dimanche, 16 octobre 2005
Automédon 2005, ou un dimanche à perdre dans le neuf trois

"Professionnel, s’agissant d’une carte de presse, prend deux ailes et un nœud. L’orthographe à Automédon est aussi de collection ? " Tel fut l’épilogue d’un échange de courriels entre Mémoire des stands, qui demandait un laissez-passer, et Josseline, l’attachée de presse d’Automédon, de répondre que la "carte de presse professionnel" permettait l’accès.
Né jadis cocher d’Achille dans l’Iliade d’Homère, maintenant déporté en zone Nord, dans un neuf trois graffité de long en large, Automédon est un Rétromobile du pauvre, un vide-grenier un peu plus gros que celui que vous trouvez le dimanche en bas de chez vous.
Et il faudrait payer 9 € en plus ? Ah ! Un truc pour rentrer gratos : venez dans une ancienne antérieure à 1951 ! Mais en rôdant sur les parkings force fut de constater qu’elles n’étaient pas légions. Rassurez-vous, chère Josseline, la carte de presse amateur (e) nous a permis d'être accueilli dans ce palais du carbu, ce temple de la plaque émaillée, par des hôtesses dont le charme originel était rehaussé d’un bel « Automédon » plaqué sur les seins.
Une fois dans la place balayée de courants d’air, on a de quoi tenir deux heures. L’ensemble se décompose en gros en deux entités : les véhicules et la quincaillerie.
Côté engins mobiles, le plateau n’était pas déshonorant car l’organisation avait choisi le thème des marques françaises disparues, ce qui permit de noter que nombre d’entre elles disposent de clubs, d’amicales, qui forment un tissu patrimonial fort. Outre les sempiternels clubs Peugeot et Simca, on a vu Guy Lambert présenter une rutilante Germain Lambert de 1948 ayant participé au XXe Bol d’Or « sans aucun rajout d’huile et d’eau sur les 24 heures » indiquait une affichette.
Le club Rosengart France exposait une sémillante collection de tee-shirt et de casquettes qui donnaient l’éclat du neuf à l’antique qui gisait à côté du stand. Comment rater la Voisin C15 qui trônait à l‘entrée ? Peut-être en se rendant sur le stand voisin qui se trouvait être le stand Voisin tenu par un spécialiste disert. Une rangée de maquettes à grande échelle, dont une splendide C6 laboratoire, complétait un ensemble séduisant.
Nous avons contemplé, l’œil mouillé de nostalgie, une petite CG 1200 S des frères Chappe et Gessalin. CG s’est illustré en rallye, notamment aux mains de Bernard Fiorentino et de Gérard Larrousse, ce dernier réussissant à taper les imbattables Alpines et à s’imposer au critérium des Cévennes en 1970.
Il est toujours réjouissant d’errer dans le secteur « quincaillerie » dont le champ d’intérêt dépasse cette acception pure. En fait ça va du marchand de delco hirsute, la maïs au bec, au marchand d’art en tweed qui fait les liaisons. « Cette huile, cher monsieur, vaut neuf cents zeuros. »
Chaque stand est spécialisé, un peu comme dans un sex-chop. Là vont les malades de la plaque émaillée, ici des satyres de la Solido qui ont dépassé la cinquantaine décapsulent avec fébrilité une boîte jaune vieille de plusieurs dizaines d’années et en extirpent, tremblant d’émotion, la Maserati 250 F ou la Talbot-Lago de leur enfance. On cherche la cellule de soutien psychologique qu’Automédon a dû mettre en place. En vain, elle doit être occupée ailleurs.
Nous, notre truc, c’est les libraires. D’ailleurs ils le sentent, ces braves gens qui nous voient arriver sur leurs étals comme le renard guette la georgette. L’un d’eux, un gars de Soisson qui semble un peu moins marchand que les autres, nous laisse feuilleter à notre aise sans s’immiscer, l’air du gars qui regarde au plafond. Nous sommes ferré par deux bouquins aussi salivants l’un que l’autre. D’un côté Il y a une vie de Robert Benoist illustrée par Geo Ham [1] et de l’autre un Bleu de France dû à un certain François Paour [2] qui narre par le truchement du roman un tour de France automobile des années cinquante.
-" Combien le Benoist ?
- 250 €. Il est rare vous savez.
- Gloups !
- Bon, ben je vais prendre l’autre !
- 38 €, je vous le laisse à 35…
- Ah ! Quand même ! "
Nous vous dirons prochainement de quel type d’investissement il s’est agi là.

Automédon . Parc des expositions Paris Le Bourget . 15 et 16 octobre 2005
Site officiel : http://www.automedon.fr/
[1] LABRIC (Roger). - Robert Benoist, champion du monde. Préface de Charles Faroux. Hors-texte en couleur et illustrations de Géo Ham. Ed. Edicta, Paris, 1946, 138 p., 150 francs
[2] PAOUR (François). - Bleu de France. Préface de Jean Behra. Ed. La Nef de Paris, Paris, 1959, 168 p.
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Commentaires
Il y avait aussi un brassard de l'Automobile Club de Monaco marqué CONDUTORRE dans le fond d'un carton a chaussure.
J'ai failli l’acheter, mais 40€ cela me parut trop cher, l'objet était en plastique vert, s’il avait été rouge....
Sur un stand spécialisé Fiat 500, j'ai trouvé une pendule, réplique parfaite du compteur de vitesse du Topolino de 1969.
J'ai craqué et depuis samedi après-midi elle est au mur du garage, face au Fiatou rouge entre deux photos, l'une du Duomo de Modène et l'autre d'une culasse de 12 cylindres.
Certes, la qualité des tweed et le gris des flanelles croisés a Automédon n'ont pas la qualité de ceux de Retromobile, je vous le concède mais l’ambiance bon enfant ne manque pas de charme.
Comme toujours dans ces lieux fréquentés par des passionnés hyper spécialistes, c’est un vrai bonheur que de laisser traîner ses oreilles pour capter des bribes de conversations qui comme celles de Tzara et Picabia pourraient passer pour surréalistes a des quidams non avertis.
Ecrit par : gianpaolo | lundi, 17 octobre 2005
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