vendredi, 28 octobre 2005
Brussels Rétro Festival 2005, des croûtes #03/03

Un quarteron d’artistes français, Patrick Brunet, Yahn Janou, Denis Sire et François Vanaret, a fait le voyage de Bruxelles où, en compagnie de Clovis et de Benoît Deliège, confrères belges, on l’a logé au fin fond du hall 12 du Rétro Festival, à proximité de la cafétéria, direction la sortie.
L’art pictural, quantitativement sous représenté, est-il le parent pauvre du milieu historique belge ou notre pessimisme naturel nous souffle-t-il cette impression ?
Toujours est-il que, peu sollicités par un public qui déambulait autour de leurs stands sans y prêter grande attention, les peintres ou illustrateurs projetaient leurs silhouettes solitaires devant leurs œuvres, offrant au voyeur un peu tordu le sentiment que les unes et les autres se confondaient.
En simplifiant à outrance, exercice où nous excellons, avançons que les peintres ressemblent à leurs toiles, comme les chiens à leurs maîtres.
Pantalon beige et pull feuille morte, la silhouette précise, subtile, Patrick Brunet [1] s’accorde à son œuvre, un entrelacs de traits au fusain auquel un thème ocre-brun donne son sens. Son travail parle autant à l’œil qu’à la culture de qui il s’adresse.
Il naît d’une phrase, d’un court texte emprunté à la littérature automobile, trouvant là l’énergie nécessaire pour croître en une œuvre qui, achevée, symbolise un fait, un moment, une action, une scène que la littérature n’exprimerait pas sans une débauche de moyens.
Les gens qui achètent du Brunet n’envisagent pas leur passion sans une dimension fantasmée, décalée. Impossible de mettre Patrick Brunet chez Denis Sire, par exemple, ou François Vanaret chez lui.
Yahn Janou [2], souvent vu accroupi dans son stand, est comme une araignée attendant qu’une mouche arrive. Lui toutefois ne mange pas ses proies, ses toiles s’en chargent. On reste scotché face à ce travestissement de la réalité que fabrique ce fondu de voitures de course à partir d’une photographie.
Travaillant la matière à pleine palette, Janou régurgite quelque chose que le connaisseur s’approprie dans l’instant mais qui parle sur un autre mode à un amateur de peinture non abonné à Sport Auto.
L’automobile montrée ci-contre, sculpture translucide au béotien, est identifiée, tâches rouges obligent, comme une Ferrari par le connaisseur, et comme une 250MM par le puriste.
Denis Sire, on le prendrait pour un des personnages qu’il dessinait dans Métal Hurlant, tant il semble n’être jamais sorti d’une case de BD.

Le stand de la galerie Mot’Art [3], où il dédicaçait ses albums a drainé une affluence correcte qui lui fut moins imputable (ceux qui ne le connaissent pas ne le remarquent pas car il s’habille comme un lampadaire et se fond dans la déco), qu’à la pin-up nue sur la Porsche 917 « cochon rose » de Willi Khausen, une toile du sieur Sire que les gars de la galerie traînent d’expos en salons, conscients de son efficacité.
Quand il ne dessine pas des nanas et des motos, de préférence celles-ci montées sur celles-là, l’homme torche des affiches remarquables ou illustre, avec finesse et grande compétence du sujet, des albums comme ceux écrits récemment par William Pac.
L’allure majestueuse que lui confère une barbe qu’on jurerait dessinée par un Figoni moderne donne l’impression que son propriétaire, François Vanaret [4], vient de descendre d’une des Delahaye, Hispano-Suiza ou Bugatti des années 30 qu’il affectionne de peindre.
Son truc, à lui, ce sont les grandes autos françaises de la première moitié du siècle dernier. « Du plus loin que je me souvienne, j'ai toujours dessiné des Automobiles. Au travers de mes tableaux, je veux raconter une Histoire, l'histoire d'un Créateur de génie, d'un Modèle mythique ou d'un Instant magique inscrit dans le galbe d'une carrosserie. Ce ne sont pas des automobiles, c’est autre chose… » déclare-t-il sur son site.
Ses autos s’affirment comme telles sans ambages, découpées avec la netteté d’un trait quasi documentaire sur un fond neutre qui ne leur vole pas la vedette.
Né Claude Viseur, Clovis [5] est un mercenaire de la planche à dessins qu’il nourrit de tout ce qui passe à sa portée, du moment qu’une auto y figure, depuis la BD avec Jean Graton, rencontré en 1974 jusqu’à la pub en passant par la caricature, tel l’album Historickx qui narre la vie de Jacky Ickx en 120 dessins rigolos.
« Tout petit, j’étais puni quand je dessinais dans mes cahiers. Maintenant je suis payé pour le faire. Que demander de mieux ? » dit-il, lui qui vient d’être payé par la Poste belge pour dessiner ses timbres. C’est vrai que sa ligne claire séduit large.
Benoît Deliège [6] est de Belgique, comme son nom le suggère, mais né à un jet de pierre du circuit de Spa, ce qu’on ne devine pas. Même s’il y vit sa première course à l’âge de quatre ans, il ne s’est ouvert à l’art mécanique que tardivement, après que ses études en arts graphiques furent achevées.
Publicitaire de métier mais peintre automobile par passion, Benoît Deliège, est, ose-t-on affirmer, le Michael Turner d’Outre-Quiévrin, car à l’instar de l’illustre britannique, son style, sa patte, sa marque ne tendent qu’à un but : exprimer la vitesse, la puissance, la beauté, en un mot ce pour quoi une scène de course automobile prend aux tripes celui qui la découvre, ou la revit, à travers ses toiles.
En ce sens, il fut le puriste de ce salon, celui dont le travail serre au plus près les émotions, qu’à Mémoire des stands nous tentons, non sans sueur et approximations, de restituer depuis plus d’un an.
Brussels Rétro Festival . Brussels Expo hall 11 et 12 . 21-23 octobre 2005
Site officiel : http://www.brusselsretrofestival.be/
Jacky Ickx, Ford GT 40 (en frontispice) © Clovis
[1] http://www.artist-auto.com/fr/artists.php?artist=brunet
[2] http://yahnjanou.com/
[3] http://www.motart.net/
[4] http://www.francoisvanaret.com/
[5] http://www.clovisimages.com/
[6] http://www.targaflorio.be/
10:45 Publié dans Salons, expos, musées | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
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Commentaires
Je ne me lasse pas de vous lire...En fait,ce qui m'a attiré sur cette page,c'est la litho des Porsches 917 de Jo et Pedro aux carrieres aux 100kms en 1970 . Cette période est ma deuxieme année de (tres courtes) fréquentations du circuit de Francorchamps,courte,car dame,quand on a 18 ans et pas trop de sous,on fait ce qu'on peut et non ce qu'on veut !
Mais c'est a cette occasion qu'a débuté ma passion pour ces voitures sport proto ainsi que celle pour les 2 funambules qui les conduisaient...
N'auriez vous pas quelques anecdotes a leurs sujets ? Ne les ayants que très peu suivis (ils sont décédés tous les 2 l'année suivante) j'ai essayé de me documenter. J'ai lu le bouquin sur Joseph Siffert,livre tres bien réalisé et documenté,mais n'existe il rien sur Pedro Rodriguez?
Mémoires des stands,que voyez vous dans votre boule de cristal?
Ecrit par : phil | dimanche, 04 décembre 2005
J'ai eu le privilège et le plaisir, l'un et l'autre très grands, d'être reçu à une ou deux reprises, il y a bien longtemps déjà..., par Gérard Crombac, et de recueillir, de la bouche du Maître, quelques anecdotes, toutes plus passionnantes les unes que les autres, vous vous en doutez.
L'une d'elle concernait Pedro Rodriguez et les faits s'étaient justement déroulés, si je me souviens bien, sur l'ancien circuit de Spa - mais, à la limite (c'est le cas de le dire), là n'est pas l'essentiel.
Un technicien attaché à la marque de pneumatiques qui équipait alors la BRM F1 de Rodriguez avait été chargé de se tenir, dans une courbe, aussi près que possible du bord de la piste, afin de procéder à certains relevés devant permettre de mieux comprendre le comportement desdits pneumatiques.
De sa voix inimitable, et une lueur à la fois attendrie et ironique dans le regard, Gérard Crombac me révéla, ce jour-là, que le technicien en question ne put, finalement, procéder à aucun relevé significatif. A chaque passage de Rodriguez, en effet, le malheureux s'écartait précipitamment et cherchait refuge loin de ses appareils, tant il était convaincu, tour après tour, en le voyant arriver, que le fougueux mexicain allait sortir de la piste ! Ce qui, bien évidemment, ne se produisit pas.
Il est vrai que j'ai pu moi-même constater, au bord de l'ancienne courbe "Bosch", à Zeltweg, en observant au niveau de la piste et très près de celle-ci, un certain Ronnie Peterson en dérive des quatre roues, que le spectacle y est beaucoup plus impressionnant que contemplé d'un terre-plein ou d'une tribune à trente mètres de l'action.
Dans un autre registre, Gérard Crombac m'avait également confié que notre ami Amédée Gordini, éternel coureur pas seulement automobile, avait, dans l'ascenceur de l'ancien hôtel du Lion d'Or, à Reims, "courtisé" de manière aussi directe qu'énergique, l'épouse de... Pedro Rodriguez. L'histoire ne dit pas s'ils ont réglé la question "sur le pré".
Richie*
*clin d'oeil nostalgique au GP de Belgique 61 où Phil et Richie (mais aussi Wolfgang et Olivier) composaient une "scuderia" "shark noses" ayant fière allure.
Ecrit par : Richie | lundi, 05 décembre 2005
Maleureusement Richie, aujourd'hui les pauvres mortels qui se rendent sur les circuits, n'on plus le choix. . .
c'est à 30 m qu'ils se trouvent, derrière une rangée de grillage qui ne leurs permet même plus de prendre quelques photos ou de sortir leur caméra. c'est pourquoi j'ai délaissé les circuits depuis 1992.
Monaco n'est pas l'ancien Osteireichring, mais voir débouler les F1 vers les Gazomètres, et passer cette épingle. . . ou
virer à Massenet, plongées dans la descente Mirabeau, ou passer l'ancienne chicane, c'était un spectacle allucinant.
Ecrit par : Bruno | mardi, 06 décembre 2005
Merci Ritchie pour ces anecdotes...je cherche encore un bouquin sur le "P'tit Pedro",cela doit exister,non ?!
Pour répondre a Bruno,Etant moi même commissaire de piste,j'ai souvent la chance ( ?) de me situer a l'endroit le plus dangereux pour les éventuelles sorties de piste : derriere les rails dits de sécurité. Ce job n'est évidemment pas sans risques,mais je pense que si le coté "adrénaline" n'était plus la,pas mal d'entre nous ne seraient plus la non plus...
Je suis un féru de courses historiques,et nous avons en Belgique ,sur le circuit de Spa-Francorchamps,la chance d'avoir au calendrier,un we ou l'épreuve phare est une course de 6h pour gt et tourismes jusqu'a 1966...
C'est vrai que l'ere des titans qu'étaient les pilotes des années 50 a 70 est belle et bien loin de nous, et les "chauffeurs" qui peuvent ,30 ans apres ,gouter la joie et les sensations d'un moteur non garni d'un turbo,a la tenue de route parfois aléatoire et aux freins ( quels freins?!) peu efficaces,n'ont de cesse que de garder intacte leur fragile machine... On peut aisément les comprendre,mais il existe toutefois de ces gens qui essayent de conduire ces machines a leurs limites,et le spectacle qu'on offert pas mal de pilotes anglais lors des épreuves annexes restera gravé dans ma mémoire...
Les tourismes FIA et les gt Fia nous ont offert un festival de dérives accentuées,de "trois pattes",comme on aimerait en voir plus souvent !
On se serait cru revenu a l'époque ou Sir John Withmore et sa Cortina lotus,alan Mann et sa Falcon sprint,et le grand stirling Moss et sa jag mk2 se tiraient la bourre a Brands Hatch ou Oulton park !
Encore 10 mois a attendre....
Ecrit par : phil | jeudi, 15 décembre 2005
Jolis dessein , mais grosse erreur dans le libéllé du texte :
un quarteron n'est pas quatre personnes mais un carré de 25x25 légionnaires Romains. De Gaulle avait fait la méme ereur avec les 4 généraux putchistes d'Alger.
Amicalement
Gérard
Ecrit par : gérard | vendredi, 18 août 2006
Ah ! Non d'un chien, vous avez raison, gérard (sans majuscule), je viens de vérifier dans mon dico. Il s'agit en fait du quart d'un cent, soit 25, et non de quatre gus.
Maintenant vous semez le doute en moi quant à la langue française dans son ensemble ; je vérifie au hasard l'orthographe des termes "Jolis desseins", "libéllé", "ereur" pour m'assurer que De Gaulle les aurait écrits comme il se doit.
Ecrit par : Mémoire des Stands | samedi, 19 août 2006
Heureusement que Charles s'était trompé ! Un putsch avec 25 officiers ,nous serions depuis longtemps sous le régime de la dictature !!!
Ecrit par : François Coeuret | samedi, 19 août 2006
Bonjour.
Je viens de tomber par hasard sur votre page concernant le Brussels Rétro Festival et je me permet de m'étonner du peu d'objectivité de votre article.
Il y a plus de 5 ans que nous avons reçu cet endroit près du stand principal (2004 Paul Frère, 2006 Jacques Swaters).
La première année, nous étions 8 membres du Groupe Artist'Auto de Paris (groupe d'artistes européens dont je suis le représentant belge)
Au fil des années nous avons accueilli d'autres exposants qui ne se sont jamais plaints de la situation.
Personnellement cela fait plus de 10 ans que j'expose à Bruxelles et je n'y ai toujours retiré que du positif.
Non nous ne sommes pas malheureux au Brussels Rétro Festival et merci Laurent Hériou
l'organisateur (et fondateur d'Artist'Auto eu 1996)
Clovis
Ecrit par : Clovis | mercredi, 31 janvier 2007
Vous avez raison, cher Clovis, quant à mon objectivité relative, reflet de celle qui vous a guidé en dessinant votre Jacky Ickx à la grosse tête sur le timbre-poste belge. Mon impression était (est) que l'art pictural semblait (semble) relégué à l'arrière-plan du salon de Bruxelles, mais nullement qui vous y soyez malheureux.
Ecrit par : Mémoire des Stands | lundi, 05 février 2007
Ce que vous appellez l'arrière-plan du salon de Bruxelles, est en fait l'entrée principale de ce dernier. Mais comme la majorité des visiteurs arrive du parking via la passerelle à l'arrière du batiment, vous commencez votre visite par la fin...
Ecrit par : Julien Garnier | vendredi, 27 avril 2007
Moi aussi mon cher phil j apprécie particulierement pedro et jo et moi aussi cette sublime litho m a fait plaisir jusqu au moment ou ..... je vois que notre ami benoit a choisi de représenter les 1000 km de spa 1970 et là y a comme un défaut au niveau de l aileron arriere de la 917 de pedro parce que ce jour là......... il n y en avait pas... a spa en 1970 et pour la seule fois de la saison en course les deux 917 de chez wyer la 24 ( jo ) et la 25 ( pedro ) avaient deux ailerons en alu non peint qui partaient du milieu du tunnel central du capot arriere et qui rejoignaient le bord sup des ailes arrieres cela se voit tres bien sur la photo celebre du départ a l eau rouge et encore mieux sur le dvd the gulf wyer gt40 et 917 in action un dvd que je recommande a tout les fans de ces deux champions a notez que clovis a reproduit lui aussi la course de spa 70 et a bien déssiné l aileron mais il l a fait partir de l arriere du capot moteur ( coté turbine de refroidissement) et non de son milieu....
Ecrit par : tonton néné | vendredi, 27 avril 2007
Même Céline n'écrivait pas ainsi !
Ecrit par : Christian Magnanou | vendredi, 27 avril 2007
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