mardi, 07 juin 2005
Beltoise Espagne 70 #28/88

MS120/03, châssis neuf, est déplacé à Jarama en remplacement de MS120/01 que Jean-Pierre a plié un mois plus tôt à la Course des champions de Brands Hatch. Cette auto présente une suspension arrière allégée par l'emploi de titane et des roues de 13 pouces sont montées à l'arrière, ce qui va s'avérer un mauvais choix, comme on le verra.
Henri Pescarolo tourne sur MS120/02 qu'il règle avec difficulté après devoir constater que son aileron arrière est trop haut de deux centimètres. Il refait en catastrophe tous ses réglages à quelques minutes de la fin des essais.
La plus grande confusion marque les séances d'essais. Dépassés par la mise en application des nouveaux "Accords de Genève" qui réorganisent les qualifications et instaurent une liste de dix pilotes qualifiés d'office - dont JPB fait partie -, les organisateurs décident de prendre en compte pour l'établissement de la grille les chronos effectués durant la dernière des quatre séances du vendredi, contrairement au plan prévu. Plusieurs pilotes n'y ont pas tourné, dont Beltoise qui avait prêté ses pneus à Pescarolo et qui reste sur un moyen 1'25.10 réalisé pendant la première séance.
Il se qualifie le samedi sur un temps de 1'24.46 (alors qu'il a été officieusement chronométré plus vite), en quatrième position derrière Jack Brabham, Denny Hulme et Jackie Stewart, malgré que des impuretés dans le circuit d'alimentation de la MS120 l'aient ralenti. Jochen Rindt est huitième sur la nouvelle Lotus 72, arrivée tardivement car bloquée en douane.
Dès après le départ, une colonne de fumée monte dans le ciel pur de Jarama. Jackie Oliver a cassé un porte-fusée sur sa BRM et heurté la 312B de Jacky Ickx dans le virage situé derrière la tour. Les deux hommes s'extraient indemnes du brasier que les pompiers s'épuiseront à tenter d'éteindre pendant toute la course.Beltoise est sixième derrière Pesca au premier tour ; il le passe au septième tour, se retrouve ensuite quatrième, puis troisième quand Denny Hulme s'arrête sur panne d'allumage. Le Parisien suce la roue de Brabham, lui-même à quinze secondes de Stewart qui fait donner à sa mauvaise March 701 tout ce qu'elle a dans le ventre et caracole en tête.
La tenue de route de la BT33 de Brabham est handicapée par des pneus encore froids (que les passages répétés dans les coulées d'eau déversées par les pompiers ne contribuent pas à chauffer) et Black Jack se paye au seizième passage son deuxième tête-à-queue. Beltoise est maintenant second.
Les rares spectateurs français se figent, le coeur battant. José Rosinski résume ces instants dans la livraison de mai 1970 de la revue Champion : La Matra tenait magnifiquement la route, Jean-Pierre attaquait à fond avec une verve superbe, le V12 émettait son merveilleux bruit strident qui le fait reconnaître entre tous et il démontrait ses grands progrès dans la ligne droite où j'ai chronométré la Matra dans le même temps que la Brabham et les March, si l'on excepte celle de Stewart un soupçon plus rapide.
Sept secondes séparent les deux hommes de tête au 20e tour, puis l'écart se réduit à 6'2 alors que Brabham chasse derrière beltoise à onze secondes. Mais l'Australien remonte brusquement, il est à 10, puis à 9 secondes. Les Goodyear G22 de Beltoise se dégradent sous les effets conjugués de la fournaise madrilène et de la bande de roulement trop réduite imposée par les roues de 13 pouces équipant MS120/03.
Au 32e tour, alors que Brabham est revenu dans ses roues, une bielle du V12 coule, et avec elle, les espoirs tricolores. Le grand Riton connaît un sort identique trois tours plus tard alors qu'il occupait une belle troisième place.
Johnny Servoz-Gavin termine en cinquième position, et dernier, ce qui sera son ultime Grand Prix.
Grand Prix d’Espagne . Circuit de Jarama . 19 avril 1970
Fiche technique : http://www.grandprix.com/gpe/rr186.html
Images © www.forix.com
20:45 Publié dans Jean-Pierre Beltoise : Grands Prix 1969/1970 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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