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dimanche, 17 juillet 2005
Circuit des Remparts d'Angoulême 2005, l'affiche

L’affiche du Circuit des Remparts 2005 étant l’une des plus belles que nous n’ayons jamais vues, il n’est pas incongru qu’on s’y arrête afin d’analyser en quoi ce dessin nous émeut.
C’est au Grand Prix de Pau historique 2005 que Jean-René Tillard et Jean-Michel Laujac, de l’Acocra, ont rencontré Denis Sire, créateur de l’affiche dudit Grand Prix, qu’Eric Helaine, l’organisateur, leur avait présenté. Dessinateur de BD formé à l’école de Métal Hurlant et de L’Echo des savanes, Sire ne semble pas à priori le mieux placé pour concevoir du matériel d’accroche pour une course automobile, ce que dément pourtant sa biographie qui indique plusieurs déviations dans le domaine des gros cubes ; moto d’abord puis auto avec l’iconographie d’une série de petits livres produits en commun avec William Pac sur Indianapolis, le GP de Monaco, et les 24 h du Mans.
Le dessinateur est parti d’une feuille blanche qu’il dut combler à l’aide d’un cahier des charges que l’Acocra avait structuré en deux thèmes : l’histoire du circuit d’une part et Maurice Trintignant à l’arrivée du Grand Prix de 1949.
Le résultat est une œuvre qui passe pour l’affiche du film que Robert Altman ou Claude Lelouch pourrait tourner sur les Remparts.
Le crayon de Sire insuffle à ces monoplaces négociant l’épingle avant la cathédrale une dynamique tourbillonnante qui aboutit dans le quart haut et droit du tableau à la victoire de l’une d’elles, conduite par Maurice Trintignant.
Bruissante de vie, comme prête à s’animer au plaisir solitaire de l’amateur qui la contemple, l’affiche recèle dans le foisonnement des détails implantés çà et là par un dessinateur qui n’a pas oublié sa culture scénaristique le matériel de base à cette grande saga automobile d’avant et d’après-guerre que nous appelons de tous nos vœux.
On est loin ici, dans cette représentation à la fois fantasmée et documentaire, animée d’un élan vital, de l’exercice obligé, appliqué, souvent besogneux, quand il n’est pas raté, qu’est l’affiche de course automobile, la plupart du temps. Geo Ham est bien mort, qui avait commis pour la première édition du Circuit des Remparts, en 1939, une épure tendue vers l’absolu, une merveille de modernité qu’on jugerait avoir été conçue la semaine dernière, si toutefois notre époque favorisait la créativité graphique dans le secteur de l’affiche de sport.
Le film que le trait de Denis Sire projette met en scène, en un mouvement de caméra qui les arrondit dans une trajectoire idéale, quatre monoplaces. Roues dans roues, Juan Manuel Fangio, sur sa Maserati de la Squadra Argentina (imbattable en 1949) et Maurice Trintignant sur la petite Simca-Gordini, alors qu’au freinage de l’épingle arrive le comte Sterzi sur une des premières Ferrari. Ces hommes ont en point de mire une Cooper au pilote d’autant moins identifiable qu’aucune de ces autos n’a été vue aux Remparts en 1949, non plus que Fangio par ailleurs, engagé mais forfait. Par contre la lutte que livra Trintignant à Sterzi, lutte inégale entre une Gordini 1100 et une Ferrari 2l, eut lieu bel et bien et à l'avantage du Français. Fangio devait gagner la course l'année suivante.
La licence poétique de l’auteur, subtilement décalée par rapport au réel, s’applique ici de telle façon qu’elle ne choque pas l’aficionado qui retrouve dans l’œuvre ce pourquoi il l’est, aficionado : la vitesse, les couleurs, la fureur, etc.
Quant au puriste, s’il se double d’un historien, son œil le conduira aux côtés de la Simca-Gordini encore fumante que Trintignant a stoppée pour recevoir la gerbe et le baiser du vainqueur. Les hommes portent chapeaux et costumes, nonobstant la chaleur de juin, les femmes ont le mollet aguichant et le reste à l’avenant, des restes sur lesquels les mécanos de Gordini, peut-être Lesurque, Athos ou Mimile, porteraient autre chose que leur regard.
L’essence est en vente libre depuis peu. Le pacte Atlantique vient d’être signé. La France sort juste de la guerre, elle s’autorise, pour souffler, les Trente glorieuses qui s’annoncent. On entend par une fenêtre ouverte, par-dessus le brouhaha du podium, Lucienne Delyle sur Radio-Luxembourg.
Maurice Trintignant est à l’unisson de cet optimisme général ; il bâtira une carrière qui le mènera jusqu’en 1965, riche de six titres de champion de France, de deux victoires en Grands Prix de championnat du monde et de cinquante succès toutes catégories confondues.
Arrêtons de rêver tout seul et patientons jusqu’au grand film – ou grand livre – dont un Claude Lelouch ou un Michel Mathieu nous fera forcément cadeau un jour.
20:25 Publié dans Circuit des Remparts d'Angoulême | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : circuit des remparts angouleme, 2005, affiche, denis sire, maurice trintignant, art




Commentaires
en tout cas l'affiche est très belle
Ecrit par : greg | dimanche, 17 juillet 2005
Elle est magnifique.
Pour rajouter à ce qui est écrit plus haut (c.f. les commentaires sur l'affiche)en 1949 Maurice Trintignant avait utilisé la Gordini pilotée par Jean Thepenier; dans le quart droite en haut, c'est lui qui est dans la voiture et qui regarde Maurice; celui qui est assis à coté de Jean Thepenier c'est Robert Manzon; le grand type à gauche c'est Robert Aumaître et les deux "pin-up" sont les clins d'oeil de l'auteur. Autre clin d'oeil mais non lisible sur ce format, c'est la publicité pour le studio de Denis Sire : "Mot'Art" Paris 2005 qui est située sur la grille de la Cathédrale Saint Pierre à droite du St Raphaël.
Denis Sire s'est aussi amusé avec les n° de voiture et les périodes. La Gordini qui suit de près Juan Manuel Fangio dans la Maserati de la Squadra Argentina est celle de Jean Thépenier en 1950 et le pilote est Robert Manzon (reconnaissable au trèfle à quatre feuilles sur le coté du casque - peint à cet emplacement afin que Amédéo Gordini, alors très supersticieux, en ait un à portée de main -) et qui porte le même n° de course que pour la victoire de Trintignant en 1949; la Ferrari 166 rouge # 26 est en effet celle du Comte Bruno Sterzi et pour en terminer avec les autos, la n° 28 verte en tête serait une Cisitalia ! pilotée par Guy Michelet.
Dernier clin d'oeil, la jeune femme appuyée à la rembarde, au dessus du n° 10 de la Maserati, n'est autre que la petite amie de l'Auteur.
Denis Sire est sous le charme de la ville d'Angoulême qu'il avait découverte au temps où il venait pour le festival de la bande dessinée; une année il anima un bal dans une discothèque du bord de la Charente avec son orchestre de dessinateurs: DENIS TWIST; orchestre dans lequel vous pouviez écouter Franck Margerin ou Wuillemin (entre autres)
Bonne nuit à tous, et toujours MERCI pour vos soutiens par e-mail.
Ecrit par : Jean-Louis MATHIEU | dimanche, 17 juillet 2005
Merci pour ce texte dytirambique concernant le travail de dennis Sire ; le Michel-Ange de la mécanique.
Nous aimerions pouvoir contacter la personne qui a écrit ce textemêlant son talent d'écriture , au talent de denis.
Nous serons présent, aux côtés De Denis Sire au stand officiel de l'ACROCRA, et serions désireux de vous rencontrer à cette occasion.
Réjane
Ecrit par : réjane | mercredi, 07 septembre 2005
Très chère Réjane,
Nous avons d'ors et déjà rendez-vous avec Denis Sire puisqu'il nous a fait la promesse d'être dans le Jury du concours d'élégance le vendredi soir au théatre de verdure "le Jardin Vert".
Il n'y a pas de dithyrambe dans le décodage de l'affiche. Je n'ai fait que transcrire ce que Denis nous a raconté lors du repas qui a précédé la présentation officielle de l'affiche. Dans son discours à l'assistance il n'a pas approfondi tous les "messages" qu'il a représenté.
A.C.O.C.R.A (Organisation Charentaise pour l'Organisation du Circuit des Remparts d'Angoulême) n'est que l'acronyme de notre Association loi 1901.
A très bientôt maintenant.
Ecrit par : Jean-Louis Mathieu | jeudi, 08 septembre 2005
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