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mercredi, 12 janvier 2005

La fin de Jochen Rindt

Rindt1.jpg


Il y a quelques années de celà, en naviguant sur le Net, nous sommes tombé sur un texte rédigé en anglais qui n'a cessé de nous hanter depuis. Il s'agit du témoignage qu'a livré John Miles pour une chaîne de télévision britannique sur la fin de Jochen Rindt, à Monza, le 5 septembre 1970. Le récent anniversaire de celui qui fut le coéquipier de l'Autrichien en 1970 chez Lotus nous a remis en mémoire, s'il en fût jamais sorti, ce fulgurant morceau de littérature automobile.




johnmiles.jpgFils d'un grand acteur de théâtre, Miles a longtemps hésité entre art et sport avant de choisir. Ecrit avec un lyrisme contenu par une rare économie de moyen, son papier décrit par le menu le dernier week-end de Jochen Rindt.
Le lecteur y trouvera, sous une forme traduite tant bien que mal en français, aussi bien le témoignage de la vie quotidienne d'une écurie de course de F1 à l'aube des années soixante-dix qu'un regard franc et lucide sur la vie, la mort et toutes ces sortes de choses.
John Miles a le sens des mots, comme Jochen Rindt avait celui des trajectoires.




"Le soleil était bas lorsque le Trident British Airways, vol 062, atterrit à l’aéroport de Milan Linate le jeudi 3 septembre 1970. Il faisait chaud et humide, comme il semble que ce soit toujours le cas en Italie. Je jetai un œil dans le cockpit baigné de pénombre où le pilote et le co-pilote remplissaient leurs plans de vol de retour. Ils seraient à la maison ce soir, les veinards.

Jochen était au sommet. Il régnait sur le championnat du monde. Sa confiance était inébranlable. Il venait de marquer une fantastique série de victoires qui avait débuté à Monaco sur une Lotus 49C, puis sa nouvelle 72 s’était mise à voler. Victoires à Zandvoort, Charade, Brands Hatch et Hockenheim. Jochen Rindt semblait indestructible, vu de l’extérieur.
Mais il ne faut pas se fier aux apparences. J’avais le sentiment que nous avions essuyé trop de casses. Les modifications constantes et les mises à jour – auxquelles s’ajoutaient la surcharge d’une troisième auto pour Emerson Fittipaldi – étaient le signe d’une activité frénétique et engendraient trop de fatigue chez les mécanos. On ne pratiquait pas comme ça chez nos concurrents, me semblait-il. Une intuition trottait dans ma tête, me disant que les choses ne se passeraient peut-être pas aussi bien durant ce week-end.

La 72 avait commencé sa carrière entachée de deux défauts de base : une anti-plongée excessive qui agissait sur les freins en les bloquant, et un anti-patinage également trop prononcé engendrant une traction trop faible. Une fois supprimés les systèmes « anti », la voiture a vraiment bien marché – car le reste était parfait.

Mais, mon Dieu, qu’elle était fragile ! Nous étions sans arrêt en train de la rafistoler. De plus, le fait de ne pouvoir garder un moteur intact me frustrait (on sut après qu’il y avait un défaut de lubrification). Sur l’Osterreichring, deux semaines avant Monza, un axe de frein s’était rompu sur ma voiture, manquant de peu de me précipiter contre un arbre. Une vibration horrible s’était déclenchée au début de la course. Quand je freinais, la voiture se déportait sans prévenir sur la droite et m’envoyait me bagarrer avec les virages – heureusement que mon ange gardien y veillait. C’en était assez. Chaque fois que je montais dans 72/R1, le moteur pétait ou quelque chose cassait.


hoteldelaville.jpgJ’avais demandé à la merveilleuse Trish, du Team Lotus, de me réserver une chambre calme à l’arrière de l’Hôtel de la Ville, afin d’en finir avec les lumières des feux de signalisation et des courses de mobylette toute la nuit. Je n’ai pourtant pas fermé l’œil, n’arrêtant pas de songer à Bruce McLaren, Piers Courage et Paul Hawkins. Piers venait juste de me doubler quand il s’est crashé. Et maintenant je suis à Monza, théâtre de combats de titans, fief des tifosi. Je n’aime pas cet endroit. Est-ce un circuit automobile ou une arène de chars, style Ben-Hur ? Quelle est la différence ?

Vendredi matin. Il y avait une superbe suspension dans la salle à manger et un lot de boiseries anciennes. N’ayant pas aperçu Jochen au petit-déjeuner, je suis parti au circuit, seul. Les tifosi était déjà à l’œuvre, tentant d’escalader les grillages. L’un avait du sang sur les mains. Aucun camion Gold Leaf Team Lotus n’était en vue. Pas de chef mécano Gordon Huckle, ni Dave « Beaky » Sims, non plus Eddie Dennis. Tous les autres étaient là, par contre. Graham Hill avait essayé sa Lotus 72 Rob Walker plus tôt dans la semaine ; je notai ses spécifications aérodynamiques : ailerons avant plats et section centrale de l’aileron arrière à trois plans ôtée.

Le camion Lotus arriva au paddock peu avant la première séance d’essais. Les gars venaient de s’envoyer 48 heures de route non-stop. Ils avaient l’air épuisé. Ils avaient fourni une grosse somme de travail depuis le GP d’Autriche, outre une 72 à assembler pour Emerson. Les gars étaient en train de régler les rétroviseurs, installaient le siège d’Emerson et faisaient les pleins.

Drôle de façon de gagner un championnat du monde, lance Phil Kerr, le team manager de McLaren, alors qu’il passe près de moi. Je suis convoqué au centre médical. Typique absurdité italienne : on me fait mettre sur une jambe, les bras écartés, les yeux fermés. Je n’ai jamais compris pourquoi. Dingue ce truc.

Jochen semblait en forme. Il savait le championnat dans sa poche. Nina, son épouse, était là comme d’habitude. Autour de Jochen flottait en permanence comme un air d’urgence. Il explosait très vite. Il détestait les essais ; j’adorais ça. En ce qui me concernait, ma conception du paradis était de tourner à Silverstone pour améliorer une auto. Une auto bien réglée va vite sans faire prendre à son pilote beaucoup de risques. Jochen et moi étions en retard après la première séance d’essais : dans les 1,28 alors que Jacky Ickx était à 1,24.6 en compagnie de Clay Regazzoni et Jackie Stewart dans les 1,25 sur sa Tyrrell 001 dont c’était la première sortie. Mais c’est dans la deuxième séance que les choses se sont sérieusement gâtées.

Jochen et moi travaillions sur la vitesse de pointe et nous en étions plus ou moins arrivés aux même conclusions que Graham Hill : ailerons avant et arrière plats, volet central de l’aileron arrière enlevé. Il restait environ une demi-heure d’essais. Les Ferrari était devant en 1,24, nous étions deux secondes derrière. Jochen s’arrête au stand pour réclamer davantage de vitesse de pointe. Il avait failli gagner ici l’an dernier sur une Lotus 49 dépourvue d’ailerons. Il exige qu’on ôte ses ailerons.

C’est le seul moyen d’aller vite sur ce toboggan, dit-il à Eddie Dennis, son mécano. J’avais perdu un temps fou dans le deuxième Lesmo à cause de la sortie qui est aveugle et qui commande le bout droit menant à l’ultra-rapide courbe Ascari (une chicane maintenant) et à la longue ligne droite qui va vers la Parabolique.
C’est alors que j’aperçus Jochen dans mes rétroviseurs. Il restait environ une demi-heure à tourner. Il y avait quelque chose de changé sur sa voiture. J’ai ralenti. Il est passé sous le pont de l’anneau de vitesse dans l’habituel environnement de bruit et de turbulences. Dans Ascari sa voiture était comme folle : l’arrière zigzaguait, elle utilisait toute la piste, même le tarmac où le circuit junior rejoint le grand circuit. Nous nous sommes arrêtés tous les deux au stand. Jochen avait fait 1,25.7, moi 1,26.5. Il était de 500 à 600 tours plus vite en ligne droite sans ailerons. Il voulait maintenant une très longue 5e vitesse pour exploiter au mieux le super DFV à 10 500 tours qu’on lui installerait pour le samedi.

lotus72monza.jpgLa vision de sa voiture très instable sans ailerons m’avait convaincu de garder les miens. Une conversation que je n’oublierai jamais s’ensuivit alors. Avant que j’aie pu dire quoi que ce soit, un ordre fusa de Colin :
Enlevez les ailerons de la voiture de John ! J’ai répliqué par la négative.
Colin a insisté :
Virez-lui ses ailerons ! Confronté à ce genre de situation, je me fie toujours à mon instinct. La méthode la plus lente est souvent la plus efficace, se plaît à dire Jackie Stewart.

J’avais une idée de ce qui m’attendrait sans ailerons, car même avec ses appuis, ma voiture était très nerveuse. Dans le premier virage, la Curva Grande, l’arrière partait, ainsi que dans Lesmo. Il n’y avait aucune adhérence. Pour la première fois, j’avais peur dans une voiture de course. Les essais se sont achevés. Jochen et moi étions respectivement 6e et 11e. Emerson était en 1,28 mais sa 72 était en panne quelque part sur la piste. Encore un pépin de plus.

En ce temps-là, l’effectif du Team Lotus se montait à 12 personnes. On n’avait pas encore entendu parler de motor-homes ; les débriefings avaient lieu à l’arrière du camion.
La seule façon pour toi de faire du bon boulot est d’enlever ces ailerons, avait renchérit Colin, ce à quoi je m’opposai.
On construisait des voitures avant que les ailerons n’apparaissent, tenta de me rassurer Colin.
Oui mais il me faut du temps pour régler l’auto, répliquai-je, à quoi Colin, têtu, avait répondu :
Tu tourneras demain sans ailerons.
Je ne veux pas.
C’est un ordre, tu le feras !
Et le dialogue s’est arrêté là.

Je me sentais mal. Etre en désaccord avec l'homme qui m'avait tant aidé ne me mènerait nulle part. Toutefois je savais mes jours comptés chez Lotus. Jochen, lui, était optimiste. Il avait réussi à régler la voiture sans ailerons en moins d'une heure et il se sentait capable d'en maîtriser l'instabilité. Pour ma part, j'estimais le risque trop grand. Nous n'avions pas la moindre idée du comportement aérodynamique de cette auto privée de ses ailerons. Je n'aimais pas cette approche irréfléchie du problème.

J'avais abandonné Dave à sa check-list : réglages des sièges, rapports de boîte, etc. Je lui avais rappelé mon opposition formelle à la suppression de mes ailerons, mais je m'attendais au pire. J'ai quitté le paddock, ai passé une bonne nuit, et le lendemain, je suis tombé sur Jochen et Peter Gethin prenant leur petit-déjeuner. Nous avons causé ailerons. Stewart avait été sacrément rapide sans les siens, je suis sûr qu'il avait fait des essais ici même dans la semaine. La plupart des autres pilotes tournaient avec de l'appui.

Ne t'inquiète pas, John, ça va aller, me fait Jochen. Alors qu'il ne restait qu'une séance d'essais ? J'en doutais. Je voulais faire les choses à ma façon.

Samedi matin, l'équipe Lotus paraissait plus sereine. Bien entendu, on avait ôté les ailerons de ma voiture.
Désolé John, le Vieux m'a donné des ordres, s'est excusé Dave.

J'avais perdu le contrôle de ma prise de risque. La journée s'annonçait belle. Jochen a pris la piste dès le début des essais. Dave finissait de faire le plein de ma voiture. Il avait modifié mon siège, ainsi que je le lui avais demandé. Dix minutes après, mécontent de mon sort mais confortablement sanglé, je quittais le paddock en roulant au pas en direction des stands.

Ces DFV était tellement souples, dociles. Avant d'avoir gagné la ligne des stands, je me suis rendu compte que les bruits de moteurs avaient cessé, seuls quelques borborygmes de Cosworth s'étouffant au pied des mécanos troublaient le silence qui s'était abattu sur Monza.
Bizarre. Soudain, Colin, l'ingénieur Maurice Philippe et Dick Scammell se sont matérialisés devant moi, surgissant de la foule qui encombrait les stands.
Jochen a eu un accident. Va voir sur place ce qui s'est passé ! lança Colin.

Mon Dieu ! Que s'est-il passé ? Que puis-je faire ? J'aurais voulu rentrer dans un trou de souris. J'ai été soulagé quand les commissaires ont refusé que je prenne la piste. Bernie Ecclestone, le manager de Jochen à cette époque, suivi d'Eddie Dennis, ont cavalé comme des fous vers la Parabolique. Jochen avait été extrait de l'épave de sa voiture lorsqu'ils y arrivèrent. Un commissaire leur fit un signe qui indiquait le pire. Ils eurent le sentiment que son esprit n'était plus là, qu'il s'était envolé.
Eddie a ramassé un morceau de disque de frein, et l'a balancé au loin. Il a trouvé une des chaussures de Jochen et aussi son casque. Tout l'avant de la voiture était parti. La voiture avait quitté la piste sur la gauche, heurté le rail et explosé dessus. Jochen n'était pas attaché.

On l’a trouvé tellement enfoncé dans le cockpit que la boucle du harnais de sécurité était enroulée autour de son cou. Tout le monde s'est figé. Même les tifosi avaient fait silence. Une autre catastrophe pour Lotus à Monza, là où ils saisissent les autos et traînent les gens devant les tribunaux. Graham et Rob Walker ont rentré leur auto au garage ; Dick Scammell et moi leur avons emboîté le pas, en refermant le rideau presque complètement derrière nous, de façon à ne laisser filtrer de l'extérieur qu'un mince trait de lumière.

Il ne restait rien de l'avant de la voiture de Jochen.
Regardons les choses en face, il est mort, a murmuré Dick.

Il savait déjà car il avait vu le corps de Jochen transporté dans l'ambulance. J'étais terriblement bouleversé, mais aussi quelque part soulagé, comme si j'avais joué à la roulette russe et en avais réchappé. Graham avait souvent été de bon conseil envers moi. J'aimais son approche sensée et raisonnable de ce sport, analogue à la mienne. Mais là, dans cette lumière glauque, il semblait ailleurs ; il a demandé à Rob quand les essais reprendraient.

Il n'y aura pas, bien entendu, de départ à Monza pour le Team Lotus. Aux alentours de cinq heures, la mort de Jochen était officielle et toutes les 72 furent embarquées dans les camions. Je suis rentré à l'hôtel où j'ai vu Nina Rindt en plein désarroi, soutenue par son père, Kurt Lincoln, et par Helen Stewart. J'avais voulu dire quelque chose mais je n'y suis pas parvenu. J'ai dîné, ce soir-là, en ville avec Emerson et des membres de sa famille. Puis j'ai appelé Chris, mon épouse, et je me suis mis au lit.

Piers Courage, Bruce McLaren, et maintenant Jochen Rindt. Sans compter les pilotes moins connus qui sont morts durant cette période et qui n’étaient pas moins importants à mes yeux. Voilà un sport que j’avais toujours rêvé de pratiquer, étant gosse, et qui se changeait aujourd’hui en une histoire d’amour tournant au vinaigre.

Nous ne saurons jamais ce qui s’est réellement produit. On a trouvé l’arbre de frein avant-droit cassé. Une rupture nette tendrait à suggérer que la pièce a cédé dans le choc contre le rail ; une rupture de torsion serait à porter au compte de l’arbre de frein lui-même, qui en lâchant, aurait déséquilibré la voiture sur la gauche, comme la mienne l’avait été sur la droite lors de mes ennuis en Autriche. Denny Hulme a témoigné que la Lotus avait oscillé sur la piste avant de virer sur la gauche. Une pièce s’est-elle cassé, ce qui aurait contraint instinctivement Jochen à donner un coup de volant tout en freinant ? Il avait monté des pneus usagés, et d’autre part, il avait des plaquettes neuves.
On peut aussi imaginer que la balance des freins n’avait pas été adaptée à la faible adhérence du train arrière engendrée par l’absence d’ailerons, ce qui a pu l’envoyer direct dans le rail quand il a freiné. On a raconté aussi que Jochen avait été mis en garde par des membres de l’équipe Lotus qui s‘appuyaient sur mes dires, du risque encouru à tourner sans ailerons.

Des pièces cassent sur les voitures de course. Je pense que c’est ce qui s’est produit. Je n’imagine pas que Jochen ait fait une faute, même sur une auto aussi difficile à mener. J’ai pris le bus pour rejoindre l’aéroport, le jour de la course, avec Bernie Ecclestone. Il était à la fois très éprouvé et en colère. Il semblait vouloir désigner des responsables. Une semaine plus tard, le team manager Peter Warr et Maurice Philippe, déguisé en mécanicien, se sont introduits dans l’enceinte où était entreposée la Lotus accidentée et en ont prélevé le moteur, lequel n’était pas concerné dans l’enquête. Ce DFV fut installé dans la 72 d’Emerson et a gagné le GP des USA quatre semaines après.

J’ai rencontré Colin peu près ce drame. Il était évidemment très affecté et m’a dit que Lotus manquerait le GP du Canada pour se réorganiser. Il m’a donné son accord pour aller au Mans faire quelques prises de vues (John Miles avait collaboré au film Le Mans). Deux semaines après, je reçus un appel de Peter Warr m’informant que Reine Wisell me remplaçait. J’en ai été très chagriné sur le coup, mais rétrospectivement Colin avait sans doute raison. L’équipe avait besoin de nouvelles têtes, pas de quelqu’un dont la confiance était au plus bas. Au Glen, Emerson et Reine firent du bon boulot, en arrivant premier et troisième. La Lotus 72 avait commencé à rembourser ses dettes.

Une de mes meilleures décisions fut de décliner, ce même week-end, le volant d’une Lotus 70 F5000 d’usine à Brands Hatch. Alan Rollinson l’a conduite et l’auto a cassé, l’envoyant dans l’herbe un peu avant Hawthorn !

En ce qui concerne 72/R2, la voiture de Jochen, des rumeurs prétendent qu’elle serait détenue par un particulier en Suisse. J’espère, pour ma part, que ce qu’il en reste est parti là où est sa vraie place – dans un broyeur."




Un texte de John Miles pour ITV Television (1999), traduit par Patrice Vatan





Jochen Rindt et Colin Chapman, GP d'Italie 1970
© (merci) Bernard Cahier (www.f1-photo.com)
John Miles © Graham Gauld (posté sur TNF)
Lotus 72 sans aileron, photo DR

Commentaires

La chaire de poule. . .
J'ai assister à ce GP d'Italie 1970 sans Jochen Rindt.
Cela me ramène en arrière et me rappelle également qui était Colin Chapman, tout le contraire d'un Enzo ferrari, qui misait sur la sécurité avant tout, et qui n'hésitait pas a alourdir ses voitures, pour les renforcées.

Ecrit par : Bruno | jeudi, 31 mars 2005

C'est impressionnant à lire !!! Je me souviens encore de l'annonce de sa mort à la TV.Que dire de plus ???

Ecrit par : Rivaud Jacques | vendredi, 11 novembre 2005

au grand prix des USA , Graham Hill tout fier d arborer sur sa 72 Rob Walker des demi arbres de freins plein , suite a l accident de Rindt, se vit repondre par un Jack Brabham abasourdi :

"pourquoi, ils ne l étaient pas avant ? "

Ecrit par : Michel Vigneres | dimanche, 29 janvier 2006

Le récit de John Miles est saisissant par son réalisme et la description des relations qui existaient à cette époque dans l'équipe.

Cependant, les analyses effectuées depuis sur la voiture accidentée ont révélé l'incroyable succession de circonstances qui se sont combinées pour provoquer la mort de Jochen Rindt :

+ Le déséquilibre de la voiture semble de façon quasi certaine avoir été provoqué par la rupture de l'axe qui relie les roues aux freins. Sur la Lotus 72 en effet, les freins se trouvaient à l'intérieur de la coque ("in board") afin de diminuer les masses non suspendues. Que cet axe ait été creux n'est pas un problème en soi : en torsion, ce qui est le cas pour un tel axe, seule la partie externe travaille réellement. La matière qui se trouve au centre ne sert à rien. C'est donc une bonne mesure de conception de réaliser cet axe "creux", pour en limiter la masse sans en réduire la résistance. Le problème est venu de la méthode de fabrication, comme Chapman s'en est rendu compte par la suite. L'axe était fabriqué à partir d'un cylindre d'acier plein, qui était percé en son centre. Mais Lotus n'avait pas l'outillage permettant de percer sur toute la longueur nécessaire, aussi était-il fait un premier trou dans un sens, puis un contre-perçage de l'autre côté afin de terminer le trou. Mais une série d'axes ont été mal réalisés : le second trou n'était pas parfaitement aligné avec le premier, ce qui créait une variation d'épaisseur vers le centre de l'axe, là où les deux alésages se rencontraient. Cette variation créait une "concentration de contraintes" qui amenait à la rupture de l'axe. En ce sens, si l'axe avait été plein, le problème ne se serait pas posé. Mais de même, si Lotus avait eu l'outillage nécessaire pour percer l'axe en une fois, il n'y aurait pas eu de problème non plus. Première fatalité !

+ La seconde fatalité est bien racontée par John Miles : le fait d'enlever les ailerons rendait la voiture très instable. Quand bien même la voiture avait-elle cassé son axe de frein, elle aurait du rester contrôlable, comme Miles en avait fait l'expérience au Grand-Prix précédent. Mais Jochen avait enlevé ses ailerons, ce qui, cumulé à la rupture de frein avant gauche, rendit la voiture impossible à rattraper et l'envoya directement dans les rails.

+ Un autre facteur survient lors de l'impact : la forme de la Lotus 72. C'est la première F1 à forme "en coin". Selon ce précepte, les radiateurs sont rejetés de part et d'autre du cockpit pour améliorer le recentrage des masses, diminuer l'inertie polaire et reporter du poids sur le train arrière. L'avant de la voiture rase le bitume : rien ne vient perturber les filets d'air. Mais le problème est qu'en cas de sortie de route, la voiture se glisse sous les rails (qui étaient montés à l'époque comme sur le routes, le premier rail étant à environ 50 cm du sol). De plus, il n'y a aucune structure déformable pour absorber l'énergie du choc. La voiture de Rindt s'est insinuée sous les barrières de sécurité et a ensuite glissé longitudinalement le long du rail jusqu'au poteau de soutien suivant, sans que la majeure partie de l'énergie ait été dépensée. L'avant de la voiture s'est ensuite violemment encastré contre le poteau de soutènement. D'après les photos de l'épave, on voit que le choc s'est produit vers l'arrière de la roue avant-droite. A ce moment là, l'énergie énorme que le choc absorbe coupe la coque en deux au niveau du tableau de bord. La partie avant reste sous les rails, mais la partie arrière continue d'avancer sur plusieurs dizaines de mètres, emportée par l'énergie cinétique et la masse du groupe moto-propulseur.

+ C'est là que survient la quatrième fatalité qui a définitivement scellé le sort de Jochen Rindt. Comme toutes les F1 de l'époque, la Lotus 72 dispose de ceintures de sécurité de type "harnais à 5 points". Deux brins passent sur les épaules, deux brins de part et d'autre du bassin, et un brin entre les jambes est attaché au fond de la coque. Mais Rindt avait horreur d'attacher ce dernier élément de ceinture, qui le génait dans sa conduite. Il est donc parti ce jour là avec seulement 4 des 5 points sécurisés. Lorsque l'avant de sa voiture a été broyé lors du choc, ses pieds sont restés coincés dans l'amas de tôles, alors que le buste de Jochen est resté attaché à l'arrière de la voiture, emporté par l'inertie du moteur. Sans son cinquième point d'attache, et retenu par les pieds, il a litéralement glissé sur son siège en passant sous le brin ventral de sa ceinture (on appelle cela "sous-mariner"), et il a probablement été étranglé par la boucle de harnais. Les médecins qui étaient sur place ont reconnu qu'il avait une très vilaine plaie sous le casque. Il est très probable qu'il ait été tué sur le coup, malgré la version officielle. Aurait-il attaché ses 5 points de harnais, il aurait probablement eu de graves lésions aux pieds et aux jambes, mais serait probablement sorti vivant de l'accident. Car on est étonné en regardant l'épave de la voiture du fait que le cockpit a été assez peu déformé, si ce n'est qu'il n'y a plus rien devant à partir du tableau de bord.

Si une seule de ces quatre fatalités ne s'était pas produite, Jochen n'aurait probablement pas perdu la vie ce jour là. C'est en cela que l'on peut parler d'un formidable concours de circonstances.

A-t-on tiré les conséquences de cet accident ? Pas tant que cela. 24 an plus tard, un autre "géant" perdait la vie en Italie, dans la courbe de Tamburello du circuit d'Imola. Semble-t-il à cause d'un axe de direction creux, fragilisé par une soudure mal réalisée.

Fatalité, quand tu nous tiens !

Ecrit par : Jean-Pierre Genoud-Prachex | vendredi, 02 février 2007

j etais en voiture lorsque j ai appris la mort de jochen et je me suis arrete 10 minutes en rase cammpagne pour realiser que le pilote que j adulais cette epoque allait me manquer attrocement... Il y avait eu Jimmy Clark 1 an plus tot et aujourd hui encore ils me manquent.

Ecrit par : michel | lundi, 04 juin 2007

Merci à tous en particulier à Patrick Vatan , JP Genoud-Prachex et bien entendu à John Miles que j'étais heureux de retrouver .
Jochen était de cette race de funanbules qui nous faisaient rêver, semblant devoir prendre la place du grand Jim Clark que nous pleurons encore, rejoint quelques années plus tard par le poète "driving for perfection" Ayrton Senna .
Quel gâchis que ces années de feu où les croix remplissaient , week-end après week-end, la page de garde du classeur de Maths sur laquelle le lycéen que j'étais alors avait inscrit les noms de ses héros , les pilotes délogeant définitivement dans ce palmarès macabre les musiciens de rock eux aussi peu épargnés .
Colin Chapman fut un très grand constructeur persuadé à bon escient que le poids était l'ennemi des performances et un innovateur hors pair : ailerons, effet de sol ,forme en coin avec radiateurs latéraux etc ... La Formule 1 moderne lui doit presque tout !
Mais avec peu de moyens et une telle volonté d'innover pour gagner il devait prendre des risques , faire prendre des risques à ses pilotes...
Enzo Ferrari que j'admire beaucoup n'en faisait pas moins, ayant même pris à la fin des années 50 la détestable habitude d'opposer les pilotes entre eux_ce qui fit couler bien du sang . Mais son oeuvre fut immense et il me sembla s'humaniser à nouveau à la fin de sa vie .
Les témoignages des anciens pilotes comme John Miles ont une valeur inestimable pour comprendre bien des choses sur leur époque et le sport automobile .
Essayez de faire témoigner John Surtees , Stirling Moss , Froilan Gonzales , Jim Hall , Roger Penske, Jacky Ikx , Jackie Stewart , JP Beltoise, Henri Pescarolo, Yves Courage et plein d'autres que je n'ose pas citer de peur qu'ils nous aient déjà quitteé , mais aussi leurs mécanos,leurs team managers tel Bernie Ecclestone , leurs ingénieurs de Mauro Forghieri à Ross Brawn en passant par Gérard Ducarouge et Gordon Muray et leurs épouses, compagnes, ami(e)s, etc...
Bon courage à tous car l'œuvre est immense et le temps qui passe n'est pas notre allié .

Ecrit par : jeanmarch2005 | lundi, 16 mars 2009

Je ne me souviens plus de la première note que j’ai lue dans MdS mais celle qui me vient en mémoire spontanément est la note consacrée à Jackie Oliver lors du GP de Belgique en 1968. Elle m’avait passionnée et l’addiction à MdS débutait. Toute suite après, je suis tombé sur cet incroyable témoignage de John Miles et à sa lecture, je me suis souvenu de l’atmosphère de cette fin d’été 70, lorsque survint la nouvelle de l’accident de Jochen Rindt. Dans ce texte, le récit de Miles est si dense, si riche, si détaillé que tout d’un coup, les souvenirs de ce 5 Septembre ont ressurgis. Et ce qui frappe d’emblée, c’est la peinture de l’ambiance qui régnait autour d’une course automobile et la proximité des personnages !

Il faisait chaud, très chaud en Franche Comté ce Samedi après-midi où je me trouvais avec Oncle, Tante et cousines pour aller passer quelques derniers jours de vacances avant la reprise scolaire. Nous roulions dans une Ford Taunus 20MTS d’un vert dont on oserait plus peindre les autos aujourd’hui ! Comme le rappelle jeanmarch2005, à cette époque la Pop Music triomphante mais pas encore industrielle, connaissait aussi son cortège de stars sacrifiées sur l’autel du succès et des excès. Jones, Hendrix, Morrison, Joplin, etc. Woodstock venait d’apparaître sur les écrans de cinéma et on y avait découvert Ten Years After qu’il faut redécouvrir entre parenthèses à travers l’album « Undead », enregistré en 68 dans un petit club londonien et réédité il y a peu en CD : un vrai témoignage de cette période un peu dingue. L’adolescent que j’étais avait ces deux passions : les voitures de course et le Rock’n’roll. Cela semblait se juxtaposer naturellement : un cocktail comme celui-ci paraissait évident. D’ailleurs, dans les paddocks, les cheveux des pilotes s’étaient drôlement rallongés à l’instar des Pop stars et les rouflaquettes mangeaient une partie importante de leurs joues. Leurs yeux étaient « protégés » par des lunettes de soleil à la taille démesurée.

Après Le Mans 1965 où il emmena à la victoire une vieille 250 LM dépassée mais survivante, Rindt fut en 70 le héros de Monaco où il avait effectué une remontée complètement folle et finalement mis à terre Brabham dans les derniers mètres. Incroyable, c’était incroyable. Un an plus tôt, Denis Jenkinson avait été obligé de se couper la barbe après Watkins Glen lorsque Rindt gagnât enfin son tout premier grand prix. Image saisissante de son visage ensanglanté mais conscient après sa terrible sortie de route en Espagne cette même année sur une Lotus déjà très perfectible. Je revois encore sa lourde Cooper Maserati partie en tête à queue faisant un demi-tour sur place au GP de l’ACF au Mans 67 à la sortie du virage Ford, dans un nuage de fumée tel qu’on aurait presque pu sentir l’odeur du caoutchouc brûlé à travers l’écran de télé. C’était du Rindt pur sucre. En 1970, seul Jacky Ickx aurait pu rivaliser avec Jochen Rindt si sa Ferrari n’avait été trop fragile. Mais, en dépit des événements et des tragédies, Jochen fut irrésistible cette année la. Même à Clermont qu’il n’aimait pas, même en Hollande où le sort lui avait arraché son ami, Piers Courage. Rindt, c’était la gueule et le Lennon rebelle du sport auto, avec son nez presque rabattu sur le côté et sa crinière blonde, la clope au bec et les Clarkes au pied. La complicité qu’il avait avec Jackie Stewart était d’ailleurs troublante car ce dernier paraissait plus professionnel, moins perfectible, un peu moins flamboyant.

Ce Samedi après midi d’un très chaud mois de Septembre allait sonner le glas d’une génération de pilote et, malgré son extrême fragilité, la révolutionnaire Lotus 72 poursuivrait une carrière qui durerait encore cinq années.

Ecrit par : Daniel DUPASQUIER | lundi, 16 mars 2009

Bravo pour ces beaux textes qui ravivent tant de souvenirs.

Je suis presque gêné de corriger un détail: en 65, la LM du NART n'est pas vieille, certes elle est survivante et essoufflée à l'issue de la course, mais contrairement à ce qui a toujours été dit elle n'est pas dépassée, et ce, probablement grâce à ses pilotes: Jochen Rindt est 8è à l'issue de la première heure.

Chinetti fera courir la même voiture (chassis 5893) en 68 (Masten Gregory toujours au volant) et en 69.
A cette époque, elle accuse son age. Elle finira malgré tout 8è en 69 en ayant parcouru 250 kms de moins qu'en 65.

Tipo 151

Ecrit par : tipo 151 | mercredi, 18 mars 2009

L' histoire de la victoire de cette brave"vielle 250 LM " au Mans est fantastique .
Je l'ai trouvée par hasard dans une des revues américaines au début des années 80, écrite de la main même de Luigi Chinetti, le génial pilote vainqueur au Mans sur Alfa-Roméo dans les années 30 , puis sur Ferrari en 1949 qui, devenu importateur Ferrari pour les USA par passion, l'avait engagée en 1965 . Tout le monde se souvient que Jochen Rindt et Masten Gregory déçus de ne pas piloter les 275P plus modernes et performantes avaient décidé d'attaquer comme des champions de F1 qu'ils étaient pour abréger le WE du Mans avant de se retrouver propulsés en position de gagner par le jeu des abandons provoqués par le duel furieux Ford-Ferrari .
Mais peu de gens savaient que la 250LM, en fait 275LM et donc pas si poussive que cela, avait été engagée in extrémis à la demande du manufacturier de pneus (Pirelli je pense ou Firestone)
qui pensait avoir un pneu pour faire toutes les 24h sans être changé . Résultat le NART de Chinetti a changé je ne sais plus combien de fois les pneus mais a gagné les 24 h _chapeau Monsieur Chinetti vainqueur avant puis après guerre, puis avec sa propre écurie exploit qui ne peut être rapproché que de la victoire du pilote-constructeur de chez nous Jean Rondeau malheureusement trop tôt disparu .

Ecrit par : jeanmarch2005 | mercredi, 18 mars 2009

Tout cela est parfaitement exact et notamment la frustration de Masten Gregory et Jochen Rindt de courir sur cette Ferrari « privée » plutôt qu’officielle. Dans la foule des souvenirs, on oublie parfois l’essentiel. Jochen fut le Prince de la divine Formule 2 qui rassemblait à l’époque la quasi majorité des pilotes de F 1. Il fut un Senna avant l’heure, survolant l’adversité. Ca remue les tripes de penser à ces seigneurs de la vitesse et de la manière dont il s'exprimaient derrière un volant !

Ecrit par : Daniel DUPASQUIER | mercredi, 18 mars 2009

Chinetti a écrit une histoire officielle de cette victoire... d'autres versions circulent.

-le(s) relais effectué pendant la nuit par Ed Hugu pour pallier à l'absence de Rindt et à la mauvaise vue de Gregory.

-Suite à une panne, la volonté des deux hommes d'en finir au plus tot...et donc de rouler à fond au risque de casser l'auto.. (la mécanique rendra d'ailleurs l'ame apres l'arrivée)

Ecrit par : De passage | mercredi, 18 mars 2009

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