jeudi, 30 juin 2005

Beltoise Monaco 70 #29/88


Jean-Pierre Beltoise trouve jeudi après-midi dans le parc fermé situé en contrebas de l'usine des machines à café Conti, sa Matra MS120/03 modifiée. Des roues de 15 pouces ont été montées à l'arrière dans le but de réduire l'échauffement des gommes constaté à Jarama par l'accroissement de la surface de contact au sol.
Monaco étant gourmand en freins, Bernard Boyer a fait installer sur ceux-ci de petits aubages en alliage léger, pour les refroidir. Enfin le tableau de bord admet désormais des voyants de température d'eau et de pression d'huile, et un volant de plus grand diamètre attend le pilote.
On est inquiet à propos de la transmission ; la boîte Hewland exploitée sur les MS120 est conçue pour le moteur Ford DFV qui tourne de 1000 à 2000 tr/mn moins vite que le V12, et là où ses concurrents utilisent des couples de 11/38, Matra doit monter des 9/38 : neuf dents seulement au pignon. C'est d'ailleurs là que le bât allait blesser.

JPB est bon lors des premiers essais : quatrième en 1'25,6 derrière Stewart intouchable en 1'24,1, puis viennent Amon et Hulme. Pesca connaît des ennuis d'alimentation et se trouve à près de trois secondes de son coéquipier.

Il pleut vendredi.
Les chronos sont très loin de ceux de la veille, notamment celui de Beltoise qui descend dans la hiérarchie provisoire à la dixième place avec 1'45,7, quand l'Ecossais, décidément imbattable, est en 1'37,1 et Pescarolo en 1'52,7, toujours aux prises avec son circuit d'alimentation dans lequel ses mécanos soufflent à qui mieux mieux !

Pas d'amélioration samedi pour Beltoise qui égale son temps de jeudi à un dixième près. Il laisse son auto pour quelques tours à Pesca, dont les mécaniciens ôtent enfin l'impureté qui bouchait l'alimentation de MS120/O2. Le grand barbu signe le septième chrono, juste derrière Jean-Pierre qui est en troisième ligne à côté de Jacky Ickx. Johnny Servoz-Gavin tape à la chicane, il n'est pas qualifié.

Un soleil léger illumine la Corniche quand le drapeau manipulé par Paul Frère fait s'élancer seize gaillards à l'assaut de Sainte-Dévote, que Stewart est le plus prompt à saluer, suivi par Amon, Brabham, Ickx et JPB. L'Ecossais a déjà deux secondes et demie d'avance au deuxième passage, mais en ce qui nous concerne, Beltoise a sauté Ickx : il est quatrième.

Amon, second, est incapable de suivre le train de Stewart. Brabham le presse. Le Néo-Zélandais compte sept secondes de retard au dixième passage, il a Brabham et Beltoise à ses basques et au vingtième tour ce retard monte à douze secondes quatre dixièmes, alors que Brabham est à six dixièmes derrière et Beltoise à trois secondes huit dixièmes.

C'est à ce moment que la Matra n°8 perd de sa vivacité. Son pilote ressent une vibration qui va s'amplifiant. Le couple conique est en train de lâcher, ralentissant de plus en plus la voiture. JPB stoppe au 22e tour et abandonne.

La MS120 a un potentiel certain en ce début de saison, Beltoise le prouve à chaque sortie et Pesca le fait joliment ici où il se classe troisième à l'issue d'une épreuve mouvementée qui voit Rindt enlever in extremis une victoire que le vieux Jack avait dans la poche.


Grand Prix de Monaco . Circuit de Monaco . 10 mai 1970

Fiche technique : www.grandprix.com/gpe/rr187.html


JPB vu d’en haut
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