samedi, 05 février 2005

Beltoise Allemagne 68 #11/88

Quand ils arrivent sur le massif de l'Eifel le vendredi matin, pilotes et spectateurs constatent qu'un épais brouillard enveloppe la piste. Faisant grise mine, les mécanos déchargent du camion les deux monoplaces frappées du coq rouge de Matra et les protègent aussitôt sous des bâches. La cour carrée qui sert de paddock au Nürburgring résonne des flocs-flocs mouillés des hommes qui vont aux nouvelles.

Pour la première fois depuis Monaco, Jean-Pierre Beltoise dispose de ses deux châssis, 01 et 02. Les deux autos diffèrent au fil de leurs évolutions ; 01 a son réservoir d'huile toujours à l'avant et le radiateur est à gauche de la coque tandis que l'échappement est revenu à la conformation initiale de six tuyaux.
JPB va préférer 02 pour courir, châssis doté du nouvel échappement « quatre tuyaux » et aussi d'un aileron arrière d'un genre nouveau et sur lequel l'attention des observateurs se focalise car il est mobile et commandé par un servomoteur issu de la technologie militaire propre à Matra.
Cet aileron n'est pas destiné à améliorer la portance mais sert théoriquement à aider au freinage, il est actionné depuis la pédale de frein et reste débrayé en position neutre en ligne droite. Testé en vue de Monza, le système est débranché le jour de la course. On note enfin le montage de freins de F2 à l'arrière, plus légers.

medium_belalem68.jpgLa première séance d'essais du vendredi est disputée sous un brouillard opaque et sur sol humide, Ickx signe un 9'04.0 qui sera invaincu et relègue Amon à dix secondes, temps qui en disent long sur les conditions de visibilité et d'adhérence.
Les séances de l'après-midi et du lendemain matin sont annulées : la visibilité est de 100 mètres devant les stands. Chacun trompe son désœuvrement à sa façon. Beltoise et une partie de son équipe sont partis déjeuner à l'extérieur du Ring, pensant que le mauvais temps perdurerait. Ils entendent des hurlements de moteurs sur le chemin du retour et Jean-Pierre aperçoit sa MS11 sur la piste aux mains de Johnny Servoz-Gavin ; les essais ont repris l'espace d'une accalmie et Le Guezec a demandé au Grenoblois, présent au Ring pour pallier une éventuelle défaillance de Stewart (poignet douloureux), de tourner sur la caisse numéro 12.

Une ultime séance se déroule le dimanche car les temps signés samedi sont loin d'être significatifs. Le seul à améliorer est Beltoise qui se hisse en cinquième ligne en 10'17 et Stewart, en forme, fait sous la pluie un 9'54.02 prometteur. Une attente interminable commence, tous scrutent le ciel, espérant une trouée de soleil. En vain.
On a du mal, depuis la tribune de presse, à distinguer les stands qui sont en face. Tous les pilotes sont en pneus pluie. Des gens s'amusent à tâter du doigt les Dunlop et rigolent ; le pneu est si abrasif qu'il colle comme de la glue.
Le starter libère les vingt voitures en direction de la Courbe sud qu'Amon aborde en tête, suivi de Hill et de Stewart. L'Ecossais, qui allait accomplir ici la course de sa vie, passe en tête au premier tour avec huit secondes d'avance sur Hill. Beltoise est treizième derrière Rodriguez, très loin de l'homme de tête dont le capital de secondes se monte à trente-quatre au second tour.

Anonyme, JPB se bat dans le brouillard et grappille des places au fil des abandons. Il est dixième au tour quatre, mais, en bagarre avec Piers Courage, il sort à Hohe Acht et abandonne, constatant une fuite d'essence.
Stewart termine sa chevauchée solitaire avec quatre minutes d'avance sur Graham Hill, fixant ce jour le record du plus gros écart à l'arrivée d'un Grand Prix.

Jean-Pierre Beltoise rendra hommage à Jackie en ces termes qui disent, avec pudeur, la différence entre un champion hors du commun et un pilote de course : « Ce que Jackie a réalisé pendant cette course, je n'en aurais tout simplement pas été capable. »

Grand Prix d’Allemagne . Circuit du Nurburgring . 4 août 1968
Fiche technique : http://www.grandprix.com/gpe/rr169.html

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