vendredi, 01 juillet 2005
Circuit de Reims-Gueux (histoire)

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Un homme seul fut à l’origine de l’une des plus fameuses aventures automobiles françaises, le circuit de Reims-Gueux : Raymond Roche, le secrétaire général de l’Automobile club ardennais.
A l’orée des années 1920, il ambitionnait de donner un rayonnement à coloration industrielle à la ville de Reims, connue davantage pour ses maisons de champagne que pour servir de siège à plusieurs constructeurs automobiles comme les automobiles Richard Brasier, les automobiles SCAR ou encore les Germain Lambert. L’idée d’un circuit de vitesse s’imposa.
Aidé des grands propriétaires rémois qui voient dans ce projet la vitrine idéale pour faire mieux connaître leur boisson à bulles, Raymond Roche, qui deviendrait vite « Toto » Roche, organise un Grand Prix de la Marne, premier d’une série de treize, sur un tracé formé de routes ouvertes situé à l’est de Reims, empruntant la Nationale 31 et reliant en un quadrilatère long de 22 km les communes de Beine et de Nauroy.
Nous sommes en 1925 et 8 000 personnes assistent sous la pluie à la victoire d’un certain Clause sur une Bignan 2 l.
L’édition 1926 du Grand Prix de la Marne se dispute sur un nouveau tracé qui sera exploité dans sa forme originale jusqu’en 1951 : c’est le circuit de Reims-Gueux, triangle de 7,832 km constitué d’une portion de la Nationale 31 entre Reims et Soissons ainsi que des CD 26 et 27. Trois virages cassent la vitesse : Gueux, à l’entrée du village du même nom traversé par le circuit, la Garenne et la Bonne Rencontre, du nom de l’auberge sise à l’extérieur du virage et qui serait à partir de 1951 connue sous le nom d’auberge de la Garenne.
En août 1926 sont mises sur pied les 12 heures de Reims, rééditées à huit reprises entre 1953 et 1967.
L’Automobile club ardennais devient fin 1925 l’Automobile club Ardenne Champagne Argonne, et sous la houlette du dynamique Toto Roche, veut à toute force décrocher un Grand Prix de l’ACF à Reims. Ce qui lui est refusé en 1927, à cause du médiocre succès populaire du meeting de 1926, lui est accordé en 1932. Le 26e GP de l’ACF est un triomphe Alfa Romeo construit par Tazio Nuvolari, Baconin Borzacchini et Rudolf Caracciola.
A l’issue de cette journée, il est décidé que l’Automobile club de Champagne reprendrait à son compte la gestion du circuit de Gueux, avec toujours un inamovible Toto Roche aux commandes.
Reims renoue avec le GP de l’ACF en 1938 et 1939. Les vitesses atteintes sont maintenant effarantes, ainsi Herman Lang tourne-t-il officieusement à plus de 190 km/h aux essais sur sa Mercedes W154. Les journaux locaux, l’Eclaireur de l’Est, et surtout l’Union, font leur une de la course aux records de vitesse qui agit comme le grand argument promotionnel du circuit. Toto Roche est le principal artisan de ce culte, lui qu’obsède la concurrence avec le circuit de Spa-Francorchamps et ses longs toboggans de Burnenville ou Masta. Il lui faudra attendre la fin de la guerre et la reprise des courses automobiles pour que son fantasme prenne corps dans les années cinquante.
Après une réfection importante en 1946, le circuit accueille le 6 juillet 1947 le Grand Prix automobile de Reims, nouvelle appellation du GP de la Marne, remporté par Christian Kautz sur Maserati.
Faisant suite à un GP de l’ACF 1948 gagné par Jean-Pierre Wimille et à un GP de France (nouvelle série nationale de courses de F2) que remporte Louis Chiron en 1949,
Reims accueille en 1950 la manche française du nouveau championnat du monde des conducteurs de F1.
Par une écrasante chaleur – ce fut souvent le cas à Reims – Fangio surclasse la concurrence après avoir pulvérisé aux essais à plus de 186 km/h le vieux record du tour détenu depuis 1939 par Herman Lang en 184 km/h. L’Argentin gagne aussi en 1951 le GP d’Europe couru à Reims, mais son meilleur tour est inférieur de 16 km/h à celui qu’il avait décroché deux semaines auparavant à Spa et Toto Roche voit rouge !
On se rend compte du résultat de sa colère l’année suivante lorsque les concurrents découvrent un circuit revu et corrigé façon « haute performance ». Le village de Gueux est évité – à la satisfaction des riverains – par la réalisation d’une bretelle Sud qui rejoint la portion de l‘ancien tracé menant au virage de la Garenne. Cette configuration de 7,152 km, utilisée seulement en 1952, verra une magnifique victoire de Jean Behra, malheureusement hors-championnat du monde de F1 car disputée dans le cadre de la série des Grands Prix de France F2.
Le circuit de Reims-Gueux acquiert sa forme quasi définitive en 1953 avec l’adjonction d’une nouvelle bretelle dite Nord permettant de rejoindre la RN 31 à la hauteur du nouveau virage de Muizon. Le développement est porté à 8,347 km. 
La réunion des 4 et 5 juillet est une fête extraordinaire : le GP sera l’un des plus beaux qu’on ait vu avec une grande bagarre entre Fangio et Hawthorn, qui l’emportera avec une moyenne de 182 km/h, soit 1 km/h plus vite que celle d’Ascari, vainqueur à Spa trois semaines auparavant !
Toto Roche exulte mais ne peut s’empêcher de raboter par-ci par-là ce qui peut l’être sur son circuit pour gagner en « fluidité » ; ainsi le virage de Thillois est-il arrondi et fait passer le développement à 8,302 km, ce qui aide sans doute Fangio à crever le mur des 200 à l’heure (une première européenne) aux essais du GP de l’ACF 1954 sur l’une des trois Mercedes W196 dont c’est le grand retour.
Reims recevra le GP de l’ACF à sept reprises jusqu’en 1966, en alternance avec Rouen et Charade. La F2 continuera jusqu’en 1969, date de la fameuse victoire de François Cevert qui s’est jouée sur un regard échangé avec Stewart en sortie du Thillois : c’était à celui qui en sortirait deuxième pour ensuite recoller au leader à l’aspiration et le sauter sur l’arrivée.
Reims était devenu obsolète et dangereux, générant à cause de son tracé des courses en peloton, passionnantes à suivre pour le public mais condamnables au plan de la sécurité.
Jean-Pierre Beltoise et Jackie Stewart ayant demandé en 1970 des modifications au circuit, l’Automobile club de Champagne décide de suspendre le meeting de juillet et donne rendez-vous à son public en 1971. Or le circuit Paul-Ricard venait de naître, stade automobile ultra-moderne… et Reims mourait définitivement.

Circuit permanent de Reims-Gueux
Sur le web :
Patrimoine 51
Ferrarissime (histoire du circuit)
Ferrarissime (palmarès du circuit)
Les Amis du circuit de Gueux
Reims 1953 © Benjamin Freudenthal (http://www.flyandrive.com)
[1] A l’est de Reims, l’ancien tracé ; à l’ouest, le classique
11:25 Publié dans Circuit de Reims-Gueux | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note
| Tags : circuit de reims-gueux, histoire du sport automobile, grand prix acf, benjamin freudenthal |



















Commentaires
Quel dommage et quel gachis , si près de Paris et avec ce potentiel économique.
Les champenois n'ont su garder chez eux le meilleur ambassadeur de leur richesse:
le vainqueur d'une course faisant gicler le précieux liquide sur le podium.
La veuve Clicquot (paix à son ame) doit en pleurer dans sa tombe.
Ecrit par : Dom Pérignon | vendredi, 01 juillet 2005
Il eut été difficile pour les vainqueurs à Reims d'exhiber une roteuse sur le podium, car, de podium il n'y a jamais eu. C'est ce qui a permis aux vainqueurs des 24 heures du Mans 1967, deux ans avant la fermeture définitive du triangle champenois aux compétitions automobiles, d'inaugurer le cérémonie du maniement du magnum, lequel, il est vrai, était en de bonnes (et puissantes) mains puisque les intéressés se nommaient Dan Gurney et A.J. Foyt.
Quant à la fin inéluctable de cet endroit magique, mais d'une dangerosité extrême, non seulement pour les pilotes mais également pour les spectateurs (certains, comme l'auteur de ces lignes, ont en pris conscience après coup seulement), elle n'est pas sans lien avec le blé. Cela ne saurait surprendre, certes, mais, en l'occurrence, il s'agit notamment du blé que récoltaient les agriculteurs dont les parcelles bordaient le circuit et qui refusèrent les cessions qui auraient pu permettre de le raccourcir et de le sécuriser, un peu à la manière de ce qu'ont réussi les belges à Spa. Peut-être avaient-ils la rancune tenace ? Il est vrai qu'à chaque meeting ou presque, des rangées entières de leurs futures récoltes furent involontairement fauchées par des concurrents en perdition... et sans dédommagement.
Le commentateur champagnisé
Ecrit par : Le commentateur champagnisé | vendredi, 01 juillet 2005
Bonjour,
j'ai un question: C'etait Hermman Lang 1939 avec le plus vite formule1 avant la deuxieme guerre?
J'appris quelques photos le soir, et je veux les mettre sur notre Site sur une page speciale pour un ami, qui m'a raconter beaucoup du Grand-Prix Reims-Gueux.
Ecrit par : Horst G. Hartwig | vendredi, 08 juillet 2005
J'ai trouvé lors de mes recherches sur l'histoire de Gueux, un autre dessin évoquant le même Grand-Prix, 1953, le Grand Prix du siècle, que celui dessiné par Benjamin Freudenthal, vous pouvez le voir à l'adresse suivante :
http://www.alexreade.net/acatalog/Hawthorns_Victory.jpg
En tout cas, bravo à l'association qui fait beaucoup pour ce circuit mythique.
Ecrit par : Jean-Marie | samedi, 09 juillet 2005
Vous avez en effet raison, cher Horst, d'évoquer la saison 1939 de Hermann Lang qui fut sa meilleure et qui le voit champion d'Europe avant que n'éclate la guerre. Cinq victoires en huit départs au volant de la Mercedes W163, à Pau, à Tripoli, à l'Eifel, à Spa et à Berne. Belle revanche pour le petit mécano souvent regardé de haut par ses coéquipiers, notamment von Brauchitsch.
Merci pour votre commentaire rédigé dans un français mille fois supérieur à mon allemand.
Ecrit par : Mémoire des stands | lundi, 11 juillet 2005
Jean-Marie, je connaissais cette peinture malheureusement un peu étroite pour figurer sur mon site qui n'a de toute façon aucunement le droit de le faire, comme pour les magnifiques oeuvres de Benjamin Freudenthal, ou celles de Bernard Cahier, ou celles de Louis Klemantaski, ou celles de... etc.
Puissent ces auteurs ne pas lancer leurs cabinets d'avocats à mes trousses...
Ecrit par : Mémoire des stands | lundi, 11 juillet 2005
Une petite question:
j'ai visité l'année derniere ce mythique circuit et en allant en ville, j'ai aperçu dans l'actuel hopital, le palmares des courses. Qui peut me dire pourquoi cet "affichage" ici?
Ecrit par : Ronot Grégory | lundi, 29 mai 2006
J'étais gamine quand j'ai assisté à des courses sur le circuit de gueux. Que de beaux souvenirs avec mes frères. Quand le circuit a fermé, un peu de notre vie est parti. Le bonheur serait de revoir ce circuit mais malheureusement il restera dans les mémoires maintenant.
Restaurer les tribunes restantes et expliquer ce que fut cet endroit serait aussi bien que d'autres choses existantes sur Reims.
N'oubliez pas cette histoire, je l'ai expliqué à mes enfants qui ont pu apercevoir en étant petits, les demi roues au dessus de la chaussée que ce soit en venant de Gueux ou de Fimes.
Je tiens une auto école à Reims et dans le bureau, j'ai une documentation du circuit affichée au mur. J'aime expliquer certaines choses à mes élèves.
Je sais que de nombreux accidents ont eu lieu, mais comme on dit "ce sont les risques du métier"
Ecrit par : HIMBER LILIANE | dimanche, 02 septembre 2007
A Liliane Himber. Est-ce que c`est possible de savoir, si le nom Kleitz (Klejc) vous dit quelque-chose? Si oui, je vous prie de m`ecrire. C´est tres important.
Ecrit par : Ruslan Batenkov | vendredi, 05 octobre 2007
Pour les nostalgiques du circuit de Champagne, vous trouverez ci-dessous un lien vers une video de WheelsTV (en Anglais) sur le circuit de "Rimm's"..
http://www.brightcove.tv/title.jsp?title=245987682&channel=8017
Ecrit par : Thierry Chargé | vendredi, 12 octobre 2007
Cher Professor,
J’avais bien raison : cette Ferrari était engagée par Marranello Concessionaries
Ecrit par : Daniel DUPASQUIER | mardi, 23 octobre 2007
bonsoir a tous..... la lecture du magazine LVA de cette semaine me laisse perplexe quand a l avenir du circuit .......... peut etre que nous aurons a nous mobiliser dans les mois qui viennent pour ne pas que son avenir ressemble a celui de rouen les essarts...... au secours professeur c est si grave que cela ?.......
Ecrit par : tonton néné | mercredi, 04 juin 2008
Réponse à Ronot Grégory.
L'affichage du palmarès des courses dans le hall de la clinique
vient du fait que l'immeuble était autrefois le siège de l'automobile
club de Champagne.
Ecrit par : Lemaire | mercredi, 04 juin 2008
1000 mercis!
Ecrit par : Grégory Ronot | mercredi, 04 juin 2008
L'avenir de Reims-Gueux n'est pas aussi sombre que certains le croient car on note une implication de l'Etat dans l'organisation du prochain WEEA. Ainsi que m'en faisait part Pascal Pannetier, qui suit ce genre d'affaires de près, et suite au rapport Rappeti sur l'état du patrimoine automobile en France - dont nous allons parler très prochainement - la Direction des affaires culturelles de la région Champagne-Ardennes a inscrit le WEEA dans son périmètre d'intervention, ce qui se traduit sur l'affiche dudit par un beau logo officiel, qui "fait classe" selon Pascal.
Cet état de fait est une nouvelle donne dans notre pays. À suivre...
Ecrit par : Mémoire des Stands | jeudi, 05 juin 2008
REIMS: d'abord, bravo pour le plan avec les modifications successives j'ai fini par comprendre comment Claes abima sa T26 belge sur un mur, en 53 ! !
Ensuite, je suis débutant et mal dégourdi, mais je voudrais montrer quelques unes de 125 photos d'époque de Reims (12h; ACF dont Mercedes en 38 et le fameux 53; F2) de 33 à 69 que je suis amené à vendre: qui peut m'aider à passer ces photos ? hervé.racing@free.fr ou 06.15.06.36.45
Ecrit par : Hervé | mercredi, 08 juillet 2009
Pour un professionnel de la profession Nuvolari, vous vous trompez d’année, c’est je pense en 1951 pour J. Claes et forcement sur une auto belge.
Ecrit par : AG | jeudi, 09 juillet 2009
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