vendredi, 18 novembre 2005
Ben Pon
Un tel nom aurait pu ouvrir à Bernardus Pon une existence de papier où, sous la plume de Marguerite Yourcenar, il aurait arpenté le XVIe siècle en compagnie de son pote alchimiste Zénon. Son histoire montre pourtant que ce fantasme n'est pas si sot ; Bernardus réalisera aussi son grand oeuvre - le vin - et son meilleur ami fut également un célèbre Flamand, Carel Godin de Beaufort.
Bernardus naît le 9 décembre 1936 à Amersfoort, d'un père qui n'est pas écrivain mais concessionnaire Volkswagen à Amsterdam. Ben Pon senior s'était fait connaître en exportant aux Etats-Unis la Coccinelle puis en ayant l'idée du Combi. L'auto a une présence forte dans la famille Pon et le rejeton joue tôt avec l'envie d'en dompter des éléments plus sauvages que les VW paternelles.
Il se lie d'amitié au début des années soixante avec le comte Carel Godin de Beaufort, qui pratique le sport automobile depuis 1956 et lui en facilite l'accès ; les deux compères sont bientôt inséparables, associés sur leurs Porsche dans des épreuves de grand tourisme. Pon remporte la victoire en GT 1300-1600 aux 24 heures du Mans 1961 sur une Porsche 695 partagée avec Herbert Linge.
C'est la première de ses sept participations dans la Sarthe : abandon avec Beaufort en 1962, abandon avec Heinz Schiller en 1963 sur une Porsche officielle, huitième en 1964 avec Henk van Zalinge, retrait sur fuite d'huile en 1965 sur la Porsche qu'il partage avec Robert Buchet, et enfin septième au général en 1967 sur une Porsche Carrera 906 qu'il conduit avec Vic Elford.
Alors qu'en 1962 il succède à son père dans l'affaire d'automobile, Ben Pon tâte de la monoplace. Sa carrière dans la spécialité sera aussi courte que le résumé que nous en donnons : trois tours au Grand Prix de Hollande 1962 avant qu'une sortie de route y mette un terme.
Beaufort s'alignait en Grand Prix depuis 1957 sous sa propre bannière, l'écurie Maarsbergen et propose à son ami, à l'occasion de son Grand Prix national, une Porsche 787 F4, lequel la qualifie 18e sur 20. Nonobstant les mises en garde de Beaufort, qui sait le petit quatre cylindres incapable de rivaliser avec les V8, Pon s'envole comme un fou et saute dans le premier tour Roy Salvadori et le même Carel Godin de Beaufort furieux et inquiet, auquel la suite de l'histoire donne raison car Ben se crashe sévèrement au troisième passage sur une butte de terre, éjecté sans autre bobo que quelques égratignures. Pas spécialement ému, alors que son boss fulmine dans sa Porsche qu'il mènera sagement à la sixième place, Ben assistera à la course debout sur le capot de sa voiture...
Un drame change la vie de Ben Pon en 1964. Son ami Beaufort se tue aux essais du Grand Prix d'Allemagne, alors que lui-même est engagé avec Rob Slotemaker dans l'épreuve de lever de rideau, en Sport. Ben témoigne : "J'étais bouleversé. Je travaillais sur ma Porsche au paddock lorsque la nouvelle de son accident nous est parvenue. Quand je suis arrivé sur les lieux, Carel avait déjà été évacué à l'hôpital. Nous avons appelé l'hôpital dimanche après la course, qui nous avait rassurés, il était hors de danger. Nous appelons de nouveau lundi et demandons à le visiter, et là on nous apprend sa mort !"
La course continue ; des victoires s'enchaînent au Limbourg, à la Solitude et à Zandvoort sur Porsche 904 GT; l'année suivante il fait troisième au général aux 1000 km de Spa sur une Porsche 914 GT. Il met en place une écurie de course, le Dutch Racing Team, en s'associant à Rob Slotemaker et à John Hugenholtz, le dessinateur des circuits de Zandvoort, Jarama et Suzuka.
1966 est une année de transition - le négoce automobile l'accapare - et nous le retrouvons en 1967 aux commandes d'une Carrera 906 qu'il mène à la septième place des 1000 km du Nurburgring en compagnie de Gijs van Lennep. C'est une belle saison qui se concrétise aussi par une victoire à Zandvoort sur cette auto, par sa participation au Mans (septième) et par une victoire de classe aux 1000 km de Brands Hatch.
Le nom de Bernardus Pon s'efface ensuite des programmes de course pour réapparaître en 1972 aux Jeux Olympiques de Munich où notre homme, par un miracle que seul un biographe éclairé pourrait expliquer, est inscrit dans l'équipe hollandaise de ball-trap...
Comme chacun de nous, Bernardus Pon a, sa vie durant, poli sa statue intérieure. Une maturation qui le conduit au début des années 1990 dans la vallée de Carmel, en Californie. L'amour de la vigne qui habite cet épicurien affleure à la surface devant les vignobles américains. C'est là que Ben et Ingrid Pon s'installent et se reconvertissent, ils seront vignerons.
The Bernardus Winery and Vineyard [1] ambitionne de produire le meilleur Bordeaux au nord de San Francisco, et le propriétaire de conclure, un verre de dégustation virevoltant entre ses doigts : "98% des Américains ne boivent pas de vin, j'ai du travail devant moi !"
Santé, Ben !
Bernardus Pon
Pays-Bas
Né à Amersfoort le 9 décembre 1936
Voir aussi sa biographie sur bernardus.com
Portrait de Ben Pon © René Syrinek
Porsche 904 GTS © http://www.spydersports.com/
Santé, Ben ! © http://www.bernardus.com/
09:55 Publié dans Biographies étrangères | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
| Tags : ben pon, carel godin de beaufort, ecurie maarsbergen, dutch racing team |




















Commentaires
Il est dommage que Bernardus, le casque raccroché, ne se soit pas découvert une vocation de peintre amateur, plus spécialement inspiré par le style "pompier", car ses amis auraient pu lui dire :
"Alors, tu peins, Pon" ?
Mais les regrets sont toujours vins.
Un beaujolaitisé nouveau
Cela dit, il convient de rendre un hommage sincère à un amateur doué, auteur d'une belle carrière dont il est sorti vivant et qui s'est trouvé un ami indéfectible, chose rare de nos jours, en la personne de Bacchus.
Ecrit par : Un beaujolaitisé nouveau | vendredi, 18 novembre 2005
De la meme façon il arrivait a d'aucuns de poser la question a Robert Hue de savoir s'il etait soviétique en lui disant:
"Hue t'es russe?"
Pour tout dire, cela ne le faisait pas rire......
Moi si.
Ecrit par : Lambrusco novello | vendredi, 18 novembre 2005
Je pense qu'il faut pardonner à Robert Hue la légère contrariété qui était la sienne lorsque lui était posée la question ci-dessus, n'est-il pas ?
Ce n'est pas qu'il manquait d'humour. Mais il lui était impossible, pour des raisons que l'on comprendra aisément, d'avouer qu'en réalité, il était en (intro)mission secrète.
James Bond
Ecrit par : James Bond | lundi, 21 novembre 2005
pas grave mais je crois qu il y a une confusion sur l année .
en 67, Ben Pon associé au Suedois Axelsson sur une Carrera 6 aux 1000 Km du nurburgring, abandonna sur transmission
Ecrit par : Michel Vigneres | samedi, 21 janvier 2006
Ecrire un commentaire