jeudi, 30 juin 2005
Grand Prix de l'Age d'Or 2005, 10 h 10

Le Club Bugatti France avait inscrit l’Age d’Or à son calendrier de manifestations [1]. Trente-cinq de leurs machines sont arrivées le samedi en soirée à l’issue d’une balade en Bourgogne et ont improvisé un campement sauvage dans un enclos réservé aux clubs.
Elles ont donné le lendemain, à travers une parade sur le circuit et des baptêmes de piste, un aperçu de ce qu’envoie à l’esprit la fusion de l’art et de la mécanique.
Nous confessons avoir rarement été confronté à ces automobiles au cours de notre « carrière » de spectateur professionnel qui s’étire sur une vingtaine d’années après la fin des sixties, les Bugatti ayant cessé d’être produites en 1963.
Issu d’une famille à la tradition d’artiste, Ettore Bugatti, après avoir construit une première voiture en 1898, s’installe à Molsheim en 1910 (Alsace, alors en Allemagne) et lance la fabrication de machines qui vont vite se frotter à la compétition. Leurs calandres en fer à cheval, qui sèment la panique chez les concurrents, annoncent un moteur dont le Patron exigeait qu’il fût beau. Il fallait même que se fût un joyau, peut-être faut-il y voir l’influence de son père, Carlo, à la fois architecte, sculpteur, joaillier.
7 950 autos seront produites entre 1910 et 1963, dont quelque 1 800 survivent encore, soit 23% d’entre elles.
Ce pourcentage très exceptionnel montre l’attachement que les propriétaires manifestent envers leurs Bugatti.
Ce n’est que récemment, par le biais des courses historiques où nous retrouvons un peu de nos souvenirs envolés, que la magie entourant ces objets d’art nous a frappé.
Leur sonorité, d’abord, nous avait enchanté lors du GP historique de Monaco 2002, étonnamment moderne, dégageant une impression de puissance surprenante dans une voiture des années vingt. Les Bugatti sont des vieilles dans des corps de jeunes. Leur esthétique, ensuite, qui ressort de l’intemporel. Le poids des ans paraît glisser sur leurs carrosseries en forme de cigare sans les toucher, les corrompre.
Les Bugatti sont des jeunes femmes dans des corps de gamines.
Voir une Bugatti rouler renvoie chacun à sa propre histoire familiale. Qui n’a pas un aïeul dormant sur une feuille d’acétate dans une boîte à chaussures, posant à côté d’une auto de ce genre ? Voir rouler une Bugatti est un spectacle total offert au corps et à l’esprit, aussi est-il dommage que tous les propriétaires ne s’immergent pas complètement dans l’Histoire, s’affublant de casques intégraux, verrues anachroniques auxquelles des hommes de goût tels que Pierre Feidt ou Jean-Paul Michel ont préféré le casque de cuir. Grâce leur soit rendue.

La Jaguar ci-dessus n’a plus que quelques années à vivre sous l’immatriculation qui la désigne comme telle, à moins que n’aboutissent les revendications engagées par quelques associations [2] pour obtenir une dérogation à la nouvelle réglementation du système d’immatriculation des véhicules qui doit entrer en vigueur en 2007.
De quoi s’agit-il ? De modifier un système d’immatriculation en usage depuis 1950, devenu obsolète, paraît-il. Tout véhicule se verra attribuer un numéro « à vie », sans référence géographique, selon le format suivant : AA 111 AA. Ceci pour répondre à un souci de rationalisation de gestion du parc et, vraisemblablement, pour devancer la décision européenne qui se prépare.
En outre, la forme des plaques sera normalisée. Il semble que les associations de possesseurs d’anciennes aient obtenu la faculté de garder les plaques de tailles et formes spécifiques à certaines autos (ex, les plaques carrées des Corvettes), mais nullement la latitude d’exhiber un numéro personnalisé. Sur certains forums, le débat est vif à se sujet. Il en serait alors terminé des 911 RS 75, des 1965 GT 40 (joli, celui-là) ou des 250 GTO 93 (rare, celui-ci).
Pourquoi ne pas permettre une dérogation aux collectionneurs, ou aux amateurs, qui leur permette d’acheter leur numéro, comme ça se fait dans les pays anglo-saxons ?.


Les critiques sur l’Age d’Or new look portent essentiellement sur son volet « clubs », moins bien géré que l’autre aspect de la manifestation : les courses. On n’a pas retrouvé à Dijon l’ambiance merguez-cambouis qui donnait des airs de Woodstock aux soirées passées jadis à l’ombre du vieil anneau de Montlhéry. Il faut reconnaître que Prenois n’embrasse aucune perspective hors celle qu’on a de la piste – normal, eu égard à sa nature première de stade automobile.
L’Age d’Or se caractérise par cette double casquette, clubs d’anciennes d’une part, sport automobile d’autre part ; deux univers assez imperméables l’un à l’autre, deux milieux sociaux-culturels différents. Les clubs se sont plaints du manque de place, du peu de visibilité de la part d’un public désorienté lui aussi. Beaucoup d'entre eux ont fait l’économie du voyage de Dijon, surtout les plus amateurs ou les plus rigolos, comme les Outlaws qui nous avaient tant fait rire des dernières années, ou le Club Qui N’en Veut, les rois de la toile cirée à carreaux. Restait ce possesseur de Maserati Ghibli, grillant, façon congé payé, sa saucisse du soir, qu’il a dû arroser en compagnie du compère de l’Austin qui suit.

La Gordini T16 du Belge Mark Valvekens [3], vue à Pau, avait beaucoup de misères, comme à Pau. Elle est partie avec difficulté, mais a rejoint son peloton, tout de même, ce qui lui a valu des applaudissements. On se serait cru ramené en 1954, à l’époque de Clemar Bucci ou de Jacky Pollet, lesquels tournaient sur les circuits plus souvent à pied qu’à son volant.
Cette machine détient le pouvoir d’arrêter le temps. En examinant le cliché ci-dessous, pris à 13 h 45, nous avons découvert que même son horloge est hors d’usage (le cadran en bas à droite). Elle marque 10 h 10. Comme dans les vitrines des horlogers, ou sur les publicités pour des montres.
Nous avons été d’autant plus sensible à ce petit détail que nous avons pas mal réfléchi sur un défunt site Internet, à travers cette problématique de 10 h 10, à la conjonction du temps et du hasard. Partout se cache le non-su, même au Grand prix de l’Age d’Or.

Rendez-vous l’année prochaine, à 10 h 10, le dernier samedi de juin pour l’édition 2006.
Grand Prix de l’Age d’Or . Circuit de Dijon-Prenois . 25 et 26 juin 2005
[1] On consultera avec plaisir le site du club Bugatti France : http://www.club-bugatti-france.net
[2] Comme Immatperso : http://www.immatperso.com
[3] Voir le dossier consacré à cette auto par Motorlegend
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| Tags : grand prix age or, 2005, circuit dijon-prenois, club bugatti france, gordini t16 |



















Commentaires
Philippe Aubert vous en souvenez vous ?
Il était chroniqueur télé dans l’émission l’Assiette anglaise, le grand Pierre Bouteiller lui confiait quelques minutes de sa tranche horaire sur France inter. Philippe Tesson alors rédacteur en chef du Quotidien de Paris appréciait beaucoup sa plume et souhaitait qu’elle fut mise au service de la rubrique auto et surtout sport auto de son journal.
Ce sacré Aubert réussissait sans se déplacer (nous avions consciencieusement contrôlé son absence dans les paddocks F1) a écrire des papiers très vivant et très documenté destiné a une catégorie de lectorat plus intéressée par la politique extérieure de la Haute Volta et du Paraguay que par les dépassements de James Hunt dans Tarzan a Zandvoort (cette info vous permettra de situer l’époque).
Nous déjeunions parfois a une table voisine dans un restaurant ou il avait ses habitudes, c’était avenue Parmentier ou se situait la rédaction du Quotidien, il était fin et drôle et savait se tenir a table.
Il a disparu trop tôt.
Quel rapport avec Bugatti êtes vous en train de marmonner. J’y arrive ne soyez pas impatient cela fait monter la température, en ce moment c’est dangereux.
Il a écrit en 1981 un livre fort passionnant :
Les Bugatti chez Jean-Claude Lattes.
Courrez chez votre bouquiniste favoris vous ne serez pas déçus.
Ecrit par : gianpaolo | vendredi, 01 juillet 2005
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