mardi, 16 août 2005
Hiver sur les Hautes-Fagnes
Le 1er décembre 1958 était un lundi. C'était le soir de la Saint-Éloi.
Revenant de ses cours, Claudine Brillowski rentrait à la maison par le car. Descendue à l'arrêt du carrefour, elle avait traversé la chaussée et commencé de la remonter par la droite comme elle le faisait depuis toujours. Fille d'émigrés polonais, elle vivait avec ses parents dans une petite maison de briques appelée L'Emilienne et construite à l'extérieur d'un virage sur la route nationale 62 reliant Spa à Stavelot, en Belgique. Accessoirement, cette route sert de circuit automobile et ce virage devient alors la courbe de Burnenville.
La nuit était tombée depuis longtemps. Des bancs de brouillard baignent en cette saison les coteaux des Hautes-Fagnes ardennaises. Et de la brume, allez savoir, dans les réflexes de cet employé du garage Laloire de Malmédy qui rentrait à la maison au volant de son auto. Le choc catapulta Claudine à dix mètres dans le fossé. Il n'y avait pas de rails de sécurité à l'époque.
Le lieu étant dépourvu d'éclairage public, il fallut un certain temps pour découvrir le corps sans vie de la jeune fille qui gisait à l'emplacement ou fut érigé la stèle commémorative dont nous montrons une photo. La vie de la famille Brillowski s'arrêta net. La mère perdit la raison et le père, inconsolable, sombra dans la dépression. La chambre de Claudine fut fermée à jamais ; elle est encore dans l'état où la jeune fille l'avait quittée le matin de la Saint-Éloi 1958.
La maison fut vendue au propriétaire du garage Renault de Francorchamps, Emile Jamar, qui en hommage à Claudine inscrivit L'Emilienne au fronton de son établissement. La stèle est toujours visible sur le bord du circuit. Elle nous hante depuis ce jour de 1973 où nous l'avons découverte par hasard alors qu'au ras du grillage, nous faisions le tour du grand circuit de Spa, nous gardant des Matra 670 et autres Ferrari 312P qui enfilaient Burnenville à 300 km/h, ressorts de gauche comprimés à fond.
Notre histoire est peut-être hors-sujet, Claudine n'avait après tout rien d'autre à voir avec la course automobile que l'endroit où elle vivait, mais elle en dit beaucoup sur la texture de ce sport, et au sens large, sur la vie elle-même, qui mêle en une destinée commune, puissants et misérables, anonymes ou autres, comme Richard Seaman, Chris Bristow, Alan Stacey, Stefan Bellof, qui moururent sur le circuit, ou encore Archie Scott-Brown et Claudine Brillowski qui y disparurent en 1958.

Nous remercions Léonard Joenen, un ami belge, d'avoir mené les investigations qui nous permettent aujourd'hui de rendre cette croix plus transparente.
Croix et Burnenville © MdS
14:00 Publié dans Circuits | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
| Tags : histoire du sport automobile, memorial, circuit de spa-francorchamps |





















Commentaires
Rien à voir avec la course automobile?
Je ne sais pas. . . Claudine Brillowski a payer de sa vie sur un circuit, comme le dit la plaque commémorative.
Ecrit par : Bruno | mardi, 16 août 2005
Les sujets traités par les magazines en été sont en général profonds et important.
-Paris Match analyse très finement le parcours initiatique de Cecilia Sarkosy dans les galeries marchandes de New York,
-Gala suit à la loupe l’évolution de la petite mule Prada aux pieds de Paris Hilton,
-Elle, plus sophistiqué, s’intéresse au petits marchés sympa de l’île de Ré et a ses chalands,
-VSD visant une clientèle plus popu doit certainement évoquer avec qui Madame Pernaut passe ses soirées.
-Même Auto Hebdo nous fait le coup tous les ans d’une resucée des essais de l’année.
Tout ces articles de fond se lisent sur la plage de Pallavas au milieu des bataves en string ou au Camping des Flots bleus sur une chaise pliante (celle dont le tissus à grosses fleurs est un peu passé) les pieds a l’aise dans des claquettes.
Pendant ce temps Mémoire de stands se plait a cultiver le paradoxe et aussi snob et cerebral que Guy Debord se met a battre la mesure a contretemps en nous adressant une page on ne peut plus sombre de l’histoire de Spa.
Je crains fortement de passer pour un leche-cul , mais tant pis , je dis et je redis , que la lecture de Mémoire fait du bien et nous élève un peu de l’insipide presse estivale.
Je préfère l’hommage rendu à Claudine que les reportages sur les JMJ , en un mot je préfère l’eau de SPA à l’eau de Cologne.
Ecrit par : gianpaolo | mardi, 16 août 2005
Brrrrrravo Gianpaolo.
Ecrit par : Bruno | mardi, 16 août 2005
Bon sang, mais c'est bien sur! La dame vue sur la photo de la page précédente
c'est Colette. Non, pas la secrétaire du service routage à la DF, mais l'auteur des "Claudine"
Ex Willy. Aprés les différents épisodes: Claudine à l'école, à Paris, en ménage et enfin, s'en va, elle est à Spa, non pas en cure mais pour se recueillir sur la tombe de son héroïne.
D'autant plus troublant qu'elle est morte quelques années auparavant, mais sur "Mémoire des
stands" le talent aidant nos chers disparus reprennent vie pour notre plus grand plaisir.
Ecrit par : Bourrel | jeudi, 18 août 2005
i live in holland and when i was in spa i saw the grave of claudine.i put flowers on the grave. but i have a question i cant read france so i would like to ask of someone can translate the tekst that stand here. thank you.
Ecrit par : linda | samedi, 02 septembre 2006
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