vendredi, 07 janvier 2005
Beltoise France 68 #09/88

Le ciel roule de gros nuages sur les collines des Essarts. Comme souvent cette saison, la pluie semble décidée à demander une accréditation à ce Grand Prix de France.
En pôle il y a Jochen Rindt. Son curieux visage aplati porte le masque de la concentration.
Deux lignes derrière lui s'est hissé Jean-Pierre Beltoise. Un bon temps réalisé dans la lignée de sa performance du dernier GP de Hollande. Matra lui a préparé MS11/02 aux petits oignons ; juste sortie de Vélizy, l'auto a été allégée, rééquilibrée par le déplacement du réservoir et du radiateur d'huile à l'arrière, optimisée aérodynamiquement avec le montage de petits volets au-dessus des triangles de suspension avant et surtout revitaminée par un moteur spécial tirant 427 CV. La capacité des réservoirs est portée de 185 à 225 litres.
Beltoise fait un festival aux essais du vendredi et au prix d'une défonce spectaculaire dans la descente arrache un excellent huitième chrono, devançant notamment Hill, Rodriguez, Siffert, Attwood et Brabham.
En bout de peloton une drôle de voiture blanche avec un rond rouge sur le devant, la nouvelle Honda pilotée par un débutant de 40 ans, Jo Schlesser. Jo est aux anges, il sourit aux photographes.
Lorsque le directeur de course libère les seize autos, la pluie, tant redoutée, tombe. Ickx, qui seul a chaussé des pneus pluie, saute Stewart et passe en tête au premier passage devant les tribunes avec deux secondes d'avance. Il ne sera jamais rejoint.
Derrière, un peloton multicolore s'étire dans la terrible descente vers le Nouveau-monde ; JPB est huitième.
Au troisième tour, une colonne de fumée noire s'élève, montant de la courbe des Six-frères.
Schlesser est sorti dans la descente, sa voiture tout en magnésium s'enflamme comme un pin en été. Au même instant, doublé par Amon, Jean-Pierre Beltoise rate son freinage au Nouveau-monde, embarque la MS11 dans un ample tête-à-queue et se retrouve quasiment en fin de peloton.
Passant à la hauteur de la Honda qui n'est qu'un brasier, il ne l'identifie pas immédiatement. Tour après tour, le pilote de la Matra tente de reconnaître à travers le brasier un élément qui permettrait de savoir qui...
Il stoppe au onzième tour. On lui monte des pneus à rainure centrale, lui fait le plein à l'aide d'un dispositif sous pression conçu par Matra.
Jean-Pierre est loin, ailleurs. Il demande la confirmation de ce qu'il sait déjà - oui c'est Jo qui est mort. Les deux hommes avaient débuté leur relation dans la rivalité chez Matra en F2 où Jean-Pierre plus jeune et davantage résolu s'était imposé ; puis l'amitié s'était immiscée quand ils avaient appris à se connaître.
Beltoise s'arrache du stand, démoralisé. Alors que Jacky Ickx en tête tourne en 2'20, lui se traîne en 2'39, 2'40. Il stoppe encore au dix-septième passage pour changer de lunettes puis entame une lente procession en direction du soixantième tour, terme de l'épreuve. Tendant obstinément le cou à chaque passage devant son stand d'où on lui indique le nombre de tours restants, JPB remue des pensées noires sous son casque ; il veut abandonner la course, « c'est trop con » se dit-il. Il termine neuvième à quatre tours.
Jacky Ickx reçoit le bouquet du vainqueur sans sourire. Il le dépose pendant le tour d'honneur à l'endroit où cet après-midi un homme est mort.
Grand Prix de France . Circuit de Rouen-les-Essarts . 7 juillet 1968
Fiche technique : http://www.grandprix.com/gpe/rr167.html
20:20 Publié dans Jean-Pierre Beltoise : Grands Prix 1967/1968 | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
| Tags : jean-pierre beltoise, circuit de rouen-les-essarts, jo schlesser, grand prix de france, 1968 |



















Commentaires
j etais sur le circuit des essarts ce 7 juillet 1968 ,j'avais 9 ans.Mon pére etait avec son cousin un amateur fervant de grand prix.nous etions au virage du nouveau monde ,dans les gradins ,sous les arbres,et juste en face du virage des 6 fréres.Je voyais tous :le visage des pilotes et notamment celui de jack brabham sous sa bulle jaune de pexiglas.jack brabham entreposeais de puis de nombreuses années ses voitures chez le cousin de mon pére :Jean Thiery.C etait le relais d elbeuf à rouen aujourd hui disparu pour cause de tramway;je possede de nombreuse photos de cette epoque ou l on peut voir notamment sir jack faire sa propre mecanique!Tout un monde unique et bouleversant!!Mais revenons a la course,je me souviens tres biens du choc contre le talus de la honda et des flammes qui sont montés vers le ciel en léchant au passage quelques spectateurs,l impuissance des pompiers et la course qui continuait;et puis la fin des flammes et ce corps que l on tirait des cendres... une horreur!!
Ecrit par : thiery | jeudi, 07 juin 2007
à 9 ans Thiery, ç'est une chose qui a du vous marquer non.
et vos photos, vous pouvez nous en faire profiter?
Ecrit par : Bruno | samedi, 09 juin 2007
J'ai relu cet épisode si dramatique à la faveur de votre intervention Thiery .De même que vous nous faites partager par écrit votre émotion de l'époque , n'hésitez donc pas à scanner quelques photos du garage et les envoyer en lien ou à MdS comme le suggère Bruno . Nous sommes preneurs de ces instants "privilégiés" .Merci à vous si vous en êtes d'accord .
Ecrit par : françois coeuret | samedi, 09 juin 2007
qui à donc gagné le grand prix des Essarts en 1975. le 24éme ?
Ecrit par : tondeur | mardi, 07 août 2007
En 1975,
à rouen les essarts Michel LECLERE triomphe devant Patrick TAMBAY et Claude BOURGOIGNIE, en formule 2 sur March bmw....JP beltoise sur elf2 termine 10éme....
Ecrit par : andre georges | mardi, 07 août 2007
je vais vous scanner les photos ,avant la fin de l année! promis
Ecrit par : thiery | jeudi, 22 novembre 2007
j ai envoyé les photos et je voulais savoir ou les retrouver sur le site ,
cordialement
Ecrit par : thiery | mardi, 27 novembre 2007
Cher Thiery j'ai bien réceptionné vos photos mais il faut compter un certain temps avant de les voir publiées, pour diverses raisons :
- Calendrier de publication
- Nécessité de mise en page et surtout rédaction d'un texte les accompagnant, quoique le vôtre est très bien.
Ne vous inquiétez pas, quand vos images passeront, on les verra !
Que cela ne dégoûte pas de scanner les suivantes...
Ecrit par : Mémoire des Stands | mardi, 27 novembre 2007
Johnny Servoz-Gavin raconte en détail le passage de l'accident de Schlesser dans sa biographie..cet accident est l'un des déclencheurs ( avec la mort de Weber l'année précédente ) de son désir de stopper sa caarière pour ne pas " mourrir cramé piègé comme un rat entre les tôles"..
Ecrit par : Emmanuel | mardi, 27 novembre 2007
http://img.youtube.com/vi/tBsoFYBJIBg/default.jpg
Ecrit par : Belle toise | mercredi, 28 novembre 2007
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