jeudi, 20 octobre 2005

Tom Jones au Grand Prix du Canada 1967

Deux semaines après avoir acheté la Cooper F2 adaptée aux normes F1, à la mi-août 1967, Tom Jones reçoit l'appel d’un copain l’informant de la tenue d’un premier Grand Prix du Canada à Mosport. Serait-il intéressé ?
Jones saute sur son téléphone et appelle Mosport : ok lui fait-on, il peut s’inscrire... Médusé de la facilité avec laquelle les organisateurs ont dit oui, Tom se précipite dans le bar où sa bande à ses habitudes : "Les gars, j’ai une nouvelle, je suis engagé au GP du Canada, vous venez avec moi ?! "
"T’as raison", font les autres, incrédules, "tiens, boit plutôt une Molson..." Mais dès que les potes sont dégrisés, l’enthousiasme est général autour de la modeste Cooper qui est déshabillée, bichonnée, astiquée et hissée sur le camion, direction Mosport.

Il pleut le long du trajet et l’auto est à l’air libre sur un véhicule non bâché. Les gars débarquent dans le paddock un tas de boue qu’ils garent sans complexe entre les Brabham et les BRM, pendant que leur pilote va chercher sa licence FIA dans la cabane en bois qui sert à l’administration de la course.

medium_jones-67.2.jpgJones prend la piste le vendredi pour des essais libres. Il s’en tire plutôt bien si l’on considère que ses pneus sont usés : il termine la session à une seconde de Al Pease. Dans la soirée, Tom accède à l’offre d’un industriel qui propose de régler gratuitement l’alignement de sa suspension ; l’opération dure trois heures et se déroule parfaitement aux dires du bonhomme. C’est l’ambiance des grands soirs au motel de Tom Jones et sa bande, la Molson coule à flot ; la qualif est dans la poche !

Notre gaillard arrive tôt au circuit, il est le premier à s’élancer, anxieux quant à l’efficacité de la manip d’hier soir. Le premier tour est bon, aussi Jones fait-il signe à ses copains de lancer les chronos. A peine un demi-tour et la voiture s’arrête au bord de la piste, moteur coupé. Un membre de son équipe accourt pour dépanner mais un commissaire l’en empêche, réduisant pilote et mécano à l’état de spectateurs.

La séance est foutue. Il faut cinq minutes pour déceler la nature du mal ; le lascar qui avait réaligné la suspension avait déconnecté par erreur un fil électrique… Crédité d’un temps de 1’51.9, réalisé dans son premier et unique tour, Jones plaise sa cause auprès de l’organisation qui ne veut pas le qualifier. C’est non, lui notifie-t-on le dimanche matin après le briefing des pilotes.

 

Sur la Cooper F2, image extraite de F1 Rejects

11:30 Publié dans Pilotes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : tom jones, grand prix du canada, 1967 |

Commentaires

Je réfléchissais, ces jours-ci, à un curieux rapprochement : Marcel Renault, frère de Louis, s'est tué en 1903 au cours de la fameuse et tragique course Paris-Madrid, laquelle, par suite de l'hécatombe qui s'annonçait, fut prématurément interrompue, de sorte que les concurrents survivants ne franchirent jamais la frontière espagnole. N'est-il pas curieux que, 102 ans plus tard, ce soit un ibère qui apporte à Renault un double titre mondial ?

Bon, je rigole, c'est vrai.

En revanche, je suis sérieux en évoquant le GP de Belgique 1966 auquel le hasard a voulu que j'assistasse.

Le souvenir m'en revient en observant que l'image illustrant la présente note est extraite de "F1 Rejects".

Ce jour là, en effet, quelle ne fut pas la surprise de la majorité de l'assistance de constater qu'à l'issue du premier tour, Guy Ligier, sur sa Cooper-Maserati bleu de France (peut-être légèrement plus pâle, en fait), parti au fond d'une grille de 15 pilotes, se trouvait en 7ème position !

L'explication n'a pas tardé. Les pilotes manquants (parmi lesquels MM. Stewart et G. Hill), surpris par une violente averse à partir de Burnenville, alors que la zone des stands était séche, étaient tous sortis. De sorte que notre "industriel vichyssois", comme on le désignait encore à l'époque, était toujours bon dernier...

Il n'en demeure pas moins qu'il avait eu le mérite de maîtriser, même un ton en dessous, sa monstrueuse monoplace, sur un tracé (l'ancien Spa !) qui, mi-sec mi-détrempé, était devenu véritablement cauchermardesque. Malgré le rapprochement sus évoqué, nous l'exclurons donc, finalement, de la catégorie des "F1 Rejects", d'autant que son inaltérable amitié avec Jo Schlesser est digne de respect.

A part cela, merci encore de la totale absence de publicité pour les titres de Renault. Voilà vraiment un site, comment dit-on, en français ? talentueusement tenu, je crois.

Ron Dennis

Ecrit par : Ron Dennis | jeudi, 20 octobre 2005

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