mercredi, 26 octobre 2005

Brussels Rétro Festival 2005, des courbes #01/03

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Le Brussels Rétro Festival, dont c’était les 21, 22 et 23 octobre 2005 la 25e édition, avait mis l’élégance automobile à l’honneur. Laurent Hériou, l’organisateur, allant même jusqu’à écrire sur le site de la manifestation que « l'élégance automobile peut se comparer avantageusement à celle de la femme. La beauté n'y est qu'une composante, la tenue est d'importance, mais c'est le charme qui fait la différence. »

Nous y avons fait un tour, alléché par une telle promesse qui, tenue, eût fait de ce Rétro Festival un pendant moderne aux salons de Londres des années 70, où les courbes des autos retaillées par Scagliettti ou Bertone épousaient en un fantasme toutes options celles, dessinées par le Créateur lui-même, des mannequins alanguis sur ces carrosseries.

Une première alerte s’allume lorsque, débouchant du métro dans la zone du Heizel où on a logé ce salon, la vue est barrée par d’énormes cubes de béton aussi laids que grisâtres, qu’on croirait avoir été construits à Bucarest ou à Tirana en l’honneur d’un despote et qu’on peine à imaginer qu’ils hébergent quelque forme d’élégance.
Il s’agit du parc des expositions – Brussels Expo, disent les Bruxellois – érigé en 1935 à l’occasion de l’Exposition universelle ; ensemble de monuments Art Déco qui décèlent l’influence de l’Allemagne nazie toute proche. Les pavillons 11 et 12, les moins moches, accueillent ce petit Rétro Festival qui est le Rétromobile belge comme Automédon est celui du pauvre.


Disons-le tout net : l’union de l’automobile et de la femme reste un mythe auquel cette manifestation n’a hélas pas touché. Les seules courbes d’origine humaine identifiées dans des allées relativement désertes, sur lesquelles on ne s’appesantira pas car elles pèsent leur poids, sont celles arborées par les gros Flamands ahanant entre les stands, moulées par Stella Artois.

Trônant à l’entrée, vedette du salon, représentée sur l’affiche due à François Vanaret, la Delage D8-120 coach Aérosport, superbe en livrée noire, nous réconcilie avec la main de l’homme quand elle ne fabrique pas des armes.
Datant de 1938, c’est l’une des six construites par Letourneur et Marchand. Elle tire son appellation d’Aérosport de sa malle arrière carrossée comme un avion.


medium_delage_d6.jpgUne autre Delage, une D6 de 1946, présentée par la galerie Les Damiers, attire l’œil d’autant qu’elle a un passé un peu chaotique qu’on peut rapidement résumer. Propriété de la firme Delahaye en 1946, elle est vendue à l’Agaci (Association française des coureurs en automobile) pour servir de voiture-école et, de coach baie centrale qu’elle était, se trouve reconditionnée en coach sport.

Par la suite la Delage part pour les Bouches-du-Rhône puis change de nouveau de propriétaire en 1966. On la retrouve au Rétro Festival pleine de trous, non dans sa carrosserie mais dans son pedigree, car les spécialistes n’écartent pas qu’elle ait pu courir les 24 heures du Mans en 1939 car le fameux carrossier Olivier Lecanu Deschamps a travaillé, en vue de cette épreuve, sur une auto voisine de celle-ci, dont la trace a été perdue et qui pourrait être celle présentée à Bruxelles. Bref, du boulot pour les limiers des numéros de châssis.


medium_jaguar_ss_100.jpgExposée par la section belge du Jaguar’s drivers club, la Jaguar SS 100, en robe noire piquetée des points d’argent que l’éclairage du hall 11, très chouette, projette sur les voitures, est l’une des plus émouvantes. Sa naissance en 1936 est postérieure d’une année à la sortie de la SS 90, un roadster sportif appelé pour la première fois Jaguar, du nom de la firme créée par Williams Lyons.

Equipée déjà du six cylindres en ligne que les Jaguar vont porter jusqu’à son aboutissement ultime, la SS 100 développe 125 CV pour une cylindrée de 3,5 L. Malgré des valeurs somme toute modestes, l’auto permet à Coventry de faire ses premiers pas en compétition, à Brooklands notamment.
Sa première victoire significative est signée en 1937, à Weybridge, par Tom Wisdom. Acheter aujourd’hui une SS 100 est impensable sauf à être un homme d’affaire russe. Sa cote tourne autour de 150 000 euros.


medium_peugeot_401.jpgChez l’Aventure Peugeot belge, à qui manque un Pierre Chrétien pour faire la retape, vendre les bouquins, saluer les anciens, dragouiller les hôtesses qu’il n’y avait pas, tout ça en même temps, nous stoppons, songeur, devant une 401 beige clair moins anodine que son allure pataude le laisse paraître.
En effet, apparue en 1935, cette voiture fut la première au monde à bénéficier d’un toit rétractable, une « innovation », du moins présentée comme telle en 1996 par Mercedes qui l’a reprise sur son coupé SLK.

C’est en fait à Georges Paulin, un dessinateur-styliste, ancien dentiste, qui avait inventé ce concept de toit rétractable électriquement, que Peugeot doit une avance technologique sur laquelle le constructeur est resté bien peu disert. La grande muette sochalienne pourrait se souvenir de son passé, qui est aussi notre histoire.
Bref, Paulin est présenté au carrossier Marcel Pourtout en 1933 par Emile Darl’mat, le concessionnaire Peugeot bien connu de la rue Malar à Paris.

Les deux hommes font affaire, perfectionnent l’invention du toit électrique, le soumettent à Peugeot qui, séduit, achète le brevet et sort dans la foulée trois modèles équipés dudit toit, les 401, 402 et 601. Personnage hors-normes, à qui un livre a été consacré dernièrement [1] , Paulin a dessiné les 402 Darl’mat Sport qui coururent au Mans en 1937 et 1938. Il a été fusillé par les Allemands en 1942.



Brussels Rétro Festival . Brussels Expo hall 11 et 12 . 21-23 octobre 2005

Site officiel : http://www.brusselsretrofestival.be/

 

[1] PAULIN (Michel-Georges) .- Itinéraire d’un homme libre, des "fortifs" à la caponnière du mont Valérien. Ed. SPE Barthelemy, Paris, 2004, 251 p., 25 €

Commentaires

Vous avez tendance cher TTS (Talentueux Teneur de Site) à observer et après réflexion, a vous diriger vers la droite.
La signalétique directionnelle bruxelloise vous y incitait c’est vrai, mais, hors le fait que partir a gauche eut été, aller dans le sens de l’Histoire, vous eussiez pu fréquenter Megavino , vous enivrer aux nectars divins que la terre produit et nous raconter l’expérience de vos papilles .
Avouez cher TTS que cela aurait eu de la gueule !

Ecrit par : gianpaolo | vendredi, 28 octobre 2005

Ah non!!! celle là, je peux pas la laisser passer...!!!
La DELAGE que j'ai représentée sur l'affiche est la reconstrustion d'un modèle unique carrossé par FIGONI & FALASCHI en 1936
Ce coupé D6-70 ne put participer comme prévu au 24H du MANS 1936 pour cause de suppression de l'épreuve.
Peinte en rouge vermillion, cette Automobile unique brilla dans de nombreux Concours d'Elégance,présentée par Mme RICHER-DELAVEAU, épouse du propriétaire du garage BAYARD à PARIS.
Achetée par Louis GERARD, elle finit 4ème des 24H du MANS 1937 (première de la catégorie 2 à 3 litres). On retrouve sa carrosserie sur un chassis DELAHAYE 135 en 1938 ou elle remporte la Coupe des Dames du Critérum Paris-Nice pilotée par Germaine ROUAULT.
On perd ensuite la trace de cette carrosserie,vraisemblablement détruite,le chassis d'origine serait en Angleterre.
Les Ateliers d'AUTO CLASSIQUE TOURAINE ont recréé cette Automobile en 2001 à partir des rares documents d'époque et avec les conseils de Claude FIGONI, le fils du créateur de l'original.

....Absolument sans rancune !! "errare humanum est".. celà me conforte dans mon souhait de faire connaitre tos ces chefs d'oeuvres de La CARROSSERIE FRANCAISE.
Merci pour vos commentaires avisés sur les artistes de BRUSSELS RETRO FETIVAL
François VANARET

Ecrit par : françois VANARET | jeudi, 03 novembre 2005

"errare humanum est" j'ai déjà ententdu ça. . .

Ecrit par : Bruno | jeudi, 03 novembre 2005

Ah bordel ! Encore un plantage que nos lecteurs avaient sans doute rectifié eux-mêmes avant que vous-même, cher François Vanaret, le fîtes à mon intention. Merci de votre saine colère.

Ecrit par : Mémoire des stands | jeudi, 03 novembre 2005

Attention Memoire des stands" errare humano est" , certes!
mais songez que:
perseverer diabolicum !

Ecrit par : gianpaolo | vendredi, 04 novembre 2005

"Errare humanum est" c'est sûr et ipso facto je vous nomme doctor Honoris causa
du web. Ite, missa est.

Ecrit par : Horace | vendredi, 04 novembre 2005

D'accord.

Mais n'oublions pas que si

Res perit debitori

Il est également possible que

Res perit domino

Et surtout que, dans l'un et l'autre cas

Nemo auditur propriam turpidudinem allegans

(Je ne vise personne)

Le tout apprécié in concreto, naturellement.

Flavius Briatore,
Vice-consul, commandant de la légion gallo - britannique victorieuse de la campagne 2005

Ecrit par : Flavius Briatore | vendredi, 04 novembre 2005

Turpidudinem? Bigre, j'en étais resté à Turpitudinem!
Quoi qu'il en soit, cela ne change plus grand-chose depuis que la théorie de la cause immorale est passée de vie à trépas par la grace d'un arrêt autorisant un géronte amateur de jeunes femmes vénales à rémunérer leurs faveurs.
Tout fout l'camp! (même le latin de cuisine!)

Ecrit par : Othorio Volontario | vendredi, 04 novembre 2005

O tempora ! O mores ! comme le rappelait judicieusement, il n'y a pas si longtemps,
O Panis !

Curieux tout de même que cette affaire de géronte n'ait pas fourni l'occasion d'invoquer la convention européenne des droits de l'homme. Il est manifeste, en effet, que l'arrêt en question consacre une intolérable discrimination entre les gérontes suffisamment argentés pour obtenir des faveurs dont on taira le détail et ceux qui, démunis, n'ont pour seule ressource que de naviguer de blog gratuit en blog gratuit (avec parfois, il est vrai, un certain plaisir, mais bien platonique toutefois).

Cela étant, j'espère qu'Othorino Volontario voudra bien pardonner cette légère coquille, due à un encombrement passager de mon orifice nasal.

Point à la ligne.

Flavius Briatore

Ecrit par : Flavius Briatore | vendredi, 04 novembre 2005

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