mercredi, 06 octobre 2004
Choc originel
Un faux-mouvement, un pied qui glisse sur l’accélérateur, voire la rage de lutter qui, lasse de dix ans de combats, s’épuise et dérape le temps d’une nano-seconde. Le mur de béton fond sur votre tableau de bord à une vitesse atomique.
Dimanche 1er mai 1994, à l’entrée de la courbe de Tamburello, au 7e tour du Grand Prix de Saint-Marin, Ayrton Senna da Silva ne chômait pas. La mort non plus. Ces deux-là dansaient un ballet complice depuis une bonne décennie, que la rivalité du Brésilien avec Alain Prost avait relégué dans le non-dit.
Ce jour-là, aux caméras du monde entier, Ayrton Senna a rappelé ce qui rend le sport automobile si fascinant, ce à quoi j’ai succombé gamin et qui ne m’a pas lâché depuis : un mélange détonant d’équilibre et de sauvagerie. Force primaire et exercice intellectuel complexe s’unissent en un spectacle total qui vise le ventre autant que le cœur. Tigre et daim réunis dans la même cage.
Il me semble attrayant de souffler dans ces colonnes un peu de ce vent d’aventure qui un matin d’octobre 1970 m’a guidé vers le circuit de Montlhéry et m’a glissé en substance : regarde ceci et dis-m’en des nouvelles.
Il fait frais sur le plateau de Saint-Eutrope, vaste massif boisé. Dans ce paysage, devenu avec la patine du temps une toile hyperréaliste accrochée à ma mémoire, les couleurs explosent au premier plan. Une tache bleue avec un point blanc dessus bondit à ma droite : la Matra 660 s’inscrit dans la trajectoire pour sortir le plus efficacement possible de cette vacherie d’épingle du Faye. Une gifle brûlante me claque le visage. Je capte à la volée les mains de Jack Brabham imprimant au petit volant un tour complet.
Alors s‘animèrent en cette seconde qui dure depuis trente-cinq ans les images figées que je découpais dans la revue Sport-Auto et qui nourrissaient ma boîte à fantasmes. Les voici brutalement ramenées à leur nature originale, show de couleurs, d’odeurs, de lumière, de violence aussi et d’une beauté folle.
Une vie d’homme naquit de ce moment unique où, par je ne sais quelle influence cosmique, une chimie a façonné de curieux neurones dans ma tête en ouvrant des fichiers nommés Ferrari, Brands Hatch ou Jean-Pierre Beltoise.
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| Tags : autodrome de linas-montlhéry |






















Commentaires
Jolie plume ! Mon choc ,ce fut à Montlhéry de même, mais en 71. LA 660 montait
très haut sur l'anneau pour piquer vers la chicane avant la ligne droite des stands.
Cette image était symphonique.... Ce ne fut pas un choc mais un Big Bang dont
on ne peut pas se "remettre"....
Ecrit par : François Coeuret | samedi, 04 mars 2006
Cette note qui définit la passion de notre TTCB ainsi que la nôtre à tous, je ne l'avais jamais lue . Ce détonateur, ce choc, cette terrible piqure de rappel: oui, la course auto tuait. Même en 1994. Même le meilleur.
Esssayer d'expliquer cette attirance pour le danger, le déclic qui fera basculer nos vies dans une passion pour les circuits, ces pistes dédiées à des bolides et qui nous marquent à vie...
En faire un blog et réussir dans la durée à devenir notre lien,
"Il me semble attrayant de souffler dans ces colonnes un peu de ce vent d’aventure qui un matin d’octobre 1970 m’a guidé vers le circuit de Montlhéry et m’a glissé en substance : regarde ceci et dis-m’en des nouvelles."
Quelle somme fantastique de rencontres, de connaissances, de passions différentes et en fait si semblables: la passion pour la course.
Merci Monsieur le TTCB.
Ecrit par : guy dhotel | mardi, 02 juin 2009
Cette note m’avait également échappé jusqu’à ce que vous l’exhumiez, Monsieur Dhotel. Tout est dit sur cette espèce de passion/attraction qui a hanté mon corps et mon esprit durant tant d’années de scolarité et de faculté pendant lesquelles la course automobile tenait d’avantage de place dans mon cartable que les manuels, les cahiers ou les polycopiés. Ces temps d’adolescence durant lesquels j’ai inscrit des milliers de fois les noms de pilotes sur des feuilles destinées à un usage plus pédagogique, où j’ai tracé de nouveaux circuits imaginaires, dessiné les trajectoires idéales, proportionné des zones de dégagements, bâti des stands accessibles et confortables, inventé de nouvelles monoplaces, imaginé le tandem idéal pour vaincre au Mans, etc.. Les premiers mots de mon vocabulaire automobile furent Alpine M63 et Scarfiotti/Bandini que je découvris lors de la retransmission du Mans 1963, qui me fascina et qui décida pour un long moment que j’étais plus doué pour la récitation des vainqueurs de Grand Prix de F1 et des 24 Heures du Mans que je pouvais l’être pour la poésie d’Emile Verhaeren. Je mis un certain temps tout de même à comprendre ce que 2 litres, 3 litres signifiaient. On hésite un peu à mettre les mains dans le cambouis au début ! Mais très vite barre anti roulis, vapor lock, survirage, centre de gravité devinrent mon langage usuel que me renvoyaient mes magazines préférés.
Et puis la première course pour de vrai, Paul Ricard 1971, le choc : le circuit, l’asphalte, le ruban noir entre les bordures rouge et blanche, la trace des trajectoires et de la gomme sur la piste, le bruit, les pins parasols, les couleurs, l’odeur, le hurlement des moteurs, les rétrogrades et les pétarades des moteurs, le rupteur en pleine accélération, les pilotes en combinaisons blanches immaculées. Pitié, n’en jetez plus : c’est trop beau, j’y suis, « Ils » sont là, tous, c’est ça que je veux faire. Mais pourquoi ne l’ai-je jamais fait. Vous êtes passé du rêve à la réalité, vous ?! Un de mes voisins de classe des Maristes de Sainte Marie à Saint-Chamond l’a fait pour moi. Il est devenu 4 fois champion du Monde. On peut parfois s’identifier à travers les autres. En l’occurrence, c’était moins risqué et c’est ce que j’ai préféré faire. Mais tout compte fait, je n’aurais jamais pu. Je n’étais pas bien bon en kart, les autres me tournaient autour et puis lorsque on a fait un tour ou deux de circuit en caméra embarquée sous une pluie battante avec Depailler à L’île Notre dame, on en ressort effrayé, épuisé ; on a peur, ça va trop vite, c’est trop dangereux, je n’aurais jamais pu assimiler tout ce qui se présente à cette vitesse et dans ces conditions dantesques. « Ils » ne sont pas comme nous. Non, je n’y serai jamais arrivé ! En avais je vraiment le désir et l’envie ?
J'en ai vu beaucoup de près, de très près. C'était bien, vraiment chouette. J'ai vu François Cevert. Ca en fait des beaux souvenirs, tout de même !
Au fait Monsieur Dhotel, Jean Noël ZAPP vous passe le bonjour.
Ecrit par : Daniel DUPASQUIER | mercredi, 03 juin 2009
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