merci.

Ecrit par : Bruno | vendredi, 25 novembre 2005

[des firmes championnes du monde, empêchées d’exploiter commercialement leurs titres pour ne pas déplaire en haut lieu.]

j'avoue ne pas saisir l'allusion ?

Ecrit par : jazzy | mardi, 28 février 2006

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