samedi, 06 novembre 2004

Beltoise Hollande 68 #08/88

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Le mauvais temps règne sur la côte batave en cette fin juin.
Une légère accalmie le vendredi permet d'établir une première hiérarchie avec Amon qui signe notamment un 1'23.54 resté inviolé et qui lui offre la pôle.
Matra a convoyé à Zandvoort le chassis MS11/01 pour Jean-Pierre Beltoise, 02 étant resté à Vélizy où l'attend l'important programme de modifications qui n'avait pu être mené à cause des grèves de mai.
01 a reçu depuis Spa quelques améliorations, les échappements sont raccourcis et ramenés à quatre tuyaux dans le but de gagner des chevaux en bas et on teste discrètement un système de traction intégrale, d'ailleurs vite abandonné.

Samedi, Ken Tyrrell demande à Beltoise de tourner sur la MS10 de Stewart pour soulager le poignet toujours douloureux de l'Ecossais. Un Stewart qui qualifie néanmoins son auto en cinquième position sur la grille alors que Beltoise rame sur la piste séchée par le vent du Nord et ne fait pas mieux qu'un modeste seizième chrono, à plus de trois secondes d'Amon.

Dimanche matin, tout le monde a le nez en l'air. Pleuvra, pleuvra pas ? La piste est mouillée, super glissante et le vent glacial qui souffle du large ne semble pas devoir l'éponger.

Jean-Pierre est perplexe devant sa MS/11 chaussée de pneus Dunlop à large rainure centrale, les plus tendres, tandis que Jackie Stewart a préféré monter des intermédiaires. Claude Le Guezec, le directeur sportif de Matra, et Beltoise, ont opté pour ce type de pneus qu'aucun autre concurrent équipé de Dunlop n'a pris le risque d'utiliser car trop fragile, mais la Matra va devoir s'arrêter en cours d'épreuve pour ravitailler, alors… autant risquer le pari, quitte à changer de train si le tarmac sèche.

Les dix-neuf voitures sont libérées. Hill, mal parti, se reprend et passe en tête au premier tour devant Stewart, bien placé, Rindt, Amon, Ickx, McLaren… et Beltoise qui a déjà sauté quatre concurrents. Une fantastique remontée commence. Le Français est huitième au passage suivant puis cinquième le tour d'après. Les Dunlop pluie font merveille sur ce revêtement couvert d'huile et de sable mêlés, glissant comme une patinoire.
Stewart, qui dans l'histoire a oublié son poignet foulé, prend la tête au quatrième tour et ne la lâchera plus jusqu'au drapeau à damiers.
Beltoise est déchaîné et vole de virage en virage. La Matra sur le mouillé transforme ses handicaps (excès de poids et manque de puissance) en avantages exactement inverses, et on sait son pilote à l'aise dans ces conditions d'adhérence précaire qui lui rendent moins pénibles les efforts imposés à son bras gauche bloqué depuis l'accident de Reims en 1964. Il passe Hill au onzième tour et le voilà second, il remonte le leader et fixe en 1'45.91 le meilleur tour au treizième passage.

Pourtant au 21e tour, distrait par Bruce McLaren qui rentre au stand à pied, il commet une faute qui l'envoie en toupie à Tarzan dans un nuage de sable mouillé. Des grains de sable s'introduisent dans sa commande d'accélérateur qui commence à gripper. Jean-Pierre signale à son stand au tour suivant qu'il va stopper au prochain passage, laissant ainsi le temps à Le Guezec de préparer ses gars.
On nettoie son accélérateur, refait le plein tandis qu'on lui troque sa visière contre des lunettes et il repart en trombe en septième position mais refait un tête-à-queue pratiquement au même endroit, surpris par le surpoids de carburant. Il se redresse sans bobo et part à l'attaque de Graham Hill alors solide second à une minute de Stewart. L'Anglais sera avalé non sans résistance au 50e tour et c'est alors que Stewart pointe son museau bleu au cul de la MS11 et l'avale, prenant un tour à Beltoise au moment ou celui-ci retirait ses lunettes couvertes de buée.
Piqué au vif et nonobstant les panneaux du stand qui lui demandent de ne pas tirer plus de 9000 t/m d'un moteur qui frise la panne sèche, JPB se dédouble sur l'homme de tête au 71e passage et reste le seul à qui Stewart n'a pas pris un tour. Les deux Matra terminent dans cet ordre et cette première victoire d'une voiture française depuis la création du Championnat du monde de F1 en 1950 est saluée avec un fol enthousiasme en France.

Le quotidien L'Equipe titre le lundi matin : « Le jour de gloire est arrivé ».

Grand Prix de Hollande . Circuit de Zandvoort . 23 juin 1968
Fiche technique : http://www.grandprix.com/gpe/rr166.html

Commentaires

Avant le départ de la course, j'avais téléphoné à l'aéroport d'Amsterdam ( Shipoolh) qui m'avit informé qu'il devait pleuvoir d'un moment à l'autre. C'est pourquoi sans rien dire à personne j'avis fait le choix des pneus pluie

Ecrit par : le Guezec | vendredi, 26 juin 2009

Diantre...... Aurais-je raté de précédentes interventions de Claude Le Guezec sur ce blog, ou avons nous bien ici la première contribution d'un nouvel acteur "de l'intérieur" des années de course qui nous passionnent ?

Bienvenue à vous, Monsieur Le Guezec, vous avez surement des choses passionnantes à nous raconter.

Ecrit par : Philippe7 | vendredi, 26 juin 2009

Bonjour Mr Le Guezec, tous ici sommes un peu de la génération "équipe Matra-elf"...
Et c'est comme si c'était hier.

Ecrit par : Francis Rainaut | vendredi, 26 juin 2009

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